Évolution du marché : Aluminium brut (CN 76011090) — 2015–2025
Introduction
L'aluminium non allié sous forme brute (code NC 76011090), hors plaques, constitue une matière première stratégique pour l'industrie européenne de transformation — automobile, aéronautique, bâtiment, emballages. Ce produit correspond principalement aux lingots, barres et billettes d'aluminium brut destinés à la refusion ou au tréfilage, et correspond au code Prodcom 24.42.11.30 (Aluminium non allié, sous forme brute). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a vu sa dépendance structurelle vis-à-vis des fournisseurs extra-européens se maintenir à un niveau élevé, tandis que sa production intérieure a connu un déclin sévère. Ce rapport analyse les trois dynamiques majeures observées : l'ampleur persistante du déficit commercial, la recomposition géographique des flux d'approvisionnement, et l'érosion de la capacité productive européenne.
1. Un déficit commercial massif et qui se creuse
1.1 Des importations quasi cent fois supérieures aux exportations
L'UE importe annuellement entre 2,46 et 3,02 millions de tonnes d'aluminium non allié brut, pour une valeur comprise entre 5 927 M€ et 7 507 M€. En 2025, les importations s'établissent à 7 507 M€ pour 3,02 millions de tonnes. Les exportations, en regard, demeurent extrêmement marginales : 71,6 M€ pour 24 585 tonnes en 2025. Le rapport entre exportations et importations est d'environ 1 pour 100 en valeur.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation | Minimum | Maximum |
|---|---|---|---|---|---|
| Importations – valeur (M€) | 7 003 | 7 507 | +7,2 % | 5 927 | 7 507 |
| Importations – volume (kt) | 2 948 | 3 025 | +2,6 % | 2 461 | 3 025 |
| Prix moyen import (€/t) | 2 375 | 2 482 | +4,5 % | — | — |
| Exportations – valeur (M€) | 72,3 | 71,6 | −0,9 % | 32,0 | 72,3 |
| Exportations – volume (kt) | 29,0 | 24,6 | −15,3 % | 11,4 | 29,0 |
| Prix moyen export (€/t) | 2 491 | 2 913 | +16,9 % | — | — |
| Balance commerciale (M€) | −6 930 | −7 436 | −7,3 % | −7 436 | −5 895 |
Le volume importé a progressé modérément (+2,6 %), tandis que la hausse de valeur (+7,2 %) reflète principalement l'augmentation des prix unitaires à l'importation. Côté exportations, le volume a reculé de 15,3 % alors même que le prix moyen a augmenté de 16,9 %, ce qui stabilise la valeur totale autour de 72 M€. Le déficit commercial s'est ainsi creusé passant de −6 930 M€ à −7 436 M€.
1.2 Une dépendance nette aux importations durablement supérieure à 80 %
Le taux de dépendance nette aux importations (net import reliance) confirme la profondeur de cette dépendance structurelle. Il oscille entre 75,2 % (minimum sur la période) et 92,4 % (maximum), avec des valeurs de 83,1 % en 2015 et 83,9 % en 2025. Le niveau plancher de 75,2 % correspond vraisemblablement à une année de pic de production intérieure ou de faible demande, tandis que la pointe à 92,4 % reflète un annexe de production domestique ou une forte pression importatrice.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Min | Max |
|---|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | 83,1 | 83,9 | 75,2 | 92,4 |
| Intensité commerciale (%) | 84,8 | 84,6 | 76,9 | 93,6 |
| Propension à exporter (%) | 9,0 | 3,6 | 3,6 | 17,3 |
La propension à exporter (export propensity) constitue l'indicateur le plus révélateur de l'évolution de la compétitivité européenne : elle a chuté de 9,0 % à 3,6 %, soit −59,7 %. L'écart entre le maximum (17,3 %) et le niveau actuel (3,6 %) souligne l'ampleur du recul. Ce thème est confirmé par le score de saillance (salience) de l'export propensity (106,1), nettement supérieur à celui de l'intensité commerciale (34,9), ce qui en fait l'indicateur de vulnérabilité le plus diagnostic.
