Évolution du marché : Vis et boulons filetés, en fonte, fer ou acier, même avec leurs écrous et rondelles (à l’exclusion des tire-fond et autres vis à bois, crochets et pitons à pas de vis, vis autotaraudeuses, clous taraudeurs ainsi que des chevilles vissées, tampons et articles similaires, filetés) (CN 731815) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 731815 couvre une catégorie résiduelle de vis et boulons filetés en fonte, fer ou acier, qui constitue le segment le plus important de la famille 7318 (articles de fixation en métaux ferreux). Ce segment exclut notamment les tire-fond, les vis autotaraudeuses, les écrous (731816) et les rivets, mais inclut l'essentiel des boulons à tête hexagonale, les vis à six pans creux, les vis sans tête et les vis à tête fendue ou cruciforme.
Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde sur ce produit a connu une transformation profonde. Les exportations ont progressé de 41,8 % en valeur (de 1,85 milliard d'euros à 2,62 milliards), tandis que les importations ont augmenté de 39,7 % (de 1,83 milliard à 2,56 milliards). Pourtant, les volumes échangés n'ont évolué que marginalement du côté des exportations (+1,7 %), révélant une dynamique où les hausses de prix et les recompositions géographiques ont joué un rôle déterminant. Ce rapport identifie trois grandes dynamiques structurantes sur cette décennie.
Voir l'aperçu général sur le tableau de bord
1. Une croissance tirée par la valeur plutôt que par les volumes
Les exportations stagnent en volume mais bondissent en valeur
Le paradoxe central de la période réside dans l'écart considérable entre l'évolution des quantités et celle des valeurs à l'exportation. Les exportations de l'UE sont passées de 316 003 tonnes en 2015 à 321 229 tonnes en 2025, soit une hausse de seulement 1,7 %. En valeur, elles ont progressé de 1 847 à 2 619 millions d'euros (+41,8 %). Cela s'explique principalement par une hausse du prix moyen à l'exportation, passé de 5 841 €/t à 8 145 €/t (+39,4 %), traduisant un positionnement de l'industrie européenne sur des segments à plus forte valeur ajoutée — boulons haute résistance, aciers inoxydables, produits spéciaux.
Le volume d'exportation a atteint un pic à 371 842 tonnes en 2018, avant de refluer progressivement, illustrant une trajectoire de « montée en gamme » plutôt que de croissance quantitative.
| Indicateur | 2015 | 2018 | 2020 | 2022 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 1 847 | 2 185 | 1 958 | 2 426 | 2 619 |
| Exportations (kt) | 316 | 372 | 320 | 340 | 321 |
| Prix moyen export (€/t) | 5 841 | 5 877 | 6 122 | 7 147 | 8 145 |
Les volumes maximaux et minimaux à l'exportation confirment cette dynamique : le minimum de quantité (316 003 t, 2015) correspond au minimum de valeur, tandis que le maximum de valeur (2 656 M€, 2024) n'est pas associé au maximum de volume (371 842 t, 2018).
Les importations suivent une trajectoire inverse : forte croissance en volume
Du côté des importations, la dynamique est sensiblement différente. Les quantités importées sont passées de 636 879 tonnes à 857 516 tonnes (+34,6 %), tandis que les valeurs ont progressé de 1 830 à 2 557 millions d'euros (+39,7 %). Le prix moyen à l'importation n'a augmenté que de 2 873 à 2 981 €/t (+3,8 %), révélant un différentiel de prix considérable avec les exportations européennes.
Ce différentiel de prix moyen — environ 2,7 fois supérieur à l'exportation en 2025 (8 145 €/t contre 2 981 €/t) — illustre la segmentation structurelle du marché : l'UE importe massivement des produits standards à bas coût (principalement d'Asie) tout en exportant des produits techniques et spécialisés à forte valeur ajoutée.
| Indicateur | 2015 | 2018 | 2020 | 2022 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Importations (M€) | 1 830 | 2 136 | 1 778 | 3 152 | 2 557 |
| Importations (kt) | 637 | 804 | 697 | 936 | 858 |
| Prix moyen import (€/t) | 2 873 | 2 659 | 2 552 | 3 367 | 2 981 |
Voir les données détaillées sur le commerce
Un excédent commercial fragile et volatile
La balance commerciale de l'UE sur ce produit a connu des fluctuations extrêmes. Légèrement excédentaire en 2015 (+16,7 M€), elle a culminé à +231 M€ en 2021 avant de basculer dans un déficit record de −726 M€ en 2022. En 2025, l'excédent s'est rétabli à +61,8 M€ (+269,5 % par rapport à 2015), mais le niveau de ce solde reste modeste au regard du volume d'échanges total (plus de 5 milliards d'euros en 2025).
