Évolution du marché : Chocolat en vrac (CN 180620) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 180620 couvre le chocolat et les préparations alimentaires à base de cacao conditionnés en conteneurs ou emballages immédiats de plus de 2 kg, à l'exclusion de la poudre de cacao sucrée. Il s'agit d'un secteur clé de l'industrie chocolatière européenne, servant de matière première aux industriels et aux artisans. Ce code regroupe des sous-produits variés — chocolat liquide ou pâteux à haute teneur en beurre de cacao (≥ 31 %), préparations à teneur intermédiaire, chocolate milk crumb, glaçage au cacao, etc. Détail du périmètre produit.
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'UE sur ce produit a connu des transformations profondes. Les valeurs commerciales ont été multipliées par près de trois à l'export et par plus de quatre à l'import, portées non seulement par une croissance des volumes, mais surtout par une hausse spectaculaire des prix unitaires, en particulier à partir de 2022. Parallèlement, la géographie des flux s'est recomposée, la production européenne a presque doublé, et la structure de l'offre s'est diversifiée. Le présent rapport analyse ces dynamiques en trois volets complémentaires.
1. Une décennie de croissance tirée par l'envolée des prix unitaires
Les volumes progressent modérément tandis que les valeurs s'envolent
La désynchronisation entre la trajectoire des volumes et celle des valeurs constitue le trait dominant de la période. À l'export, l'UE a augmenté ses expéditions de 176 594 t (2015) à 225 854 t (2025), soit une hausse de +27,9 %. En revanche, la valeur exportée est passée de 603 M€ à 1 775 M€, soit un bond de +194,2 %. L'écart s'explique quasi intégralement par la hausse du prix moyen à l'export, passé de 3 417 €/t à 7 858 €/t (+130,0 %). Vue d'ensemble des flux.
Du côté des importations, le constat est encore plus marqué :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importée (M€) | 184 | 799 | +333,4 % |
| Volume importé (t) | 54 725 | 106 039 | +93,8 % |
| Prix moyen import (€/t) | 3 370 | 7 539 | +123,7 % |
| Valeur exportée (M€) | 603 | 1 775 | +194,2 % |
| Volume exporté (t) | 176 594 | 225 854 | +27,9 % |
| Prix moyen export (€/t) | 3 417 | 7 858 | +130,0 % |
| Solde commercial (M€) | 419 | 975 | +132,8 % |
L'accélération post-2022 : un choc de prix d'ampleur historique
La trajectoire des prix révèle deux phases distinctes. Entre 2015 et 2022, les prix ont fluctué autour de niveaux relativement stables — le prix moyen d'import du segment principal (18062010) a même atteint un minimum de 2 839 €/t en 2018, avant de remonter progressivement à 3 248 €/t en 2022. Puis, à partir de 2023, une accélération brutale s'est produite. En 2024, le prix moyen d'import pour le chocolat à haute teneur en beurre de cacao (18062010) atteignait 7 059 €/t, puis 9 024 €/t en 2025 — soit un triplement par rapport à 2022.
Cette dynamique est cohérente avec la crise mondiale des prix du cacao survenue en 2023–2024, liée à des déficits de production en Afrique de l'Ouest, aux effets du changement climatique et à la spéculation sur les marchés à terme. Les prix du cacao brut ayant dépassé les 10 000 $/t au printemps 2024, la transmission aux produits transformés explique l'ampleur de la hausse observée sur le code 180620.
L'UE demeure un exportateur net avec un excédent croissant
Malgré la hausse plus rapide des importations en valeur (+333 %) que des exportations (+194 %), l'UE conserve un excédent commercial substantiel sur ce produit. Le solde est passé de 419 M€ en 2015 à 975 M€ en 2025 (+132,8 %). L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme cette position structurelle : il est resté négatif tout au long de la période, oscillant entre −9,2 % et −21,3 %, signifiant que l'UE exporte nettement plus qu'elle n'importe. Le point le plus bas de dépendance (−21,3 %) correspond à la période où les exportations en volume atteignaient leur maximum historique de 257 531 t (2021).
