Évolution du marché : Bonbonnes, bouteilles, flacons, bocaux, pots, emballages tubulaires et autres récipients en verre pour le transport ou l'emballage commercial et bocaux à conserves en verre (sauf ampoules, bouteilles isolantes et récipients dont l'isolation est assurée par le vide; vaporisateurs de parfum; bouteilles, flacons, etc. de pulvérisateurs) (CN 701090) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (hors commerce intra-UE) pour le code NC 701090, qui couvre un large éventail de récipients en verre : bouteilles, flacons, bocaux, pots, bonbonnes et emballages tubulaires destinés au transport ou à l'emballage commercial, ainsi que les bocaux à conserves en verre. Ce code, de nature résiduelle au sein du sous-groupe 7010, exclut les ampoules, les récipients à isolation sous vide, les vaporisateurs de parfum et les flacons de pulvérisateurs. Il englobe des sous-positions allant des bocaux à stériliser (70109010) aux bouteilles pour produits pharmaceutiques (70109071, 70109079), en passant par une large gamme de flacons pour l'agroalimentaire et les boissons, différenciés par couleur du verre et contenance nominale.
La période 2015–2025 est marquée par des mutations profondes : une croissance inégale des importations et des exportations, une série de chocs géopolitiques et énergétiques sans précédent, et une restructuration progressive des flux d'approvisionnement. L'analyse ci-dessous s'articule autour de trois axes majeurs : la divergence croissante entre la trajectoire des importations et celle des exportations de l'UE ; l'impact des chocs de prix et de volume observés en 2022–2023 ; et la transformation structurelle de la spécialisation et de la concentration du marché.
1. Une divergence marquée entre la trajectoire des importations et celle des exportations
1.1 Les importations de l'UE ont connu une croissance nettement plus forte que les exportations
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de l'UE en récipients en verre (NC 701090) a été multipliée par plus de 2,4, passant de 453 M€ à 1 091 M€, soit une hausse de 140,8 %. Sur la même période, les exportations n'ont progressé que de 29,0 % (de 1 140 M€ à 1 470 M€). En volume, l'écart est tout aussi saisissant : les quantités importées ont augmenté de 78,5 % (de 664 766 à 1 186 718 tonnes), tandis que les quantités exportées n'ont crû que de 2,6 % (de 1 176 402 à 1 207 157 tonnes). Le commerce consultez le tableau des échanges globaux illustre clairement cette dynamique.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 1 140 | 1 470 | +29,0 % |
| Exportations (volume, kt) | 1 176 | 1 207 | +2,6 % |
| Importations (valeur, M€) | 453 | 1 091 | +140,8 % |
| Importations (volume, kt) | 665 | 1 187 | +78,5 % |
| Solde commercial (M€) | 687 | 379 | −44,8 % |
| Prix export (€/t) | 969 | 1 218 | +25,7 % |
| Prix import (€/t) | 681 | 919 | +34,9 % |
1.2 L'excédent commercial de l'UE s'est fortement réduit
Le solde commercial de l'UE pour ce produit, nettement excédentaire en 2015 à 687 M€, a fondu de 44,8 % pour atteindre 379 M€ en 2025. En 2022, il avait même atteint son point le plus bas (376 M€), avant de se stabiliser légèrement. La dépendance nette aux importations est ainsi passée de −8,9 % en 2015 à −2,9 % en 2025, signe que le marché européen tend vers l'équilibre, voire vers une dépendance accrue vis-à-vis des fournisseurs tiers.
1.3 La Chine s'impose comme le principal fournisseur, au détriment de la Russie et des EAU
L'analyse des partenaires d'importation par partenaire révèle une recomposition géographique profonde :
| Partenaire (import.) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 79 | 322 | +307 % |
| Royaume-Uni | 96 | 213 | +123 % |
| Ukraine | 55 | 136 | +150 % |
| Turquie | 15 | 127 | +771 % |
| Moldavie | 18 | 51 | +188 % |
| Fédération de Russie | 10 | 0 | −100 % |
| Émirats arabes unis | 31 | 18 | −42 % |
La Chine est passée de 79 M€ à 322 M€, représentant désormais près de 30 % des importations de l'UE en valeur. La Turquie a connu la progression la plus spectaculaire (+771 %), passant de 15 M€ à 127 M€. À l'inverse, les importations en provenance de Russie se sont effondrées après 2021, chutant de 66 M€ à pratiquement zéro, illustrant l'impact des sanctions liées au conflit ukrainien.
