Évolution du marché : Sucre de canne ou betterave (CN 1701) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) pour le code NC 1701 — « Sucres de canne ou de betterave et saccharose chimiquement pur, à l'état solide » — sur la période 2015-2025. L'analyse se concentre sur les flux avec les pays hors UE, permettant de mettre en lumière les dynamiques structurelles du marché, les reconfigurations des partenaires commerciaux et les répercussions des chocs exogènes. L'examen des données révèle une transformation profonde du profil commercial de l'UE, passant d'une position structurellement déficitaire à un excédent, portée par une hausse des prix et une réorientation des flux.
1. Un renversement spectaculaire de la balance commerciale
La période étudiée est marquée par un retournement complet de la balance commerciale de l'UE pour le sucre, passant d'un déficit chronique à un excédent soutenu. Cette évolution s'explique moins par une explosion des volumes exportés que par une contraction des importations et une hausse significative des prix unitaires.
L'évolution divergente des valeurs d'exportations et d'importations
Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations de l'UE a augmenté de 27,7 %, passant de 799 à 1 020 millions d'euros. En parallèle, la valeur des importations a connu une baisse de 25,3 %, reculant de 1 203 à 898 millions d'euros. Cette trajectoire divergente a conduit la balance commerciale, fortement déficitaire en 2015 (-404 M€), à devenir excédentaire de 122 M€ en 2025. L'UE est ainsi passée d'une dépendance nette à une autonomie relative sur ce segment.
| Indicateur (valeur, M€) | 2015 | 2025 | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Exportations | 799 | 1 020 | +27,7 % |
| Importations | 1 203 | 898 | -25,3 % |
| Balance commerciale | -404 | 122 | (voir ci-dessus) |
Une contraction des volumes importés face à des exportations stables
Le renversement de la balance s'explique principalement par une chute drastique des quantités importées, qui ont diminué de 44,1 % sur la période (de 2,89 à 1,62 million de tonnes). Les volumes exportés sont restés relativement stables (-0,4 %), ce qui a permis d'améliorer sensiblement le solde physique. Cette dynamique témoigne d'une réduction de la dépendance extérieure de l'UE et, potentiellement, d'une réorientation de la production européenne vers les marchés internes.
L'inflation des prix comme facteur clé de la revalorisation
Le revirement de la balance commerciale n'aurait pas été possible sans une hausse généralisée des prix. Le prix moyen à l'importation a augmenté de 33,7 % (de 416 à 556 €/t) et celui des exportations de 28,2 % (de 428 à 549 €/t). Cette inflation, qui reflète à la fois des tensions sur les coûts de production (énergie, intrants) et une demande mondiale soutenue, a permis à l'UE de valoriser davantage ses exportations tout en rendant certaines importations moins compétitives.
2. Restructuration des partenariats et concentration des échanges
La période 2015-2025 a vu une profonde recomposition des partenaires commerciaux de l'UE, caractérisée par une concentration accrue des importations autour de quelques fournisseurs majeurs et une diversification relative des débouchés à l'exportation.
Une dépendance croissante envers le Brésil et une nouvelle donne avec l'Ukraine
À l'importation, le Brésil est devenu le partenaire dominant. Sa part dans la valeur des importations a connu une augmentation spectaculaire de +328 %, le hissant au premier rang en 2025 avec 333 M€. Parallèlement, l'Ukraine a émergé comme un fournisseur de premier plan, avec une valeur multipliée par près de 9 (+890,8 %), atteignant 79 M€. Cette montée en puissance s'est accompagnée d'une baisse de la part de fournisseurs traditionnels comme le Royaume-Uni (-68 %), Maurice (-47,7 %) ou Cuba (-99,9 %).
| Partenaire (import.) | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Évolution (%) |
|---|---|---|---|
| Brésil | 78 | 333 | +328,0 % |
| Royaume-Uni | 191 | 61 | -68,0 % |
| Ukraine | 8 | 79 | +890,8 % |
| Cuba | 104 | 0 | -99,9 % |
Partenaires principaux à l'importation
Une concentration géographique accrue des approvisionnements
Cette évolution des partenaires s'est traduite par une forte concentration des importations. L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour la valeur des importations a augmenté de 118,8 %, passant de 776 à 1 697, indiquant un marché de plus en plus dominé par un petit nombre de fournisseurs, principalement le Brésil et l'Ukraine. Cette concentration augmente théoriquement la vulnérabilité de l'UE aux chocs d'approvisionnement dans ces pays.
