Évolution du marché : Chocolat et autres préparations alimentaires contenant du cacao, présentés en tablettes, barres ou bâtons, d'un poids <= 2 kg, non-fourrés (CN 180632) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 180632 — les chocolats et préparations à base de cacao présentés en tablettes, barres ou bâtons non fourrés, d'un poids unitaire inférieur ou égal à 2 kg — sur la période 2015–2025. Ce produit, qui englobe à la fois les tablettes classiques et les tablettes additionnées de céréales, noix ou fruits (sous-codes 18063210 et 18063290), représente un segment majeur de l'industrie chocolatière européenne.
La période étudiée est marquée par des dynamiques contrastées : une forte croissance des échanges en valeur, une inflation des prix unitaires particulièrement sensible à partir de 2022, des bouleversements géopolitiques (Brexit, guerre en Ukraine, sanctions) et une crise historique des prix du cacao brut. Le présent rapport s'attache à décrire et interpréter ces évolutions à travers trois grands axes.
1. Une puissance exportatrice européenne en pleine expansion, portée par la diversification géographique des débouchés
1.1. L'UE consolide massivement son excédent commercial
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE pour le code 180632 a connu une croissance remarquable. Les exportations ont presque doublé en valeur, passant de 826 M€ à 1 919 M€ (+132,2 %), tandis que les importations ont progressé de 343 M€ à 658 M€ (+91,9 %). L'excédent commercial s'est ainsi élargi de 483 M€ à 1 261 M€ (+160,8 %), reflétant un renforcement structurel de la position de l'UE sur ce segment.
| Indicateur | 2015 | 2019 | 2021 | 2023 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 826 | 1 110 | 1 206 | 1 525 | 1 919 | +132 % |
| Importations (M€) | 343 | 423 | 376 | 457 | 658 | +92 % |
| Solde (M€) | 483 | 687 | 829 | 1 068 | 1 261 | +161 % |
| Volume exporté (tonnes) | 150 772 | 206 701 | 231 046 | 233 263 | 197 675 | +31 % |
| Volume importé (tonnes) | 58 904 | 77 476 | 62 963 | 66 398 | 60 843 | +3 % |
Il convient de noter que la croissance des exportations en valeur (+132 %) a été nettement supérieure à celle des quantités (+31 %), ce qui traduit un effet prix majeur : le prix unitaire moyen à l'exportation est passé de 5 481 €/tonne à 9 708 €/tonne (+77 %). Pour les importations, la hausse de prix est encore plus marquée (+86 %), passant de 5 822 à 10 818 €/tonne. Voir l'évolution détaillée des échanges.
1.2. Le Royaume-Uni, les États-Unis et la Russie structurent les flux d'exportation
L'analyse des partenaires commerciaux à l'exportation révèle une concentration modérée et relativement stable. L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des exportations est passé de 1 937 à 1 667, indiquant une légère diversification des marchés de destination.
| Partenaire (export.) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 339 | 711 | +110 % |
| États-Unis | 86 | 237 | +175 % |
| Fédération de Russie | 39 | 127 | +225 % |
| Australie | 36 | 78 | +117 % |
| Canada | 31 | 70 | +123 % |
| Suisse | 42 | 52 | +22 % |
| Serbie | 13 | 41 | +214 % |
Le Royaume-Uni demeure de loin le premier débouché, avec 711 M€ en 2025, ce qui s'explique par la proximité géographique et l'intégration historique des chaînes de valeur chocolatières entre le continent et les îles Britanniques. Cependant, le taux de croissance des exportations vers les États-Unis (+175 %) et surtout vers la Serbie (+214 %) est supérieur, reflétant une diversification stratégique des débouchés européens.
La trajectoire vers la Fédération de Russie est particulièrement notable : après une forte croissance entre 2015 et 2023 (de 39 à 207 M€, soit +431 %), les exportations ont reculé à 127 M€ en 2025, vraisemblablement sous l'effet des sanctions économiques imposées à la suite du conflit en Ukraine.