1.4 La concentration des importations s'est accrue, tandis que les exportations restent diversifiées
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a augmenté de 41,2 %, passant de 1 168 à 1 649, signe d'une concentration croissante des sources d'approvisionnement voir la concentration. Les exportations de l'UE, en revanche, restent plus diversifiées (HHI de 1 062 à 1 212), avec un large portefeuille de destinations incluant le Royaume-Uni, la Suisse, les États-Unis, la Serbie et la Norvège.
1.5 Les principaux États membres importateurs ont fortement accru leurs achats à l'extérieur
Parmi les rapporteurs intra-UE, l'Italie (+154 %), l'Irlande (+264 %), l'Espagne (+237 %) et la Belgique (+284 %) ont enregistré les plus fortes hausses d'importations par rapporteur. En exportation, la France et l'Allemagne restent les leaders stables, tandis que l'Irlande a connu une expansion remarquable (de 3,4 M€ à 128 M€, soit +3 705 %), probablement liée au développement de l'industrie pharmaceutique et agroalimentaire locale.
2. Les chocs de prix et de volume de 2022–2023 : une crise énergétique et géopolitique sans précédent
2.1 L'année 2022 marque un tournant avec une série de chocs de prix à l'importation
L'analyse des événements de choc voir les chocs détectés révèle plusieurs ruptures simultanées en 2022. Les prix à l'importation ont connu des hausses inhabituelles, mesurées par le degré d'anormalité :
| Choc (importation) | Anormalité | Hausse de prix | Part de valeur | Année |
|---|---|---|---|---|
| Ukraine (prix) | 19,3 | +58,7 % | 16,5 % | 2022 |
| Turquie (prix) | 19,2 | +45,2 % | 14,2 % | 2022 |
| ÉAU (prix) | 12,5 | +67,3 % | 6,3 % | 2022 |
| Royaume-Uni (prix) | 7,1 | +46,8 % | 24,1 % | 2023 |
| Russie (prix) | 10,5 | +162,7 % | 4,0 % | 2023 |
2.2 La crise énergétique a entraîné une forte hausse des prix unitaires du verre
Le secteur du verre est extrêmement énergivore (fours à fusion à haute température). La flambée des prix du gaz naturel en 2021–2022, conséquence de la reprise post-COVID puis du déclenchement du conflit russo-ukrainien, a eu un impact direct sur les coûts de production. Les prix unitaires moyens à l'importation de l'UE ont bondi de 587 €/t (2015) à un pic de 985 €/t (2022), avant de se replier à 919 €/t en 2025. Du côté des exportations, la hausse a été similaire : de 969 €/t à un maximum de 1 404 €/t en 2023.
2.3 Les volumes importés d'Ukraine et de Russie ont subi des chocs asymétriques
L'Ukraine a vu ses prix de vente à l'UE bondir de 58,7 % en 2022 (de 417 à 648 €/t), tandis que les volumes ont chuté de près de 45 % par rapport à la tendance, probablement en raison des destructions d'infrastructure industrielle et des perturbations logistiques liées à la guerre. Les volumes ne se sont que partiellement rétablis depuis. En parallèle, la Fédération de Russie a connu une sortie quasi-totale du marché en 2023–2025 (passant de 214 488 tonnes en 2021 à 0,13 tonne en 2025), illustrant l'effet des sanctions commerciales de l'UE. Consultez les séries de volatilité par partenaire.
2.4 À l'exportation, le Royaume-Uni et le Maroc ont connu des chocs de prix significatifs
Du côté des exportations, deux chocs notables ont été détectés :
- Maroc (2022) : anomalie de 190,3, avec une hausse de prix de 40,2 % et une contraction des volumes. Le Maroc représente 1,4 % de la valeur exportée de l'UE.
- Royaume-Uni (2022) : anomalie de 155,3, avec une hausse de prix de 20,5 %, sur un marché représentant 26,5 % de la valeur exportée. Les prix export vers le Royaume-Uni ont continué à augmenter en 2023 (pic à 1 215 €/t), reflétant à la fois la hausse des coûts de production et le maintien de la demande britannique.
