Évolution du marché : Chemises et chemisettes, en bonneterie, de coton, pour hommes ou garçonnets (sauf chemises de nuit, T-shirts et maillots de corps) (CN 610510) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 610510, couvrant la période 2015–2025. Le secteur des chemises et chemisettes en bonneterie de coton pour hommes et garçonnets a traversé une période de transformations significatives. On observe une divergence marquée entre les tendances de valeur et de volume, une restructuration profonde des partenaires commerciaux, et une exposition croissante aux risques de la chaîne d'approvisionnement. L'analyse s'appuie sur les données de commerce disponibles, excluant les périodes incomplètes, et vise à identifier les forces motrices sous-jacentes à ces changements.
Vue d'ensemble sur le tableau de bord
Une divergence prononcée entre valeur et volume : signe d'une montée en gamme ?
Cette section explore le paradoxe central du secteur : alors que les valeurs commerciales augmentent, les volumes échangés diminuent, suggérant un changement structurel vers des produits à plus haute valeur ajoutée.
Les exportations de l'UE : une croissance portée par les prix, pas par les volumes
Entre 2015 et 2025, la valeur totale des exportations de l'UE a augmenté de 46,9%, passant de 319,5 millions d'euros à 469,3 millions d'euros. Cependant, sur la même période, les quantités exportées ont diminué de 17,3%, chutant de 5 970 à 4 940 tonnes. Cette dynamique inverse a entraîné une hausse spectaculaire du prix unitaire moyen à l'exportation, qui a bondi de 77,5%, passant de 53 510 €/tonne à 94 974 €/tonne. Le point culminant a été atteint en 2024 avec un prix moyen de 97 293 €/tonne. Cette évolution suggère fortement que l'industrie de l'UE se réoriente vers des produits de niche, à plus haute valeur ajoutée, abandonnant probablement la production de masse à faible marge.
Détails des échanges par valeur et volume
| Indicateur (Exportations) | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 319,5 | 469,3 | +46,9% |
| Quantité (tonnes) | 5 970 | 4 940 | -17,3% |
| Prix moyen (€/tonne) | 53 510 | 94 974 | +77,5% |
Les importations de l'UE : une stabilité apparente masquant des ajustements
Les importations totales de l'UE sont restées relativement stables en valeur (augmentation de 3,4% à 1 148 millions d'euros) et en quantité (augmentation de 0,8% à 61 087 tonnes). Le prix moyen à l'importation n'a connu qu'une hausse modeste de 2,5%. Cette stabilité globale cache néanmoins d'importants rééquilibrages entre pays fournisseurs, comme nous le verrons plus loin. La période 2020-2021, marquée par la pandémie, a vu un creux prononcé tant en valeur (845 M€ en 2021) qu'en volume (46 997 tonnes en 2021), avant un rebond en 2022.
Détails des échanges par valeur et volume
Une production de l'UE en repli de volume, mais en progression de valeur
Les données de production de l'Union européenne corroborent cette tendance à la montée en gamme. Entre 2015 et 2024 (dernière année disponible), la quantité produite a chuté de 50,1%, passant de 74,9 millions à 37,4 millions d'unités. En revanche, la valeur de la production a augmenté de 14,3%, passant de 433,8 millions d'euros à 495,6 millions d'euros. Le prix unitaire de production a ainsi connu une forte hausse, passant d'environ 5,79 €/unité à 13,27 €/unité. Cela indique clairement que la production européenne s'est recentrée sur des segmentations plus premium du marché.
Évolution des volumes de production de l'UE
Une restructuration majeure des partenaires commerciaux sous l'impulsion du Brexit et de la relocalisation
Cette section examine comment la carte des échanges a été redessinée, avec une reconfiguration des fournisseurs et des marchés d'exportation.
À l'importation : la montée en puissance du Bangladesh face au déclin de la Chine et du Royaume-Uni
Le Bangladesh a renforcé sa position de premier fournisseur de l'UE, avec une augmentation de sa part de 38,4% à 48,0% des importations totales de l'UE entre 2015 et 2025. Sa valeur a progressé de 426 à 551 millions d'euros (+29,4%). À l'inverse, les importations en provenance de Chine ont connu un déclin marqué de 37,9%, passant de 169 à 105 millions d'euros, ce qui reflète une diversification de l'approvisionnement loin de la Chine. L'Inde et la Turquie restent des fournisseurs stables. L'événement le plus spectaculaire concerne le Royaume-Uni, dont les exportations vers l'UE se sont effondrées de 78,8%, passant de 53 à 11 millions d'euros, principalement entre 2019 et 2021. Cet effondrement coïncide avec la mise en œuvre du Brexit (début 2021), illustrant l'impact des nouvelles barrières commerciales. Le Pakistan a connu la plus forte progression, avec une multiplication par 2,2 de ses ventes à l'UE.