2. Une géographie commerciale en profonde recomposition
L'émergence de nouveaux fournisseurs aux trajectoires spectaculaires
Si la Côte d'Ivoire reste le premier fournisseur de l'UE pour ce produit — passant de 99 M€ à 392 M€ (+294,7 %) — la véritable surprise réside dans l'ascension de partenaires autrefois marginaux devenus des acteurs significatifs. Classement des partenaires.
| Partenaire (import) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Côte d'Ivoire | 99 | 392 | +294,7 % |
| Royaume-Uni | 61 | 178 | +192,9 % |
| Serbie | 0,2 | 155 | +78 023 % |
| Suisse | 12 | 26 | +123,5 % |
| Norvège | 3 | 13 | +330,9 % |
| Turquie | 0,6 | 13 | +2 149 % |
| Moldavie | 1,5 | 4,5 | +198,3 % |
La Serbie illustre de manière spectaculaire cette dynamique : ses exportations vers l'UE sur le code 180620 sont passées de 198 000 € à 155 M€ en une décennie, un bond de 78 023 %. Ce développement est vraisemblablement lié à l'intégration progressive de la Serbie dans les chaînes d'approvisionnement européennes, tirant parti de sa proximité géographique, de coûts de production compétitifs et de l'accord de stabilisation et d'association avec l'UE. La Turquie (+2 149 %) et la Norvège (+330,9 %) connaissent des trajectoires comparables, bien que sur des bases initiales différentes.
Du côté des exportations de l'UE, les principaux marchés restent le Royaume-Uni (434 M€, +130,1 %), les États-Unis (247 M€, +172,9 %), la Russie (107 M€, +161,3 %), la Corée du Sud, la Chine, le Canada et le Japon. Le Canada affiche la progression la plus forte parmi les sept premiers (+268,5 %), tandis que le Japon stagne presque (+9,5 %).
Une concentration géographique en baisse, signe de diversification
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme la désagrégation progressive des flux :
| Indicateur HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 4 040 | 3 294 | −18,5 % |
| Importations (volume) | 4 092 | 2 895 | −29,3 % |
| Exportations (valeur) | 1 376 | 996 | −27,7 % |
| Exportations (volume) | 1 530 | 1 116 | −27,1 % |
La baisse est plus prononcée à l'import (surtout en volume : −29,3 %), ce qui reflète l'arrivée des nouveaux fournisseurs mentionnés ci-dessus. Le HHI des exportations demeure structurellement plus faible, indiquant que les débouchés de l'UE sont déjà relativement diversifiés. Toutefois, la poursuite de la baisse (−27,7 % en valeur) traduit l'élargissement du portefeuille de marchés de destination.
Les États membres : une hiérarchie en mutation
La répartition entre États membres révèle des trajectoires très contrastées.
Importations par État membre :
| État membre | Import 2015 (M€) | Import 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 84 | 434 | +415,7 % |
| Belgique | 19 | 79 | +308,9 % |
| Pologne | 24 | 57 | +137,4 % |
| Croatie | 0,02 | 55 | +264 739 % |
| Hongrie | 0,3 | 39 | +14 303 % |
| Irlande | 15 | 33 | +119,2 % |
| Allemagne | 24 | 26 | +5,9 % |
La France concentre la plus forte progression en valeur absolue. Mais la Croatie (+264 739 %) et la Hongrie (+14 303 %) connaissent des hausses vertigineuses, probablement liées à des reconfigurations de chaînes logistiques et à l'établissement de nouvelles unités de transformation dans ces pays.
