Évolution du marché : Tracteurs agricoles (CN 87019410) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 87019410 couvre les tracteurs agricoles et forestiers à roues d'une puissance motrice comprise entre 75 kW et 130 kW, à l'exclusion des motoculteurs. Ce segment constitue un maillon essentiel de l'équipement agricole européen, porté par des constructeurs mondialement reconnus. La période 2017–2025 — seule fenêtre complète disponible dans les données — a été marquée par des chocs successifs (Brexit, Covid-19, tensions logistiques, inflation) qui ont profondément reconfiguré les flux commerciaux extra-européens. Le présent rapport analyse l'évolution des échanges entre l'Union européenne et le reste du monde en mettant en lumière trois dynamiques majeures : l'érosion progressive de l'excédent commercial, la restructuration géographique des partenaires et la forte hausse des prix unitaires.
1. Un excédent commercial structurellement solide mais en recul net
L'Union européenne demeure un exportateur net majeur de tracteurs agricoles de cette gamme de puissance. Toutefois, l'écart entre exportations et importations s'est sensiblement resserré sur la période, en raison d'une croissance asymétrique des deux flux.
1.1. Les exportations maintiennent un volume de valeur élevé mais stagnent
Le valeur des exportations de l'UE vers les pays tiers est passée de 1,52 milliard d'euros en 2017 à 1,57 milliard en 2025, soit une progression modeste de +3,4 %. Le pic a toutefois été atteint à un niveau nettement supérieur, avec un maximum de 3,16 milliards d'euros enregistré au cours de la période. En revanche, les volumes exportés en tonnes ont reculé de 172 187 t à 128 704 t (−25,3 %), tandis que le nombre de pièces exportées est passé de 30 003 à 28 745 unités (−4,2 %). Ce décalage traduit un renchérissement significatif du prix moyen à la tonne (+38,4 %) et du prix moyen à la pièce (+8,0 %).
| Indicateur exportations | Valeur 2017 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (Mds EUR) | 1,52 | 1,57 | +3,4 % |
| Volume (milliers t) | 172,2 | 128,7 | −25,3 % |
| Prix moyen / tonne (EUR) | 8 805 | 12 183 | +38,4 % |
| Quantité (pièces) | 30 003 | 28 745 | −4,2 % |
| Prix moyen / pièce (EUR) | 50 505 | 54 550 | +8,0 % |
1.2. Les importations progressent fortement, tirées par le Royaume-Uni et de nouveaux fournisseurs
Les importations extra-européennes ont plus que doublé en valeur, passant de 281 M€ à 617 M€ (+119,5 %). Le volume en tonnes a crû de 36 519 t à 53 912 t (+47,6 %), mais le nombre de pièces importées a diminué de 13 911 à 10 141 (−27,1 %). Le prix moyen à la pièce a bondi de 20 222 € à 60 891 € (+201,1 %), ce qui indique que l'UE importe désormais des tracteurs sensiblement plus lourds et plus coûteux par unité.
| Indicateur importations | Valeur 2017 | Valeur 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 281 | 617 | +119,5 % |
| Volume (milliers t) | 36,5 | 53,9 | +47,6 % |
| Prix moyen / tonne (EUR) | 7 703 | 11 454 | +48,7 % |
| Quantité (pièces) | 13 911 | 10 141 | −27,1 % |
| Prix moyen / pièce (EUR) | 20 222 | 60 891 | +201,1 % |
1.3. L'excédent commercial se réduit d'un quart
Le solde commercial de l'UE reste positif sur l'ensemble de la période, mais il est passé de 1,23 milliard d'euros à 951 millions, soit un recul de 23,0 %. Le maximum du solde a été atteint à 2,72 milliards d'euros. Cette contraction s'explique par la combinaison d'exportations quasi stagnantes en valeur et d'importations en forte croissance, un schéma qui traduit à la fois la montée en gamme des fournisseurs tiers et l'attractivité du marché intérieur européen pour des tracteurs de puissance intermédiaire.
| Indicateur | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Solde commercial (Mds EUR) | 1,23 | 0,95 | −23,0 % |
2. Une restructuration géographique profonde des partenaires commerciaux
La période 2017–2025 a été marquée par d'importants réalignements géographiques, tant du côté des clients que des fournisseurs de l'UE. De nouveaux acteurs émergents ont gagné en poids, tandis que certains partenaires historiques ont vu leur rôle diminuer.
