Évolution du marché : Aluminium allié brut (CN 76012080) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 76012080 désigne les alliages d'aluminium sous forme brute, à l'exclusion des plaques et billettes. Il s'agit d'un produit intermédiaire stratégique pour l'industrie européenne, servant de matière première à de multiples secteurs (automobile, aéronautique, construction, emballages). Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu des évolutions significatives de ses flux commerciaux avec le reste du monde : un creusement du déficit commercial, une hausse marquée des prix, un redéploiement géographique des partenaires, ainsi qu'un accroissement de la production intra-européenne. Le présent rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques, en s'appuyant sur les données de vue d'ensemble du commerce.
1. Un déficit commercial structurel en aggravation continue
1.1 Un déséquilibre persistant entre importations et exportations
L'Union européenne est structurellement déficitaire en aluminium allié brut. En 2025, les importations s'élevaient à 2,81 milliards € contre seulement 406 millions € d'exportations, soit un déficit commercial de −2,40 milliards €, en détérioration de 47,3 % par rapport à 2015 (−1,63 milliard €). Ce déséquilibre traduit une dépendance de longue date de l'industrie européenne vis-à-vis de sources d'approvisionnement extérieures pour ce métal stratégique.
1.2 Une intensification de la dépendance aux importations
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 36,9 % en 2015 à 41,0 % en 2025, avec un pic à 45,9 % sur la période. Cette tendance à la hausse (+11,2 %) indique que malgré la croissance de la production domestique, la demande européenne croît plus vite que la capacité de production locale, creusant ainsi le besoin en approvisionnement tiers.
1.3 Des volumes importés en progression plus modérée que leur valeur
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (milliards €) | 1,86 | 2,81 | +50,9 % |
| Volume des importations (kt) | 931 | 1 069 | +14,8 % |
| Prix moyen importé (€/t) | 2 000 | 2 629 | +31,4 % |
La hausse de la valeur des importations (+50,9 %) est bien supérieure à celle des volumes (+14,8 %), ce qui signifie qu'une part importante de la croissance nominale est imputable à la hausse des prix et non à un afflux massif de métal supplémentaire.
2. Un réalignement géographique des partenaires commerciaux
2.1 Les importations : consolidation des fournisseurs nordiques et émergence du Golfe
Les partenaires d'importation de l'UE ont connu des trajectoires contrastées :
| Partenaire | Import. 2015 (M€) | Import. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Norvège | 884 | 1 194 | +35,1 % |
| Émirats arabes unis | 257 | 254 | −1,1 % |
| Russie | 224 | 242 | +8,0 % |
| Islande | 137 | 333 | +143,4 % |
| Bahreïn | 58 | 288 | +394,1 % |
| Royaume-Uni | 62 | 95 | +53,4 % |
| Égypte | 63 | 51 | −18,4 % |
La Norvège demeure de loin le premier fournisseur, avec 1,19 milliard € en 2025, bénéficiant de sa production d'hydroaluminium (faible empreinte carbone). L'Islande et Bahreïn ont connu des hausses spectaculaires, reflétant la montée en puissance de la production d'aluminium dans les pays disposant d'énergie bon marché (hydroélectricité en Islande, gaz naturel à Bahreïn). La Russie, malgré les tensions géopolitiques, a maintenu un flux relativement stable autour de 224–242 M€.
2.2 Les exportations : une reconfiguration plus volatile
Les destinations d'exportation de l'UE se sont profondément restructurées :
| Destination | Export. 2015 (M€) | Export. 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 45 | 87 | +93,1 % |
| Japon | 6 | 56 | +765,3 % |
| Turquie | 16 | 72 | +347,9 % |
| Chine | 4 | 8 | +102,5 % |
| Royaume-Uni | 26 | 13 | −48,9 % |
| États-Unis | 26 | 11 | −56,2 % |
| Brésil | 14 | 23 | +71,6 % |
Les flux vers le Japon (+765 %) et la Turquie (+348 %) ont bondi, probablement en lien avec la forte demande industrielle asiatique et la position de la Turquie comme plateforme de transformation métallurgique. À l'inverse, les exportations vers le Royaume-Uni (−49 %) et les États-Unis (−56 %) ont nettement décliné, possiblement sous l'effet du Brexit et des droits de douane américains sur l'aluminium imposés dès 2018. La volatilité des exportations vers la Chine est particulièrement élevée (coefficient de variation de 1,82), avec un pic à 117 M€ suivi d'une chute à 8 M€.
