Évolution du marché : Verres de contact (CN 900130) — 2015–2025
Introduction
Le marché européen des verres de contact (code nomenclature combinée 900130) a connu des transformations profondes entre 2015 et 2025. L'Union européenne se positionne structurellement comme un exportateur net majeur sur ce segment, avec un excédent commercial qui s'est établi entre 791 millions d'euros en 2015 et 1,104 milliard d'euros en 2025, culminant à 1,405 milliard d'euros en 2022. Toutefois, cette trajectoire de valeur masque des dynamiques contrastées : les volumes échangés ont reculé, les prix moyens ont bondi, et la carte géographique des partenaires commerciaux a été profondément redessinée, notamment sous l'effet du Brexit. Ce rapport identifie trois grandes tendances qui ont façonné la structure du marché sur cette décennie.
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Tableau récapitulatif des échanges UE–hors UE (2015–2025)
| Année | Exportations (M EUR) | Importations (M EUR) | Solde commercial (M EUR) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 1 377 | 586 | 791 |
| 2016 | 1 568 | 599 | 970 |
| 2017 | 1 695 | 717 | 978 |
| 2018 | 1 723 | 673 | 1 050 |
| 2019 | 1 860 | 754 | 1 106 |
| 2020 | 1 649 | 642 | 1 006 |
| 2021 | 1 860 | 626 | 1 234 |
| 2022 | 2 089 | 684 | 1 405 |
| 2023 | 1 754 | 617 | 1 137 |
| 2024 | 1 668 | 628 | 1 040 |
| 2025 | 1 764 | 661 | 1 104 |
1. Une montée en gamme généralisée : la valeur progresse tandis que les volumes reculent
Les exportations gagnent en valeur unitaire malgré un repli des volumes
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont progressé de 28,1 % en valeur, passant de 1,377 milliard à 1,764 milliard d'euros. En revanche, les volumes exportés ont diminué de 4,2 %, de 20 513 à 19 648 tonnes. Le prix moyen à l'export a ainsi bondi de 33,8 %, passant de 67 118 à 89 781 euros par tonne. Cette trajectoire traduit un glissement vers des produits à plus forte valeur ajoutée — lentilles journalières, lentilles multifocales, matériaux silicones-hydrogels de dernière génération — dont les prix unitaires supérieurs compensent et au-delà la contraction des volumes.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (Mds EUR) | 1,377 | 1,764 | +28,1 % |
| Volume des exportations (milliers t) | 20,5 | 19,6 | −4,2 % |
| Prix moyen export (EUR/t) | 67 118 | 89 781 | +33,8 % |
Un renchérissement des importations encore plus marqué
Du côté des importations, le phénomène est amplifié. La valeur des importations a progressé de 12,6 % (de 586 à 661 M EUR), tandis que les volumes ont reculé de 26,6 % (de 11 861 à 8 704 tonnes). Le prix moyen des importations a bondi de 53,5 %, de 49 409 à 75 853 euros par tonne — soit une progression nettement supérieure à celle observée à l'export. Cet écart suggère que les fournisseurs extra-européens ont eux aussi monté en gamme, ou que la structure des importations s'est reconfigurée vers des sources plus coûteuses (États-Unis, Singapour) au détriment de sources à bas prix (Royaume-Uni, Indonésie).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M EUR) | 586 | 661 | +12,6 % |
| Volume des importations (milliers t) | 11,9 | 8,7 | −26,6 % |
| Prix moyen import (EUR/t) | 49 409 | 75 853 | +53,5 % |
Un excédent commercial consolidé mais volatile
L'excédent commercial de l'UE sur les verres de contact a été renforcé par cette dynamique de prix, atteignant un pic historique de 1,405 milliard d'euros en 2022 avant de se stabiliser autour de 1,1 milliard en 2025. L'année 2020 a marqué un creux conjoncturel (excédent de 1 006 M EUR), lié à la pandémie de Covid-19 qui a pesé sur les exportations. La reprise de 2021–2022 a été vigoureuse, portée par un rattrapage de la demande et la hausse des prix. Le recul de 2023–2024 reflète en partie un effet de normalisation après le pic de 2022, avant un redressement partiel en 2025.
