Évolution du marché : Brosserie (CN 960390) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 960390 regroupe les articles de brosserie non couverts par les sous-positions 960310 à 960350 — notamment les brosses et balais-brosses pour le ménage et l'entretien des surfaces, les pinceaux, plumeaux, têtes préparées pour articles de brosserie, les raclettes en caoutchouc, ainsi que les balais mécaniques à main. Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec le reste du monde sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de Trade Dashboard.
La période étudiée est marquée par trois dynamiques majeures : un creusement spectaculaire du déficit commercial européen, une dépendance croissante vis-à-vis des importations chinoises, et paradoxalement une forte montée en puissance de la production intérieure de l'UE, qui traduit une recomposition profonde de la structure de ce marché.
1. Un déficit commercial qui se creuse inexorablement
1.1. Les importations progressent bien plus vite que les exportations
Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en produits CN 960390 ont bondi de 323,8 M€ à 563,9 M€, soit une hausse de 74,2 %. Dans le même temps, les exportations n'ont crû que de 30,7 %, passant de 176,3 M€ à 230,5 M€. L'écart de rythme est considérable et structurel.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 323,8 | 563,9 | +74,2 % |
| Exportations (valeur, M€) | 176,3 | 230,5 | +30,7 % |
| Solde commercial (M€) | −147,4 | −333,4 | −126,2 % |
Source : General Overview — Trade
Le solde commercial s'est ainsi dégradé de 126,2 %, passant de −147,4 M€ à −333,4 M€. L'UE était en 2015 un marché structurellement déficitaire pour ce produit ; l'écart s'est creusé de manière quasi continue, avec un point bas à −377,3 M€ (en 2023 environ), avant un léger resserrement.
1.2. Des volumes importés en forte hausse, des volumes exportés en recul
L'évolution des quantités révèle une dynamique asymétrique encore plus frappante :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (tonnes) | 67 162 | 110 528 | +64,6 % |
| Exportations (tonnes) | 26 930 | 24 887 | −7,6 % |
Source : General Overview — Trade
Les importations ont presque doublé en volume tandis que les exportations ont reculé de 7,6 %. Cela traduit une substitution nette des productions nationales par des approvisionnements extérieurs pour couvrir la demande intérieure. Le coefficient d'intensité commerciale est passé de 57,2 % à 67,8 %, tandis que la propension à exporter a baissé de 42,8 % à 38,6 %.
1.3. Des prix à l'exportation en forte hausse, un avantage qualitaire européen
Un élément notable est l'évolution divergente des prix unitaires. Le prix moyen à l'exportation de l'UE a progressé de 41,4 % (de 6 547 €/t à 9 256 €/t), tandis que le prix à l'importation n'a augmenté que de 5,8 % (de 4 820 €/t à 5 102 €/t). Ce différentiel de prix — les exportations européennes valent près du double des importations en termes unitaires — suggère que l'UE se positionne sur des segments à plus forte valeur ajoutée, tandis que les importations couvrent davantage le volume de produits à bas prix.
2. La Chine, partenaire dominant et polarisation croissante des approvisionnements
2.1. La Chine, source de plus de 80 % des importations
La Chine est de très loin le premier fournisseur de l'UE en articles de brosserie. Ses livraisons sont passées de 264,6 M€ à 456,5 M€ (+72,5 %), représentant environ 81 % de la valeur totale des importations en 2025. L'indice de concentration HHI des importations est stable autour de 6 700–6 850, un niveau très élevé qui reflète cette dépendance quasi monopolistique.
| Partenaire | Valeur importations 2015 (M€) | Valeur importations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Chine | 264,6 | 456,5 | +72,5 % |
| Royaume-Uni | 12,9 | 17,3 | +34,0 % |
| Turquie | 3,6 | 8,1 | +122,4 % |
| Rép. dominicaine | 0,006 | 12,3 | +208 446 % |
| Taïwan | 8,4 | 6,0 | −28,1 % |
| Inde | 1,5 | 4,2 | +181,0 % |
| Sri Lanka | 2,8 | 2,7 | −2,6 % |
Source : General Overview — Top Partners (Imports)
2.2. L'émergence de fournisseurs alternatifs reste marginale
Si des pays comme la Turquie (+122 %), l'Inde (+181 %) ou la République dominicaine (croissance spectaculaire depuis une base quasi nulle) ont connu des hausses impressionnantes en pourcentage, leur poids absolu reste modeste par rapport à la Chine. La République dominicaine est un cas particulièrement remarquable : ses exportations vers l'UE sont passées de 5 902 € à 12,3 M€, ce qui pourrait refléter l'implantation de capacités de production délocalisées, potentiellement par des groupes chinois. En revanche, Taïwan a perdu près de 28 % de parts de marché.
Le faible coefficient de variation des importations chinoises (CV = 0,15, le plus bas des principaux partenaires) confirme la stabilité de ce flux, qui constitue un approvisionnement structurel.