Exportations par État membre :
| État membre | Export 2015 (M€) | Export 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Belgique | 311 | 1 069 | +244,0 % |
| Italie | 31 | 191 | +517,0 % |
| Allemagne | 64 | 151 | +134,8 % |
| France | 71 | 140 | +96,6 % |
| Irlande | 46 | 87 | +88,6 % |
| Pays-Bas | 26 | 30 | +16,1 % |
| Pologne | 12 | 21 | +72,9 % |
L'Italie affiche la progression la plus remarquable (+517 %), tandis que la Belgique consolide sa position de premier exportateur européen, avec plus d'un milliard d'euros en 2025 — soit environ 60 % des exportations totales de l'UE sur ce code.
3. Une production européenne en plein essor et une mutation des segments produits
Une industrie qui a presque doublé en volume et quadruplé en valeur
La production européenne a connu une croissance remarquable sur la période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume de production (M kg) | 1 003 | 1 976 | +97,1 % |
| Valeur de production (M€) | 1 763 | 6 701 | +280,1 % |
Le volume de production a quasiment doublé, tandis que la valeur a été multipliée par 3,8. Le prix moyen de la production a donc suivi une trajectoire ascendante similaire à celle observée sur les échanges commerciaux, confirmant que l'inflation des matières premières (cacao, sucre, lait) a affecté l'ensemble de la chaîne de valeur.
La Belgique, hub chocolatier incontesté de l'UE
Les indicateurs de spécialisation confirment la prédominance belge :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans les exports du produit (%) |
|---|---|---|---|
| Belgique | 0,65 | 4,71 | 39,9 |
| Slovaquie | 0,23 | 1,60 | 3,4 |
| Pologne | 0,12 | 1,28 | 8,5 |
| France | 0,11 | 1,24 | 9,7 |
| Italie | 0,09 | 1,21 | 9,7 |
La Belgique affiche un indice RCA de 4,71 et un RSCA de 0,65, des niveaux qui traduisent une spécialisation très marquée. Ce résultat s'explique par l'histoire de l'industrie chocolatière belge (couverture, tempérage, traditions de transformation en vrac) et la présence d'infrastructures portuaires (Anvers) facilitant les échanges internationaux. À l'inverse, l'Irlande (RSCA de −0,98), la Finlande (−0,97) et le Luxembourg (−0,92) apparaissent comme les États membres les moins spécialisés sur ce segment.
Des dynamiques de segment contrastées au sein du code 180620
L'analyse des sous-produits au sein du code 180620 révèle des évolutions structurelles significatives. Comparaison des segments.
Importations par sous-produit (volume, en tonnes) :
| Segment | Description | 2015 | 2025 | Variation | Part 2015 | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 18062010 | Beurre de cacao ≥ 31 % | 34 275 | 41 603 | +21,4 % | 62,6 % | 39,2 % |
| 18062095 | Beurre de cacao < 18 % | 5 617 | 16 987 | +202,4 % | 10,3 % | 16,0 % |
| 18062070 | Chocolate milk crumb | 1 826 | 17 438 | +855,2 % | 3,3 % | 16,4 % |
| 18062030 | Beurre de cacao 25–31 % | 8 022 | 10 974 | +36,8 % | 14,7 % | 10,3 % |
| 18062050 | Beurre de cacao 18–25 % | 3 385 | 11 205 | +231,0 % | 6,2 % | 10,6 % |
| 18062080 | Glaçage au cacao | 1 601 | 7 832 | +389,3 % | 2,9 % | 7,4 % |
Le segment dominant (18062010) conserve la première place en volume absolu, mais sa part relative a reculé de 62,6 % à 39,2 %. Deux segments connaissent une expansion remarquable : le chocolate milk crumb (18062070), dont les importations en volume ont été multipliées par 9,6, et les préparations à faible teneur en beurre de cacao (18062095, +202 %). Ces dynamiques suggèrent un glissement de la demande vers des segments à valeur ajoutée intermédiaire, potentiellement en lien avec la contrainte sur les coûts des matières grasses de cacao.