2.1. L'Asie et la Turquie s'imposent comme fournisseurs montants
Parmi les partenaires d'importation, la progression la plus spectaculaire revient à l'Inde, dont les ventes vers l'UE sont passées de 0,8 M€ à 46,6 M€ (+5 506 %). La Turquie a connu une trajectoire comparable : de 1,9 M€ à 56,4 M€ (+2 897 %). La Chine a également progressé de manière notable, de 0,4 M€ à 9,8 M€ (+2 440 %). À l'inverse, les importations en provenance de Biélorussie se sont effondrées de 10,9 M€ à 1,3 M€ (−88,5 %), probablement sous l'effet des sanctions européennes.
| Partenaire importation | Valeur 2017 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 200,9 | 384,3 | +91,3 % |
| Inde | 0,8 | 46,6 | +5 506 % |
| Turquie | 1,9 | 56,4 | +2 897 % |
| États-Unis | 25,4 | 57,3 | +125,8 % |
| Japon | 32,2 | 23,6 | −26,7 % |
| Chine | 0,4 | 9,8 | +2 440 % |
| Biélorussie | 10,9 | 1,3 | −88,5 % |
2.2. Le Royaume-Uni reste le premier client mais des marchés lointains reculent
Côté exportations, les États-Unis demeurent le premier débouché extra-européen avec 546 M€ en 2025 (+19,8 % vs. 2017), suivis du Royaume-Uni (292 M€, +9,3 %). En revanche, les exportations vers l'Australie ont fortement diminué, passant de 143 M€ à 55 M€ (−61,5 %), et celles vers la Nouvelle-Zélande ont reculé de 81 M€ à 60 M€ (−25,2 %). La Turquie, en revanche, a doublé son rôle de débouché : de 75 M€ à 144 M€ (+91,6 %). La Suisse a progressé de manière régulière (+40,5 %).
| Partenaire exportation | Valeur 2017 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 455,7 | 546,1 | +19,8 % |
| Royaume-Uni | 267,0 | 291,8 | +9,3 % |
| Turquie | 74,9 | 143,6 | +91,6 % |
| Suisse | 69,1 | 97,1 | +40,5 % |
| Norvège | 92,0 | 87,5 | −5,0 % |
| Australie | 142,8 | 54,9 | −61,5 % |
| Nouvelle-Zélande | 80,6 | 60,3 | −25,2 % |
2.3. L'Allemagne domine la production et l'exportation, tandis que la Belgique émerge côté importations
Du côté des États membres, l'Allemagne reste de loin le premier exportateur de l'UE avec 863 M€ en 2025, suivie de la France (338 M€) et de l'Italie (227 M€). En matière d'importations extra-européennes, c'est la Belgique qui a connu la plus forte croissance, passant de 7 M€ à 235 M€ (+3 231 %), dépassant désormais la France (164 M€). L'Allemagne, qui importait 62 M€ en 2017, n'en importe plus que 4 M€ en 2025 (−93,3 %). L'Irlande reste un importateur significatif (59 M€, +57,7 %).
| État membre (export.) | Valeur 2017 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 805 | 863 | +7,2 % |
| France | 321 | 338 | +5,2 % |
| Italie | 237 | 227 | −4,4 % |
| Finlande | 69 | 62 | −10,7 % |
| Belgique | 7 | 34 | +391 % |
| État membre (import.) | Valeur 2017 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Belgique | 7 | 235 | +3 231 % |
| France | 58 | 164 | +182 % |
| Irlande | 37 | 59 | +57,7 % |
| Italie | 23 | 53 | +136 % |
| Pays-Bas | 8 | 37 | +360 % |
| Allemagne | 62 | 4 | −93,3 % |
2.4. La concentration des importations se desserre tandis que celle des exportations se renforce
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a diminué de 5 360 à 4 152 (−22,5 %), signe que la base d'approvisionnement extra-européenne s'est diversifiée. À l'inverse, le HHI des exportations est passé de 1 455 à 1 772 (+21,7 %), indiquant un léger renforcement de la concentration sur quelques marchés clients clés, principalement les États-Unis et le Royaume-Uni.
| Indicateur HHI | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 5 360 | 4 152 | −22,5 % |
| Exportations (valeur) | 1 455 | 1 772 | +21,7 % |
3. Une hausse des prix et une production européenne en repli relatif
L'un des traits marquants de la période est la hausse généralisée des prix unitaires, qui a accompagné — et parfois masqué — une contraction des volumes échangés. En parallèle, la production européenne (Prodcom 28.30.23.00, qui couvre les tracteurs de plus de 59 kW hors motoculteurs et routiers) a progressé en valeur mais reste contrainte en volume.