2.5 Les volumes exportés vers la Russie ont connu un déclin continu
Les exportations vers la Russie ont progressivement diminué, passant de 36,8 M€ (2015) à 15,4 M€ (2025), avec un coefficient de variation de 0,43, l'un des plus élevés parmi les destinations d'exportation. Les quantités ont suivi une trajectoire similaire, passant de 33 555 à 7 961 tonnes. Ce déclin, amorcé avant même les sanctions de 2022, suggère un recul de la compétitivité des producteurs européens face à la montée des fournisseurs turcs et asiatiques sur ce marché.
3. Transformations structurelles : spécialisation, production et intensité commerciale
3.1 La production européenne de récipients en verre a fortement augmenté en valeur
Selon les données PRODCOM, la production de l'UE en valeur est passée de 8,5 Mds€ (2015) à 12,8 Mds€ (2024), soit une hausse de 58,5 %. En quantité, la progression est plus modeste (+5,3 %, de 77,6 à 85,9 milliards d'unités). L'écart entre ces deux dynamiques traduit une forte inflation des prix de production (le prix unitaire de production passant de 0,110 à 0,149 €/unité), cohérente avec la hausse des coûts énergétiques et matières premières observée dans toute la chaîne de valeur du verre.
3.2 Le Royaume-Uni, la Suisse et les États-Unis restent les principales destinations d'exportation
Les trois premières destinations d'exportation de l'UE restent stables sur la période :
| Destination (export.) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 234 | 368 | +57 % |
| Suisse | 130 | 193 | +49 % |
| États-Unis | 238 | 269 | +13 % |
| Serbie | 28 | 73 | +162 % |
| Norvège | 23 | 38 | +64 % |
| Israël | 25 | 43 | +71 % |
| Canada | 44 | 35 | −22 % |
La Serbie se distingue par une croissance exceptionnelle (+162 %), reflétant l'intégration de plus en plus étroite de ce pays dans les chaînes de valeur européennes, notamment dans les secteurs agroalimentaire et viticole. Le Canada, à l'inverse, est le seul partenaire majeur à avoir enregistré un recul (−22 %).
3.3 La spécialisation intra-UE révèle un clivage géographique net
L'analyse des avantages comparatifs révélés (RSCA) pour 2025 voir la carte de spécialisation met en évidence :
| Pays | RSCA | RCA | Interprétation |
|---|---|---|---|
| Croatie | 0,794 | 8,69 | Très fortement spécialisée |
| Portugal | 0,754 | 7,12 | Très fortement spécialisée |
| Bulgarie | 0,725 | 6,28 | Très fortement spécialisée |
| Slovénie | 0,578 | 3,74 | Spécialisée |
| Estonie | 0,294 | 1,83 | Modérément spécialisée |
| France | 0,044 | 1,09 | Faiblement spécialisée |
| Allemagne | 0,021 | 1,04 | Faiblement spécialisée |
| Italie | 0,215 | 1,55 | Modérément spécialisée |
| Irlande | −0,996 | 0,002 | Quasi-totalement importatrice |
| Finlande | −0,989 | 0,006 | Quasi-totalement importatrice |
| Suède | −0,800 | 0,111 | Très peu spécialisée |
Les pays d'Europe du Sud-Est (Croatie, Bulgarie, Slovénie) et le Portugal affichent les plus forts indices de spécialisation, suggérant un avantage compétitif lié à des coûts de production (énergie, main-d'œuvre) plus bas. L'Irlande, avec un RSCA de −0,996, constitue le cas le plus extrême de dépendance quasi-totale aux importations de récipients en verre, un phénomène sans doute lié à l'absence de capacité industrielle verrière sur l'île couplée à une forte demande provenant de l'industrie pharmaceutique.
