Évolution du marché : Appareils de musculation (CN 95069110) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 95069110 couvre les appareils d'exercices à système d'effort modulable, c'est-à-dire les équipements de musculation et de fitness dont la résistance est ajustable. Ce segment, traditionnellement niché, a connu une transformation profonde entre 2015 et 2025, portée par des changements de modes de vie — notamment le boom du home fitness accéléré par la pandémie de COVID-19 — et par la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Sur la période étudiée, les échanges de l'UE avec le reste du monde ont fortement progressé : les importations sont passées de 592,0 M€ à 1 072,3 M€ (+81,1 %), tandis que les exportations ont doublé, de 257,3 M€ à 527,8 M€ (+105,1 %). Malgré ce dynamisme, le déficit commercial s'est creusé, passant de −334,8 M€ à −544,4 M€ (−62,6 %). Ce rapport propose d'analyser les principales dynamiques à l'œuvre, en examinant successivement la trajectoire de croissance et ses ruptures, la géographie des approvisionnements et la montée en puissance des exportations européennes.
1. Une croissance en dents de scie : du boom pandémique à la normalisation
La trajectoire des échanges de l'UE en appareils de musculation sur la décennie 2015–2025 ne suit pas une progression linéaire. Elle est marquée par trois phases distinctes : une croissance modérée avant 2020, un pic spectaculaire lié aux confinements, puis un ajustement partiel suivi d'une reprise structurelle.
La phase pré-pandémique : une croissance régulière mais contenue
Entre 2015 et 2019, le marché européen des équipements de fitness a connu une croissance soutenue mais relativement modeste. La production de l'UE, estimée à 621,2 M€ en 2015, progressait régulièrement pour atteindre environ 1 098,6 M€ à son pic. Cette dynamique reflétait l'essor du secteur du fitness en Europe, tiré par la multiplication des salles de sport et la démocratisation des équipements domestiques.
Le choc COVID-19 : un pic d'importations historique en 2020–2021
La pandémie de COVID-19 a constitué un choc d'une ampleur exceptionnelle pour ce secteur. Avec la fermeture des salles de sport et les mesures de confinement, la demande domestique d'équipements de musculation a littéralement explosé. Les importations de l'UE ont atteint un maximum historique de 1 482,8 M€ (en 2021), tandis que les volumes importés ont culminé à 332 844 tonnes. La dépendance nette aux importations a atteint un sommet de 69,3 %, soulignant l'incapacité de la production européenne à répondre à cette demande exceptionnelle.
La correction et la stabilisation à un niveau supérieur (2022–2025)
Après ce pic, les importations ont connu un recul significatif avant de se stabiliser autour de 1 072,3 M€ en 2025, soit un niveau nettement supérieur à celui d'avant-crise (+81,1 % par rapport à 2015). Les volumes, à 251 301 tonnes en 2025, restent également bien au-dessus du niveau pré-pandémique (136 411 tonnes en 2015). Cette stabilisation à un palier élevé suggère que le choc COVID a eu un effet durable sur les habitudes de consommation : le home fitness n'est pas retourné à sa niche d'avant-crise.
2. La Chine, géant incontournable d'un approvisionnement de plus en plus concentré
L'analyse géographique des importations révèle une structure d'approvisionnement dominée par la Chine, avec une tendance marquée à la concentration accrue et, parallèlement, l'émergence timide de sources alternatives.
L'hégémonie chinoise : plus de trois quarts des importations
La Chine occupe une position prépondérante dans les importations européennes d'appareils de musculation. Les importations en provenance de Chine sont passées de 366,7 M€ en 2015 à 826,5 M€ en 2025 (+125,4 %), avec un pic à 1 141,6 M€ en 2021. En 2025, la Chine représente ainsi environ 77 % de la valeur totale des importations de l'UE dans ce segment. Les prix unitaires d'importation chinois restent nettement inférieurs à la moyenne, ce qui témoigne d'un avantage compétitif fondé sur les coûts de production.
Une concentration croissante des fournisseurs
L'indice de concentration HHI (Herfindahl-Hirschman) des importations est passé de 4 325 à 6 094 (+40,9 %), un niveau qui indique un marché fortement concentré. Cela signifie que les importateurs européens se sont tournés de manière croissante vers un nombre limité de fournisseurs, principalement la Chine, plutôt que de diversifier leurs sources. Le recul de Taïwan (de 98,2 M€ à 70,8 M€, soit −27,9 %) illustre ce phénomène de concentration au profit du fournisseur dominant.
L'émergence du Vietnam : une alternative encore marginale
Le développement le plus remarquable en termes de géographie des importations est l'essor spectaculaire du Vietnam, dont les exportations vers l'UE sont passées de 8 062 € à 21,0 M€. Bien que ce chiffre reste modeste en valeur absolue, il représente une multiplication par plus de 2 600 et s'inscrit dans la tendance au relocalisation (China+1) observée dans de nombreux secteurs manufacturiers. Toutefois, l'extrême volatilité de ce flux (coefficient de variation de 1,01) suggère que cette alternative reste fragile et non consolidée.