3.1. Les prix unitaires à la tonne ont fortement augmenté, tant à l'export qu'à l'import
Le prix moyen des exportations de l'UE est passé de 8 805 €/t à 12 183 €/t (+38,4 %), tandis que celui des importations a augmenté de 7 703 €/t à 11 454 €/t (+48,7 %). L'écart de prix entre importations et exportations à la pièce est encore plus frappant : le prix moyen d'un tracteur importé est passé de 20 222 € à 60 891 € (+201,1 %), suggérant un basculement vers des modèles nettement plus puissants ou plus sophistiqués dans les flux entrants. Cette dynamique reflète à la fois l'inflation des coûts de production (acier, composants électroniques, énergie) et une tendance au surdimensionnement dans les flottes agricoles.
3.2. Un choc de prix détecté sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2020
L'analyse de volatilité met en évidence un événement de choc significatif sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2020, avec une anomalie de prix de 7,3 écarts-types et une baisse de 21,9 % du prix unitaire, alors que le Royaume-Uni représentait 81,1 % de la valeur des importations cette année-là. Ce choc coïncide avec la sortie effective du Royaume-Uni de l'UE (31 janvier 2020) et la période de transition qui a suivi, perturbant les circuits logistiques et les flux commerciaux. D'autres partenaires présentent une volatilité élevée : l'Inde (CV = 1,12) et le Mexique (CV = 1,62) pour les importations, la Turquie (CV = 0,75) pour les exportations.
| Choc détecté | Partenaire | Flux | Période | Anomalie | Variation prix |
|---|---|---|---|---|---|
| Prix | Royaume-Uni | Import | 2020 | 7,3 σ | −21,9 % |
3.3. La production européenne progresse en valeur mais stagne en volume
Selon les données Prodcom, la production de tracteurs de puissance supérieure à 59 kW (code 28.30.23.00) dans l'UE est passée de 100 000 pièces à 104 100 pièces (+4,1 %), pour une valeur en hausse de 6,0 à 7,2 milliards d'euros (+20,0 %). Le pic de production a été atteint à 142 731 pièces et 9,0 milliards d'euros. La part de la production est fortement concentrée : l'Allemagne représente 43,5 % du volume produit, suivie de la France (16,0 %) et de l'Italie (14,4 %). En termes de spécialisation à l'exportation (RCA), la Finlande se distingue avec un indice de 11,04, suivi de l'Allemagne (2,05) et de la France (2,05).
| Indicateur production | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume (milliers pièces) | 100,0 | 104,1 | +4,1 % |
| Valeur (Mds EUR) | 6,0 | 7,2 | +20,0 % |
| État membre | Part de production (2025) | RCA |
|---|---|---|
| Allemagne | 43,5 % | 2,05 |
| France | 16,0 % | 2,05 |
| Italie | 14,4 % | 1,80 |
| Finlande | 11,1 % | 11,04 |
| Bulgarie | 1,2 % | 1,97 |
Conclusion
Le marché extra-européen des tracteurs agricoles de 75 à 130 kW (CN 87019410) a connu, sur la période 2017–2025, une triple transformation. Premièrement, l'Union européenne demeure un exportateur net — avec un excédent de 951 millions d'euros en 2025 — mais celui-ci s'est contracté de 23 % par rapport à 2017, sous l'effet d'une croissance des importations (+119,5 %) nettement supérieure à celle des exportations (+3,4 %). Deuxièmement, la géographie des échanges s'est profondément réalignée : l'Inde, la Turquie et la Chine ont émergé comme fournisseurs, tandis que les exportations vers l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont reculé. La Belgique est devenue le premier importateur intra-UE en termes de flux extra-européens, dépassant la France. Troisièmement, la hausse des prix unitaires (+38 % à l'export, +49 % à l'import en prix par tonne) a accompagné une contraction des volumes physiques, reflétant à la fois des tensions sur les coûts de production et un glissement vers des modèles plus puissants et plus coûteux. La production européenne reste dominée par l'Allemagne et progresse avant tout en valeur, tandis que la diversification des sources d'approvisionnement se poursuit, réduisant la concentration des importations. Ces tendances dessinent un marché européen structurellement compétitif mais de plus en plus ouvert à la concurrence internationale, dont les prix restent exposés aux aléas géopolitiques et aux chocs de change.