3.4 Les bouteilles colorées pour boissons (0,33–1 L) dominent les importations, tandis que les bouteilles non colorées (0,33–1 L) structurent les exportations
L'analyse des sous-positions par segment produit révèle une structure d'échanges différenciée :
Importations — Principaux segments en volume (2025) :
| Code | Description | Volume (t) | Valeur (M€) |
|---|---|---|---|
| 70109053 | Flacons colorés, 0,33–1 L (alimentaire) | 239 614 | 148 |
| 70109043 | Flacons non colorés, 0,33–1 L (alimentaire) | 210 512 | 149 |
| 70109045 | Flacons non colorés, 0,15–0,33 L | 135 975 | 84 |
| 70109010 | Bocaux à stériliser | 130 635 | 79 |
| 70109091 | Récipients non colorés, divers (hors alimentaire/pharma) | 73 069 | 165 |
| 70109055 | Flacons colorés, 0,15–0,33 L | 87 888 | 46 |
| 70109041 | Bouteilles pour produits alimentaires (≥ 2,5 L) | 54 665 | 38 |
Exportations — Principaux segments en volume (2025) :
| Code | Description | Volume (t) | Valeur (M€) |
|---|---|---|---|
| 70109053 | Flacons colorés, 0,33–1 L (alimentaire) | 364 439 | 266 |
| 70109043 | Flacons non colorés, 0,33–1 L (alimentaire) | 211 110 | 203 |
| 70109055 | Flacons colorés, 0,15–0,33 L | 128 037 | 81 |
| 70109045 | Flacons non colorés, 0,15–0,33 L | 92 508 | 69 |
| 70109071 | Récipients pharmaceutiques (> 55 mL) | 67 638 | 107 |
| 70109091 | Récipients non colorés, divers | 47 930 | 184 |
| 70109061 | Bocaux et pots pour alimentaire (≥ 0,25 L) | 45 540 | 35 |
Les bouteilles et flacons pour boissons (codes 70109043 et 70109053) constituent de loin la catégorie dominante, tant en importation qu'en exportation. Notablement, le segment des récipients non colorés divers (70109091), bien que modeste en volume, affiche un prix unitaire très élevé (environ 2 264 €/t à l'import et 3 845 €/t à l'export), ce qui suggère qu'il regroupe des produits à forte valeur ajoutée (cosmétiques, spécialités chimiques).
3.5 L'intensité commerciale du secteur a nettement augmenté
L'indicateur d'intensité commerciale, qui rapporte la valeur des échanges (importations + exportations) à la production, est passée de 12,0 % (2015) à 19,4 % (2025), soit une hausse de 61,7 %. Ce chiffre confirme que le marché européen des récipients en verre s'est significativement internationalisé sur la décennie, avec une part croissante des échanges par rapport à la production domestique. La propension à exporter a progressé plus modérément (de 10,2 % à 12,0 %, soit +18 %), ce qui signifie que c'est surtout la composante importation qui a tiré l'augmentation de l'intensité commerciale.
Conclusion
Le marché européen des récipients en verre (NC 701090) a connu, sur la période 2015–2025, une transformation profonde qui peut se résumer en trois tendances majeures.
Premièrement, la dynamique asymétrique entre importations et exportations a considérablement réduit l'excédent commercial de l'UE, qui est passé de 687 M€ à 379 M€. Les importations, tirées par la Chine (+307 %), la Turquie (+771 %) et l'Ukraine (+150 %), ont connu une croissance trois fois supérieure à celle des exportations en valeur, et plus de trente fois supérieure en volume. Cette évolution témoigne d'une pression concurrentielle croissante de la part de producteurs à bas coûts, notamment asiatiques et turcs.
Deuxièmement, la période 2022–2023 a constitué un choc systémique pour le secteur. La conjonction de la crise énergétique (prix du gaz), du conflit russo-ukrainien (perturbations des chaînes d'approvisionnement) et des sanctions commerciales (effondrement des échanges avec la Russie) a provoqué des hausses de prix à l'importation allant de +45 % (Turquie) à +163 % (Russie), avant le quasi-effacement de ce dernier fournisseur. Ces chocs ont mis en lumière la dépendance du secteur européen aux fournisseurs tiers pour certaines catégories de produits.
Troisièmement, le secteur européen du verre d'emballage s'est restructuré autour de pôles de spécialisation géographique distincts : les pays d'Europe du Sud-Est (Croatie, Bulgarie, Portugal) affichent une forte spécialisation à l'exportation, tandis que les grands marchés de consommation (France, Allemagne, Italie) restent les moteurs principaux du commerce bilatéral. L'intensité commerciale du secteur, passée de 12 % à 19 %, confirme un processus d'internationalisation qui, bien que favorable à la compétitivité, accroît la vulnérabilité du secteur européen face aux chocs externes et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales.