Évolution du marché : Torons et câbles en fer ou en acier (sauf produits isolés pour l'électricité et sauf fil barbelé pour clôtures et ronces artificielles) (CN 731210) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les torons et câbles en fer ou en acier (nomenclature combinée 731210) sur la période 2015–2025. Ce produit, essentiel dans les secteurs de la construction, de l'énergie (câbles de levage, haubans) et de l'industrie, constitue un indicateur pertinent de la dynamique industrielle européenne et de la compétitivité de la filière sidérurgique.
Au cours de la décennie étudiée, le marché européen a connu trois mutations majeures : un choc de prix exceptionnel en 2022 lié à l'envolée des coûts des matières premières et de l'énergie, une recomposition géographique profonde des partenaires commerciaux — avec le quasi-effacement de la Biélorussie et la montée de fournisseurs asiatiques — et un passage structurel d'une Union européenne légèrement excédentaire à un déficit commercial marqué. Ces dynamiques s'inscrivent dans un contexte plus large de décarbonation de la sidérurgie, de tensions géopolitiques et de réorientation des chaînes d'approvisionnement mondiales.
D'un point de vue méthodologique, les données utilisées portent sur les échanges extra-UE (hors commerce intra-communautaire), agrégées à l'année civile. Les variations en pourcentage sont calculées entre la première (2015) et la dernière (2025) année de la fenêtre de données. Pour plus de détails sur la définition du périmètre produit, cf. la vue d'ensemble du tableau de bord.
1. Une décennie de déséquilibre croissant : l'UE passe d'un excédent structurel à un déficit commercial marqué
1.1. Les importations progressent nettement plus vite que les exportations
Entre 2015 et 2025, la valeur des importations extra-UE de CN 731210 a augmenté de 43,0 %, passant de 598 M€ à 855 M€, tandis que la valeur des exportations ne progressait que de 15,6 %, de 541 M€ à 625 M€. L'écart de trajectoire est encore plus frappant en volume : les importations ont crû de 41,3 % (de 310 612 à 439 027 tonnes) alors que les exportations ont reculé de 17,7 % (de 238 075 à 195 940 tonnes). L'Union européenne importe donc chaque année davantage de torons et câbles en volume, tout en exportant une quantité décroissante.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 541 | 625 | +15,6 % |
| Exportations (volume, kt) | 238 | 196 | −17,7 % |
| Importations (valeur, M€) | 598 | 855 | +43,0 % |
| Importations (volume, kt) | 311 | 439 | +41,3 % |
| Solde commercial (M€) | −57 | −230 | −302 % |
| Échanges globaux |
1.2. La hausse des prix à l'exportation masque une érosion de la compétitivité en volume
Un paradoxe apparent se dégage : le prix moyen unitaire des exportations a bondi de 40,4 % (de 2 270 à 3 187 €/t), ce qui a permis de maintenir la valeur des exportations malgré la contraction des volumes. À l'inverse, le prix moyen des importations est resté quasi stable (+1,2 %, de 1 925 à 1 948 €/t). L'écart de prix entre exportations et importations s'est donc considérablement creusé, passant de 18 % à 64 %. Cela suggère que les exportateurs européens se concentrent sur des segments à plus haute valeur ajoutée (câbles de gros diamètre, produits en acier inoxydable), tandis que les importations captent une part croissante des segments à moindre valeur unitaire.
1.3. Le solde commercial se dégrade de manière structurelle
Le solde commercial de l'UE sur ce produit est passé de −57 M€ en 2015 à −230 M€ en 2025, soit une détérioration de 302 %. Ce déficit a connu un pic en 2022 (−398 M€), année de forte tension sur les prix des matières premières. La dépendance nette aux importations est ainsi passée de −3,4 % en 2015 (c'est-à-dire un léger excédent structurel) à +8,6 % en 2025. Ce retournement est d'autant plus notable qu'entre 2003 et 2014, l'UE était globalement en situation d'autosuffisance voire d'excédent sur ce segment.