Indice de concentration (HHI) des échanges
La recomposition des débouchés à l'exportation
À l'exportation, le Royaume-Uni reste le premier client, malgré une baisse de sa part (-56 %). En revanche, des marchés comme Israël (+106,5 %), la Norvège (+30,3 %) ou le Liban (+105,2 %) ont gagné en importance. Contrairement aux importations, les exportations de l'UE sont devenues plus diversifiées, comme le montre la baisse de 60,2 % de leur indice HHI. Cette diversification réduit la dépendance de l'UE envers un seul client et renforce sa résilience commerciale.
3. Volatilité, chocs de prix et adaptation de la production intérieure
Au-delà des grandes tendances, la période a été marquée par une volatilité prononcée des prix, l'émergence de chocs de prix liés à des événements géopolitiques, et une adaptation des capacités de production de l'UE face à ces nouveaux défis.
Des prix à l'importation sujets à de fortes fluctuations et à des chocs ponctuels
Les prix des importations en provenance de certains partenaires ont été extrêmement volatils. L'Ukraine présente le coefficient de variation le plus élevé (1,38), suivi de Cuba (0,87) et du Royaume-Uni (0,78). Plus précisément, des chocs de prix majeurs ont été détectés. En 2022, les prix à l'importation en provenance d'Ukraine et de Serbie ont connu des hausses anormales (respectivement +253,2 % et +66,1 %), coïncidant avec l'invasion de l'Ukraine et ses conséquences sur les marchés agricoles mondiaux. Ces événements ont exercé une pression inflationniste directe sur le marché européen.
Une production européenne en repli quantitatif mais en croissance de valeur
Face à ce contexte, la production de sucre au sein de l'UE a évolué de manière contrastée. La quantité produite a diminué de 16,2 % entre 2015 et 2025. En revanche, la valeur de cette production a légèrement augmenté de 3,6 %, s'élevant à 12,4 milliards d'euros en 2025. Cela indique une hausse des prix de production intérieurs (suivant la tendance mondiale) et/ou une amélioration de la valeur ajoutée. La spécialisation des États membres reste inégale : la France (RSCA de 0,558) et le Portugal (0,552) restent des exportateurs très spécialisés, tandis que l'Italie, avec un RSCA fortement négatif (-0,802), est un importateur net structurel.
Données de production au sein de l'UE
Une intensification des échanges et un meilleur positionnement à l'exportation
L'UE a accru son insertion dans le commerce mondial du sucre. Le taux d'intensité des échanges a augmenté de 54,6 % pour atteindre 19,3 % en 2025, signe que le commerce extérieur de sucre est plus important par rapport à la taille du marché intérieur. Parallèlement, la propension à exporter a progressé de 46,5 %. Ces indicateurs, combinés au passage à un solde excédentaire, suggèrent que l'industrie sucrière européenne a réussi à se repositionner sur des segments de valeur plus élevée ou sur des marchés porteurs, malgré la baisse des volumes produits.
Taux d'intensité des échanges et de propension à exporter
Conclusion
Sur la période 2015-2025, le marché du sucre (CN 1701) pour l'UE a connu une transformation fondamentale. La caractéristique la plus marquante est le retournement complet de la balance commerciale, passant d'un déficit important à un excédent, tiré par une forte hausse des prix et un effondrement des volumes importés. Cette période a également été synonyme de reconfiguration géopolitique des approvisionnements, avec l'ascension fulgurante du Brésil et de l'Ukraine comme partenaires clés, au détriment de fournisseurs historiques. Enfin, malgré une baisse de la production en volume, l'industrie européenne a su s'adapter en augmentant la valeur de sa production et en diversifiant ses débouchés à l'exportation, renforçant ainsi son intégration et sa résilience dans les chaînes de valeur mondiales du sucre. Les événements récents, comme les chocs de prix liés au conflit en Ukraine, ont mis en lumière les vulnérabilités persistantes liées à la concentration des importations, mais aussi la capacité d'ajustement du secteur.