Évolution du marché : Tomates préparées (CN 200210) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code NC 200210 — Tomates, entières ou en morceaux, préparées ou conservées autrement qu'au vinaigre ou à l'acide acétique — sur la période 2015–2025. Ce produit, qui englobe les tomates pelées (en conditionnements de plus ou moins d'un kilogramme) ainsi que les tomates non pelées, constitue un segment stratégique de l'industrie agroalimentaire européenne. L'UE s'affirme comme un acteur majeur de ce marché : sa production intra-européenne a progressé de 48,7 % en volume (de 2 453 à 3 648 millions de kg) et de 154,5 % en valeur (de 2,33 à 5,94 milliards d'euros) entre 2015 et 2025 (Production).
L'analyse qui suit, fondée sur les seules données du commerce extra-UE, s'articule autour de trois constats majeurs : le renforcement d'un excédent commercial porté par l'inflation des prix à l'exportation ; le rôle prépondérant de l'Italie dans la structure des échanges ; et la concentration croissante des approvisionnements importateurs, qui s'accompagne de chocs de prix récurrents et de signaux de fragilité.
1. Un excédent commercial dynamisé par l'essor des prix à l'exportation
1.1 Les exportations progressent davantage par la valeur que par les volumes
L'excédent commercial de l'UE en matière de tomates préparées s'est considérablement renforcé au cours de la période, passant de 537,2 millions d'euros en 2015 à 872,8 millions d'euros en 2025, soit une progression de 62,5 % (Aperçu général). Cette dynamique résulte d'une hausse conjointe des volumes et des prix, mais les deux composantes n'ont pas contribué de manière équivalente. Les exportations ont progressé de 12,9 % en volume (de 789 443 à 891 568 tonnes), tandis que leur valeur a bondi de 66,9 % (de 576,9 à 962,7 millions d'euros). Le prix moyen à l'exportation a ainsi crû de 47,8 %, passant de 731 à 1 080 euros la tonne, avec un pic à 1 165 EUR/t au cours de la période.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (M EUR) | 576,9 | 962,7 | +66,9 |
| Volume des exportations (t) | 789 443 | 891 568 | +12,9 |
| Prix moyen export (EUR/t) | 731 | 1 080 | +47,8 |
| Balance commerciale (M EUR) | 537,2 | 872,8 | +62,5 |
L'inflation des prix constitue donc le moteur principal de la croissance de la valeur exportée, dans un contexte où les volumes progressent de manière plus modeste.
1.2 Les importations connaissent une croissance encore plus rapide, sur une base restée modeste
En parallèle, les importations extra-UE ont connu une progression en termes relatifs encore plus marquée : +126,6 % en valeur (de 39,7 à 90,0 M EUR) et +103,8 % en volume (de 20 814 à 42 409 tonnes). Le prix moyen à l'importation, nettement supérieur à celui des exportations, a progressé de 11,2 % pour atteindre 2 121 EUR/t en 2025, contre 1 907 EUR/t en 2015 (Aperçu général).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M EUR) | 39,7 | 90,0 | +126,6 |
| Volume des importations (t) | 20 814 | 42 409 | +103,8 |
| Prix moyen import (EUR/t) | 1 907 | 2 121 | +11,2 |
Malgré cette forte croissance relative, les importations ne représentent qu'environ 9,3 % de la valeur des exportations en 2025, confirmant la position structurellement excédentaire de l'UE sur ce segment.
1.3 Un écart de prix persistant qui traduit des structures de marché distinctes
L'écart de prix entre importations et exportations (2 121 EUR/t contre 1 080 EUR/t en 2025) est un trait durable du marché. Les données de segmentation produit, disponibles à partir de 2024, permettent de l'éclairer : les tomates non pelées (code 20021090) représentent 72,4 % du volume importé mais 90,3 % de la valeur, avec un prix de 2 644 EUR/t, soit plus du double du prix des tomates non pelées exportées (1 213 EUR/t) (Comparaison par segment). Ce différentiel s'explique probablement par la nature des produits importés — spécialités, appellations d'origine, ou produits de niche à forte valeur ajoutée — tandis que les exportations européennes répondent davantage à une demande de volume sur les marchés internationaux.
2. L'Italie, colonne vertébrale du secteur, face à une reconfiguration des partenaires commerciaux
2.1 L'Italie concentre plus de 90 % des exportations européennes de tomates transformées
La domination de l'Italie sur les exportations extra-UE est écrasante. En 2025, l'Italie a exporté pour 874,1 millions d'euros, soit 90,8 % du total des exportations européennes, en progression de 67,3 % par rapport à 2015 (Exportateurs). L'indice de spécialisation révèle un avantage comparatif considérable (RCA de 9,10, RSCA de 0,80), confirmant le positionnement de l'Italie comme leader mondial incontesté de ce segment (Spécialisation).
