Évolution du marché : Stylos à bille (CN 960810) — 2015–2025
Introduction
La présente analyse porte sur le commerce extérieur de l'Union européenne (flux extra-UE) pour le code nomenclature combinée 960810, couvrant les stylos et crayons à bille, sur la période 2015–2025. Ce secteur, bien que de taille modeste dans le commerce total de l'UE, offre un cas d'étude révélateur des transformations profondes qui affectent l'industrie manufacturière européenne : montée en gamme, déclin des volumes de production, dépendance croissante vis-à-vis des importations — en particulier chinoises — et restructuration géographique des flux commerciaux.
Le code 960810 est un code « regroupant » (bundling heading) qui couvre trois sous-catégories : les stylos à encre liquide (96081010), les stylos à cartouche remplaçable (96081092) et les stylos à cartouche non remplaçable (96081099). L'analyse s'appuie exclusivement sur les données de commerce international disponibles, pour les périodes complètes. Voir la vue d'ensemble sur le tableau de bord.
1. Un déficit commercial en creusement rapide : la montée de la dépendance aux importations
1.1 Des exportations en repli structurel
Sur la période considérée, les exportations extra-UE de stylos à bille ont nettement reculé. En valeur, elles sont passées de 295 M€ en 2015 à 234 M€ en 2025, soit une baisse de 20,7 %. En volume (poids net), le recul est du même ordre : de 7 988 t à 6 332 t (−20,7 %). La période 2020 a marqué un creux exceptionnel, avec seulement 190 M€ et 5 841 t, sous l'effet de la pandémie de Covid-19. Si une reprise a eu lieu en 2021–2022, les niveaux pré-cris n'ont jamais été retrouvés.
Par unité complémentaire (nombre de pièces), la contraction est encore plus spectaculaire : de 736 millions de stylos exportés en 2015 à seulement 485 millions en 2025 (−34,0 %). Le prix moyen à l'exportation par pièce est toutefois remonté, passant de 0,40 € à 0,48 € (+20,3 %), ce qui suggère que l'UE exporte des volumes en recul mais à des prix unitaires plus élevés — signe d'un positionnement vers le haut de gamme. Évolution des flux commerciaux.
1.2 Des importations résilientes et en progression
Le côté importations a connu une trajectoire nettement plus favorable. Après une chute conjoncturelle à 288 M€ en 2020 (minimum de la période), les importations ont rebondi vigoureusement pour atteindre 404 M€ en 2025 — un niveau supérieur de 6,3 % à celui de 2015. En volume, la progression est plus marquée encore : de 25 636 t à 29 283 t (+14,2 %), signe d'une augmentation soutenue des quantités importées.
Le prix moyen à l'importation a légèrement baissé sur la période (de 14 828 €/t à 13 796 €/t, soit −7,0 %), ce qui indique une pression concurrentielle accrue sur les prix — vraisemblablement tirée par la montée en puissance des fournisseurs asiatiques à bas coûts. En nombre de pièces, les importations sont restées relativement stables autour de 2 milliards d'unités (1 958 M en 2015, 2 014 M en 2025), ce qui contraste frontalement avec l'effondrement des volumes exportés. Évolution des flux commerciaux.
1.3 Un déficit doublé et une vulnérabilité nettement accrue
La conjonction d'exportations en déclin et d'importations en hausse a conduit à un creusement significatif du déficit commercial de l'UE pour ce produit. Le solde, déjà négatif de −85 M€ en 2015, s'est détérioré à −170 M€ en 2025, soit un quasi-doublement (−100,2 %).
L'indicateur de dépendance nette aux importations (net import reliance) illustre cette évolution avec force : il est passé de 8,9 % à 20,3 % (+128 %). Parallèlement, la propension à exporter a reculé de 44,2 % à 38,3 % (−13,2 %), confirmant un affaiblissement de la capacité exportatrice de l'UE dans ce segment.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 295 | 234 | −20,7 % |
| Importations (M€) | 380 | 404 | +6,3 % |
| Solde commercial (M€) | −85 | −170 | −100,2 % |
| Dépendance nette aux importations (%) | 8,9 | 20,3 | +128 % |
| Propension à exporter (%) | 44,2 | 38,3 | −13,2 % |
| Intensité commerciale (%) | 63,8 | 62,4 | −2,2 % |
2. Une géographie commerciale en profonde recomposition : concentration et nouveaux équilibres
2.1 La Chine, partenaire dominant et en consolidation
La Chine occupe une position de plus en plus prépondérante parmi les fournisseurs de l'UE en stylos à bille. Ses livraisons vers l'UE sont passées de 199 M€ en 2015 à 264 M€ en 2025, soit une hausse de 33,0 %. La Chine représente désormais à elle seule près des deux tiers de la valeur totale des importations extra-UE de ce produit.