2.3 Une concentration des importations en légère diminution
L'indice HHI de concentration des importations (en valeur) est passé de 2 721 à 2 310 (−15,1 %), indiquant une diversification progressive des sources d'approvisionnement. Les États membres les plus importateurs sont les Pays-Bas (1,13 milliard € en 2025), l'Italie (263 M€), l'Allemagne (256 M€) et la Pologne (184 M€).
3. Hausse des prix, chocs sectoriels et dynamiques productives européennes
3.1 Une hausse généralisée des prix unitaires
Les prix moyens ont connu une trajectoire ascendante sur l'ensemble de la période :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Min (période) | Max (période) | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| Prix moyen à l'importation (€/t) | 2 000 | 2 629 | 1 695 | 3 100 | +31,4 % |
| Prix moyen à l'exportation (€/t) | 2 191 | 2 551 | 1 457 | 2 811 | +16,4 % |
Le prix importé a culminé à 3 100 €/t, reflétant la conjoncture mondiale tendue (remontée post-Covid, perturbations logistiques, tensions énergétiques). L'écart entre prix d'importation et prix d'exportation s'est légèrement creusé, l'UE important un aluminium relativement plus cher qu'elle ne le revend.
3.2 Des chocs de prix ponctuels sur les marchés d'exportation
L'analyse de la volatilité et des chocs révèle trois événements significatifs sur les exportations européennes :
| Choc | Année | Type | Anomalie | Hausse de prix |
|---|---|---|---|---|
| Brésil | 2021 | Prix | 134,7 | +50,3 % |
| États-Unis | 2018 | Prix | 25,7 | +106,2 % |
| Japon | 2021 | Prix | 22,8 | +51,0 % |
Le choc vers les États-Unis en 2018 coïncide avec l'instauration des droits de douane de la section 232 (25 % sur l'aluminium), qui a provoqué un doublement des prix d'exportation (+106 %) sans pour autant stimuler les volumes. Les chocs au Brésil et au Japon en 2021 s'inscrivent dans le contexte de la reprise post-pandémique et de la flambée des coûts de l'énergie.
3.3 Une production intra-européenne en croissance, portée par les Pays-Bas et l'Italie
La production européenne d'alliages d'aluminium sous forme brute a progressé de manière significative :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume produit (Mt) | 4,46 | 6,00 | +34,6 % |
| Valeur produite (Mds €) | 7,28 | 10,63 | +46,1 % |
Les États membres les plus spécialisés dans ce produit sont le Luxembourg (RCA de 9,3), les Pays-Bas (2,0, représentant 29,7 % de la production UE), l'Italie (1,9, 15,4 %) et la Pologne (1,9, 12,4 %). L'Espagne s'est également distinguée par une forte progression des exportations (passant de 45 M€ à 83 M€), tout comme l'Italie (de 31 M€ à 131 M€).
La hausse de la propension à exporter de 5,9 % à 8,8 % (+50,1 %) témoigne d'une capacité accrue de l'industrie européenne à se positionner sur les marchés extérieurs, même si cette progression reste insuffisante pour combler le déficit structurel.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen de l'aluminium allié brut (NC 76012080) a été marqué par trois dynamiques principales : l'aggravation du déficit commercial (passant de −1,6 à −2,4 milliards €), le réalignement géographique des partenaires avec la montée des fournisseurs nordiques et du Golfe, et la hausse substantielle des prix (+31 % à l'importation). Malgré une production intra-européenne en croissance (+35 % en volume) et une diversification des sources d'approvisionnement (HHI en baisse), l'Union européenne reste fortement dépendante des importations (41 % de dépendance nette en 2025). Les chocs de prix observés sur les marchés d'exportation (États-Unis en 2018, Brésil et Japon en 2021) illustrent la vulnérabilité du secteur aux fluctuations géopolitiques et conjoncturelles. L'enjeu pour l'Europe à l'horizon des prochaines années sera de concilier la transition bas-carbone — qui stimule la demande d'aluminium recyclé et faible empreinte — avec la sécurisation de ses approvisionnements dans un contexte de tensions commerciales persistantes.