Évolution du marché : Chemises en coton (CN 610510) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (hors intra-EU) pour le code nomenclature combinée 610510 — Chemises et chemisettes, en bonneterie, de coton, pour hommes ou garçonnets (sauf chemises de nuit, T-shirts et maillots de corps) — sur la période 2015–2025. Il s'agit d'un secteur textile historiquement marqué par une forte dépendance de l'UE vis-à-vis des pays à bas coûts de production. Les données analysées couvrent les importations, les exportations, la production intra-européenne, la concentration des partenaires, ainsi que les épisodes de volatilité et de chocs. Trois grandes dynamiques structurent la décennie : un approfondissement de la dépendance aux importations malgré un déficit en recul, une reconfiguration majeure des partenaires commerciaux sous l'effet du Brexit et de la montée de l'Asie du Sud, et enfin une hausse spectaculaire des prix moyens témoignant d'un probable mouvement de montée en gamme.
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1. Un déficit commercial persistant mais en voie de réduction, porté par la hausse des prix à l'exportation
1.1. Le déficit commercial se réduit de 15 % sur la période
L'Union européenne demeure structurellement déficitaire sur ce produit. Le solde commercial est passé de −791,5 M€ en 2015 à −672,2 M€ en 2025, soit une amélioration de 15,1 %. Le point le plus bas du déficit (en valeur absolue) a été atteint à −521,9 M€, tandis que le creux maximal s'est situé à −872,8 M€. L'écart entre ces extrêmes traduit une volatilité significative du solde, liée notamment au choc de la pandémie de COVID-19 (2020) et à la reprise post-pandémique.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (M€) | 1 111,0 | 1 148,5 | +3,4 % |
| Exportations (M€) | 319,5 | 476,3 | +49,1 % |
| Solde commercial (M€) | −791,5 | −672,2 | +15,1 % |
La réduction du déficit n'est pas le fruit d'une baisse des importations — qui restent quasiment stables en valeur (+3,4 %) et en volume (+0,8 % en tonnes) — mais plutôt d'une forte progression des exportations (+49,1 % en valeur), dopée principalement par la hausse des prix.
1.2. Des volumes d'exportation en recul, mais des prix multipliés par deux
Le paradoxe central de la période réside dans l'écart entre l'évolution des volumes et celle des valeurs :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (tonnes) | 5 970 | 4 944 | −17,2 % |
| Exportations (pièces) | 24 028 716 | 17 564 479 | −26,9 % |
| Prix moyen export (€/tonne) | 53 510 | 96 315 | +80,0 % |
| Prix moyen export (€/pièce) | 13,30 | 27,12 | +103,9 % |
Les exportations ont donc perdu près d'un quart de leur volume en pièces, mais leur valeur a bondi de près de 50 %. Le prix moyen à l'exportation a été multiplié par 2,04 (en €/pièce), ce qui suggère un net mouvement de montée en gamme de la production européenne vendue à l'international. Les fabricants européens se repositionnent vraisemblablement sur des créneaux à plus forte valeur ajoutée (chemises haut de gamme, marques premium), là où ils disposent d'un avantage comparatif face aux productions asiatiques à bas coût.
1.3. La dépendance nette aux importations s'accroît malgré tout
Malgré la réduction du déficit, la dépendance nette aux importations a augmenté de manière significative :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Maximum |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 40,5 | 62,5 | 78,7 |
| Intensité commerciale (%) | 72,1 | 106,7 | 116,0 |
| Propension à l'exportation (%) | 41,5 | 126,1 | 196,8 |
La part de la consommation intérieure couverte par les importations hors UE est ainsi passée d'environ 40 % à plus de 62 %, avec un pic à près de 79 %. L'intensité commerciale (rapport échanges/production) a dépassé 100 %, ce qui signifie que les échanges hors UE excèdent désormais la valeur de la production intra-européenne. Enfin, la propension à l'exportation a triplé (+203,9 %), ce qui reflète à la fois la dynamique export et le déclin du marché domestique pour ce produit.