2. Le choc de 2022 : un tournant conjoncturel et structurel pour le marché
2.1. Une flambée des prix sans précédent en 2022
L'année 2022 marque une rupture nette dans les dynamiques de prix. L'ensemble des principaux fournisseurs extra-UE ont enregistré des hausses de prix anormalement élevées cette année-là. Les données de détection de chocs identifient quatre événements majeurs en 2022 :
| Fournisseur | Type de choc | Hausse de prix (%) | Valeur commerciale (%) | Anomalie (σ) |
|---|---|---|---|---|
| Chine | Prix (import.) | +28,3 % | 39 % | 5,6 |
| Turquie | Prix (import.) | +18,9 % | 11,4 % | 4,3 |
| Thaïlande | Prix (import.) | +25,6 % | 9,3 % | 3,8 |
| Viêt Nam | Prix (import.) | +44,4 % | 14,1 % | 3,2 |
| Chocs de prix détectés |
Le prix moyen des importations en provenance de Chine a bondi de 2 185 à 2 706 €/t en un an, tandis que celui du Viêt Nam est passé de 1 672 à 2 196 €/t. Ce choc de prix, imputable à la conjonction de la forte hausse des cours mondiaux de l'acier, du coût de l'énergie et des perturbations logistiques post-Covid, a eu un effet durable sur la structure du marché.
2.2. Des volumes qui n'ont pas retranché leur niveau d'avant-choc
Contrairement à ce que l'on pourrait attendre d'un choc de prix temporaire, les volumes importés n'ont pas significativement reculé après 2022. Les importations en provenance de Chine sont restées à un niveau élevé (149 794 tonnes en 2022, 139 733 en 2023, 148 929 en 2024, 166 015 en 2025). De même, celles de Turquie et de Thaïlande ont poursuivi leur progression. Les prix, en revanche, ont globalement reflué après 2022, sans retrancher intégralement leur niveau d'avant-choc. Ce phénomène de « prix qui montent en ascenseur et redescendent en escalier » est caractéristique des marchés de matières premières transformées.
2.3. Des chocs de prix également visibles à l'exportation
Côté exportations, deux marchés ont enregistré des chocs de prix marqués en 2022 : le Canada (+32,6 % de prix, anomalie de 8,8σ) et la Serbie (+63,1 %, anomalie de 6,1σ). Les exportations vers le Canada ont maintenu des volumes quasi stables (de 8 547 à 7 393 tonnes) mais à un prix unitaire nettement supérieur (de 2 462 à 3 181 €/t), ce qui témoigne d'une capacité des exportateurs européens à répercuter la hausse des coûts sur certains marchés tiers.
3. Restructuration géographique : la montée en puissance de l'Asie face au déclin des fournisseurs traditionnels
3.1. La Chine consolide sa position de premier fournisseur
La Chine est passée d'un volume importé de 67 304 tonnes en 2015 à 166 015 tonnes en 2025, soit une multiplication par 2,5. En valeur, les importations chinoises ont progressé de 118 %, de 138 M€ à 302 M€. La part de la Chine dans les importations extra-UE a ainsi considérablement augmenté. La concentration des importations (HHI) est passée de 1 347 à 1 755 (+30,3 %), un niveau qui reflète une structure d'approvisionnement de plus en plus dépendante d'un nombre restreint de fournisseurs.
3.2. L'effacement de la Biélorussie et de la Russie : sanctions et recomposition géopolitique
Le changement géopolitique le plus spectaculaire concerne la Biélorussie. Ce pays, qui fournissait 65 M€ de torons et câbles en 2015 (dont 42 383 tonnes en volume), a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer à zéro dès 2023, en lien avec les sanctions européennes. Les importations en provenance de Biélorussie n'étaient plus que de 20 € en 2025. De même, les importations en provenance de Russie sont passées de 12 317 tonnes à moins d'une tonne, et les exportations vers la Russie de 6 689 à 665 tonnes. Ces deux pays constituaient historiquement des sources d'approvisionnement relativement stables en volume (faible coefficient de variation pour la Biélorussie : 27 %), et leur retrait a dû être compensé par d'autres fournisseurs.