Cette dynamique se traduit par une concentration croissante des importations : l'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) sur la valeur des importations a grimpé de 3 225 à 4 607 (+42,9 %). Un tel niveau indique un marché fortement concentré sur un nombre limité de fournisseurs. En volume, la concentration a suivi la même trajectoire (de 4 891 à 6 773, soit +38,5 %). À l'inverse, la concentration des exportations est restée stable et faible (HHI autour de 800), ce qui témoigne d'une base exportatrice plus diversifiée. Indice de concentration (HHI).
2.2 Des partenaires traditionnels en recul, de nouveaux acteurs émergent
L'ascension de la Chine s'est accompagnée du déclin de plusieurs partenaires historiques :
| Partenaire | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 199 | 264 | +33,0 % |
| Japon | 63 | 57 | −9,5 % |
| Suisse | 42 | 30 | −28,3 % |
| Royaume-Uni | 15 | 6 | −55,6 % |
| Mexique | 16 | 10 | −39,1 % |
| Inde | 11 | 8 | −21,1 % |
| Tunisie | 4 | 11 | +155,0 % |
Partenaires clés à l'importation.
Le Royaume-Uni illustre particulièrement bien cette reconfiguration : ses exportations vers l'UE ont chuté de 15 M€ à 6 M€ (−55,6 %), probablement en lien avec les effets du Brexit (nouvelles barrières non tarifaires, formalités douanières accrues). Sur les exportations de l'UE, le Royaume-Uni reste le premier client extra-UE (50 M€ en 2025) mais a perdu 15,5 % de sa valeur. Les États-Unis ont connu un recul encore plus marqué (de 38 M€ à 24 M€, soit −37,0 %), de même que la Fédération de Russie (de 10 M€ à 6 M€, −43,3 %), cette dernière probablement affectée par les sanctions liées au conflit ukrainien.
La Tunisie se distingue comme un partenaire émergent du côté des importations (+155 %), ce qui pourrait refléter le développement d'activités de sous-traitance ou d'assemblage dans le bassin méditerranéen dans le cadre de stratégies de nearshoring. La Suisse reste un partenaire stable à l'exportation (26 M€, +19,1 %), bénéficiant de sa proximité géographique et de son statut de hub logistique.
La volatilité des flux varie fortement selon les partenaires. Les importations en provenance du Royaume-Uni présentent un coefficient de variation (CV) de 0,66, et celles de Hong Kong un CV de 1,18 — des niveaux très élevés qui signalent des flux instables et potentiellement liés à des opérations de réexportation ponctuelles. Volatilité par partenaire.
2.3 Une restructuration au sein même de l'UE : l'essor de l'Italie et de la Tchéquie
L'évolution des flux extra-UE au sein des États membres révèle des dynamiques internes marquées :
À l'importation :
| État membre | Importations 2015 (M€) | Importations 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 106 | 72 | −32,6 % |
| France | 84 | 81 | −3,8 % |
| Italie | 24 | 61 | +156,4 % |
| Pays-Bas | 31 | 39 | +27,2 % |
| Pologne | 16 | 27 | +67,3 % |
| Espagne | 35 | 33 | −5,5 % |
| Irlande | 22 | 8 | −65,5 % |
L'Italie a connu une augmentation spectaculaire de ses importations extra-UE (+156 %), dépassant désormais la France pour devenir le deuxième importateur de l'UE derrière l'Allemagne. L'Allemagne, premier importateur historique, a vu ses flux fondre d'un tiers (de 106 M€ à 72 M€). L'Irlande a connu un effondrement quasi-total, tant à l'importation (−65,5 %) qu'à l'exportation (−96,5 %, passant de 15 M€ à moins de 1 M€), ce qui pourrait refléter la fermeture ou la relocalisation d'unités de production sur son territoire.
À l'exportation, la Tchéquie a connu une progression exceptionnelle, passant de 0,4 M€ à 13,4 M€ (+3 141 %), s'imposant comme un nouvel acteur majeur — probablement en lien avec l'implantation de capacités de production industriel sur son territoire. L'Italie a également renforcé ses exportations (+32,2 %, de 16 M€ à 21 M€).
3. Un appareil productif européen en profonde restructuration
3.1 Un effondrement des volumes compensé par une montée en valeur
Les données de production européenne révèlent une transformation radicale du secteur. En volume, la production de stylos à bille a chuté de manière spectaculaire : de 2,59 milliards de pièces en 2015 à 1,00 milliard en 2025, soit une contraction de 61,4 %. Ce déclin traduit vraisemblablement la conjonction de plusieurs facteurs : la concurrence des pays à bas coûts, l'impact de la numérisation sur la demande d'écriture manuelle, et la rationalisation des capacités industrielles au sein de l'UE.
Pourtant, la valeur de la production a légèrement augmenté, passant de 518 M€ à 600 M€ (+15,8 %). Cela implique que la valeur unitaire de la production a été multipliée par trois, passant d'environ 0,20 €/pièce à 0,60 €/pièce. L'industrie européenne s'est donc massivement réorientée vers des produits à plus forte valeur ajoutée — stylos premium, instruments de marque, segments haut de gamme — tout en abandonnant la production de masse.
Évolution des volumes de production.
