Évolution du marché : Tubes et tuyaux des types utilisés pour oléoducs ou gazoducs, de section circulaire, d'un diamètre extérieur > 406,4 mm, en fer ou en acier, soudés longitudinalement à l'arc immergé (CN 730511) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 730511 couvre les tubes en acier soudés à l'arc immergé de grand diamètre (extérieur > 406,4 mm), spécifiquement conçus pour les oléoducs et gazoducs. Ce produit, au cœur des infrastructures énergétiques mondiales, connaît sur la période 2015–2025 des mutations profondes tant en termes de volumes échangés que de géographie commerciale. Le présent rapport s'appuie sur les données de commerce extérieur de l'Union européenne avec les pays tiers pour identifier et analyser les principales dynamiques observées.
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers sont passées de 1,06 milliard à 908 millions d'euros (–14,4 %), tandis que les volumes exportés ont chuté de 468 478 à 230 691 tonnes (–50,8 %). Les importations, quant à elles, ont suivi une trajectoire contrastée : leur valeur a diminué de 183 à 127 millions d'euros (–30,7 %), mais les volumes importés ont augmenté de 56 288 à 96 588 tonnes (+71,6 %). Cette dissociation entre valeur et volume, conjuguée à une reconfiguration géopolitique majeure des partenaires commerciaux — avec la disparition totale de la Russie après 2022 — structure l'ensemble de l'analyse qui suit.
1. Une contraction sévère des volumes masquée par l'envolée des prix unitaires
1.1. L'effondrement des quantités échangées traduit un recul structurel de la demande
Les volumes exportés par l'UE ont connu une baisse spectaculaire sur la période. Passant de 468 478 tonnes en 2015 à 230 691 tonnes en 2025, ils ont perdu plus de la moitié de leur niveau initial (–50,8 %). Le point bas a été atteint en 2024 avec seulement 184 072 tonnes exportées. Ce déclin des volumes contraste fortement avec le pic exceptionnel de 2019, année au cours de laquelle 2 636 111 tonnes ont été exportées pour une valeur record de 2,02 milliards d'euros — un niveau gonflé par de grands contrats vers les eaux internationales (1,13 milliard d'euros, probablement liés à des projets de gazoducs offshore) et le Qatar (451 millions d'euros).
Du côté des importations, les volumes ont suivi une trajectoire opposée à celle des exportations : en hausse globale de 71,6 % sur la période (de 56 288 à 96 588 tonnes), ils ont cependant connu un pic remarquable en 2017 avec 891 487 tonnes importées, année dominée par les livraisons massives en provenance de Russie. Le creux de 2022 (29 478 tonnes) coïncide avec l'instabilité géopolitique liée aux sanctions internationales.
| Indicateur | 2015 | 2017 | 2019 (pic export.) | 2022 | 2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (M€) | 1 060 | 504 | 2 024 | 646 | 908 |
| Exportations — volume (kt) | 468 | 452 | 2 636 | 386 | 231 |
| Importations — valeur (M€) | 183 | 944 | 285 | 34 | 127 |
| Importations — volume (kt) | 56 | 891 | 265 | 29 | 97 |
| Solde commercial (M€) | +878 | –439 | +1 740 | +611 | +781 |
Source : vue d'ensemble du commerce.
1.2. Les prix unitaires divergent nettement entre importations et exportations
L'une des dynamiques les plus marquantes de la période est la divergence prononcée des prix unitaires. Le prix moyen des exportations a progressé de 73,9 %, passant de 2 264 €/t en 2015 à 3 936 €/t en 2025 — un niveau record sur la période. À l'inverse, le prix moyen des importations a chuté de 59,6 %, de 3 244 €/t à 1 311 €/t. L'écart de prix entre exportations et importations s'est ainsi inversé : l'UE importait historiquement à des prix supérieurs à ceux de ses exportations (notamment en provenance du Japon et de Russie), tandis qu'en 2025, les tubes exportés valent près de trois fois plus cher au kilo que les tubes importés.
Cette évolution suggère une spécialisation progressive de l'industrie européenne vers des tubes de haute qualité ou à forte valeur ajoutée, tandis que les importations se tournent davantage vers des produits standards issus de fournisseurs à bas coûts (Turquie, Inde, Chine), dont les prix unitaires sont nettement inférieurs.