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2. Reconfiguration géographique : le Brexit comme point de bascule, l'essor des partenaires transpacifiques
L'effondrement du Royaume-Uni comme partenaire commercial
La dynamique la plus marquante de la période est le déclin massif des flux commerciaux entre l'UE et le Royaume-Uni. Les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 47,9 %, passant de 370 à 193 millions d'euros ; les exportations vers ce pays ont reculé de 40,4 %, de 328 à 195 millions d'euros. En volumes, le recul est encore plus spectaculaire : les importations depuis le Royaume-Uni sont passées de 8 722 tonnes à 1 556 tonnes (−82 %), et les exportations de 11 238 à 2 421 tonnes (−78 %).
| Partenaire | Flux | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Importations | 370 | 193 | −47,9 % |
| Royaume-Uni | Exportations | 328 | 195 | −40,4 % |
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Un choc de prix structurel lié au Brexit en 2021
L'analyse de volatilité détecte un choc de prix majeur sur la relation UE–Royaume-Uni, centré sur l'année 2021, année de mise en œuvre effective du Brexit. À l'export, les prix moyens vers le Royaume-Uni ont bondi de 164 % (passant de 32 101 à 85 200 EUR/tonne) tandis que les volumes s'effondraient à 2 526 tonnes, soit 22 % du niveau de base de 2019–2020. À l'import, le prix moyen depuis le Royaume-Uni a bondi de 157 % (de 38 412 à 101 383 EUR/tonne) pour un volume ramené à 26,6 % du niveau de base. Ce choc a eu un caractère structurel : les volumes n'ont jamais retrouvé leur niveau d'avant-Brexit, confirmant que la sortie du Royaume-Uni du marché unique a durablement reconfiguré les circuits logistiques des verres de contact.
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Les États-Unis, nouveau partenaire dominant
Le déclin du Royaume-Uni a été accompagné par l'essor des États-Unis comme principal partenaire commercial de l'UE sur les verres de contact. Les exportations vers les États-Unis ont bondi de 139,7 % (de 186 à 445 M EUR) et les importations de 214,1 % (de 81 à 253 M EUR). En volumes, les exportations vers les États-Unis ont doublé (de 2 430 à 4 821 tonnes) et les importations ont triplé (de 1 440 à 4 039 tonnes). En 2025, les États-Unis représentent 25 % des exportations extra-UE et 38 % des importations, les plaçant en position de premier partenaire bilatéral.
| Partenaire | Flux | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|---|
| États-Unis | Importations | 81 | 253 | +214,1 % |
| États-Unis | Exportations | 186 | 445 | +139,7 % |
Une diversification vers l'Asie-Pacifique et de nouveaux fournisseurs
Le commerce avec l'Asie a connu une croissance soutenue. Les exportations vers la Chine ont plus que triplé (+232,4 %, de 36 à 119 M EUR), en faisant la progression la plus rapide parmi les principaux partenaires. Le Japon demeure le premier client asiatique de l'UE, avec des exportations passées de 385 à 425 M EUR (+10,3 %), avec un pic à 520 M EUR en 2019. La Corée du Sud a également progressé (de 58 à 81 M EUR, +39,2 %).
Du côté des importations, Singapour a renforcé son rôle de hub logistique asiatique (+166 %, de 29 à 77 M EUR), suivi de Taïwan (+165 %, de 13 à 34 M EUR) et de la Malaisie (+64 %, de 25 à 40 M EUR). Le Costa Rica est apparu comme un nouveau fournisseur, passant d'un commerce quasi inexistant à 7,2 M EUR d'importations en 2025 (après un pic à 24,9 M EUR en 2022), probablement lié à l'implantation de capacités de production de lentilles dans le pays. À l'inverse, l'Indonésie a vu ses expéditions vers l'UE chuter de 23 à 1,8 M EUR, illustrant une restructuration des chaînes d'approvisionnement en Asie du Sud-Est.
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Une diversification des sources d'approvisionnement mesurable
La reconfiguration géographique des importations se traduit par une chute de l'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI), passé de 4 245 à 2 551 (−39,9 %). En 2015, le Royaume-Uni captait à lui seul 63 % de la valeur des importations extra-UE ; en 2025, sa part n'est plus que de 29 %, tandis que les États-Unis (38 %), Singapour (12 %) et d'autres fournisseurs ont pris le relais. La concentration des exportations est restée relativement stable (HHI de 1 616 à 1 485, −8,1 %), le marché de destination étant plus diversifié dès le départ.
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3. Une base productive européenne concentrée et spécialisée, portée par l'Irlande
Une production en volume en forte croissance
La production européenne de verres de contact, mesurée par les données ProdCom (code 32.50.41.30), a progressé de manière significative sur le long terme. De 2015 à 2024 (dernière année disponible), les volumes produits au sein de l'UE sont passés de 3,763 milliards à 4,923 milliards d'unités (+30,8 %), tandis que la valeur de production est passée de 1,277 milliard à 1,661 milliard d'euros (+30,1 %). La quasi-synchronie de ces deux indicateurs indique que le prix unitaire de production est resté remarquablement stable (environ 0,34 EUR/unité), ce qui contraste avec la hausse des prix à l'export et suggère que la montée en gamme observée dans les flux commerciaux reflète davantage des choix de marché (mix produit, segmentation, marque) que des surcoûts de fabrication.
