Évolution du marché : Tomates préparées (CN 200290) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 200290 couvre les tomates préparées ou conservées autrement qu'au vinaigre ou à l'acide acétique, à l'exclusion des tomates entières ou en morceaux. Il s'agit d'un agrégat résiduel qui regroupe notamment des coulis, purées et concentrés de teneur en matière sèche variable, conditionnés en emballages de différentes tailles. Ce segment constitue un maillon essentiel de la filière européenne de la tomate, à la croisée de la production agricole méditerranéenne et de l'industrie agroalimentaire de transformation.
Le présent rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de l'aperçu général du commerce. Deux constats majeurs structurent l'analyse : l'UE demeure un exportateur net de premier plan, et la valeur de ses exportations a crû bien plus vite que les volumes, sous l'effet d'une hausse prononcée des prix. Parallèlement, la géographie des approvisionnements s'est profondément reconfigurée au profit de fournisseurs émergents.
Une croissance tirée par les prix plus que par les volumes
L'excédent commercial de l'UE s'est considérablement renforcé
Sur la période 2015–2025, l'UE a constamment dégagé un excédent commercial sur le segment CN 200290. Cet excédent est passé de 252,1 millions d'euros en 2015 à 464,2 millions d'euros en 2025, soit une progression de +84,1 %. Ce creusement traduit un avantage compétitif structurel de l'industrie européenne de transformation de la tomate, porté principalement par les exportateurs italiens, portugais et espagnols. Les importations, quant à elles, ont progressé de 245,7 M€ à 315,1 M€ (+28,2 %), un rythme nettement inférieur à celui des exportations (+56,5 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M€) | 497,8 | 779,3 | +56,5 % |
| Importations (valeur, M€) | 245,7 | 315,1 | +28,2 % |
| Balance commerciale (M€) | 252,1 | 464,2 | +84,1 % |
La hausse des prix, moteur principal de la croissance à l'export
Si la valeur des exportations a bondi de 56,5 %, les volumes exportés n'ont progressé que de 0,5 % (de 489 369 t à 491 783 t). C'est donc quasi exclusivement l'effet prix qui explique la dynamique exportatrice : le prix moyen à l'export est passé de 1 017 €/t à 1 584 €/t (+55,8 %). Ce phénomène peut s'expliquer par plusieurs facteurs : la montée en gamme des produits exportés, l'inflation des coûts de production (énergie, main-d'œuvre, intrants agricoles) et, plus récemment, la sécheresse qui a affecté les rendements méditerranéens en 2022–2023.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (volume, kt) | 489,4 | 491,8 | +0,5 % |
| Exportations (prix moyen, €/t) | 1 017 | 1 584 | +55,8 % |
| Importations (volume, kt) | 270,7 | 314,4 | +16,1 % |
| Importations (prix moyen, €/t) | 908 | 1 002 | +10,4 % |
Des importations en progression plus modérée
Du côté des importations, la hausse de valeur (+28,2 %) s'explique pour un peu plus de la moitié par un accroissement des volumes (+16,1 %) et pour le reste par une hausse des prix (+10,4 %). L'écart de prix entre exportations (1 584 €/t) et importations (1 002 €/t) s'est creusé au fil de la période, ce qui suggère que l'UE exporte des produits à plus forte valeur ajoutée (concentrés de haute teneur en matière sèche, conditionnements premium) tout en important des produits de base à moindre coût, notamment des concentrés bruts en vrac.
Une diversification géographique des approvisionnements et une stabilité relative des débouchés
La concentration des importations s'est fortement réduite
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur les importations en valeur a chuté de 3 092 à 1 687 entre 2015 et 2025, soit une baisse de 45,4 %. Ce niveau final, bien que restant au-dessus du seuil de 1 500 considéré comme modérément concentré, témoigne d'une diversification significative des sources d'approvisionnement de l'UE. Sur le plan des exportations, le HHI est resté relativement stable (de 1 348 à 1 543, +14,5 %), indiquant une légère concentration accrue des débouchés, sans toutefois atteindre des niveaux préoccupants.