1.3. La balance commerciale reste structurellement excédentaire, malgré un épisode de déficit en 2017
L'UE demeure excédentaire sur ce produit sur la quasi-totalité de la période, avec un solde passé de 878 millions d'euros en 2015 à 781 millions en 2025 (–11 %). Toutefois, l'année 2017 fait figure d'exception remarquable : avec 944 millions d'euros d'importations contre seulement 504 millions d'exportations, l'UE a enregistré un déficit commercial de 439 millions d'euros. Ce déficit exceptionnel est directement lié aux importations massives de tubes russes (901 millions d'euros cette année-là), vraisemblablement associées à un grand projet d'oléoduc. Le pic d'exportations de 2019 (1,74 milliard d'euros d'excédent) montre à quel point ce marché est cyclique et tributaire de la réalisation de grands projets d'infrastructure.
2. L'après-Russie : une reconfiguration profonde des partenariats commerciaux
2.1. La Russie, partenaire dominant, disparaît totalement des échanges à partir de 2023
La dynamique la plus significative de la période est l'effondrement puis la disparition totale des échanges avec la Russie. En importations, la Russie représentait 901 millions d'euros en 2017 (soit 95,5 % des importations totales de l'UE cette année-là), 316 millions en 2018, 259 millions en 2019 et 139 millions en 2020. Dès 2021, les importations russes avaient chuté à 20 millions d'euros, avant de se stabiliser à un niveau similaire en 2022 (21 millions), puis de tomber à zéro à partir de 2023. Les exportations vers la Russie suivent une trajectoire comparable : 327 millions d'euros en 2017 et 300 millions en 2019, elles tombent à des niveaux résiduels dès 2020 pour disparaître totalement à partir de 2023.
L'indice de concentration HHI des importations illustre cette transformation : il est passé de 9 115 en 2017 (une concentration extrême, quasi-monopolistique sur la Russie) à 2 657 en 2025, soit une baisse de 57,3 % en valeur absolue. La part de la Russie dans les importations de tubes pour oléoducs de l'UE est ainsi passée de la quasi-totalité à zéro en moins de six ans.
| Partenaire d'importation | 2015 (M€) | 2017 (M€) | 2019 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|---|
| Fédération de Russie | 31 | 901 | 259 | 21 | 0 |
| Royaume-Uni | 1 | 1 | 1 | 0 | 27 |
| Turquie | 0 | 0 | 10 | 4 | 28 |
| Inde | 0 | 1 | 5 | 0 | 50 |
| Chine | 4 | 11 | 5 | 5 | 16 |
| Japon | 140 | 13 | 1 | 1 | 1 |
| Israël | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
Source : partenaires commerciaux.
2.2. De nouveaux fournisseurs émergent, mais aucun ne se substitue pleinement à l'ancien duo russo-japonais
La disparition de la Russie et l'effondrement du Japon (de 140 millions d'euros en 2015 à 0,9 million en 2025, soit –99,4 %) ont ouvert la voie à de nouveaux fournisseurs, mais aucun ne parvient à compenser intégralement le volume et la valeur perdus :
- L'Inde connaît la progression la plus spectaculaire : de 328 000 euros en 2015 à 50 millions d'euros en 2025, soit une multiplication par 150. Les importations en provenance d'Inde ont connu un pic de 50 millions d'euros en 2025.
- La Turquie passe de niveaux quasi nuls en 2015 à 28 millions d'euros en 2025 (42 millions en 2024).
- La Chine progresse de manière plus modérée, de 3,6 millions en 2015 à 16 millions d'euros en 2025.
- Israël apparaît ponctuellement avec une importation exceptionnelle de 77 millions d'euros en 2024, avant de revenir à zéro en 2025.
- Le Royaume-Uni livre à l'UE de manière très irrégulière, avec des pics de 124 millions d'euros en 2016 et 89 millions en 2021, mais un quasi-néant en d'autres années.
La diversification géographique des importations (baisse du HHI) s'est accompagnée d'une diminution globale de leur valeur (de 183 à 127 millions d'euros), ce qui suggère que les nouveaux fournisseurs, bien que plus nombreux, n'ont pas encore atteint le niveau de fourniture de l'ancien partenariat russe.
2.3. Les destinations d'exportation se réorientent vers le Moyen-Orient et l'Asie du Sud-Est
Du côté des exportations, la géographie des destinations s'est profondément transformée au cours de la décennie :
- L'Indonésie, qui ne représentait que 1,3 million d'euros en 2015, est devenue un partenaire majeur avec 121 millions d'euros en 2025, après un pic de 362 millions en 2022.
- Les Émirats arabes unis ont connu une croissance remarquable, atteignant 451 millions d'euros en 2025 — le plus gros flux de l'année.