Principaux partenaires à l'importation par valeur
| Pays fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Part 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|
| Bangladesh | 426,4 | 551,5 | 48,0% | +29,4% |
| Türkiye | 119,4 | 125,6 | 10,9% | +5,2% |
| India | 107,2 | 104,5 | 9,1% | -2,5% |
| China | 169,2 | 105,1 | 9,1% | -37,9% |
| Pakistan | 17,6 | 39,2 | 3,4% | +122,6% |
| United Kingdom | 53,1 | 11,3 | 1,0% | -78,8% |
À l'exportation : un rééquilibrage vers les États-Unis, la Suisse et la Chine
Le profil des marchés d'exportation de l'UE a également changé radicalement. Le Royaume-Uni, historiquement le premier client, a vu ses achats en provenance de l'UE s'écrouler de 54,4% (de 127,6 M€ à 58,2 M€), conséquence directe du Brexit. En parallèle, de nouveaux marchés ont émergé. Les exportations vers les États-Unis ont bondi de 146,7% pour atteindre 46,5 millions d'euros, devenant ainsi le premier marché extra-européen. La Suisse a enregistré une progression de 150,5%. Fait remarquable, les exportations vers la Chine ont été multipliées par 3,1 (de 12,3 M€ à 37,9 M€), suggérant une intégration réussie sur ce marché complexe. La Turquie, pays fournisseur important, est aussi devenue un marché d'exportation en forte croissance (+128,1%). Cette diversification des marchés de destination est un signe positif pour la résilience du secteur exportateur européen.
Principaux partenaires à l'exportation par valeur
Le leadership européen consolidé de l'Italie et de l'Allemagne
Au sein de l'UE, la spécialisation à l'exportation est fortement concentrée. L'Italie a consolidé sa position de premier exportateur, avec une valeur passée de 95,9 à 155,3 millions d'euros (+61,9%). L'Allemagne a connu une progression similaire (+64,6%). La France a également augmenté ses exportations (+49,8%). En revanche, l'Espagne a vu ses exportations s'effondrer de 61,2%, passant de 44,9 à 17,4 millions d'euros, ce qui indique une perte de compétitivité ou un changement de stratégie. À l'importation, l'Allemagne reste le premier consommateur, suivi de l'Italie et de la France.
Spécialisation des États membres de l'UE
Dépendance accrue, concentration et vulnérabilité aux chocs
Cette dernière partie analyse les risques structurels liés à la forte dépendance de l'UE aux importations et aux chocs de prix observés.
Une dépendance nette aux importations qui s'est creusée
L'indicateur de dépendance nette aux importations [(imports - exports) / production] a augmenté de manière significative, passant de 40,5% en 2015 à 62,5% en 2024, avec un pic à 78,7% en 2015. Cette hausse de 54,2% signifie que le marché intérieur de l'UE est de plus en plus approvisionné par des producteurs tiers, réduisant son autonomie. Cette tendance est cohérente avec la baisse des volumes de production européenne observée précédemment.
Évolution de la dépendance nette aux importations
Une concentration accrue des fournisseurs et une volatilité des prix
L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations a augmenté de 33,9%, passant de 1 986 à 2 659. Un HHI supérieur à 2 500 indique un marché hautement concentré. Cette concentration est principalement due au poids croissant du Bangladesh. À l'inverse, le HHI pour les exportations a chuté de 60,9%, indiquant une diversification salutaire des marchés de destination. Plusieurs chocs de prix significatifs ont été détectés. En 2022, les prix des importations en provenance du Bangladesh ont connu une hausse anormale de 26%, avec un indice d'anormalité de 11,5. Ce choc, touchant le fournisseur principal (57,3% de la part de valeur), illustre la vulnérabilité de l'UE aux disruptions dans ce pays. D'autres chocs, de moindre ampleur, ont été observés sur des marchés d'exportation comme le Maroc en 2018 ou les Émirats arabes unis en 2023.
Indice de concentration (HHI) des échanges
Événements de chocs de prix détectés
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen des chemises et chemisettes en bonneterie de coton a subi une triple transformation. Premièrement, le secteur a opéré une montée en gamme, comme en témoignent la hausse des prix moyens à l'exportation et la progression de la valeur de la production européenne, malgré la baisse des volumes. Deuxièmement, les flux commerciaux ont été profondément reconfigurés, avec un recul historique des échanges avec le Royaume-Uni post-Brexit, un déclin des importations venues de Chine, et l'émergence des États-Unis comme premier marché d'exportation. Enfin, le secteur fait face à des risques accrus : une dépendance accrue aux importations et une concentration dangereuse de l'approvisionnement sur le Bangladesh, source de vulnérabilité face aux chocs de prix. L'avenir du secteur dépendra de sa capacité à maintenir sa dynamique de valeur tout en diversifiant ses sources d'approvisionnement pour renforcer sa résilience.