2. Reconfiguration géographique : la montée de l'Asie du Sud, le déclin de la Chine et l'impact du Brexit
2.1. Bangladesh, premier fournisseur incontesté, renforce sa position
Le paysage des fournisseurs de l'UE a été profondément remodelé sur la décennie. Le Bangladesh s'est consolidé comme le premier fournisseur, avec une progression de 29,4 % de ses ventes à l'UE (de 426,4 M€ à 551,5 M€), représentant près de 48 % des importations totales en 2025.
| Pays fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Bangladesh | 426,4 | 551,5 | +29,4 % |
| Inde | 107,2 | 104,5 | −2,5 % |
| Chine | 169,2 | 105,1 | −37,9 % |
| Turquie | 119,4 | 125,6 | +5,2 % |
| Viêt Nam | 49,1 | 59,7 | +21,6 % |
| Pakistan | 17,6 | 39,2 | +122,6 % |
| Royaume-Uni | 53,1 | 11,3 | −78,8 % |
2.2. La Chine recule fortement au profit des pays d'Asie du Sud
La Chine a enregistré le recul le plus marqué parmi les grands fournisseurs, avec une baisse de 37,9 % de ses ventes à l'UE (de 169,2 M€ à 105,1 M€). Ce repli s'inscrit dans la tendance bien documentée de relocalisation (China plus one) des chaînes d'approvisionnement textiles, accélérée par les tensions géopolitiques et la pandémie.
À l'inverse, le Pakistan a connu une progression spectaculaire (+122,6 %, de 17,6 M€ à 39,2 M€), devenant un fournisseur de plus en plus significatif. Le Viêt Nam progresse également de manière soutenue (+21,6 %). L'Inde reste un fournisseur stable, en léger repli (−2,5 %). Enfin, l'approfondissement de la concentration des importations (indice HHI passant de 1 986 à 2 659, soit +33,9 %) traduit un transfert de parts vers un nombre plus restreint de fournisseurs dominants.
2.3. Le Brexit a provoqué un effondrement des échanges avec le Royaume-Uni
L'événement le plus spectaculaire de la période concerne le Royaume-Uni, qui était à la fois un fournisseur important de l'UE (53,1 M€ en 2015) et la première destination des exportations européennes (127,6 M€). Le Brexit a entraîné :
-
Côté importations : un effondrement de 78,8 % (de 53,1 M€ à 11,3 M€), le Royaume-Uni passant du 5ᵉ au 7ᵉ rang des fournisseurs. Le coefficient de volatilité (CV) des importations britanniques est le plus élevé de tous les partenaires à 0,697, confirmant l'instabilité induite par la nouvelle donne commerciale.
-
Côté exportations : une chute de 54,4 % (de 127,6 M€ à 58,2 M€), le Royaume-Uni perdant sa première place au profit de la Suisse et des États-Unis. Le CV des exportations vers le Royaume-Uni atteint 0,396, également très élevé.
Ce découplage brutal illustre les effets concrets de la sortie du marché unique et de l'union douanière sur un secteur textile fortement intégré avant 2020.
2.4. Les exportations se diversifient vers la Suisse, les États-Unis et la Chine
Le recul du Royaume-Uni comme destination a été partiellement compensé par une forte diversification géographique des exportations :
| Destination | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 127,6 | 58,2 | −54,4 % |
| Suisse | 30,0 | 75,3 | +150,5 % |
| États-Unis | 18,9 | 46,5 | +146,7 % |
| Chine | 12,3 | 37,9 | +208,3 % |
| Turquie | 10,6 | 24,1 | +128,1 % |
| Féd. de Russie | 14,4 | 17,4 | +20,8 % |
| Mexique | 5,8 | 9,7 | +67,2 % |
L'indice de concentration des exportations (HHI) a chuté de 1 835 à 717 (−60,9 %), confirmant une diversification remarquable des destinations. La Suisse, les États-Unis et la Chine ont émergé comme les principaux marchés de croissance, avec des hausses supérieures à 150 %. Ce mouvement suggère que les exportateurs européens se positionnent sur des marchés à fort pouvoir d'achat, cohérent avec la stratégie de montée en gamme.
Partenaires commerciaux détaillés
3. Un secteur européen en mutation : déclin des volumes de production, montée en gamme et vulnérabilités persistantes
3.1. La production intra-européenne a perdu la moitié de ses volumes
Les données de production révèlent un déclin dramatique des volumes fabriqués au sein de l'UE :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (pièces) | 74 923 153 | 37 357 599 | −50,1 % |
| Production (M€) | 433,8 | 495,6 | +14,3 % |
La production a littéralement perdu la moitié de son volume en dix ans, passant de près de 75 millions de pièces à moins de 38 millions. Cependant, sa valeur a progressé de 14,3 %, ce qui implique que le prix moyen de production intra-européenne a plus que doublé (+129 %). Ce constat confirme la thèse d'une industrie européenne qui abandonne progressivement le segment bas de gamme au profit de productions à plus haute valeur ajoutée, moins sensibles à la concurrence par les coûts.