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L'Irlande, cœur de l'industrie exportatrice européenne
L'Irlande domine les exportations européennes de verres de contact avec une position quasi hégémonique. En 2025, les exportations irlandaises se sont élevées à 1,015 milliard d'euros, soit environ 57 % du total des exportations extra-UE de l'Union. Son indice d'avantage comparatif révélé (RCA) de 5,38 et son RSCA de 0,69 en font de loin le pays le plus spécialisé de l'UE dans ce segment, ce qui s'explique par la présence de grandes entreprises multinationales de lentilles de contact (dont des filiales des leaders mondiaux du secteur) implantées sur le territoire irlandais. L'Allemagne occupe la deuxième position avec 472 M EUR d'exportations en 2025, mais sur une trajectoire plus volatile (pic à 828 M EUR en 2022). L'Allemagne concentre par ailleurs 45,5 % de la production européenne en volume (4,546 M EUR sur 1,661 M EUR de valeur), ce qui indique qu'une part significative de sa production est destinée au marché intérieur ou aux échanges intra-UE.
| Pays déclarant | RSCA | RCA | Part dans la production EU | Export. vers hors-UE 2025 (M EUR) |
|---|---|---|---|---|
| Irlande | 0,69 | 5,38 | 11,2 % | 1 015 |
| Allemagne | 0,36 | 2,15 | 45,5 % | 472 |
| Slovénie | 0,53 | 3,26 | 3,3 % | — |
| Luxembourg | 0,48 | 2,87 | 0,9 % | — |
| Belgique | 0,22 | 1,56 | 13,2 % | 26 |
Voir la spécialisation par pays
Des trajectoires d'importation très divergentes au sein de l'UE
Les données par État membre déclarant révèlent des dynamiques d'importation (depuis l'extérieur de l'UE) très contrastées. La France et l'Italie ont vu leurs importations de pays tiers s'effondrer respectivement de 83 % (de 61 à 10 M EUR) et de 88 % (de 77 à 9 M EUR). À l'opposé, l'Espagne a multiplié ses importations quasi par trois (+183 %, de 33 à 94 M EUR), et l'Allemagne a accru les siennes de 68 % (de 157 à 264 M EUR). Le Danemark a progressé de 47 % (de 20 à 30 M EUR). Ces mouvements suggèrent une restructuration des circuits de distribution au sein du marché unique : l'Allemagne et l'Espagne se sont imposées comme les principaux points d'entrée des verres de contact extra-européens, tandis que la France et l'Italie s'approvisionnent vraisemblablement davantage par le biais du commerce intra-UE.
| Pays déclarant | Import. 2015 (M EUR) | Import. 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 157 | 264 | +67,9 % |
| Belgique | 101 | 103 | +1,8 % |
| Espagne | 33 | 94 | +182,9 % |
| France | 61 | 10 | −83,0 % |
| Italie | 77 | 9 | −88,0 % |
| Danemark | 20 | 30 | +46,5 % |
Voir les importations par pays de l'UE
Conclusion
Le marché européen des verres de contact entre 2015 et 2025 se structure autour de trois dynamiques majeures. Premièrement, une montée en gamme généralisée : les volumes échangés ont reculé tant à l'import (−26,6 %) qu'à l'export (−4,2 %), tandis que les prix moyens ont bondi de 33,8 % à l'export et de 53,5 % à l'import, consolidant l'excédent commercial de l'UE à plus de 1,1 milliard d'euros. Deuxièmement, une reconfiguration géographique profonde, catalysée par le Brexit qui a provoqué un choc structurel sur la relation UE–Royaume-Uni en 2021 (effondrement des volumes, triplement des prix), au profit des États-Unis (devenus premier partenaire bilatéral) et de partenaires asiatiques en forte croissance. Troisièmement, le renforcement d'une base productive européenne fortement concentrée, avec l'Irlande comme moteur dominant des exportations (57 % du total) et l'Allemagne comme premier producteur en volume, le tout dans un contexte de stabilité remarquable des prix de production.
L'UE apparaît comme un acteur structurellement excédentaire et résilient sur ce segment, avec un taux de dépendance aux importations nettes resté fortement négatif tout au long de la période. La diversification des sources d'approvisionnement (HHI des importations en baisse de 40 %) renforce la robustesse de la chaîne d'approvisionnement européenne. Les principaux risques restent la concentration géographique de la production au sein de quelques États membres et l'absence de spécialisation de la majorité des pays de l'UE dans ce secteur à haute valeur ajoutée.