1.3. Une dépendance aux importations qui se concentre sur la Suisse, avec l'émergence de nouveaux fournisseurs
Côté importations, la Suisse domine largement avec 397 M€ en 2025 (soit 60 % du total), en hausse de 59 % par rapport à 2015. Cette position reflète le poids des multinationales suisses (Nestlé, Lindt, Barry Callebaut) qui réexportent vers l'UE depuis leurs plateformes helvétiques. Le Royaume-Uni constitue le second fournisseur (125 M€), suivi de la Turquie (45 M€) et de l'Ukraine (26 M€).
| Partenaire (import.) | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 249 | 397 | +59 % |
| Royaume-Uni | 78 | 125 | +60 % |
| Ukraine | 1 | 26 | +2 371 % |
| Turquie | 2 | 45 | +2 390 % |
| Serbie | 1 | 7 | +401 % |
| Norvège | 3 | 6 | +86 % |
L'émergence de l'Ukraine et de la Turquie comme fournisseurs est l'une des évolutions les plus remarquables de la période. L'Ukraine est passée d'un flux marginal (1 M€ en 2015) à 26 M€ en 2025, soit une multiplication par 25. La Turquie affiche une trajectoire similaire, passant de 2 à 45 M€. Ces deux pays, candidats ou partenaires commerciaux de l'UE, bénéficient de conditions tarifaires préférentielles et de coûts de production compétitifs qui en font des fournisseurs alternatifs de plus en plus significatifs. Parallèlement, l'indice HHI des importations a baissé de 5 802 à 4 083, confirmant une réelle diversification des approvisionnements.
1.4. L'Allemagne, cœur névralgique du commerce chocolatier européen
Au sein de l'UE, l'Allemagne se distingue clairement comme le moteur principal du commerce extérieur. En 2025, l'Allemagne concentre 598 M€ d'exportations (+116 % vs 2015) et 271 M€ d'importations (+54 %), ce qui la positionne comme la plaque tournante du chocolat européen. Son coefficient de spécialisation révélé (RSCA de 0,32) et son RCA de 1,96 confirment un avantage comparatif prononcé dans ce segment, cohérent avec sa part de production de 41 %.
La Belgique (262 M€ d'exportations, +277 %) et les Pays-Bas (126 M€, +316 %) connaissent les hausses les plus spectaculaires, illustrant le renforcement des plateformes logistiques et de transformation chocolatière dans le Benelux. L'Irlande et la Pologne figurent également parmi les grands exportateurs, bien que l'Irlande présente un RSCA fortement négatif (-0,99), signe d'une spécialisation très faible malgré des volumes significatifs — probablement liée à la présence de grandes multinationales étrangères sur son sol.
2. Des prix en hausse structurelle amplifiée par la crise du cacao, transformant la dynamique de valeur des échanges
2.1. Une inflation des prix unitaires généralisée depuis 2022
L'un des faits marquants de la période réside dans l'envolée des prix unitaires, tant à l'exportation qu'à l'importation. Entre 2015 et 2021, les prix avaient progressé de manière relativement modérée (autour de 5 000–6 000 €/tonne). À partir de 2022, une accélération brutale se produit, portant les prix à 9 708 €/tonne à l'exportation et 10 818 €/tonne à l'importation en 2025.
| Année | Prix export (€/t) | Prix import (€/t) | Production UE (€/t) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 5 481 | 5 822 | 4 325 |
| 2018 | 5 133 | 5 210 | 3 862 |
| 2020 | 5 072 | 5 718 | 5 046 |
| 2022 | 5 845 | 6 240 | 4 920 |
| 2023 | 6 544 | 6 886 | 5 454 |
| 2024 | 7 557 | 8 282 | 6 560 |
| 2025 | 9 708 | 10 818 | — |
La production intérieure de l'UE suit une trajectoire comparable : le prix unitaire moyen de la production est passé de 3,86 €/kg en 2018 à 6,56 €/kg en 2024 (+70 %), ce qui suggère que l'inflation observée dans les échanges extérieurs reflète bien des contraintes de coûts amont profondes.
2.2. La crise historique des cours du cacao comme facteur déterminant
L'explication principale de cette inflation réside dans la crise des prix du cacao brut survenue en 2023–2024. Les cours mondiaux du cacao ont atteint des niveaux historiques, dépassant les 10 000 dollars la tonne au début 2024, soit plus du triple par rapport à 2022. Cette crise, alimentée par des déficits de production en Côte d'Ivoire et au Ghana (principaux producteurs mondiaux), a transmis une pression inflationnique massive sur l'ensemble de la filière chocolatière.