2.3. Des exportations européennes diversifiées mais affectées par les chocs géopolitiques
À l'exportation, la répartition géographique est bien plus diversifiée (HHI autour de 700–840). Les principaux clients sont le Royaume-Uni (47,2 M€), les États-Unis (28,5 M€), la Suisse (27,6 M€) et la Norvège (15,8 M€).
| Partenaire | Valeur exportations 2015 (M€) | Valeur exportations 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 30,1 | 47,2 | +56,7 % |
| États-Unis | 16,9 | 28,5 | +68,1 % |
| Suisse | 21,7 | 27,6 | +26,8 % |
| Féd. de Russie | 12,7 | 4,1 | −67,8 % |
| Norvège | 11,8 | 15,8 | +34,6 % |
| Ukraine | 3,0 | 6,8 | +129,4 % |
Source : General Overview — Top Partners (Exports)
L'effondrement des exportations vers la Russie (−67,8 %) est directement lié aux sanctions commerciales imposées à partir de 2022. À l'inverse, les ventes vers l'Ukraine ont doublé (+129,4 %), probablement en lien avec la reconfiguration des flux commerciaux post-2022. Les chocs de prix détectés confirment cette instabilité géopolitique, avec des pics de prix anormaux observés vers l'Afrique du Sud (2022), la Turquie (2017) et Israël (2021).
3. Une production européenne en plein essor, masquée par la demande croissante
3.1. La production intérieure a été multipliée par trois
Contrairement à ce que la dépendance aux importations pourrait laisser penser, la production PRODCOM de l'UE a connu une croissance spectaculaire :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Production (pièces, M) | 122,2 | 385,0 | +215,1 % |
| Production (valeur, M€) | 156,2 | 619,5 | +296,6 % |
Source : Market Structure — Production
Le nombre de pièces produites a été multiplié par plus de trois, et la valeur de production par près de quatre. Cette croissance est remarquable et témoigne d'un renforcement significatif des capacités industrielles européennes dans ce segment.
3.2. La demande absorbe toute la production locale et plus encore
Malgré cet essor productif, le taux de dépendance nette aux importations est passé de −10,2 % (excédentaire) à +34,4 % (déficitaire). En d'autres termes, l'UE qui exportait légèrement plus qu'elle n'importait en 2015 est devenue fortement importatrice nette en 2025. Cela signifie que la croissance de la demande intérieure a largement dépassé la montée en capacité de la production locale, créant un besoin structurel d'importations supplémentaires.
3.3. Une spécialisation géographique concentrée au sein de l'UE
L'analyse des avantages comparatifs (spécialisation RSCA) au sein de l'UE révèle que la production est géographiquement concentrée :
| État membre | RSCA | RCA | Part prod. UE | Part export. UE |
|---|---|---|---|---|
| Lituanie | 0,44 | 2,60 | 1,6 % | 0,6 % |
| Tchéquie | 0,38 | 2,22 | 10,7 % | 4,8 % |
| Danemark | 0,34 | 2,01 | 3,5 % | 1,7 % |
| Belgique | 0,19 | 1,47 | 12,4 % | 8,5 % |
| Pologne | 0,14 | 1,31 | 8,7 % | 6,6 % |
Source : Market Structure — Specialisation
La Lituanie, la Tchéquie et le Danemark affichent les plus forts indices de spécialisation, tandis que l'Allemagne, l'Italie et le Danemark dominent en valeur absolue à l'exportation. L'Allemagne demeure le premier exportateur (67,6 M€), suivie de l'Italie (41,2 M€). À l'importation, l'Allemagne, les Pays-Bas, la France et la Belgique concentrent la plus grande part des achats extra-européens.
3.4. Structure par sous-produit : les brosses ménagères dominent les importations
Le détail par sous-position tarifaire montre que :
| Sous-produit | Imports 2015 (t) | Imports 2025 (t) | Part 2025 (valeur) |
|---|---|---|---|
| 96039091 — Brosses/balais ménage | 36 342 | 59 507 | 47 % |
| 96039099 — Pinceaux, têtes, raclettes, n.d.a. | 27 954 | 47 135 | 55 % |
| 96039010 — Balais mécaniques à main | 2 867 | 2 813 | 3 % |
Source : Product Segment Breakdown
La catégorie 96039091 (brosses et balais-brosses pour le ménage) et la catégorie 96039099 (pinceaux, têtes préparées, raclettes et articles n.d.a.) dominent conjointement les échanges. Les balais mécaniques (96039010) restent un segment de niche stable.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de la brosserie (CN 960390) a connu une transformation profonde. Trois enseignements majeurs se dégagent :
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Un déficit commercial structurel en expansion : l'UE est passée d'une position quasi équilibrée à un déficit de plus de 333 M€, tiré par une demande intérieure que la production locale, malgré son triplement, ne parvient pas à absorber pleinement. Le taux de dépendance nette aux importations de +34 % illustre cette tension.
-
Une concentration des approvisionnements sur la Chine : avec plus de 80 % des importations en valeur, la Chine reste le partenaire incontournable. L'HHI des importations (6 753) confirme un niveau de concentration élevé, constituant un risque en termes de vulnérabilité pour l'approvisionnement européen.
-
Un positionnement européen sur des segments à valeur ajoutée : le prix moyen à l'exportation (9 256 €/t) dépasse nettement celui des importations (5 102 €/t), et les exportations de l'UE demeurent diversifiées géographiquement (HHI ≈ 836). La montée en gamme des productions européennes, combinée au dynamisme de pays comme le Danemark, l'Espagne ou le Danemark à l'exportation, laisse entrevoir des marges de manœuvre pour renforcer la compétitivité hors-prix du secteur.