2. Une recomposition géographique profonde des flux d'approvisionnement
2.1 Le Canada, grande gagnante de la décennie
Le changement le plus spectaculaire côté importations est l'essor du Canada, dont les livraisons vers l'UE ont été multipliées par 4,5 sur la période : de 309 M€ (2015) à 1 392 M€ (2025), soit +350 %. Le Canada est ainsi passé d'un fournisseur secondaire au premier rang en valeur. Cette progression est cohérente avec la stratégie européenne de diversification géographique, le Canada disposant d'une production d'aluminium primaire alimentée par une énergie hydroélectrique compétitive et bénéficiant d'accords commerciaux avec l'UE.
| Pays fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | Coeff. de variation |
|---|---|---|---|---|
| Canada | 309 | 1 392 | +350 % | 0,88 |
| Mozambique | 1 061 | 1 429 | +34,7 % | 0,14 |
| Islande | 1 055 | 918 | −13,0 % | 0,10 |
| Inde | 1 237 | 483 | −61,0 % | 0,62 |
| Afrique du Sud | 404 | 490 | +21,3 % | 0,07 |
| Russie | 651 | 334 | −48,7 % | 0,48 |
| Bahreïn | 284 | 374 | +31,7 % | 0,18 |
Mozambique s'est affirmé comme le deuxième fournisseur de l'UE (1 429 M€ en 2025, +34,7 %), avec une volatilité relativement faible (CV = 0,14). Bahreïn a également renforcé sa position (+31,7 %). L'Islande reste un partenaire structurant (918 M€) malgré un recul modéré (−13,0 %), et se distingue par la plus faible volatilité de l'ensemble des partenaires (CV = 0,10). L'Afrique du Sud confirme une progression régulière (+21,3 %), avec le coefficient de variation le plus bas (0,07).
Principaux partenaires à l'importation
2.2 L'effacement de l'Inde et de la Russie
À l'inverse, deux fournisseurs historiques ont subi des reculs marqués. L'Inde a vu ses exportations vers l'UE chuter de 1 237 M€ à 483 M€ (−61,0 %). La Russie a connu un recul comparable en proportion (−48,7 %, de 651 M€ à 334 M€), s'inscrivant dans le contexte des sanctions économiques imposées à partir de 2022 et de la volonté européenne de réduire sa dépendance stratégique. Ces deux partenaires affichent par ailleurs une forte volatilité (CV de 0,62 et 0,48 respectivement), témoignant de la fragilité de ces flux.
L'indice de concentration HHI des importations est resté remarquablement stable autour de 1 000–1 060, confirmant que la recomposition des partenaires s'est accompagnée d'un maintien de la diversification des sources d'approvisionnement.
2.3 Un rééquilibrage des destinations d'exportation
Les exportations de l'UE, quoique marginales, ont vu leur structure se transformer. La Norvège, premier client en 2015 (42,4 M€), a vu ses achats reculer de 60 % (17,0 M€ en 2025). En revanche, les États-Unis sont devenus le premier débouché avec 30,8 M€ (contre 3,9 M€ en 2015, +681,9 %). La Serbie est apparue comme un nouveau client significatif, passant de 0,01 M€ à 3,2 M€.
| Pays client | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation | Coeff. de variation |
|---|---|---|---|---|
| Norvège | 42,4 | 17,0 | −59,9 % | 1,04 |
| États-Unis | 3,9 | 30,8 | +681,9 % | 1,66 |
| Royaume-Uni | 6,2 | 4,0 | −35,8 % | 0,35 |
| Suisse | 7,0 | 0,8 | −89,1 % | 1,32 |
| Chine | 2,2 | 1,7 | −22,9 % | 0,73 |
| Serbie | 0,01 | 3,2 | +35 420 % | 1,71 |
L'HHI des exportations a diminué de 3 715 à 2 514 (−32,3 %), traduisant une diversification notable des débouchés. Parti d'un niveau très concentré, le marché d'exportation s'est rapproché d'une structure modérément concentrée.
Principaux partenaires à l'exportation
3. Effondrement de la production intérieure européenne et dynamiques de prix
3.1 Une production en volume quasi divisée par deux
La production européenne d'aluminium non allié brut a connu un déclin sévère au cours de la période. Le volume produit est passé de 590 158 tonnes (en début de période) à 300 000 tonnes en 2025, soit une chute de 49,2 %. Le maximum historique a été de 800 000 tonnes, tandis que le niveau actuel constitue le point bas de la série. Cette contraction s'explique principalement par la crise énergétique européenne (2021–2023) : la production d'aluminium primaire, extrêmement gourmande en électricité, est devenue non compétitive face à des coûts énergétiques européens nettement supérieurs à ceux des principaux pays concurrents.