- Les États-Unis demeurent un client important et relativement stable (104 M€ en 2015, 165 M€ en 2025).
- Le Qatar reste un partenaire extrêmement volatile : de 1,6 million d'euros en 2015, il bondit à 451 millions en 2019 avant de retomber à 36 millions en 2025.
- Les « eaux internationales » (probablement des projets de gazoducs offshore) représentent des flux ponctuels mais massifs, culminant à 1,13 milliard d'euros en 2019.
| Partenaire d'exportation | 2015 (M€) | 2019 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) |
|---|---|---|---|---|
| Eaux internationales | 0 | 1 130 | 0 | 1 |
| Indonésie | 1 | 1 | 362 | 121 |
| Émirats arabes unis | 12 | 19 | 8 | 451 |
| États-Unis | 104 | 28 | 1 | 165 |
| Qatar | 2 | 451 | 80 | 36 |
| Royaume-Uni | 105 | 6 | 7 | 7 |
| Turquie | 5 | 24 | 4 | 1 |
Source : partenaires commerciaux.
La part croissante du Moyen-Orient (EAU, Qatar) et de l'Asie du Sud-Est (Indonésie) dans les exportations européennes reflète l'essor des grands projets gaziers dans ces régions, tandis que les marchés traditionnels (Royaume-Uni, Turquie) perdent de leur importance relative.
3. Une industrie européenne en restructuration, entre spécialisation concentrée et volatilité des échanges
3.1. La production européenne de tubes pour oléoducs a été divisée par deux
Les données de production PRODCOM (code 24.20.21.10) révèlent un déclin prononcé de la base industrielle européenne. La production de l'UE en volume est passée de 2,2 milliards (unités, probablement kg) en 2015 à 960 millions en 2024, soit une baisse de 56,4 %. Le point bas a été atteint en 2021 avec 720 millions. En valeur, la production a reculé de 2,56 milliards d'euros (2015) à 1,92 milliard (2024), soit –25,1 %, tandis que le prix unitaire de production a presque doublé, passant de 1,16 à 2,00 €/kg.
| Indicateur de production | 2015 | 2017 | 2019 | 2021 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|
| Quantité produite | 2 205 M | 2 640 M | 900 M | 720 M | 960 M |
| Valeur de production (M€) | 2 564 | 2 580 | 1 299 | 990 | 1 920 |
| Prix unitaire (€/kg) | 1,16 | 0,98 | 1,44 | 1,38 | 2,00 |
Source : volumes de production. Certaines valeurs sont arrondies ou estimées selon le statut de disponibilité des données.
Ce double mouvement — contraction des volumes et hausse des prix — traduit vraisemblablement la fermeture d'unités de production moins compétitives et une concentration de l'activité sur des sites plus spécialisés. La propension à l'exportation (ratio exportations/production) est restée relativement stable, passant de 47,1 % en 2015 à 44,2 % en 2024, ce qui indique que le déclin de la production s'accompagne d'un déclin comparable des exportations — signe que la demande domestique n'a pas comblé le vide laissé par le recul de la production.
3.2. La spécialisation au sein de l'UE est extrêmement concentrée géographiquement
Les indices d'avantage comparatif révélé (RCA et RSCA) en 2025 montrent une concentration géographique extrême de la spécialisation européenne dans ce produit :
| Pays membre | RCA | RSCA | Part dans la production UE | Part dans les export. UE |
|---|---|---|---|---|
| Grèce | 50,17 | 0,96 | 33,8 % | 0,7 % |
| Allemagne | 2,82 | 0,48 | 59,8 % | 21,2 % |
| Roumanie | 1,68 | 0,25 | 2,8 % | 1,7 % |
| Belgique | 0,12 | –0,78 | 1,0 % | 8,5 % |
| Pays-Bas | 0,12 | –0,79 | 1,7 % | 14,5 % |
| France | 0,001 | –1,00 | 0,005 % | 7,8 % |
| Pologne | 0,002 | –1,00 | 0,01 % | 6,6 % |
L'Allemagne et la Grèce concentrent ensemble près de 94 % de la production européenne. L'Allemagne, premier exportateur de l'UE (682 millions d'euros en 2025, en hausse de 125 % par rapport à 2015), a consolidé sa position dominante. La Grèce, avec un RCA de 50,17 — le plus élevé de tous les États membres —, a connu une ascension spectaculaire dans les exportations, passant de 245 000 euros en 2015 à 169 millions d'euros en 2025.
