Évolution du marché : Chemises et chemisettes, de coton, pour hommes ou garçonnets (autres qu'en bonneterie et sauf chemises de nuit et gilets de corps) (CN 620520) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 620520 désigne les chemises et chemisettes en coton pour hommes ou garçonnets, hors bonneterie, chemises de nuit et gilets de corps. Ce produit constitue un segment majeur du commerce extérieur de l'Union européenne dans le secteur de l'habillement. Sur la période 2015–2025, le marché européen de ces articles a connu des mutations profondes : une contraction globale des volumes échangés, un choc pandémique majeur en 2020, une réorganisation géographique des flux commerciaux et une vulnérabilité croissante de l'UE vis-à-vis des importations. Ce rapport s'appuie sur les données de commerce extérieur de l'UE à l'année, de 2015 à 2025 (Vue d'ensemble du commerce), pour analyser les principales dynamiques de ce marché.
I. Une contraction structurelle du commerce, amplifiée par le choc pandémique
Les volumes échangés ont reculé de manière significative sur la décennie
Entre 2015 et 2025, les importations intra-UE de chemises en coton en provenance de pays tiers ont chuté de 2 300 M€ à 1 648 M€ (−28,4 % en valeur), tandis que les exportations de l'UE vers le reste du monde sont passées de 825 M€ à 626 M€ (−24,1 % en valeur). En volume, le recul est encore plus marqué : −34,6 % pour les importations (de 90 495 à 59 223 tonnes) et −50,1 % pour les exportations (de 11 549 à 5 766 tonnes).
| Indicateur | 2015 | 2019 | 2020 | 2021 | 2025 | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 2 300 | 2 015 | 1 391 | 1 178 | 1 648 | −28,4 % |
| Importations (volume, tonnes) | 90 495 | 80 121 | 55 073 | 46 282 | 59 223 | −34,6 % |
| Exportations (valeur, M€) | 825 | 771 | 533 | 504 | 626 | −24,1 % |
| Exportations (volume, tonnes) | 11 549 | 11 043 | 6 699 | 6 115 | 5 766 | −50,1 % |
| Solde commercial (M€) | −1 475 | −1 244 | −858 | −673 | −1 022 | +30,8 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
Le déclin était déjà amorcé avant la pandémie de COVID-19
Dès 2015, la trajectoire était baissière. Les importations ont perdu environ 12 % de leur valeur entre 2015 et 2019 (de 2 300 M€ à 2 015 M€), tandis que les exportations restaient relativement stables autour de 770–826 M€. Cette tendance pré-pandémique s'explique par la saturation des marchés européens, l'évolution des modes vestimentaires (montée du casual wear et du sportswear au détriment des chemises classiques) et la concurrence accrue des textiles à bas coût.
La pandémie de COVID-19 a provoqué un effondrement sans précédent en 2020
L'année 2020 marque un point de rupture : les importations chutent de 31 % en un an (de 2 015 M€ à 1 391 M€), les exportations de 31 % également (de 771 M€ à 533 M€). Le confinement généralisé, la fermeture des commerces non essentiels et l'effondrement de la demande vestimentaire formelle ont provoqué ce choc. L'année 2021 marque le point le plus bas pour les importations (1 178 M€) et les exportations (504 M€), révélant un effet de creux prolongé lié aux restructurations d'entreprises et aux ruptures de chaînes d'approvisionnement.
La reprise post-pandémique est restée inachevée
Depuis 2022, le commerce a connu un rebond partiel. Les importations ont remonté à 1 848 M€ en 2022 avant de se stabiliser autour de 1 640–1 760 M€ en 2023–2025. Les exportations ont retrouvé un palier de 665–700 M€, soit environ 85 % de leur niveau pré-pandémique. Le déficit commercial s'est néanmoins réduit de manière significative : de −1 475 M€ en 2015 à −1 022 M€ en 2025 (+30,8 %), non pas parce que l'UE exporte davantage, mais parce qu'elle importe nettement moins.
La hausse des prix unitaires masque partiellement l'érosion des volumes
Un phénomène remarquable est la divergence des trajectoires de prix. Les prix à l'exportation de l'UE ont bondi de 52 % sur la période (de 71 402 €/t à 108 546 €/t), tandis que les prix à l'importation n'ont augmenté que de 9,4 % (de 25 416 €/t à 27 818 €/t). Cet écart considérable suggère que l'UE se spécialise progressivement dans les segments à plus forte valeur ajoutée (chemises de marque, haut de gamme, production spécialisée), tandis que les importations restent dominées par le volume et le bas de gamme. En valeur, cette hausse des prix unitaires d'exportation compense en partie la chute des volumes, mais le constat demeure : l'UE exporte deux fois moins de tonnes qu'en 2015.
II. Une réorganisation géographique profonde des flux commerciaux
Le Bangladesh consolide sa position de premier fournisseur, dans un contexte de stabilité relative
Le Bangladesh est devenu le premier fournisseur de l'UE en chemises en coton, avec un quasi-monopole sur le segment du volume. Ses exportations vers l'UE sont restées remarquablement stables sur la décennie : 549 M€ en 2015, 530 M€ en 2025 (−3,5 % seulement). Cette stabilité contraste avec le recul général du marché et traduit un gain de parts de marché significatif. En 2025, le Bangladesh représente à lui seul 32,1 % des importations totales de l'UE, contre 23,9 % en 2015. Sa position a été renforcée par le statut de pays moins avantageé (SPG) et par des coûts de production parmi les plus bas au monde.
La Chine connaît un déclin spectaculaire de ses exportations vers l'UE
La Chine, qui était le deuxième fournisseur de l'UE avec 421 M€ en 2015, a vu ses exportations fondre de 50,1 % pour atteindre 210 M€ en 2025. Ce déclin est continu depuis une décennie et s'explique par plusieurs facteurs : la hausse des coûts salariaux en Chine, la stratégie de montée en gamme de l'industrie textile chinoise, les tensions commerciales sino-européennes, et la diversification des approvisionnements des importateurs européens vers l'Asie du Sud et du Sud-Est.
| Pays d'origine | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | Part 2015 | Part 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Bangladesh | 549 | 530 | −3,5 % | 23,9 % | 32,1 % |
| Chine | 421 | 210 | −50,1 % | 18,3 % | 12,7 % |
| Turquie | 306 | 181 | −40,9 % | 13,3 % | 11,0 % |
| Inde | 235 | 213 | −9,3 % | 10,2 % | 12,9 % |
| Vietnam | 150 | 138 | −7,8 % | 6,5 % | 8,4 % |
| Royaume-Uni | 108 | 20 | −81,0 % | 4,7 % | 1,2 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
Le Brexit a radicalement transformé les flux avec le Royaume-Uni
Le cas du Royaume-Uni est frappant. En 2015, le Royaume-Uni était à la fois un fournisseur majeur (108 M€ d'importations pour l'UE) et la première destination des exportations de l'UE (207 M€). En 2025, les importations en provenance du Royaume-Uni ne représentent plus que 20 M€ (−81 %), et les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni ont chuté à 84 M€ (−59,4 %). L'effet du Brexit est ici indéniable : les nouvelles barrières douanières, les formalités réglementaires et la réorientation des chaînes logistiques ont profondément reconfiguré les échanges. Le Royaume-Uni, qui représentait 25 % des exportations de l'UE en 2015, n'en constitue plus que 13,4 % en 2025.
Les exportations vers la Suisse et les États-Unis sont restées stables, tandis que la France progresse fortement
Dans un contexte général de déclin des exportations, certains marchés ont fait preuve de résilience. La Suisse reste la deuxième destination des exportations de l'UE (97 M€ en 2025, −2,2 % seulement depuis 2015), et les États-Unis la troisième (90 M€, −0,2 %). À l'inverse, la France a connu une progression spectaculaire de ses exportations vers des pays tiers, passant de 70 M€ à 119 M€ (+70,1 %), ce qui en fait désormais le quatrième exportateur de l'UE devant les Pays-Bas, la Suède et le Portugal. La Turquie exportatrice (pour la Suisse, les États-Unis, etc.) a connu des fluctuations importantes liées à la volatilité du taux de change de la livre turque.
La Turquie, à la fois fournisseur et client, voit ses positions se détériorer
La Turquie occupe une position singulière dans ce commerce : elle est à la fois le quatrième fournisseur de l'UE (181 M€ en 2025, −40,9 % depuis 2015) et un débouché pour les exportations de l'UE (24 M€, stable). La forte baisse des importations en provenance de Turquie peut s'expliquer par l'instabilité macroéconomique du pays, la dépréciation de la livre turque (qui rend les exportations turques moins compétitives en termes de coûts) et la réorientation des acheteurs européens vers le Bangladesh et le Vietnam.
III. Vulnérabilité structurelle et concentration accrue des approvisionnements
La dépendance aux importations a été multipliée par près de cinq
L'indicateur de dépendance nette aux importations (Dépendance nette aux importations) révèle une transformation profonde. En 2003, l'UE ne dépendait des importations nets que pour 14 % de sa consommation. Ce taux a grimpé à 66,9 % en 2025, avec un pic à 70,9 % en 2022. L'intensité commerciale (rapport commerce/production) a elle aussi explosé, passant de 18,8 % à 110,8 %, et la propension à l'exporter s'est envolée de 3,1 % à 148,5 %. Ces chiffres traduisent un effondrement de la production domestique de l'UE.