| Indicateur | Début de période | 2025 | Variation | Min | Max |
|---|---|---|---|---|---|
| Volume de production (kt) | 590 | 300 | −49,2 % | 300 | 800 |
| Valeur de la production (M€) | 1 121 | 1 200 | +7,1 % | 600 | 1 500 |
Volume et valeur de la production
3.2 La hausse des prix masque le recul physique
Alors que le volume de production a baissé de près de moitié, la valeur de la production n'a augmenté que de 7,1 % (1 121 M€ → 1 200 M€), ce qui implique un quasi-doublement du prix unitaire de production intérieure. Ce constat est corroboré par l'évolution des prix observés dans les échanges commerciaux : la hausse du prix moyen à l'exportation (+16,9 %, de 2 491 à 2 913 €/t) dépasse nettement celle des importations (+4,5 %, de 2 375 à 2 482 €/t). L'écart de prix croissant entre exportations et importations tend à indiquer que l'aluminium encore produit au sein de l'UE se concentre sur des qualités à plus forte valeur ajoutée, tandis que le segment de production de masse s'efface au profit des importations.
3.3 Une production ultra-concentrée aux Pays-Bas et en Italie
La capacité productive européenne repose sur un très petit nombre d'États membres. En 2025, les Pays-Bas représentent 72,1 % de la production totale de l'UE (RSCA = 0,67, RCA = 4,97), suivis par l'Italie à 17,0 % (RSCA = 0,36, RCA = 2,12). Ensemble, ces deux pays concentrent près de 89 % de la production communautaire. À l'opposé, plusieurs grands États membres — le Portugal et la Lettonie en tête (RSCA = −1,0) — ne produisent pas d'aluminium brut.
| État membre | RSCA | RCA | Part prod. (%) | Part com. (%) |
|---|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 0,67 | 4,97 | 72,1 | 14,5 |
| Italie | 0,36 | 2,12 | 17,0 | 8,0 |
| Espagne | −0,29 | 0,54 | 3,2 | 5,8 |
| Autriche | −0,33 | 0,51 | 1,7 | 3,3 |
| Slovénie | −0,56 | 0,28 | 0,3 | 1,0 |
Cette concentration de la production sur deux seuls pays accroît la vulnérabilité de la chaîne d'approvisionnement européenne : un incident technique ou énergétique touchant l'un de ces pays aurait un impact disproportionné.
Spécialisation des États membres
3.4 Les Pays-Bas et l'Italie dominent les flux d'importation intra-UE
Du côté des États membres importateurs, les Pays-Bas pèsent pour 3 113 M€ en 2025, soit environ 41 % des importations totales de l'UE en valeur. L'Italie arrive en deuxième position avec 2 049 M€ (+35,6 % par rapport à 2015), devançant la Grèce (654 M€, +25,3 %). L'Allemagne, troisième importateur en 2015, a vu ses achats reculer de 30,7 %, tandis que la Pologne a presque doublé les siens (+92,9 %).
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 3 123 | 3 113 | −0,3 % |
| Italie | 1 511 | 2 049 | +35,6 % |
| Grèce | 522 | 654 | +25,3 % |
| Allemagne | 676 | 468 | −30,7 % |
| Espagne | 443 | 487 | +10,1 % |
| France | 231 | 194 | −15,9 % |
| Pologne | 88 | 169 | +92,9 % |
Principaux États membres importateurs
Conclusion
La période 2015–2025 marque un approfondissement de la dépendance structurelle de l'Union européenne en matière d'aluminium non allié brut. Trois tendances dominent l'analyse :
-
Un déficit commercial qui atteint 7,4 milliards d'euros, les importations représentant près de 100 fois les exportations en valeur. La dépendance nette aux importations demeure ancrée au-dessus de 83 %, avec des pointes à 92 %.
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Une recomposition géographique réussie mais partielle. Le Canada est devenu le premier fournisseur de l'UE (+350 %), tandis que l'Inde (−61 %) et la Russie (−49 %) ont été marginalisées. L'HHI des importations, stable autour de 1 000, témoigne d'une diversification effective. Cependant, la volatilité élevée de certains nouveaux flux (Canada CV = 0,88) invite à la prudence.
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Un effondrement de la production intérieure, divisée par deux en volume, au profit d'une dépendance accrue aux importations. La propension à exporter a chuté de près de 60 %. La production européenne survivante se concentre aux Pays-Bas et en Italie, qui représentent près de 89 % des volumes.
À l'horizon, l'Union européenne fait face au paradoxe d'un albatre stratégique — l'aluminium primaire — dont la production domestique s'éteint progressivement sur le sol européen, alors même que la transition énergétique et industrielle en accroît la demande. La politique commerciale et industrielle devra arbitrer entre compétitivité-prix, sécurisation des approvisionnements et ambitions climatiques pour redéfinir le modèle productif européen de ce métal essentiel.