L'indicateur de dépendance nette aux importations (net import reliance) confirme cette instabilité : il est passé de −2,8 % en 2015 à +11,5 % en 2022 (c'est-à-dire une dépendance nette positive aux importations), avant de revenir à −4,3 % en 2025, l'UE redevenant légèrement exportatrice nette.
Voir l'indicateur de dépendance aux importations
2. La montée en puissance de la Chine et le choc de 2022
La Chine, partenaire d'importation dominant et instable
La transformation la plus marquante de la période concerne l'envolée des importations en provenance de Chine. Elles sont passées de 144 M€ en 2015 à 622 M€ en 2025, soit une progression de 331,2 %, faisant de la Chine le premier fournisseur de l'UE pour ce produit. En volume, les importations chinoises ont triplé, passant d'environ 102 000 tonnes à 342 000 tonnes sur la même période.
La trajectoire n'est cependant pas linéaire. Après une croissance régulière entre 2015 et 2019, les importations chinoises ont été relativement contenues en 2020 (415 M€) avant d'exploser en 2021 (638 M€) et 2022 (826 M€, le maximum historique). En 2023, elles se sont corrigées à 563 M€, avant de remonter progressivement.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2019 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Chine | 144 | 431 | 826 | 622 | +331 % |
| Taïwan | 328 | 338 | 543 | 346 | +5,5 % |
| Inde | 172 | 133 | 250 | 173 | +1,0 % |
| Turquie | 104 | 140 | 310 | 266 | +156 % |
| Vietnam | 85 | 73 | 149 | 128 | +51,3 % |
La Chine cumule à la fois la plus forte volatilité des importations (coefficient de variation de 0,30, le plus élevé parmi les partenaires principaux) et la plus forte croissance. Sa part dans l'approvisionnement de l'UE est ainsi passée d'une position secondaire à une position quasi hégémonique sur le segment des produits à bas coût.
Voir les importations par partenaire
Le pic d'importations de 2022 : un choc structurel et conjoncturel
L'année 2022 se distingue nettement dans la série. Les importations totales de l'UE ont atteint 3 152 M€ et 935 782 tonnes, des records absolus sur la période. Ce pic est concentré sur quelques partenaires : la Chine (826 M€), Taïwan (543 M€) et la Turquie (310 M€) ont tous atteint ou approché leurs maxima historiques.
Plusieurs facteurs expliquent ce pic. D'une part, l'effet de rattrapage post-COVID et les tensions sur les chaînes d'approvisionnement ont conduit à des surcommandes. D'autre part, l'envolée des prix des matières premières (acier) en 2021–2022 a mécaniquement gonflé les valeurs déclarées. Enfin, le prix moyen des importations en provenance de Thaïlande a connu une hausse anormale de 31,2 % en 2022, identifiée comme un événement de choc significatif (abnormalité de 4,1 écarts-types), ce qui illustre les tensions spécifiques sur certaines sources d'approvisionnement.
En 2023, les importations se sont fortement corrigées (2 588 M€, 780 000 tonnes), indiquant une normalisation progressive après la surchauffe de 2022. La concentration des importations (indice HHI) a suivi le même arc : elle est passée de 952 en 2015 à 1 322 en 2021 (pic de concentration), avant de refluer à 1 182 en 2025, toujours bien au-dessus du niveau initial.
Voir les événements de choc sur les prix
Un approvisionnement plus concentré et plus volatile
La concentration des importations (HHI en valeur) a augmenté de 24,2 % entre 2015 et 2025, passant de 952 à 1 182. Cette hausse reflète la prédominance croissante de la Chine. En volume, la concentration a encore davantage augmenté (+78,5 %), passant de 1 152 à 2 057, ce qui signifie que la croissance des volumes importés est presque exclusivement portée par un petit nombre de fournisseurs.