3.2. L'Italie domine une spécialisation européenne concentrée dans le Sud
L'analyse des avantages comparatifs révèle une géographie interne de la spécialisation :
| Pays | RSCA | RCA | Part des exportations EU (2025) |
|---|---|---|---|
| Portugal | 0,474 | 2,802 | 3,9 % |
| Danemark | 0,376 | 2,204 | 3,8 % |
| Italie | 0,329 | 1,983 | 15,9 % |
| France | 0,106 | 1,237 | 9,7 % |
| Pays-Bas | 0,095 | 1,211 | 17,6 % |
L'Italie domine en volume (155,3 M€ d'exportations en 2025, soit +61,9 %), suivie de l'Allemagne (111,7 M€, +64,6 %) et de la France (77,7 M€, +49,8 %). En termes de spécialisation relative (RSCA), le Portugal et le Danemark se distinguent, ce qui reflète des secteurs textiles encore dynamiques et orientés vers l'export. À l'opposé, les pays les moins spécialisés (Malte, Irlande, Finlande, Luxembourg) n'ont qu'une participation marginale.
Les principaux États membres importateurs restent l'Allemagne (318,7 M€), l'Italie (165,8 M€), la France (175,6 M€) et l'Espagne (118,7 M€). Les Pays-Bas affichent la plus forte progression (+55,4 %), probablement liée à leur rôle de plaque tournante logistique.
3.3. Des chocs de prix ponctuels sur certains partenaires, mais un approvisionnement global relativement stable
L'analyse de la volatilité révèle que les principaux fournisseurs (Bangladesh, Inde, Chine) présentent des coefficients de variation relativement faibles (0,11 à 0,22), ce qui témoigne d'une certaine stabilité des flux. En revanche, le Royaume-Uni (CV = 0,697), le Sri Lanka (0,492) et le Cambodge (0,399) présentent une volatilité nettement plus élevée.
Plusieurs chocs de prix ont été détectés :
| Événement | Type | Flux | Année | Décalage (%) |
|---|---|---|---|---|
| Maroc — choc de prix | Prix | Exportations UE | 2018 | +65,2 % |
| Émirats arabes unis — choc de prix | Prix | Exportations UE | 2023 | +77,6 % |
| Ukraine — choc de prix | Prix | Exportations UE | 2019 | +21,3 % |
Ces événements restent de faible ampleur en valeur relative (parts de marché limitées) et n'ont pas remis en cause la stabilité globale de l'approvisionnement. L'augmentation de la concentration des importations (HHI en hausse de 34 %) constitue néanmoins un facteur de vulnérabilité structurelle : en cas de perturbation majeure au Bangladesh (instabilité politique, catastrophe climatique), l'UE pourrait se trouver exposée, ce fournisseur représentant près de la moitié des achats hors UE.
Conclusion
La période 2015–2025 marque une transformation profonde du marché européen des chemises en coton pour hommes. Trois tendances dominent :
-
Une industrie européenne qui se repositionne en amont de la valeur. La production intra-européenne a perdu la moitié de ses volumes mais a vu sa valeur augmenter de 14 %. Les prix moyens à l'exportation ont été multipliés par deux. L'UE se spécialise dans le segment premium, laissant le volume aux pays à bas coûts.
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Une réorganisation géographique accélérée par le Brexit. Le Royaume-Uni a perdu près de 80 % de ses importations depuis l'UE et 54 % de ses ventes vers l'UE. Parallèlement, le Bangladesh s'est imposé comme fournisseur dominant, le Pakistan a doublé ses parts, et la Chine a reculé de près de 40 %.
-
Une vulnérabilité croissante malgré la diversification des exportations. La dépendance nette aux importations atteint 62,5 % et l'indice de concentration des fournisseurs progresse. La réussite de la diversification à l'export (HHI export divisé par 2,5) contraste avec un approvisionnement import de plus en plus dépendant d'un nombre restreint de pays.
À l'horizon, le secteur devra surveiller l'évolution des accords commerciaux (notamment avec le Bangladesh, qui bénéficie de préférences EBA), la stabilité de ses principaux fournisseurs asiatiques, et la capacité de l'industrie européenne à maintenir son positionnement haut de gamme face à une concurrence internationale en constante montée en compétence.