Les flux secondaires : des dynamiques contrastées
Parmi les autres partenaires d'importation, les États-Unis ont progressé (+34,2 % pour atteindre 105,6 M€), tandis que le Royaume-Uni a reculé de −21,0 %, probablement en lien avec les frictions commerciales post-Brexit. La Turquie, bien que non classée parmi les tout premiers partenaires en valeur, affiche la volatilité la plus élevée de tous les flux d'importation (CV = 1,66), ce qui en fait un partenaire peu fiable malgré un potentiel de diversification intéressant.
| Partenaire d'importation | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) | Volatilité (CV) |
|---|---|---|---|---|
| Chine | 366,7 | 826,5 | +125,4 | 0,40 |
| Taïwan | 98,2 | 70,8 | −27,9 | 0,35 |
| États-Unis | 78,7 | 105,6 | +34,2 | 0,18 |
| Royaume-Uni | 35,2 | 27,8 | −21,0 | 0,45 |
| Vietnam | 0,008 | 21,0 | +260 895 | 1,01 |
| Hong Kong | 0,4 | 1,6 | +302,6 | 1,03 |
3. L'essor des exportations européennes : diversification géographique et montée en gamme
Si les importations dominent la balance commerciale, les exportations européennes ont connu une trajectoire remarquable, tant en volume qu'en valeur, témoignant d'une industrie européenne qui a su se positionner sur des segments à plus forte valeur ajoutée.
Un quasi-doublement des exportations en valeur
Les exportations de l'UE ont presque doublé sur la période, passant de 257,3 M€ à 527,8 M€ (+105,1 %). Significativement, la croissance en valeur (+105,1 %) dépasse nettement celle des quantités (+49,9 %), ce qui traduit une augmentation du prix moyen à l'exportation de 9 174 €/t à 12 557 €/t (+36,9 %). Ce différentiel suggère un effet de montée en gamme : les équipements exportés sont devenus plus sophistiqués et plus chers, en cohérence avec la réputation européenne en matière d'équipements de fitness haut de gamme.
L'Italie, championne européenne de l'exportation
La répartition des exportations par État membre révèle la domination de l'Italie, dont les exportations ont bondi de 83,0 M€ à 194,2 M€ (+134,1 %), représentant ainsi plus du tiers des exportations totales de l'UE. L'Italie est suivie par l'Allemagne (103,7 M€, +71,4 %) et les Pays-Bas (54,2 M€, +98,3 %). Les données de spécialisation confirment ce leadership : l'Italie affiche un RSCA de 0,175 et la Slovaquie de 0,507, ce qui en fait les États membres les plus spécialisés dans ce segment.
| État membre exportateur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Italie | 83,0 | 194,2 | +134,1 |
| Allemagne | 60,5 | 103,7 | +71,4 |
| Pays-Bas | 27,3 | 54,2 | +98,3 |
| Hongrie | 29,1 | 56,0 | +92,4 |
| Slovaquie | 21,4 | 45,7 | +113,4 |
| Suède | 6,6 | 15,6 | +135,4 |
| France | 4,6 | 9,8 | +113,6 |
Une diversification réussie des marchés de destination
Les exportations européennes se sont remarquablement diversifiées géographiquement. L'HHI des exportations a diminué de 926 à 750 (−19,0 %), ce qui indique une répartition plus équilibrée entre les destinations. Le Royaume-Uni reste le premier client (92,1 M€, +55,7 %), mais des marchés lointains ont fortement progressé : l'Australie (+276,9 %), les États-Unis (+153,3 %), le Brésil (+140,0 %) et les Émirats arabes unis (+86,8 %). Cette géographie diversifiée protège l'industrie européenne contre les chocs sectoriels sur un marché donné.
Des chocs de prix ponctuels mais significatifs
L'analyse de volatilité a détecté plusieurs événements de choc sur les exportations. En 2022, des pics de prix anormaux ont été observés vers l'Afrique du Sud (hausse de prix de +67,8 %) et le Maroc (+79,1 %), tous deux avec un degré d'anormalité élevé (14,9 et 13,6 respectivement). Ces chocs, qui coïncident avec la période post-COVID et la crise énergétique, pourraient refléter des ruptures d'approvisionnement locales ou des ajustements de politique commerciale dans ces pays.
Conclusion
Le marché européen des appareils de musculation (CN 95069110) a traversé une décennie transformant entre 2015 et 2025. Trois enseignements majeurs se dégagent de cette analyse.
Premièrement, la pandémie de COVID-19 a agi comme un accélérateur structurel, faisant passer le marché à un palier durablement supérieur. Les importations restent en 2025 près du double de leur niveau de 2015, et la dépendance nette aux importations s'est accrue de 34,5 % à 47,9 %, avec un pic inquiétant à 69,3 % en 2021.
Deuxièmement, la dépendance vis-à-vis de la Chine reste le fait structurant de ce marché. Avec près de 77 % des importations en provenance d'un seul pays, et un HHI des importations en hausse de 40,9 %, la concentration de l'approvisionnement constitue une vulnérabilité stratégique, d'autant que la propension à l'exportation de l'UE a bondi de 26,1 % à 77,2 %, signe d'une industrie européenne de plus en plus intégrée dans les échanges mondiaux.
Troisièmement, l'industrie européenne a su saisir des opportunités d'exportation significatives, en montant en gamme et en diversifiant ses marchés. L'Italie s'affirme comme le champion européen du secteur, tandis que la baisse de l'HHI des exportations traduit une stratégie de diversification géographique réussie. Cette dynamique exportatrice constitue le principal contrepoint positif à la dépendance importatrice et offre des perspectives de rééquilibrage partiel de la balance commerciale à moyen terme.