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Évolution du marché : Cigarettes (CN 240220) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les cigarettes contenant du tabac (code NC 240220) sur la période 2015–2025. L'UE demeure un exportateur net majeur, avec un solde commercial positif de 1,89 milliard d'euros en 2025. Toutefois, la décennie observée se caractérise par une transformation profonde du secteur : contraction des volumes de production et d'exportation, hausse marquée des prix unitaires, réorientation des partenaires commerciaux et basculement géographique de la production au sein de l'Union. Ce rapport s'articule autour de trois dynamiques principales qui structurent cette évolution.

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1. Une contraction des volumes masquée par la hausse des prix unitaires

1.1. Une production intérieure en déclin structurel

La production européenne de cigarettes a connu une baisse marquée sur la période. En volume (unités), elle est passée de 801,7 milliards de pièces à 525,5 milliards, soit un recul de 34,5 %. En valeur, le déclin est encore plus prononcé : de 14,8 milliards d'euros à 5,1 milliards (–65,4 %). La production a atteint un point bas à 391,7 milliards de pièces et 4,0 milliards d'euros au cours de la période, avant de partiellement se redresser. Ce mouvement s'inscrit dans le déclin structurel de la consommation de cigarettes traditionnelles au sein de l'UE, porté par les politiques de santé publique, la fiscalité croissante sur le tabac et la montée en puissance de produits alternatifs (tabac à chauffer, vapotage).

Indicateur 2015 Creux 2025 Variation 2015–2025
Production (Md pièces) 801,7 391,7 525,5 –34,5 %
Production (M EUR) 14 804 3 976 5 119 –65,4 %

Voir les volumes de production

1.2. Des exportations en recul volumique, mais soutenues par des prix en hausse

Les exportations de cigarettes de l'UE vers les pays tiers ont perdu 42,8 % de leur volume (de 138 497 à 79 164 tonnes) et 37,3 % de leur quantité en pièces (de 125,6 à 78,8 millions de milliers). Toutefois, la valeur des exportations n'a reculé que de 16,9 % (de 2,54 à 2,11 milliards d'euros), grâce à une hausse du prix unitaire de 45,4 % en tonnes (de 18 344 à 26 669 EUR/t) et de 32,5 % en pièces (de 20,23 à 26,80 EUR/1 000 pièces).

Indicateur 2015 Creux (2021) 2025 Variation 2015–2025
Valeur (M EUR) 2 540,6 1 256,7 2 111,3 –16,9 %
Volume (t) 138 497 69 557 79 164 –42,8 %
Prix unitaire (EUR/t) 18 344 18 066 26 669 +45,4 %
Quantité (M pces) 125 615 63 426 78 777 –37,3 %
Prix (EUR/1000 pces) 20,23 19,81 26,80 +32,5 %

La trajectoire des exportations dessine un profil en « U » : un déclin continu de 2016 à 2021, suivi d'une reprise partielle en 2022–2023. Le creux de 2021 (1,26 milliard d'euros, 69 557 tonnes) marque le point le plus bas, probablement amplifié par les restrictions liées à la pandémie de COVID-19 et leur impact sur les chaînes logistiques. La dynamique des prix — en hausse de près de 50 % — traduit à la fois une inflation des coûts du tabac et un repositionnement des industriels européens vers des segments à plus forte valeur ajoutée.

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1.3. Des importations en progression tirées par la valeur et les nouveaux fournisseurs

Les importations de cigarettes en provenance de pays tiers ont progressé de 50,5 % en valeur (de 145,9 à 219,7 M EUR) et de 15,4 % en volume (de 8 036 à 9 272 tonnes). Le prix unitaire à l'importation a augmenté de 30,5 % (de 18 155 à 23 690 EUR/t). Les importations ont suivi une trajectoire inverse de celle des exportations : après avoir touché un creux en 2022 (58,8 M EUR), elles ont fortement rebondi pour atteindre leur niveau le plus élevé en 2025.

Indicateur 2015 Creux (2022) 2025 Variation 2015–2025
Valeur (M EUR) 145,9 58,8 219,7 +50,5 %
Volume (t) 8 036 4 573 9 272 +15,4 %
Prix unitaire (EUR/t) 18 155 12 868 23 690 +30,5 %

Malgré cette progression, l'UE reste un exportateur net massif : le taux de dépendance aux importations nettes s'établit à –61,3 % en 2025, contre –2,8 % en 2015, signe que l'écart entre exportations et importations s'est creusé en proportion de la production. L'indicateur de vulnérabilité confirme ce constat : l'UE ne dépend pas structurellement de ses importations de cigarettes.