3.2 Des segments de produits à trajectoires nettement divergentes
Les trois sous-produits couverts par le code 960810 affichent des dynamiques commerciales distinctes :
Importations par segment :
| Segment | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) | Variation | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 96081010 — Encre liquide | 9 682 | 12 922 | +33,5 % | 133 | 162 | +21,3 % |
| 96081092 — Cartouche remplaçable | 9 666 | 8 455 | −12,5 % | 168 | 135 | −19,5 % |
| 96081099 — Cartouche non remplaçable | 6 288 | 7 606 | +21,0 % | 79 | 106 | +33,8 % |
Le segment des stylos à encre liquide (96081010) affiche la plus forte progression à l'importation, tant en volume (+33,5 %) qu'en valeur (+21,3 %), ce qui traduit une demande croissante pour ce type de produit, souvent perçu comme supérieur en qualité d'écriture. À l'inverse, le segment des cartouches remplaçables (96081092) — qui représentait historiquement le plus gros poste de valeur à l'importation — a vu ses importations reculer de 19,5 % en valeur.
Exportations par segment (prix unitaire au poids) :
| Segment | Prix unitaire 2015 (€/t) | Prix unitaire 2025 (€/t) | Variation |
|---|---|---|---|
| 96081010 — Encre liquide | 55 061 | 54 850 | −0,4 % |
| 96081092 — Cartouche remplaçable | 53 512 | 55 740 | +4,2 % |
| 96081099 — Cartouche non remplaçable | 16 182 | 17 523 | +8,3 % |
Du côté des exportations, tous les segments ont reculé en volume, mais les cartouches non remplaçables (96081099) ont mieux résisté (−7,5 % en valeur). Ce segment reste le principal produit exporté par l'UE en volume (3 091 t en 2025), mais les stylos à encre liquide et à cartouche remplaçable s'exportent à un prix moyen trois à quatre fois supérieur, ce qui confirme la stratégie de montée en gamme des exportateurs européens.
Comparaison par segment de produits.
3.3 Une spécialisation géographique différenciée au sein de l'UE
L'analyse des avantages comparatifs révèle des profils de spécialisation très hétérogènes au sein de l'UE. En 2025, les États membres les plus spécialisés dans la production de stylos à bille sont :
| État membre | RSCA | RCA | Part dans la production UE | Part dans le commerce UE |
|---|---|---|---|---|
| Slovaquie | 0,609 | 4,11 | 8,7 % | 2,1 % |
| France | 0,503 | 3,02 | 23,6 % | 7,8 % |
| Italie | 0,216 | 1,55 | 12,4 % | 8,0 % |
| Tchéquie | 0,206 | 1,52 | 7,3 % | 4,8 % |
| Espagne | 0,148 | 1,35 | 7,8 % | 5,8 % |
Indice de spécialisation par État membre.
La France et l'Italie concentrent ensemble plus d'un tiers de la production européenne de stylos à bille, avec un avantage comparatif marqué (RCA de 3,0 et 1,6 respectivement). La Slovaquie affiche le ratio de spécialisation standardisé le plus élevé (RSCA = 0,609), bien que sa part absolue dans la production reste modeste (8,7 %). À l'inverse, des pays comme la Finlande (RSCA = −0,98), l'Irlande (RSCA = −0,98) ou Chypre (RSCA = −1,00) sont quasi-absents de cette production, avec des indices de spécialisation négatifs extrêmes.
Quelques événements de choc sur les prix ont été détectés sur la période, notamment sur les exportations vers la Norvège (2022, prix en hausse de 13,8 %) et la Turquie (2021, prix en hausse de 163,4 %), mais ces chocs restent marginaux en termes de part de valeur (respectivement 3,1 % et 2,5 % du total des exportations). Événements de choc détectés.
Conclusion
Le marché européen des stylos à bille (CN 960810) a connu, sur la période 2015–2025, une triple transformation structurelle :
-
Un creusement du déficit commercial, porté par des exportations en repli de 21 % et des importations en hausse de 6 %, qui a doublé la dépendance nette de l'UE aux importations (de 9 % à 20 %).
-
Une concentration géographique accrue, avec la Chine comme fournisseur de plus en plus dominant (264 M€, soit une progression de 33 %), un affaiblissement marqué des partenaires européens proches comme le Royaume-Uni (−56 %) et l'émergence de fournisseurs méditerranéens comme la Tunisie (+155 %).
-
Une restructuration industrielle profonde, avec un effondrement des volumes de production (−61 %) mais une multiplication par trois de la valeur unitaire (de 0,20 € à 0,60 € par pièce), traduisant un recentrage de l'industrie européenne sur le segment premium.
Ces tendances s'inscrivent dans un mouvement plus large de désindustrialisation partielle de l'UE dans les biens de consommation courants, compensé par une montée en gamme. L'écart de prix entre exportations (0,48 €/pièce) et importations (0,20 €/pièce) confirme que l'UE exporte des produits à valeur ajoutée plus de deux fois supérieure à ce qu'elle importe — un positionnement qui préserve la valeur mais ne compense pas le déclin structurel des volumes.