| Indice HHI | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 3 092 | 1 687 | −45,4 % |
| Exportations (valeur) | 1 348 | 1 543 | +14,5 % |
Les partenaires traditionnels cèdent du terrain face à de nouveaux fournisseurs
La répartition géographique des importations révèle un basculement profond. La Chine, premier fournisseur en 2015 avec 111,8 M€, a vu ses livraisons reculer de 24,2 % pour atteindre 84,7 M€ en 2025. Les États-Unis, deuxième fournisseur, ont connu un déclin similaire (−20,0 %). En revanche, plusieurs fournisseurs émergents ont connu des progressions spectaculaires :
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 111,8 | 84,7 | −24,2 % |
| États-Unis | 73,9 | 59,1 | −20,0 % |
| Chili | 18,5 | 51,6 | +179,3 % |
| Turquie | 12,2 | 42,1 | +245,0 % |
| Égypte | 7,3 | 34,3 | +367,0 % |
| Ukraine | 12,6 | 19,4 | +53,8 % |
| Iran | 0,2 | 4,2 | +1 818,2 % |
L'Égypte et la Turquie sont les deux cas les plus marquants : l'Égypte a multiplié ses exportations vers l'UE par 4,7 en valeur, tandis que la Turquie les a multipliées par 3,5. Cette dynamique reflète à la fois l'essor de la capacité de transformation dans ces pays et leur compétitivité-prix sur les concentrés industriels.
Le Royaume-Uni demeure le premier débouché, tandis que la Russie recule
Du côté des exportations par partenaire, le Royaume-Uni concentre à lui seul plus d'un tiers des ventes extra-UE (270,8 M€ en 2025, +67,6 %). Les marchés asiatiques et océaniens ont connu une forte croissance : le Japon (+105,0 %), l'Australie (+228,8 %) et les États-Unis (+207,8 %) ont tous fortement augmenté leurs achats. À l'inverse, les exportations vers la Russie se sont effondrées de 67,6 %, passant de 20,2 M€ à 6,5 M€, en lien vraisemblablement avec les sanctions et les restrictions commerciales survenues à partir de 2022.
| Partenaire export | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 161,6 | 270,8 | +67,6 % |
| Japon | 45,5 | 93,4 | +105,0 % |
| Libye | 52,5 | 58,7 | +11,9 % |
| Suisse | 21,3 | 47,5 | +122,9 % |
| Australie | 13,4 | 44,2 | +228,8 % |
| États-Unis | 14,3 | 44,0 | +207,8 % |
| Russie | 20,2 | 6,5 | −67,6 % |
La volatilité des flux vers le Royaume-Uni reste faible (coefficient de variation de 0,086), ce qui confirme la stabilité structurelle de ce débouché historique.
Une filière méditerranéenne dominante, confrontée à des chocs d'approvisionnement
L'Italie, pivot incontournable de la production et du commerce européen
Les données par État membre confirment la prééminence de l'Italie dans la filière. Premier exportateur (492,0 M€ en 2025, +79,3 %) et premier importateur (87,5 M€), l'Italie concentre à elle seule près de 63 % des exportations extra-UE. Le Portugal (110,4 M€) et l'Espagne (107,3 M€) complètent le trio de tête des exportateurs. La spécialisation à l'export confirme ce positionnement : le Portugal affiche l'indice RSCA le plus élevé (0,804), suivi de l'Italie (0,707), de la Grèce (0,652) et de l'Espagne (0,586), tandis que les pays du Nord de l'Europe (Irlande, Finlande, Suède) présentent des indices de spécialisation quasi nuls ou négatifs.
| État membre | Exportations 2025 (M€) | Variation 2015–2025 | RSCA 2025 |
|---|---|---|---|
| Italie | 492,0 | +79,3 % | 0,707 |
| Portugal | 110,4 | +4,8 % | 0,804 |
| Espagne | 107,3 | +43,5 % | 0,586 |
| Grèce | 21,6 | −5,5 % | 0,652 |
| Pays-Bas | 17,6 | +209,8 % | — |
| France | 5,9 | +22,5 % | — |
| Allemagne | 6,6 | +128,6 % | — |
La production de l'UE a progressé de 1,88 milliard de kg à 2,28 milliards de kg (+21,5 %), tandis que sa valeur a bondi de 1,21 Mds€ à 3,13 Mds€ (+158,1 %). L'écart entre la croissance en volume et en valeur (21,5 % vs 158,1 %) confirme la dynamique inflationniste des prix dans la filière.