Voir le taux de dépendance aux importations

2. Une réorientation géographique majeure des partenaires commerciaux

2.1. Le recul des destinations moyen-orientales et asiatiques

Les principaux marchés d'exportation de l'UE ont connu des évolutions contrastées. La tendance dominante est le net recul des destinations moyen-orientales et asiatiques, qui dominaient les flux en 2015 :

Partenaire Export 2015 (M EUR) Export 2025 (M EUR) Variation
Arabie saoudite 678,6 137,2 –79,8 %
Émirats arabes unis 298,0 71,2 –76,1 %
Japon 76,2 3,0 –96,1 %
Koweït 87,4 39,8 –54,5 %
Royaume-Uni 251,6 266,7 +6,0 %
Libye 94,2 93,0 –1,3 %
Russie 35,4 118,4 +234,2 %

L'Arabie saoudite, premier client en 2015 avec 678,6 M EUR, a vu ses achats fondre de 80 %. Le Japon, auparavant un marché significatif (76,2 M EUR), a quasi disparu (3,0 M EUR, –96 %). À l'inverse, la Russie est devenue un partenaire de premier plan, multipliant ses achats par 3,3 (+234 %), tandis que le Royaume-Uni et la Libye sont restés stables. La volatilité des flux vers ces marchés est confirmée par les coefficients de variation élevés : Japon (CV = 1,09), Émirats arabes unis (CV = 0,78) et Arabie saoudite (CV = 0,65).

Des chocs de prix significatifs ont été détectés sur ces marchés : un pic extrême au Japon en 2018 (abnormalité de 194,3, décalage de +154,3 %), un choc au Koweït en 2020 (abnormalité de 85,6) et une perturbation en Libye en 2022 (abnormalité de 9,5).

Voir les partenaires d'exportation

Voir les chocs détectés

2.2. L'essor des importations en provenance des Balkans et de Turquie

À l'importation, la transformation est tout aussi spectaculaire. Les fournisseurs traditionnels ont vu leur part s'effondrer, au profit de la Turquie et des pays des Balkans occidentaux :

Partenaire Import 2015 (M EUR) Import 2025 (M EUR) Variation
Turquie 8,5 98,8 +1 061 %
Serbie 1,8 90,4 +5 064 %
Macédoine du Nord 2,0 15,2 +648 %
Royaume-Uni 113,0 0,7 –99,4 %
Russie 5,7 <0,01 –99,9 %
Chili 1,0 <0,01 –99,8 %
Suisse 3,0 1,9 –37,0 %

La Turquie et la Serbie, marginales en 2015 (respectivement 8,5 et 1,8 M EUR), sont devenues les deux premiers fournisseurs extra-UE, représentant à elles seules près de 189 M EUR en 2025. Le Royaume-Uni, qui dominait les importations en 2015 avec 113,0 M EUR, a chuté à 0,7 M EUR (–99,4 %), effet probable du Brexit et de la réorganisation des chaînes logistiques intra-européennes. La Russie et le Chili ont quasiment disparu des importations.

L'indice de concentration HHI des importations par partenaire confirme cette recomposition : il est passé de 6 081 à 4 063 (–33,2 %), indiquant une diversification des sources d'approvisionnement, même si elles restent plus concentrées qu'à l'exportation.

Voir les partenaires d'importation

2.3. Une redéfinition des rôles des États membres au sein de l'UE

La géographie du commerce intra-UE s'est profondément réorganisée, tant à l'exportation qu'à l'importation.

À l'exportation, l'Allemagne a perdu sa position de leader au profit de la Pologne :

État membre Export 2015 (M EUR) Export 2025 (M EUR) Variation
Allemagne 1 311,1 420,5 –67,9 %
Pologne 180,9 562,1 +210,7 %
Pays-Bas 198,6 213,9 +7,7 %
Lituanie 35,8 188,5 +426,4 %
Grèce 159,6 164,4 +3,0 %
Roumanie 55,2 131,6 +138,5 %
Bulgarie 195,7 91,0 –53,5 %

La Lituanie a connu une progression remarquable (+426 %), passant de 35,8 à 188,5 M EUR, tandis que la Roumanie a plus que doublé ses exportations (+139 %). L'Allemagne, qui concentrait plus de la moitié des exportations en 2015, n'en représente plus que 20 % en 2025.

À l'importation, de nouveaux hubs logistiques ont émergé :

État membre Import 2015 (M EUR) Import 2025 (M EUR) Variation
Roumanie 8,6 94,9 +1 006 %
Autriche 0,1 56,0 +42 337 %
Bulgarie 1,1 23,0 +2 067 %
Allemagne 16,9 9,2 –45,7 %
France 30,3 11,0 –63,8 %
Espagne 20,3 <0,01 –100 %
Irlande 18,9 0,2 –98,7 %

La Roumanie (94,9 M EUR, +1 006 %) et l'Autriche (56,0 M EUR) sont devenues les principaux points d'entrée, probablement en lien avec le développement de plateformes de distribution régionales et la relocalisation de la production. Les importations de France, d'Espagne et d'Irlande se sont quasi totalement taries.