À l'opposé, la concentration des exportations a diminué de 9,9 % (HHI de 1 006 à 906), indiquant une diversification progressive des débouchés à l'exportation de l'UE.
| Indicateur HHI | 2015 | 2022 (pic) | 2025 |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 952 | 1 308 | 1 182 |
| Importations (volume) | 1 152 | 2 108 | 2 057 |
| Exportations (valeur) | 1 006 | 990 | 906 |
Voir l'évolution de la concentration
3. Une réorientation géographique des flux commerciaux de l'UE
Les États-Unis, moteur de la croissance à l'exportation
Du côté des exportations de l'UE, la dynamique la plus marquante est la forte progression vers les États-Unis. Les ventes vers ce marché ont augmenté de 87,4 %, passant de 294 M€ en 2015 à 551 M€ en 2025, faisant des États-Unis le premier débouché à l'exportation devant la Chine (qui a elle-même reculé de 10 % sur la même période). Les exportations vers le Mexique ont encore plus fortement progressé (+125,1 %), ce qui peut refléter l'intégration des chaînes de valeur nord-américaines.
En parallèle, les exportations vers la Chine ont décliné de 372 M€ à 335 M€ (−10 %), signe d'une possible substitution par la production domestique chinoise sur les segments moyens.
| Destination | 2015 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | 294 | 475 | 551 | +87,4 % |
| Chine | 372 | 436 | 335 | −10,0 % |
| Royaume-Uni | 268 | 285 | 309 | +15,3 % |
| Turquie | 86 | 114 | 149 | +72,8 % |
| Mexique | 61 | 123 | 137 | +125,1 % |
| Brésil | 74 | 109 | 119 | +61,0 % |
L'effondrement des exportations vers la Russie
Un cas particulièrement notable est celui de la Russie. Les exportations de l'UE vers ce pays ont chuté de manière spectaculaire : de 12 975 tonnes en 2015 à seulement 1 038 tonnes en 2025 (coefficient de variation de 0,62, le plus élevé de tous les partenaires à l'exportation). Le déclin s'est accéléré à partir de 2022, date de l'instauration des sanctions liées au conflit ukrainien. Ce retrait a contribué à la réorientation des flux européens vers les marchés américain, brésilien et turc.
Voir les exportations par partenaire
Une production européenne concentrée en Allemagne et en Italie
La spécialisation de l'UE dans ce produit reste dominée par quelques États membres. En 2025, l'Italie affiche l'indice de spécialisation (RSCA) le plus élevé (0,44), suivi de l'Allemagne (0,22) et de la Slovaquie (0,19). L'Allemagne demeure de loin le premier exportateur (1 227 M€, soit 47 % des exportations de l'UE) et le premier importateur (774 M€) de l'Union.
Les données de production européenne (PRODCOM) montrent une croissance très significative des volumes produits, passant de 81 à 1 459 millions d'unités entre 2015 et 2024, avec une valeur de production passant de 240 à 5 584 millions d'euros. Il convient toutefois de noter que la fiabilité de ces données est variable sur la période (les statuts passent de « partial_rounded » à « estimate »), ce qui invite à les interpréter avec prudence.
| État membre | RSCA 2025 | RCA 2025 | Part dans la production UE |
|---|---|---|---|
| Italie | 0,44 | 2,58 | 20,7 % |
| Allemagne | 0,22 | 1,58 | 33,4 % |
| Slovaquie | 0,19 | 1,47 | 3,1 % |
| France | 0,11 | 1,26 | 9,8 % |
| Espagne | −0,01 | 0,98 | 5,7 % |
Voir la carte de spécialisation
Conclusion
Le marché des vis et boulons filetés en métaux ferreux (CN 731815) a connu une décennie de transformations profondes pour l'Union européenne. Trois enseignements majeurs se dégagent.
Premièrement, la valeur du commerce a fortement progressé (+40 % environ), mais cette croissance repose essentiellement sur des hausses de prix, notamment à l'exportation, où le prix moyen a augmenté de près de 40 %. Les volumes exportés sont restés quasi stables, ce qui suggère une montée en gamme de l'offre européenne.
Deuxièmement, l'essor de la Chine comme fournisseur quasi dominant a reconfiguré la structure des importations. La concentration des approvisionnements a significativement augmenté, et le pic d'importations de 2022 — avec un déficit commercial record de 726 millions d'euros — a révélé la vulnérabilité de l'UE face à la volatilité d'un nombre restreint de fournisseurs asiatiques. La correction de 2023–2024 ne doit pas masquer cette fragilité structurelle.
Troisièmement, les flux commerciaux se sont réorientés géographiquement : les exportations se sont détournées de la Russie (sanctions) et de la Chine (substitution locale) pour se rediriger vers les Amériques et la Turquie, tandis que les importations se sont concentrées sur l'Asie du Sud-Est et la Chine. L'excédent commercial rétabli en 2025 (+62 M€) masque un déséquilibre fondamental entre des exportations à haute valeur ajoutée et des importations à faible coût unitaire, qui structure durablement ce marché.