Évolution du marché : Articles moulés en fonte ou acier (CN 732599) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne (UE) pour les articles moulés en fonte, fer ou acier, n.d.a. (code NC 732599), sur la période 2015-2025. Le périmètre couvre les échanges avec les pays hors UE. Les données révèlent une transformation profonde du marché caractérisée par une forte expansion des importations, un déficit commercial qui s'aggrave, et un rééquilibrage géographique des flux. L'analyse s'appuie sur les valeurs, les volumes et les prix des échanges, ainsi que sur des indicateurs de concentration, de spécialisation et de vulnérabilité.
1. Une dynamique de désindustrialisation et de dépendance accrue aux importations
La période étudiée se caractérise par un écart croissant entre une demande intérieure soutenue, principalement satisfaite par les importations, et une capacité exportatrice en repli. Cette tendance a conduit l'UE à passer d'une position d'équilibre à celle d'un importateur net significatif.
La stagnation des exportations face à la flambée des importations
Les importations en valeur ont connu une hausse de +67,6 % entre 2015 et 2025, passant de 472,0 M€ à 790,9 M€, portée par un volume en augmentation de +69,6 % (de 199 140 t à 337 748 t). À l'inverse, les exportations ont stagné en valeur (+5,7 % pour atteindre 336,7 M€), masquant une chute drastique des volumes exportés de -37,9 % (de 109 491 t à 67 940 t). Cette divergence s'explique en partie par une hausse des prix à l'exportation de +70,3 %, alors que les prix à l'importation sont restés stables (-1,2 %). (Vue d'ensemble du commerce)
L'érosion de la balance commerciale et l'envolée de la dépendance
Le déficit commercial s'est considérablement aggravé, passant de -153,5 M€ en 2015 à -454,2 M€ en 2025, une détérioration de -195,9 %. Ce creusement du déficit se reflète dans l'indicateur de dépendance nette aux importations, qui est passé de -5,3 % (légère situation d'excédent) à +33,2 %, signifiant que plus d'un tiers de la consommation intérieure apparente est désormais couvert par les importations. (Dépendance nette aux importations)
Une production qui ne suit pas l'évolution des prix
La valeur de la production européenne (données PRODCOM) a été multipliée par 2,4 (+139,4 %), passant de 427,5 M€ à 1 023,4 M€. Cependant, la quantité produite a légèrement reculé de -3,6 % (de 309 621 t à 298 370 t). Cette évolution suggère une montée en gamme ou une inflation des coûts de production, mais sans augmentation des volumes pour répondre à la demande. (Quantité de production)
2. Une réorientation géographique des flux commerciaux
La géographie des échanges s'est profondément remodelée, avec une montée en puissance des fournisseurs asiatiques et une évolution des marchés de destination pour les exportations européennes.
L'Asie et la Turquie comme nouveaux fournisseurs dominants
La Chine reste le premier fournisseur (303,3 M€ en 2025), mais sa croissance (+49,8 %) est dépassée par celle de l'Inde (+166,4 %, 191,4 M€) et de la Turquie (+118,9 %, 120,0 M€). L'Iran (+376,6 %) et la Bosnie-Herzégovine (+351,0 %) émergent également, bien que sur des valeurs absolues plus faibles. À l'inverse, les importations en provenance des Émirats arabes unis se sont effondrées de -72,0 %. (Principaux partenaires à l'importation)
Des exportations européennes concentrées sur des marchés matures
Les exportations restent dominées par le Royaume-Uni (75,9 M€, -6,0 %), les États-Unis (54,6 M€, +10,0 %) et la Suisse (41,5 M€, +23,4 %). Des marchés émergents comme la Turquie (+120,2 %) et la Serbie (+117,3 %) gagnent en importance. Le cas algérien illustre la volatilité : exportations à 15,3 M€ en 2015, effondrées à 1,0 M€ en 2025 (-93,2 %). (Principaux partenaires à l'exportation)
Une légère déconcentration des échanges
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations a diminué de -4,5 %, passant de 2 464 à 2 353, indiquant une légère diversification des sources d'approvisionnement. La concentration des exportations a également baissé de -5,1 % (HHI de 1 145 à 1 086). Malgré cela, le marché des importations reste plus concentré que celui des exportations. (Concentration HHI)
3. Des disparités structurelles et des vulnérabilités sectorielles
L'analyse des sous-produits, de la spécialisation des États membres et de la volatilité des flux révèle des fragilités et des asymétries au sein du marché unique.
Une hétérogénéité marquée entre les produits en fonte et en acier
Le code 732599 agrège deux sous-catégories aux dynamiques distinctes. À l'importation, la demande pour les ouvrages en fonte (73259910) a explosé, avec un volume multiplié par 2,1 (de 121 483 t à 258 375 t) et une valeur en hausse de +141 % (de 164,1 M€ à 394,0 M€). À l'opposé, les importations d'ouvrages en acier (73259990) ont été stables en volume (+2,2 %) mais leur valeur a augmenté de +28,8 %. Les exportations d'acier s'effondrent en volume (-68,1 %), tandis que les exportations de fonte progressent fortement en volume (+100,8 %). (Segmentation par sous-produit)
Une spécialisation géographique inégale au sein de l'UE
En 2025, l'Espagne (RSCA de 0,594) et la Tchéquie (0,370) affichent un avantage comparatif révélé et significatif dans la production de ces articles. À l'inverse, plusieurs petits États membres comme Malte (RSCA de -0,999) ou Chypre (-0,992) sont totalement dépendants des importations. Cette division du travail au sein de l'UE explique en partie les flux intracommautaires sous-jacents aux statistiques extracommunautaires. (Spécialisation des États membres)
Des chocs de prix et d'offre sur certains flux
L'analyse de la volatilité met en évidence des relations commerciales instables. Les importations en provenance d'Ukraine présentent la plus grande volatilité (CV de 0,93). Les exportations vers l'Algérie ont subi un choc de prix extrême en 2017 (+1 002,8 %) suivi d'un effondrement de l'offre en 2024 (-99,2 %). Un choc de prix significatif a également été détecté sur les importations indiennes en 2022 (+23,5 %). (Événements de choc)
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen des articles moulés en fonte ou acier a subi une restructuration majeure. La demande intérieure a été de plus en plus satisfaite par des importations en forte hausse, principalement en provenance d'Asie et de Turquie, creusant un déficit commercial significatif. La production européenne, si elle a gagné en valeur, n'a pas réussi à accroître ses volumes. Les exportations ont reculé en quantité, se concentrant sur des marchés traditionnels. Cette évolution met en lumière une vulnérabilité accrue de l'UE dans ce segment, dépendante de fournisseurs extérieurs pour des composants essentiels à de nombreux secteurs industriels. Les futures politiques commerciales et industrielles devront prendre en compte ces déséquilibres structurels et la volatilité de certains flux.