Évolution du marché : Chemises en coton (CN 620520) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne pour le code douanier 620520 — Chemises et chemisettes, de coton, pour hommes ou garçonnets (autres qu'en bonneterie et sauf chemises de nuit et gilets de corps) — sur la période 2015–2025. La période étudiée est marquée par trois dynamiques majeures : une contraction prononcée des volumes échangés et produits, une recomposition géographique significative des partenaires commerciaux, et une dépendance structurelle croissante de l'UE vis-à-vis des importations. Ces tendances s'inscrivent dans un contexte plus large de mondialisation textile, de restructuration post-Brexit et de montée en gamme des productions européennes subsistantes.
L'ensemble des données provient du tableau de bord du commerce extérieur de l'UE.
1. Une contraction massive des volumes et une montée en gamme accélérée
1.1 Des volumes en repli généralisé, tant à l'import qu'à l'export
Entre 2015 et 2025, les volumes échangés par l'UE avec le reste du monde se sont considérablement contractés. Les importations ont perdu 34,6 % en masse (de 90 496 à 59 223 tonnes) et 36,0 % en nombre de pièces (de 308,6 à 197,4 millions). Les exportations ont connu un recul encore plus prononcé : −50,1 % en masse (de 11 549 à 5 766 tonnes) et −51,4 % en pièces (de 40,3 à 19,6 millions).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations — valeur | 2 300,1 M€ | 1 647,8 M€ | −28,4 % |
| Importations — volume | 90 496 t | 59 223 t | −34,6 % |
| Importations — pièces | 308,6 M pces | 197,4 M pces | −36,0 % |
| Exportations — valeur | 824,6 M€ | 626,0 M€ | −24,1 % |
| Exportations — volume | 11 549 t | 5 766 t | −50,1 % |
| Exportations — pièces | 40,3 M pces | 19,6 M pces | −51,4 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2 Une hausse des prix unitaires nettement plus forte à l'export qu'à l'import
Le déclin volumétrique s'accompagne d'une augmentation significative des prix unitaires. Côté importations, le prix moyen par tonne n'augmente que modérément (+9,5 %, passant de 25 416 à 27 819 €/t), tandis que le prix par pièce progresse de 11,9 % (de 7,45 à 8,34 €/pce). À l'inverse, les prix à l'export connaissent une hausse spectaculaire : +52,0 % par tonne (de 71 402 à 108 550 €/t) et +56,1 % par pièce (de 20,46 à 31,94 €/pce).
| Prix unitaire | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Import — €/tonne | 25 416 | 27 819 | +9,5 % |
| Import — €/pièce | 7,45 | 8,34 | +11,9 % |
| Export — €/tonne | 71 402 | 108 550 | +52,0 % |
| Export — €/pièce | 20,46 | 31,94 | +56,1 % |
L'écart de prix entre exportations et importations s'est creusé de manière remarquable. En 2015, une pièce exportée valait en moyenne 2,75 fois le prix d'une pièce importée ; en 2025, ce ratio atteint 3,83 fois. Ce décrochage témoigne d'une montée en gamme prononcée des exportations européennes : l'UE exporte moins de chemises, mais à des prix significativement plus élevés, probablement au profit de segments premium et de marques à forte valeur ajoutée.
1.3 Un déficit commercial qui se réduit en valeur absolue mais reste structurel
Le solde commercial de l'UE sur ce produit demeure déficitaire sur toute la période. Le déficit passe de −1 475,4 M€ en 2015 à −1 021,7 M€ en 2025, soit une amélioration de 30,8 % en valeur. Toutefois, cette amélioration résulte davantage de la contraction des volumes importés que d'un rééquilibrage structurel de la production intérieure. La dépendance nette aux importations, mesurée par le taux de dépendance aux importations nettes, est passée de 14,0 % à 66,9 %, confirmant que l'UE couvre désormais une part prépondérante de sa consommation par des achats à l'étranger.
2. Une recomposition géographique profonde des flux commerciaux
2.1 Le déclin de la Chine au profit du Bangladesh et de l'Asie du Sud-Est
Les principaux partenaires d'importation ont connu des trajectoires contrastées :
| Partenaire | Import 2015 (M€) | Import 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Bangladesh | 549,3 | 529,9 | −3,5 % |
| Chine | 420,6 | 209,7 | −50,1 % |
| Inde | 235,2 | 213,4 | −9,3 % |
| Turquie | 305,7 | 180,6 | −40,9 % |
| Viêt Nam | 149,5 | 137,9 | −7,8 % |
| Myanmar | 46,8 | 39,8 | −15,0 % |
| Royaume-Uni | 107,8 | 20,5 | −81,0 % |
Le cas le plus frappant est celui de la Chine, dont les ventes vers l'UE ont été divisées par deux (−50,1 %). Ce recul s'inscrit dans la tendance bien documentée de relocalisation textile hors de Chine, alimentée par la hausse des coûts de production chinois, les tensions géopolitiques et les politiques de diversification des chaînes d'approvisionnement européennes. En revanche, le Bangladesh a conservé sa position de premier fournisseur avec une stabilité remarquable (−3,5 % seulement), confirmant son rôle de plateforme textile de premier plan. Le Viêt Nam et l'Inde ont également fait preuve de résilience.
La part du Bangladesh dans les importations de chemises en coton s'est ainsi consolidée, tandis que l'indice de concentration des importations (HHI) est passé de 1 292 à 1 600 (+23,9 %), indiquant un rétrécissement de la base d'approvisionnement autour de quelques fournisseurs dominants.
2.2 L'effondrement des échanges avec le Royaume-Uni : l'empreinte du Brexit
Le Royaume-Uni représente le cas le plus spectaculaire de reconfiguration commerciale de la période. Les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 81,0 % (de 107,8 à 20,5 M€), tandis que les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni ont reculé de 59,4 % (de 207,1 à 84,1 M€). Le coefficient de variation des importations britanniques est de loin le plus élevé de tous les partenaires (0,86), témoignant d'une instabilité prononcée depuis le référendum de 2016 et la mise en œuvre effective du Brexit en 2021.
Le Royaume-Uni, qui figurait en 2015 parmi les principaux partenaires à l'exportation, a été relégué au second rang. La Suisse et les États-Unis, en comparaison, affichent une remarquable stabilité (−2,2 % et −0,2 % respectivement).
2.3 Des échanges d'exportation plus diversifiés mais fragilisés sur certains marchés
À la différence des importations, la concentration des exportations a diminué (HHI passant de 1 037 à 813, soit −21,6 %), ce qui traduit une diversification relative des débouchés. Cependant, cette diversification s'opère sur un volume total en forte baisse. Certains marchés historiques ont connu des reculs marqués : la Russie (−51,8 %), le Mexique (−65,2 %) et l'Albanie (−59,9 %). La hausse des exportations vers la France (+70,1 %) et la relative stabilité vers la Suisse et les États-Unis compensent partiellement ces pertes.
Côté membres de l'UE, l'Italie demeure le premier exportateur (206,8 M€ en 2025, −28,7 %) et le premier importateur l'est l'Allemagne (428,3 M€, −38,3 %). La Pologne se distingue par une hausse spectaculaire de ses importations (+102,5 %), ce qui peut refléter son rôle croissant de hub logistique européen.
3. L'effondrement de la production intérieure et la vulnérabilité structurelle de l'UE
3.1 Une production européenne en chute libre
La production intérieure de l'UE a connu un déclin dramatique sur la période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production — pièces | 135,7 M pces | 29,5 M pces | −78,3 % |
| Production — valeur | 1 505,3 M€ | 644,9 M€ | −57,2 % |
La production en volume a été divisée par près de cinq en une décennie. En valeur, le recul est moindre (−57,2 %), ce qui traduit une augmentation du prix moyen par pièce produite (passant d'environ 11,10 €/pce à 21,86 €/pce), signe que la production européenne survivante se concentre sur des segments à plus forte valeur ajoutée. Cette évolution suggère que les industriels européens ont progressivement abandonné la production de masse au profit de créneaux de niche — chemises sur mesure, marques de luxe, production de proximité — tandis que le volume ordinaire est désormais intégralement importé.
3.2 Une dépendance aux importations devenue structurelle
Le taux de dépendance aux importations nettes est passé de 14,0 % à 66,9 % (soit +378,5 %). L'intensité commerciale a quant à elle bondi de 18,8 % à 110,8 % (intensité commerciale), et la propension à exporter est passée de 3,1 % à 148,5 %.
Ces chiffres révèlent un paradoxe : l'UE exporte plus de chemises en coton qu'elle n'en produit, ce qui implique une activité significative de réexportation (importation de produits finis ou semi-finis puis réexpédition vers des marchés tiers, notamment la Suisse, le Royaume-Uni ou les États-Unis). Le tissu industriel européen fonctionne de plus en plus comme une plateforme de négoce et de distribution plutôt que comme un lieu de fabrication.
3.3 Une spécialisation résiduelle concentrée dans quelques États membres
En 2025, les indices de spécialisation révèlent que seuls quelques États membres conservent un avantage comparatif dans ce segment :
| Pays | RSCA | RCA | Part dans la production UE | Part dans le commerce UE |
|---|---|---|---|---|
| Danemark | 0,585 | 3,82 | 6,6 % | 1,7 % |
| Roumanie | 0,398 | 2,32 | 3,9 % | 1,7 % |
| Lettonie | 0,286 | 1,80 | 0,6 % | 0,3 % |
| Portugal | 0,263 | 1,71 | 2,4 % | 1,4 % |
| Italie | 0,224 | 1,58 | 12,6 % | 8,0 % |
L'Italie reste de loin le premier producteur européen (12,6 % de la production UE), mais c'est le Danemark qui présente le plus fort indice de spécialisation relative (RSCA = 0,585), probablement lié au poids de marques scandinaves dans le segment haut de gamme. À l'inverse, l'Irlande, Malte, la Finlande et le Luxembourg sont structurellement absents de ce secteur.
L'instabilité des flux commerciaux n'est pas uniforme. Les données de volatilité montrent que le Cambodia (CV = 0,55) et le Royaume-Uni (CV = 0,86) figurent parmi les partenaires importateurs les plus volatils, tandis que le Bangladesh (CV = 0,14) se distingue par sa fiabilité. Côté exportations, certains marchés de petite taille (Panama, CV = 2,92) présentent une volatilité extrême, sans conséquence systémique.
Conclusion
La période 2015–2025 a transformé en profondeur le marché européen des chemises en coton pour hommes. La production intérieure de l'UE s'est effondrée de 78 % en volume, tandis que la dépendance aux importations est passée de 14 % à près de 67 %. Le Bangladesh s'est imposé comme fournisseur quasi incontournable, tandis que la Chine a perdu la moitié de ses parts. Le Brexit a provoqué un recul massif des échanges avec le Royaume-Uni, partenaire historique majeur.
Dans le même temps, les exportations européennes ont nettement monté en gamme (+56 % de prix par pièce), suggérant que l'industrie textile européenne se repositionne sur des segments à forte valeur ajoutée. L'UE fonctionne de plus en plus comme un centre de négoce et de distribution textile, important massivement pour sa consommation intérieure et réexportant vers des marchés tiers.
Cette évolution rend l'UE structurellement vulnérable aux chocs d'approvisionnement — qu'ils soient d'origine géopolitique, logistique ou climatique — dans un secteur où la concentration des fournisseurs s'est accrue. La diversification des sources d'approvisionnement et le maintien d'un tissu productif européen résiduel constituent des enjeux stratégiques pour la décennie à venir.