Voir les États membres exportateurs

3. Une restructuration géographique de la spécialisation tabac au sein de l'UE

3.1. Un basculement de la production et de la spécialisation vers l'Est européen

L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) en 2025 met en évidence un clivage géographique net au sein de l'UE :

État membre le plus spécialisé RSCA RCA Part de la production UE
Lituanie 0,789 8,47 5,3 %
Portugal 0,758 7,26 10,0 %
Pologne 0,719 6,13 40,7 %
Roumanie 0,594 3,92 6,5 %
Grèce 0,538 3,33 2,2 %
État membre le moins spécialisé RSCA RCA Part de la production UE
Italie –1,000 0,00 <0,01 %
Danemark –0,999 0,00 <0,01 %
France –0,998 0,00 <0,01 %
Suède –0,990 0,01 <0,01 %
Hongrie –0,978 0,01 <0,01 %

La Pologne concentre à elle seule 40,7 % de la production européenne de cigarettes et possède un indice RCA de 6,13, témoignant d'une spécialisation très marquée. Le trio Pologne–Portugal–Lituanie domine la capacité exportatrice de l'UE, tandis que les grands marchés de consommation de l'Ouest (France, Italie, Danemark, Suède) n'ont quasiment aucune activité de production ni d'exportation dans ce segment. Ce basculement s'explique par les coûts de main-d'œuvre et de production plus compétitifs à l'Est, combinés au déclin accéléré de la consommation intérieure dans les pays occidentaux.

Voir la spécialisation des États membres

3.2. Une diversification croissante des destinations d'exportation

L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations a été divisé par deux, passant de 1 135 à 557 entre 2015 et 2025 (–50,9 %). En volume, le recul est plus modéré (de 825 à 676, –18,1 %). Cette baisse significative traduit une diversification des marchés d'exportation : là où les flux étaient auparavant concentrés sur quelques pays du Moyen-Orient (Arabie saoudite, Émirats, Koweït), ils se répartissent désormais sur un éventail plus large de destinations, incluant la Russie, le Royaume-Uni et la Libye.

HHI 2015 2025 Variation
Exportations (valeur) 1 135 557 –50,9 %
Exportations (volume) 825 676 –18,1 %
Importations (valeur) 6 081 4 063 –33,2 %
Importations (volume) 5 740 4 256 –25,8 %

À l'importation, le HHI reste nettement plus élevé, ce qui indique que les sources d'approvisionnement demeurent relativement concentrées, malgré l'émergence de nouveaux fournisseurs. La Serbie et la Turquie ont remplacé le Royaume-Uni comme principaux partenaires, mais la dépendance à un nombre limité de pays persiste.

Voir l'indice de concentration HHI

3.3. Une ouverture commerciale accélérée de l'industrie européenne

L'intensité commerciale de l'UE sur le segment des cigarettes a connu une progression spectaculaire, passant de 8,8 % à 42,4 % (+383,5 %). La propension à exporter a connu une trajectoire encore plus marquée, passant de 5,9 % à 40,8 % (+594,7 %), ce qui en fait l'indicateur le plus saillant de la période.

Indicateur 2015 2025 Variation
Intensité commerciale 8,8 % 42,4 % +383,5 %
Propension à exporter 5,9 % 40,8 % +594,7 %

Ces chiffres révèlent un changement de paradigme : alors qu'en 2015, l'industrie européenne du tabac était essentiellement tournée vers le marché intérieur (moins de 6 % de la production était exportée), elle s'est massivement repositionnée vers l'exportation en 2025 (plus de 40 %). Ce mouvement est la contrepartie du déclin de la consommation domestique : les industriels ont réorienté leurs capacités vers les marchés tiers, notamment au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Russie, où la demande de cigarettes traditionnelles reste plus dynamique.

Le segment dominant est celui des cigarettes contenant du tabac hors clous de girofle (NC 24022090), qui représente l'intégralité des flux. Le sous-segment des cigarettes à la girofle (NC 24022010) reste négligeable, avec des quantités n'excédant pas quelques tonnes par an à l'exportation.

Voir la propension à exporter

Voir l'intensité commerciale

Conclusion

Le marché européen des cigarettes (CN 240220) a connu une transformation structurelle profonde entre 2015 et 2025. La production a reculé d'un tiers en volume et de près des deux tiers en valeur, reflétant le déclin irréversible de la consommation de cigarettes traditionnelles au sein de l'UE. Les exportations ont perdu plus de 40 % de leur volume mais ont préservé l'essentiel de leur valeur grâce à une hausse des prix unitaires de l'ordre de 45 %, suggérant un repositionnement vers des segments à plus forte valeur ajoutée. La géographie des échanges s'est profondément réorganisée : les destinations moyen-orientales ont reculé au profit de la Russie et d'un éventail plus diversifié de marchés, tandis que les importations se réorientent massivement vers les Balkans et la Turquie au détriment du Royaume-Uni post-Brexit. Au sein de l'UE, la Pologne a supplanté l'Allemagne comme premier exportateur et concentre désormais 40,7 % de la production, tandis que les nouveaux États membres (Lituanie, Roumanie, Bulgarie) ont renforcé leur rôle de plateformes de production et de réexportation. L'ouverture commerciale de l'industrie a été multipliée par cinq, traduisant un basculement complet vers un modèle d'exportation. Ces dynamiques plaident pour un suivi attentif de la concentration des flux sur un nombre réduit de partenaires tiers et de la dépendance croissante de l'industrie européenne à l'égard de marchés extérieurs potentiellement volatils.

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Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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