Le graphique des prix unitaires montre que l'envolée est particulièrement marquée pour les importations en provenance de Côte d'Ivoire, où l'UE a commencé à importer directement des produits transformés à partir de 2024 (2786 tonnes en 2024 et 1991 tonnes en 2025, pour une valeur respective de 21 M€ et 24 M€). Ce phénomène, nouveau dans les données, pourrait refléter une tentative de l'industrie européenne de se rapprocher des sources d'approvisionnement en cacao pour sécuriser les approvisionnements.
2.3. Des chocs de prix fréquents et de forte amplitude sur de nombreux partenaires
L'analyse des chocs détectés révèle une grande volatilité des prix sur des dizaines de relations commerciales. Parmi les plus significatifs en termes de valeur partagée :
| Partenaire | Type de choc | Année centrale | Amplitude (%) | Part de valeur (%) |
|---|---|---|---|---|
| Fédération de Russie (exp.) | Prix | 2022 | +37,5 % | 9,7 % |
| États-Unis (imp.) | Prix | 2021 | +22,2 % | 1,2 % |
| Côte d'Ivoire (imp.) | Prix | 2021 | −23,5 % | 1,0 % |
| Singapour (exp.) | Prix | 2023 | +19,5 % | 0,7 % |
| Arménie (exp.) | Prix | 2021 | +27,7 % | 0,2 % |
Les chocs les plus extrêmes en termes d'écart à la normale concernent souvent des relations commerciales de faible volume (Bangladesh, avec une anomalie de 139,4 ; Jamaïque avec 120,1 ; Nouvelle-Zélande avec 90,9), ce qui souligne l'instabilité inhérente aux flux de petite taille. Néanmoins, certains chocs de prix touchent des partenaires majeurs : la Fédération de Russie voit son prix d'exportation bondir de 4 800 à 6 601 €/tonne en 2022 (+37,5 %), sous l'effet conjugué des sanctions, de la dépréciation du rouble et des coûts logistiques accrus.
2.4. Des volumes à l'exportation qui refluent en 2024–2025 sous l'effet des prix
Un signal d'alerte important réside dans la baisse des volumes exportés en 2024–2025. Après un pic de 233 263 tonnes en 2023, les exportations ont reculé à 225 790 tonnes en 2024 puis à 197 675 tonnes en 2025 (−15 % par rapport au pic). Cette contraction des volumes, alors même que les valeurs continuent de croître, est un signal classique d'élasticité-prix négative de la demande : les prix élevés commencent à peser sur la demande des importateurs tiers, même si l'effet valeur masque partiellement cette tendance.
Côté importations, les volumes restent relativement stables entre 60 000 et 70 000 tonnes sur la période, avec cependant une baisse notable en 2025 (60 843 tonnes), ce qui pourrait refléter à la fois une substitution par la production intérieure et une moindre attractivité des importations au vu des prix élevés.
3. Des transformations structurelles de la filière : production, spécialisation et vulnérabilité
3.1. Une production européenne en hausse en valeur, mais aux volumes stagnants
La production de l'UE (code CN 180632) a connu une évolution contrastée. En volume, la production est passée de 831 M de kg (2003, première donnée disponible) à 960 M de kg en 2024, soit une hausse de seulement 15,5 % sur plus de vingt ans. En revanche, en valeur, la production a bondi de 3,8 Mds€ à 6,3 Mds€ (+67,5 %), traduisant l'inflation des prix intérieurs du chocolat. En 2019, un creux notable est observé (757 M de kg), probablement lié à des effets saisonniers ou à des ajustements de production.
Le prix unitaire de la production a suivi une trajectoire ascendante particulièrement marquée à partir de 2022, passant de 4,64 €/kg en 2021 à 6,56 €/kg en 2024, ce qui confirme l'impact majeur de la crise des matières premières sur les coûts de production domestiques.