Les autres États membres demeurent des acteurs nettement secondaires, bien que leur croissance témoigne d'une diversification progressive de la base productive européenne :
| État membre exportateur | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Italie | 522,5 | 874,1 | +67,3 |
| Espagne | 17,5 | 16,5 | −5,7 |
| Pays-Bas | 9,8 | 23,5 | +139,5 |
| Grèce | 8,9 | 19,7 | +120,1 |
| Portugal | 7,9 | 12,2 | +53,9 |
La Grèce (RSCA de 0,54, RCA de 3,39), l'Espagne (RSCA de 0,19, RCA de 1,46) et le Portugal (RSCA de 0,05, RCA de 1,11) figurent également parmi les pays les plus spécialisés, mais à un degré bien moindre que l'Italie.
2.2 Les marchés d'exportation se diversifient au-delà du Royaume-Uni
Le Royaume-Uni demeure la première destination des exportations européennes, avec 306,3 M EUR en 2025 (31,8 % du total). Il convient de noter que ces flux incluent désormais le commerce avec le Royaume-Uni depuis sa sortie de l'UE (31 janvier 2020), le pays étant désormais comptabilisé comme partenaire extra-UE (Partenaires d'exportation).
La dynamique la plus marquante concerne toutefois la montée en puissance des marchés transatlantiques et de la zone Asie-Pacifique :
| Partenaire | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) | Part des exports 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 210,1 | 306,3 | +45,8 | 31,8 % |
| États-Unis | 81,8 | 164,1 | +100,6 | 17,0 % |
| Japon | 74,0 | 97,7 | +32,1 | 10,1 % |
| Australie | 44,8 | 66,0 | +47,3 | 6,9 % |
| Suisse | 21,9 | 34,0 | +55,0 | 3,5 % |
| Canada | 13,2 | 33,3 | +152,5 | 3,5 % |
| Arabie saoudite | 15,6 | 20,1 | +29,6 | 2,1 % |
Le doublement des exportations vers les États-Unis et la multiplication par 2,5 de celles vers le Canada illustrent une demande mondiale robuste pour les tomates transformées européennes, et en premier lieu italiennes. L'HHI des exportations a d'ailleurs diminué de 15,8 % (de 1 803 à 1 518), confirmant cette diversification progressive des débouchés (Concentration).
2.3 La Turquie et la Tunisie, nouveaux moteurs des importations européennes
Du côté des importations, la géographie des approvisionnements s'est profondément reconfigurée. La Turquie est restée le premier fournisseur de l'UE, avec une valeur multipliée par 2,5 (de 21,9 à 53,8 M EUR, soit +145,9 %). L'évolution la plus spectaculaire revient toutefois à la Tunisie, dont les exportations vers l'UE ont bondi de 266 544 euros à 22,1 millions d'euros en dix ans, soit une multiplication par 83 (+8 185 %) (Partenaires d'importation). Ce bond reflète l'effet des accords d'association et des préférences tarifaires entre l'UE et la Tunisie, qui ont progressivement ouvert le marché européen à ce fournisseur méditerranéen.
| Partenaire d'importation | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Turquie | 21,9 | 53,8 | +145,9 |
| Tunisie | 0,27 | 22,1 | +8 185 |
| Maroc | 4,3 | 5,4 | +23,9 |
| Ukraine | 0,36 | 1,01 | +177,3 |
| Israël | 1,4 | 0,06 | −95,8 |
En 2025, la Turquie et la Tunisie ensemble représentent 84,2 % de la valeur totale des importations, une concentration qui contraste fortement avec la plus grande diversification des marchés d'exportation.
Du côté des États membres importateurs, l'Italie occupe désormais la première place (32,2 M EUR en 2025, +3 749 %), devant l'Allemagne (17,0 M EUR, +33,1 %), la France (13,6 M EUR, +90,4 %) et la Pologne (4,9 M EUR, +827 %) (Importateurs). L'Italie apparaît ainsi à la fois comme le premier exportateur et le premier importateur de l'UE — une dualité qui s'explique vraisemblablement par le rôle de son industrie de transformation, qui importe des matières premières pour les retransformer et les réexporter à plus forte valeur ajoutée.