3.3. L'émergence de nouveaux partenaires : Inde, Maroc, Roumanie et Slovaquie
Plusieurs pays ont connu des trajectoires de forte croissance sur la période :
| Partenaire | Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|---|
| Inde (import.) | Volume (t) | 2 468 | 28 473 | +1 054 % |
| Inde (import.) | Valeur (M€) | 4,0 | 46,0 | +1 048 % |
| Turquie (import.) | Valeur (M€) | 40,7 | 96,0 | +136 % |
| Thaïlande (import.) | Valeur (M€) | 32,5 | 72,2 | +122 % |
| Maroc (export.) | Valeur (M€) | 8,1 | 34,6 | +325 % |
| Roumanie (export.) | Valeur (M€) | 20,6 | 57,7 | +181 % |
| Serbie (export.) | Valeur (M€) | 5,9 | 15,5 | +162 % |
| Partenaires à l'importation — Partenaires à l'exportation |
L'Inde, en particulier, a connu une progression fulgurante : de fournisseur marginal en 2015 (4 M€), elle est devenue en 2025 le septième partenaire d'importation (46 M€), avec une croissance de plus de 1 000 %. Cela s'inscrit dans la stratégie indienne de développement de sa capacité sidérurgique et de ses exportations de produits transformés en acier.
3.4. Une spécialisation géographique claire au sein de l'UE
L'analyse des avantages comparatifs révèle une forte hétérogénéité intra-UE en 2025. La Roumanie affiche un indice RSCA de 0,77 et un RCA de 7,76, ce qui en fait le membre le plus spécialisé de l'UE dans ce produit (12,95 % de la production de la filière y est concentrée). La Slovaquie (RSCA = 0,57, RCA = 3,69) et le Portugal (RSCA = 0,49, RCA = 2,95) suivent. À l'opposé, Malte (RSCA = −1,00), Chypre (−0,99) et l'Irlande (−0,98) sont structurellement importateurs nets. L'Allemagne, premier exportateur de l'UE (202 M€ en 2025), n'affiche qu'un RSCA de −0,14, ce qui indique que sa production de torons et câbles est inférieure à ce que la taille de son économie laisserait prévoir — signe d'une concentration sur des segments à plus haute valeur ajoutée dans la chaîne sidérurgique.
La production intra-UE a quant à elle reculé en volume (de 988 kt en 2015 à 840 kt en 2025, −15 %) tout en augmentant en valeur (de 1,17 Mds€ à 1,82 Mds€, +55 %), reflétant la hausse des coûts de production et la compression des marges de la filière sidérurgique européenne.
Conclusion
Le marché européen des torons et câbles en fer ou en acier (CN 731210) a profondément évolué entre 2015 et 2025. Trois tendances dominent cette décennie : (1) le passage d'une UE quasi-autosuffisante à une dépendance structurelle aux importations (déficit de 230 M€ en 2025) ; (2) le choc de prix de 2022, qui a révélé la vulnérabilité du marché européen aux fluctuations des coûts de l'énergie et des matières premières, sans entraîner de substitution significative vers la production locale ; et (3) une restructuration géographique majeure des flux commerciaux, avec la montée de l'Asie (Chine, Inde, Thaïlande, Viêt Nam) au détriment des fournisseurs traditionnels européens et proches (Biélorussie, Russie), accélérée par les sanctions géopolitiques.
La propension à exporter de l'UE est passée de 22 à 36 % de la production, ce qui témoigne d'une intégration croissante dans le commerce mondial, mais aussi d'une exposition accrue aux chocs externes. La concentration des importations (HHI à 1 755) souligne un risque de dépendance vis-à-vis d'un nombre limité de fournisseurs, en particulier la Chine. À l'horizon, les évolutions de la politique commerciale européenne (mesures antidumping, ajustement carbone aux frontières), la transition vers une sidérurgie décarbonée et les dynamiques géopolitiques seront déterminantes pour l'avenir de ce segment.