Évolution des prix à l'import par segment (€/t) :
| Segment | 2015 | 2022 | 2025 | Var. 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| 18062010 (beurre ≥ 31 %) | 3 438 | 3 248 | 9 024 | +162,5 % |
| 18062050 (beurre 18–25 %) | 3 060 | 2 781 | 8 730 | +185,3 % |
| 18062030 (beurre 25–31 %) | 3 040 | 3 115 | 7 445 | +145,0 % |
| 18062095 (beurre < 18 %) | 4 022 | 3 354 | 7 421 | +84,5 % |
| 18062070 (milk crumb) | 2 726 | 2 507 | 4 826 | +77,0 % |
| 18062080 (glaçage) | 2 692 | 2 887 | 4 378 | +62,6 % |
Les segments les plus riches en beurre de cacao (18062010, 18062050) ont connu les hausses de prix les plus fortes, ce qui est cohérent avec la flambée des cours du beurre de cacao. Le glaçage (18062080) et le milk crumb (18062070), dont la composition intègre davantage d'autres matières grasses et d'ingrédients laitiers, ont été relativement épargnés.
Volatilité, chocs et ouverture commerciale
L'analyse de volatilité par partenaire révèle que les échanges avec les partenaires majeurs demeurent relativement stables (coefficient de variation de 0,13 pour le Royaume-Uni et de 0,12 pour les États-Unis à l'export). En revanche, certains partenaires secondaires présentent une forte volatilité : la Serbie (CV = 1,29) et le Brésil (CV = 2,03) à l'import, la Turquie (CV = 0,66) et l'Arabie saoudite (CV = 0,57) à l'export. Des chocs ponctuels ont été détectés sur des marchés de niche (importations du Liban en 2022, exportations vers le Burundi et le Honduras en 2021), mais ces événements restent marginaux en termes de valeur commerciale.
Enfin, la propension à exporter de l'UE est passée de 13,9 % à 21,2 % (+52,6 %), tandis que l'intensité commerciale est passée de 17,7 % à 27,5 % (+55,3 %). Ces deux indicateurs convergent pour montrer que l'industrie chocolatière européenne en vrac s'est davantage intégrée aux marchés internationaux au cours de la décennie.
Conclusion
Le marché européen du chocolat en vrac (CN 180620) a traversé une décennie de transformations profondes entre 2015 et 2025. Trois constats majeurs se dégagent de l'analyse des données.
Premièrement, la hausse des prix unitaires a été le moteur dominant de la croissance des valeurs commerciales, particulièrement à partir de 2023. Alors que les volumes échangés ont progressé de manière modeste à l'export (+28 %), les valeurs ont été multipliées par près de trois (+194 %). Cette inflation, alimentée par la crise mondiale des prix du cacao, a transformé la structure de coûts de l'ensemble de la filière et a mécaniquement gonflé les valeurs de production (+280 %).
Deuxièmement, la géographie commerciale s'est considérablement diversifiée. De nouveaux fournisseurs comme la Serbie, la Turquie ou la Norvège ont émergé côté importations, tandis que des marchés comme le Canada et la Chine ont gagné en importance côté exportations. L'indice HHI a baissé d'environ 18 à 29 % selon les indicateurs, témoignant d'une moindre dépendance envers les partenaires historiques.
Troisièmement, la production européenne a presque doublé en volume, consolidant le statut d'exportateur net de l'UE (excédent de 975 M€ en 2025). La Belgique domine largement, avec un indice RCA de 4,71 et environ 60 % des exportations européennes. Au sein du code 180620, les segments les plus riches en beurre de cacao ont subi les plus fortes hausses de prix, tandis que le chocolate milk crumb et les préparations à faible teneur en beurre de cacao ont gagné des parts de marché en volume, révélant une adaptation structurelle de la demande face à la contrainte sur les matières grasses de cacao.
À l'horizon, la principale question porte sur la durabilité de la dynamique actuelle : la stabilisation — ou non — des prix du cacao déterminera si la valeur des échanges se maintient à ses niveaux record, ou si un retour vers la moyenne devrait être anticipé.