La production européenne de chemises en coton s'est effondrée
Les données de production PRODCOM (Volumes de production) confirment ce constat. La production de l'UE en volume a chuté de 135,7 millions de pièces en 2003 à 29,5 millions en 2024 (−78,3 %). En valeur, elle est passée de 1 505 M€ à 645 M€ (−57,2 %). Seuls quelques pays maintiennent une production significative : l'Allemagne (22,8 % de la production UE), les Pays-Bas (17,5 %), l'Italie (12,6 %), la Pologne (8,5 %) et l'Espagne (7,3 %). L'Italie, avec un indice de spécialisation RSCA de 0,22 et un RCA de 1,58, reste le pays le plus spécialisé du sud de l'Europe, tandis que le Danemark (RSCA 0,58, RCA 3,82) et la Roumanie (RSCA 0,40, RCA 2,32) se distinguent dans le nord et l'est.
Le marché des importations se concentre autour de moins de fournisseurs
L'indice de concentration HHI des importations (Concentration HHI) est passé de 1 292 en 2015 à 1 600 en 2025 (+23,9 % en valeur, +41,3 % en volume). Un HHI supérieur à 1 500 indique un marché modérément concentré. Cette concentration accrue signifie que l'UE dépend de moins en moins de fournisseurs diversifiés et de plus en plus d'un nombre restreint de pays — principalement le Bangladesh, l'Inde et la Chine. À l'inverse, l'HHI des exportations a baissé de 1 037 à 813 (−21,6 %), signe d'une diversification des débouchés à l'exportation.
Des chocs de prix ont ponctué la période 2022–2023
L'analyse de volatilité (Volatilité) révèle plusieurs événements de choc significatifs :
- Bangladesh (importations, 2022) : un choc de prix de +23,7 % par rapport à la baseline (abnormalité 13,4), coïncidant avec la hausse des coûts du coton et de l'énergie post-pandémique, pour un enjeu de 36,6 % de la valeur des importations.
- Myanmar (importations, 2022) : un choc de prix de +22,3 % (abnormalité 11,5), reflétant les perturbations liées à l'instabilité politique du pays.
- Mexique (exportations, 2023) : un choc de prix extrême de +110,5 % (abnormalité 28,3), les prix unitaires passant de 45 395 €/t à 92 967 €/t, tandis que les volumes s'effondraient de 327 à 119 tonnes.
Les coefficients de volatilité confirment que les importations en provenance du Royaume-Uni (CV 0,86), du Cambodge (CV 0,55) et de Chine (CV 0,32) sont les plus instables, tandis que les exportations vers le Panama (CV 2,92), le Mexique (CV 0,55) et la Chine (CV 0,51) présentent la plus forte volatilité.
Les indicateurs de vulnérabilité dessinent un scénario de dépendance croissante
Le triple bond des indicateurs de vulnérabilité — dépendance aux importations (×4,8), intensité commerciale (×5,9) et propension à l'exporter (×48,2) — sur deux décennies (Propension à l'exporter, Intensité commerciale) traduit une désindustrialisation avancée du secteur de la chemise en coton au sein de l'UE. La propension à exporter (148,5 % en 2024) supérieure à 100 % indique que les exportations de l'UE excèdent sa production, ce qui signifie que l'UE réexporte une partie des produits importés après transformation ou reconditionnement.
Conclusion
Le marché européen des chemises et chemisettes en coton pour hommes (CN 620520) a traversé une décennie de mutations profondes. La pandémie de COVID-19 a accéléré des tendances structurelles déjà à l'œuvre : déclin de la production domestique, concentration des approvisionnements, spécialisation vers le haut de gamme. L'UE est passée d'une situation de relative autonomie (dépendance aux importations de 14 % en 2003) à une dépendance massive (67 % en 2025), avec un nombre limité de fournisseurs dominants — le Bangladesh en tête. Le Brexit a reconfiguré les flux avec le Royaume-Uni, tandis que le déclin de la Chine comme fournisseur s'est accompagné de la montée relative de l'Inde et du Vietnam.
Les perspectives restent marquées par une incertitude significative : la concentration accrue des importations (HHI à 1 600) expose l'UE à des risques de rupture d'approvisionnement, tandis que la volatilité des prix — illustrée par les chocs de 2022 au Bangladesh et au Myanmar — rappelle la fragilité des chaînes d'approvisionnement textiles. La hausse des prix unitaires à l'exportation (+52 %) suggère néanmoins que l'UE conserve un avantage comparatif dans les segments à forte valeur ajoutée, un atout qui pourrait s'avérer déterminant dans la reconfiguration du commerce textile mondial.