Évolution du marché : Circuits imprimés multicouches (CN 85340011) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne (UE) pour les circuits imprimés multicouches (code NC 85340011) sur la période 2015–2025. Composants essentiels des appareils électroniques, leur commerce reflète les dynamiques de la chaîne de valeur mondiale de l'électronique. Les données révèlent une période marquée par une croissance des importations, une concentration accrue des approvisionnements et une vulnérabilité structurelle de l'UE, tendances à interpréter dans le contexte de la pandémie de COVID-19, de la guerre en Ukraine et de la réorientation des politiques industrielles.
1. L'UE, un marché structurellement déficitaire et dépendant
Un déficit commercial qui s'élargit sous l'effet d'importations dynamiques
Entre 2015 et 2025, l'UE a constamment enregistré un déficit commercial dans ce segment. Ce déficit s'est creusé de 1,79 milliard d'€ en 2015 à 2,60 milliards d'€ en 2025, une détérioration de 45,4 %. Cette évolution est principalement tirée par une forte hausse des importations en valeur (+40,6 %) et en volume (+45,3 %), alors que les exportations, bien qu'en progression, demeurent marginales en comparaison.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation 2015-2025 |
|---|---|---|---|
| Importations (Mds €) | 2,08 | 2,93 | +40,6 % |
| Exportations (Mds €) | 0,30 | 0,33 | +11,5 % |
| Solde commercial (Mds €) | -1,79 | -2,60 | -45,4 % |
Une dépendance croissante vis-à-vis des importations
Le taux de dépendance nette aux importations a grimpé de 45 % à près de 60 % sur la période, avec un pic à 65,6 % en 2022. Cette mesure, qui compare le solde commercial à la consommation apparente, confirme que la quasi-totalité des circuits multicouches consommés dans l'UE provient de la production extra-communautaire. En parallèle, la production intra-européenne a décliné, tant en volume (-9,3 %) qu'en valeur (-26,1 %).
Une concentration des approvisionnements sur l'Asie, et notamment la Chine
La concentration des importations (mesurée par l'indice HHI) a fortement augmenté (+48,8 %). La Chine est de loin le premier partenaire, représentant 75,6 % de la valeur des importations de l'UE en 2025, avec une progression de 76 % depuis 2015. La Thaïlande est le seul autre partenaire à avoir vu sa part augmenter significativement (+102,7 %), tandis que les importations depuis Taïwan et Hong Kong ont reculé.
2. Des évolutions asymétriques au sein du bloc européen
Une spécialisation à l'export concentrée dans quelques États membres
L'analyse de la spécialisation révèle une grande hétérogénéité. En 2025, la Roumanie (RSCA de 0,63), l'Autriche (0,52) et l'Espagne (0,45) affichent un avantage comparatif révélé net à l'export pour ce produit. À l'inverse, le Luxembourg, l'Irlande ou la Grèce n'exportent quasiment pas ce composant.
Des parcours divergents au sein des principaux importateurs et exportateurs
Parmi les principaux importateurs intra-UE, l'Allemagne reste le plus gros acheteur, mais sa croissance (+14 %) est modeste. En revanche, la Hongrie (+52,8 %), la Roumanie (+122,6 %) et surtout la Tchéquie (+339,4 %) ont fortement accru leurs importations, suggérant le développement de capacités d'assemblage électronique en Europe centrale et orientale. Du côté des exportateurs intra-UE, l'Espagne a connu une croissance spectaculaire (+5 641 %), tandis que la Hongrie a vu son poids chuter (-65,1 %).
La reconfiguration des flux d'exportation de l'UE vers de nouvelles destinations
Les principales destinations des exportations de l'UE ont évolué. Le Royaume-Uni, premier client en 2015, a vu ses achats s'effondrer (-75 %), probablement en lien avec le Brexit. En parallèle, le Maroc (+307 %) et l'Ukraine (+192 %) sont devenus des marchés de plus en plus importants, reflétant une possible délocalisation de la production finale et des partenariats stratégiques.
3. Une vulnérabilité exposée par la volatilité et les chocs
Une volatilité élevée sur certains partenaires clés
La volatilité des échanges (coefficient de variation) est très marquée pour certains partenaires. Les importations en provenance du Royaume-Uni (CV de 0,80), du Viêt Nam (0,69) ou de Singapour (0,61) sont très instables. À l'export, les flux vers la Macédoine du Nord (0,76), le Royaume-Uni (0,69) ou le Mexique (0,63) sont également très erratiques, ce qui complique la planification.
La crise de 2022 comme révélateur d'un choc d'approvisionnement majeur
L'analyse détecte un choc de prix majeur sur les importations en provenance de Chine en 2022. Avec une abnormalité de 31,7 et une hausse de prix de 20 %, cet événement coïncide avec les confinements sévères en Chine et la crise mondiale des semi-conducteurs. Il illustre parfaitement la vulnérabilité de l'UE à une dépendance excessive vis-à-vis d'un seul fournisseur pour un composant stratégique.
L'augmentation de l'intensité commerciale, signe d'une intégration dans des chaînes de valeur mondiales
L'intensité commerciale (commerce total rapporté à la production) a augmenté de 55 % à 70 %, tandis que la propension à exporter est passée de 13 % à 21 %. Cela signifie que l'UE est de plus en plus intégrée dans le commerce mondial de ce composant, mais principalement en tant qu'importatrice, ce qui renforce l'exposition à des risques exogènes.
Conclusion
Sur la période 2015-2025, le marché européen des circuits imprimés multicouches a été marqué par un renforcement de la dépendance structurelle de l'UE aux importations, sous l'impulsion d'une demande soutenue et d'une production intra-européenne en déclin. La concentration des approvisionnements sur la Chine, combinée à une volatilité prononcée sur certains corridors commerciaux, a exposé l'industrie européenne à des risques significatifs, mis en évidence par le choc d'approvisionnement de 2022.
Au sein de l'Union, les dynamiques sont contrastées : certains États membres (Roumanie, Espagne) ont développé une spécialisation à l'export, tandis que d'autres (Allemagne, Tchéquie) ont consolidé leur rôle d'importateurs pour l'assemblage électronique. Ces tendances soulèvent des questions cruciales de souveraineté industrielle et de résilience des chaînes de valeur, dans un contexte où l'UE cherche à réduire ses dépendances stratégiques via des initiatives comme le European Chips Act.