3.2. Une spécialisation géographique européenne hétérogène
L'analyse des avantages comparatifs révèle une grande hétérogénéité au sein de l'UE. En 2025, les États membres les plus spécialisés dans le chocolat non fourré sont :
| Pays | RSCA | RCA | Part production | Part exportations |
|---|---|---|---|---|
| Bulgarie | 0,64 | 4,60 | 2,9 % | 0,6 % |
| Autriche | 0,41 | 2,40 | 7,9 % | 3,3 % |
| Croatie | 0,38 | 2,23 | 0,9 % | 0,4 % |
| Lituanie | 0,38 | 2,20 | 1,4 % | 0,6 % |
| Allemagne | 0,32 | 1,96 | 41,5 % | 21,2 % |
À l'inverse, l'Irlande (RSCA de −0,99), le Luxembourg (−0,83), les Pays-Bas (−0,70) et la Hongrie (−0,79) sont nettement désavantagés, ce qui signifie que leurs importations nettes de chocolat non fourré dépassent largement ce que leur poids dans le commerce mondial leur permettrait d'exporter. L'Irlande est un cas singulier : malgré une production quasi nulle (0,01 % du total UE), elle figure parmi les principaux importateurs et exportateurs, ce qui s'explique par la présence de sièges de grandes entreprises (notamment Barry Callebaut via ses filiales irlandaises).
3.3. Une dépendance nette aux importations qui se creuse malgré l'excédent commercial
L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de −5,6 % en 2003 à −22,0 % en 2024. Ce chiffre négatif signifie que l'UE est structurellement excédentaire : elle exporte plus qu'elle n'importe. Cependant, l'approfondissement de cette valeur absolue (le chiffre devient plus négatif) indique que l'écart entre exportations et importations se creuse, c'est-à-dire que la part des exportations dans la production augmente plus vite que celle des importations.
En parallèle, l'intensité commerciale (commerce total rapporté à la production) est passée de 12,5 % à 33,0 %, et la propension à exporter de 9,1 % à 27,0 %, ce qui témoigne d'une internationalisation croissante de la filière chocolatière européenne. Aujourd'hui, plus d'un quart de la production européenne de chocolat non fourré est destinée à l'exportation, contre moins d'un dixième en 2003.
3.4. Un segment « additionné de céréales, noix ou fruits » qui rattrape le segment classique
L'analyse des sous-segments (18063210 : additionné de céréales, noix, fruits vs 18063290 : chocolat classique) révèle des dynamiques complémentaires. À l'exportation, le segment 18063290 (chocolat classique) reste dominant avec 1 298 M€ en 2025, mais le segment 18063210 (avec additions) atteint 621 M€ et a connu une croissance de 96 % (vs +155 % pour le segment classique). À l'importation, les deux sous-segments convergent : le segment 18063210 passe de 181 M€ à 318 M€ (+76 %), tandis que le 18063290 passe de 162 M€ à 340 M€ (+110 %).
Les prix unitaires des deux segments ont suivi une trajectoire similaire, avec une légère prime pour le segment classique à l'importation (10 753 €/tonne vs 10 891 €/tonne en 2025), tandis qu'à l'exportation, le segment « additionné » est légèrement moins cher (9 224 €/tonne vs 9 958 €/tonne).
Conclusion
Le marché du chocolat non fourré (CN 180632) connaît une transformation profonde sur la période 2015–2025. L'Union européenne s'affirme comme une puissance exportatrice dominante, avec un excédent commercial qui a été multiplié par 2,6, porté par une diversification des marchés de destination (Royaume-Uni, États-Unis, Serbie, Australie) et une internationalisation croissante de la production (propension à exporter passée de 9 % à 27 %).
Cependant, la période récente est marquée par des turbulences majeures. L'envolée des prix du cacao brut en 2023–2024 a provoqué une inflation des prix unitaires de l'ordre de 70 à 85 % sur la période étudiée, affectant les volumes d'échange et commençant à peser sur la compétitivité-prix des exportations européennes. Le recul des volumes exportés en 2024–2025 constitue un signal d'alerte qui mérite d'être surveillé.
Enfin, la crise géopolitique a reconfiguré les flux : le déclin des exportations vers la Russie depuis 2023 et l'émergence rapide de l'Ukraine et de la Turquie comme fournisseurs alternatifs illustrent la recomposition en cours des chaînes de valeur chocolatières autour de l'Union européenne.