Des épisodes de volatilité sur certains flux d'approvisionnement
L'analyse de la volatilité des flux révèle des niveaux très hétérogènes selon les partenaires. Parmi les principaux fournisseurs, la Turquie (CV = 0,609), l'Égypte (CV = 0,611) et le Chili (CV = 0,658) présentent une volatilité notable, tandis que la Chine (CV = 0,347) et les États-Unis (CV = 0,280) offrent des flux plus stables. Du côté des importations, l'Iran (CV = 1,409) et la Tunisie (CV = 1,508) se distinguent par une extrême instabilité.
Deux chocs significatifs ont été détectés au cours de la période :
- Turquie, 2019 : choc de prix sur les importations, avec un indice d'anomalie de 14,3 et un bond de prix de +41,8 %, représentant 13,2 % de la valeur totale des importations cette année-là.
- Ukraine, 2023 : choc de prix sur les importations, avec un indice d'anomalie de 9,4 et une hausse de prix de +85,8 %, pour 11,8 % de la valeur. Ce choc s'inscrit dans le contexte du conflit russo-ukrainien et des perturbations logistiques et agricoles qui en ont découlé.
Évolution des segments de produits : une granularité nouvelle à partir de 2024
Les données de segmentation par sous-code ne sont disponibles qu'à partir de 2024 pour la plupart des sous-positions (20029080, 20029041, 20029049, 20029020), tandis que les codes 20029011 et 20029019 couvrent l'ensemble de la période. Deux enseignements se dégagent :
À l'export, le segment 20029019 (purées et coulis de teneur en matière sèche < 12 %, conditionnés ≤ 1 kg) a connu une croissance remarquable, passant de 73 058 t à 151 013 t en volume (+106,7 %) entre 2015 et 2025. Il constitue le premier segment en volume à l'export. Les segments à haute teneur en matière sèche (concentrés 20029080 à > 34 %, 20029041 et 20029049 à 20–34 %) représentent ensemble environ 243 100 t en 2025, avec des prix unitaires nettement supérieurs (1 562 à 2 196 €/t), confirmant la montée en gamme de l'offre européenne.
À l'import, ce sont les concentrés industriels qui dominent : le segment 20029080 (> 34 % de matière sèche) représente 141 044 t en 2025, suivi du 20029041 (20–34 %, > 1 kg) avec 118 741 t. Ces deux segments totalisent près de 83 % des importations en volume, ce qui confirme que l'UE importe principalement des concentrés bruts destinés à la transformation industrielle, tout en exportant des produits à plus forte valeur ajoutée.
Conclusion
Le marché européen des tomates préparées (CN 200290) a connu, sur la décennie 2015–2025, une transformation en profondeur marquée par trois tendances majeures. Premièrement, la hausse des prix a constitué le principal moteur de croissance des exportations, les volumes restant quasiment stables, ce qui a permis à l'UE de renforcer significativement son excédent commercial (de 252 à 464 M€). Deuxièmement, la géographie des approvisionnements s'est considérablement diversifiée : le recul des fournisseurs historiques (Chine, États-Unis) s'est accompagné de la montée en puissance de partenaires méditerranéens et sud-américains (Égypte, Turquie, Chili), réduisant de près de moitié la concentration des importations. Troisièmement, la filière reste solidement ancrée dans les pays du Sud de l'Europe — Italie, Portugal et Espagne en tête — avec une production dont la valeur a crù de 158 %, tirée tant par l'inflation que par la montée en gamme des produits.
L'UE apparaît donc comme un acteur structurellement excédentaire et compétitif sur ce segment, mais elle reste exposée à des risques de volatilité sur certains flux d'approvisionnement (Turquie, Ukraine, Iran) et à la dépendance envers un nombre limité de débouchés, le Royaume-Uni concentrant à lui seul plus d'un tiers des ventes hors UE.