À l'opposé, des pays comme la France (RCA de 0,001), la Pologne et l'Espagne sont quasi absents de cette industrie. La France, qui exportait encore 551 millions d'euros de tubes pour oléoducs en 2015, est tombée à 627 euros en 2025, signe d'une sortie complète de ce segment de marché. L'Italie a connu un déclin comparable (de 198 à 14 millions d'euros, soit –93 %).
Les principaux États membres exportateurs confirment cette dynamique de restructuration :
| Pays exportateur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 303 | 682 | +124,8 % |
| Grèce | 0,2 | 169 | +68 564 % |
| Italie | 198 | 14 | –92,8 % |
| France | 551 | < 0,001 | –100,0 % |
| Finlande | 0 | 0 | n.d. |
| Bulgarie | 0,2 | 2 | +961 % |
3.3. Des chocs de prix ponctuels témoignent de la nature cyclique et concentrée du marché
L'analyse de la volatilité révèle des coefficients de variation (CV) élevés sur les principaux flux, confirmant la nature très volatile de ce marché par projets. Sur les importations, le Royaume-Uni (CV de 2,05), l'Arabie saoudite (2,26) et l'Inde (1,93) affichent les niveaux de volatilité les plus marqués. Sur les exportations, le Mexique (2,90), l'Égypte (2,60) et le Kazakhstan (2,45) présentent les plus fortes fluctuations.
Plusieurs chocs de prix significatifs ont été détectés sur la période :
| Événement | Sens | Année | Hausse de prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni → UE | Import. | 2022 | +476,8 % | 12,9 % |
| UE → Kazakhstan | Export. | 2019 | +237,5 % | 17,5 % |
| UE → Égypte | Export. | 2018 | +321,2 % | 3,4 % |
| UE → États-Unis | Export. | 2022 | +101,9 % | 8,1 % |
Le choc le plus marquant concerne les importations en provenance du Royaume-Uni en 2022 : le prix unitaire a bondi de 477 % par rapport à la baseline (passant de 639 à 3 684 €/t), tandis que les volumes s'effondraient de 162 596 à 13 tonnes, suggérant le passage à des transactions unitaires de très haute valeur. Sur les exportations, le pic de prix vers le Kazakhstan en 2019 (+238 %) et vers l'Égypte en 2018 (+321 %) reflètent des contrats de grande envergure à forte composante de spécialisation technique.
Ces chocs illustrent la nature « par projet » de ce marché : les tubes pour oléoducs et gazoducs sont des produits commandés par lots importants pour des projets d'infrastructure spécifiques, ce qui génère des fluctuations abruptes dans les statistiques commerciales et des coefficients de variation très supérieurs à ceux des marchés de commodités standards.
Conclusion
Le marché européen des tubes pour oléoducs et gazoducs (CN 730511) a connu, entre 2015 et 2025, une triple transformation. Premièrement, les volumes échangés se sont contractés de manière significative, tant à l'exportation (–51 %) qu'en production (–56 %), reflétant un ralentissement global des grands projets d'infrastructure pipeline et une désindustrialisation partielle du secteur en Europe.
Deuxièmement, la reconfiguration géopolitique des partenaires commerciaux a été brutale et accélérée par les sanctions internationales de 2022. La Russie, qui dominait les importations européennes (901 millions d'euros en 2017), a disparu totalement du commerce bilatéral. Les nouveaux fournisseurs — Inde, Turquie, Chine — ne compensent qu'en partie cette perte, et à des prix nettement inférieurs (1 311 €/t en 2025 contre 3 244 €/t en 2015 pour les importations). Du côté des exportations, l'UE s'est réorientée vers l'Asie du Sud-Est (Indonésie) et le Moyen-Orient (Émirats arabes unis, Qatar), des marchés portés par des projets gaziers d'envergure.
Troisièmement, malgré la contraction des volumes, la valeur du commerce est relativement préservée grâce à la hausse des prix unitaires à l'exportation (+74 %), ce qui suggère que l'UE se positionne progressivement comme fournisseur de tubes à haute valeur ajoutée. Cette autonomie commerciale demeure globalement préservée (solde excédentaire de 781 millions d'euros en 2025, taux de dépendance nette aux importations de –56 %), mais l'épisode de déficit de 2017 et la concentration extrême de la production sur deux pays seulement — l'Allemagne et la Grèce — rappellent la vulnérabilité structurelle du secteur face aux chocs géopolitiques et à la volatilité inhérente des grands projets d'infrastructure énergétique.