3. Concentration accrue des approvisionnements, volatilité et signaux de fragilité
3.1 L'indice HHI confirme un approvisionnement de plus en plus dépendant d'un nombre restreint de fournisseurs
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI), qui mesure la concentration d'un marché, met en évidence l'asymétrie croissante entre la structure des importations et celle des exportations. L'HHI des importations en valeur est passé de 3 705 à 4 240 entre 2015 et 2025 (+14,4 %), un niveau largement supérieur au seuil de 2 500 au-delà duquel un marché est considéré comme hautement concentré (Concentration). En volume, la concentration a encore davantage augmenté (+46,9 %, passant de 2 361 à 3 469), confirmant la dépendance croissante de l'UE vis-à-vis d'un nombre limité de fournisseurs.
| HHI | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur) | 3 705 | 4 240 | +14,4 |
| Importations (volume) | 2 361 | 3 469 | +46,9 |
| Exportations (valeur) | 1 803 | 1 518 | −15,8 |
| Exportations (volume) | 1 865 | 1 640 | −12,0 |
À l'inverse, l'HHI des exportations a diminué dans les deux dimensions, ce qui confirme la diversification des débouchés décrite dans la section précédente.
3.2 Une volatilité des importations nettement supérieure à celle des exportations
La volatilité des flux d'importation, mesurée par le coefficient de variation (CV), est significativement plus élevée que celle des exportations. Parmi les principaux fournisseurs, la Tunisie (CV de 1,18), les États-Unis (1,11) et la Chine (1,00) affichent les niveaux de volatilité les plus marqués. À l'inverse, les principaux marchés d'exportation — Japon (CV de 0,04), Suisse (0,05) et Australie (0,07) — se distinguent par leur remarquable stabilité (Volatilité).
3.3 Des chocs de prix récurrents sur les marchés d'approvisionnement
Trois événements de choc significatifs ont été détectés au cours de la période, tous sur des flux d'importation :
| Partenaire | Année du choc | Type | Décalage de prix (%) | Anomalie | Part de la valeur importée (%) |
|---|---|---|---|---|---|
| Maroc | 2018 | Prix | −6,4 | 7,2 | 11,8 |
| Tunisie | 2022 | Prix | +40,1 | 2,3 | 15,4 |
| Turquie | 2023 | Prix | +30,6 | 3,3 | 56,7 |
Le choc turc de 2023 est le plus préoccupant : il a touché un flux représentant 56,7 % de la valeur totale des importations européennes, avec une hausse de prix de 30,6 %. Dans un contexte où la Turquie est devenue le fournisseur dominant, un tel épisode illustre le risque systémique associé à la concentration de l'approvisionnement.
3.4 La reclassification des sous-produits en 2024 : une fenêtre sur la structure réelle du marché
À partir de 2024, les données douanières distinguent trois sous-catégories du code 200210, là où seule la catégorie « non pelées » (20021090) était précédemment renseignée. Cette reclassification permet d'observer la structure réelle des échanges. En 2025, les exportations se répartissent comme suit :
| Segment (exportations) | Volume (t) | Part (%) | Valeur (M EUR) | Prix (EUR/t) |
|---|---|---|---|---|
| Non pelées (20021090) | 332 698 | 37,3 % | 403,6 | 1 213 |
| Pelées > 1 kg (20021011) | 398 215 | 44,7 % | 375,6 | 943 |
| Pelées ≤ 1 kg (20021019) | 160 655 | 18,0 % | 183,5 | 1 142 |
Les tomates pelées en conditionnement supérieur à un kilogramme dominent les exportations en volume (44,7 %), avec le prix unitaire le plus bas (943 EUR/t) — caractéristique des formats industriels destinés à la restauration et à l'agroalimentaire. Du côté des importations, la structure est inversée : les tomates non pelées représentent 72,4 % du volume mais 90,3 % de la valeur, avec un prix de 2 644 EUR/t, suggérant que les importations se concentrent sur des produits de niche ou à forte spécificité, tandis que les formats pelés en vrac (20021011, prix de 639 EUR/t) restent marginaux.
Conclusion
Le marché européen des tomates préparées (CN 200210) se caractérise, entre 2015 et 2025, par un triple mouvement : le renforcement de l'excédent commercial de l'UE, porté principalement par l'inflation des prix à l'exportation (+47,8 %) ; la consolidation du rôle central de l'Italie, qui concentre plus de 90 % des exportations tout en devenant paradoxalement le premier importateur — reflet de son intégration profonde dans les chaînes de valeur internationales de la transformation ; et la montée en puissance de la Turquie et de la Tunisie comme fournisseurs clés, qui a transformé la géographie des importations européennes.
Cependant, cette trajectoire positive s'accompagne de signaux de fragilité croissante. La concentration des importations autour de deux fournisseurs représentant plus de 84 % de la valeur (HHI en hausse de 14,4 %), la volatilité élevée des prix sur les marchés d'approvisionnement et les chocs de prix récurrents — notamment le choc turc de 2023 touchant 56,7 % de la valeur importée — soulèvent des questions quant à la résilience de l'approvisionnement européen. Si l'excédent commercial structurel protège l'UE d'un déficit, la dépendance qualitative envers un nombre limité de partenaires expose le secteur à des risques géopolitiques, climatiques et tarifaires qu'une politique proactive de diversification des sources d'approvisionnement pourrait contribuer à atténuer.