Évolution du marché : Sièges, avec bâti en métal non rembourrés (autres que fauteuils pivotants ajustables en hauteur et autres que pour la médecine, l'art dentaire ou la chirurgie) (CN 940179) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 940179 couvre les sièges à bâti en métal non rembourrés — une catégorie résiduelle qui inclut notamment les chaises empilables, les sièges de jardin métalliques, les sièges de cantine ou encore les structures de sièges de terrasse. Ce segment représente un marché d'envergure significative au sein de l'UE, avec des importations totales de 1,48 milliard d'euros en 2025 et des exportations de 337 millions d'euros.
Sur la période 2015–2025, ce marché a connu des transformations majeures : une forte dépendance vis-à-vis de la Chine en tant que fournisseur principal, un pic d'importations spectaculaire en 2021–2022 suivi d'une normalisation partielle, et une détérioration continue de l'autonomie de l'UE dans ce segment. Le tableau de bord général permet de visualiser ces dynamiques dans leur ensemble.
1. Une concentration géographique extrême côté importations, en mutation progressive
1.1 La Chine, fournisseur dominant mais dont la part se dilue légèrement
La Chine demeure de très loin le principal fournisseur de l'UE pour ce produit. En 2025, elle a exporté vers l'UE pour 1,24 milliard d'euros, soit environ 84 % du total des importations extra-UE. Ce montant représente une hausse de 34,2 % par rapport aux 924 millions d'euros de 2015. En volume, les importations en provenance de Chine sont passées de 255 442 tonnes (2015) à 353 758 tonnes (2025), soit une progression de 38,5 %.
Le graphique des partenaires illustre cette prédominance. L'indice de concentration HHI des importations, qui oscille entre 6 335 et 7 265 sur la période, témoigne d'un niveau de concentration élevé, avec une légère hausse de 5 % entre 2015 et 2025.
1.2 Le Viet Nam comme alternative montante
Le Viet Nam constitue le deuxième fournisseur de l'UE, avec 125 millions d'euros d'exportations vers l'UE en 2025 (+31,7 % par rapport à 2015). Son volume a cru de 24 863 à 32 667 tonnes sur la même période. Le Viet Nam a particulièrement progressé durant le pic de 2022, atteignant 250 millions d'euros — un niveau qui a par la suite reculé avec la normalisation du marché. Cette trajectoire s'inscrit dans la tendance de diversification des approvisionnements des importateurs européens, partiellement motivée par la politique commerciale de l'UE vis-à-vis de la Chine.
1.3 La Turquie, un fournisseur émergent à forte croissance
La Turquie présente la progression la plus spectaculaire parmi les partenaires d'importation : ses exportations vers l'UE sont passées de 4,0 millions d'euros en 2015 à 17,4 millions d'euros en 2025, soit une hausse de 331,8 %. En volume, les importations turques ont quadruplé, passant de 1 135 à 4 382 tonnes. Cette dynamique suggère une montée en gamme de la production turque dans ce segment, ou un avantage compétitif lié à la proximité géographique et aux accords commerciaux UE-Turquie.
Le tableau ci-dessous résume l'évolution des principaux fournisseurs de l'UE :
| Partenaire | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) | Volume 2015 (t) | Volume 2025 (t) |
|---|---|---|---|---|---|
| Chine | 923,9 | 1 239,8 | +34,2 | 255 442 | 353 758 |
| Viet Nam | 95,1 | 125,2 | +31,7 | 24 863 | 32 667 |
| Turquie | 4,0 | 17,4 | +331,8 | 1 135 | 4 382 |
| Indonésie | 35,0 | 31,3 | −10,7 | 3 798 | 2 178 |
| Taïwan | 19,5 | 9,8 | −50,1 | 9 462 | 2 549 |
1.4 Des fournisseurs en déclin : Taïwan et le Royaume-Uni
À l'inverse, Taïwan et le Royaume-Uni ont vu leurs parts reculer nettement. Les importations en provenance de Taïwan ont chuté de 50,1 % en valeur (de 19,5 à 9,8 M€) et de 73,1 % en volume. Le Royaume-Uni, anciennement fournisseur significatif avec 9,5 M€ en 2015, est tombé à 7,0 M€ en 2025 (−26,4 %), avec une contraction drastique du volume (de 2 124 à 565 tonnes), effet probable du Brexit et de la reconfiguration des chaînes d'approvisionnement.
2. L'onde de choc 2021–2022 : un pic d'importations d'une ampleur exceptionnelle
2.1 Une explosion des importations en valeur et en volume
L'année 2021 marque une rupture nette dans la trajectoire des importations. Leur valeur a bondi de 1,34 milliard d'euros (2020) à 2,03 milliards d'euros (2021), soit une hausse de +51 % en une seule année. Le pic a été atteint en 2022 à 2,48 milliards d'euros, soit plus du double du niveau de 2015. En volume, les importations ont culminé à 477 501 tonnes en 2021, contre 305 550 tonnes en 2015 (+56,3 %).
Ce phénomène est largement attribuable à la Chine, dont les exportations vers l'UE ont atteint 1,72 milliard d'euros en 2021 et 2,04 milliards d'euros en 2022 — des niveaux historiquement élevés. Plusieurs facteurs explicatifs convergent :
- La reprise post-COVID-19 a engendré un rattrapage de la demande de consommation, notamment pour l'aménagement extérieur (sièges de jardin, terrasses).
- Les perturbations des chaînes logistiques mondiales en 2021 ont conduit à un avancement des commandes et à des surstocks.
- La hausse des prix des matières premières (acier, aluminium) a mécaniquement relevé les valeurs unitaires.
2.2 Une correction brutale en 2023 puis une reprise partielle
Après ce pic, les importations ont connu une correction sévère en 2023 : leur valeur a reculé de 2,48 milliards d'euros à 1,23 milliard d'euros (−50,6 %), retrouvant approximativement le niveau d'avant-crise. Le volume a suivi un mouvement similaire, passant de 442 494 à 288 763 tonnes (−34,7 %). En 2024 et 2025, les importations ont repris leur ascension, atteignant respectivement 1,38 et 1,48 milliard d'euros.
Le graphique d'évolution du commerce montre que ce profil en « pic de 2022 » est un motif récurrent dans le commerce extérieur de l'UE, observé dans de nombreux produits de consommation.
2.3 Des chocs de prix localisés sur certains marchés d'exportation
Côté exportations, le module volatilité et chocs détecte plusieurs événements significatifs :
| Destination | Année du choc | Type | Hausse de prix (%) | Anomalie |
|---|---|---|---|---|
| Turquie | 2021 | Prix | +65,7 | 919,1 |
| Ukraine | 2022 | Prix | +44,1 | 29,2 |
| Norvège | 2022 | Prix | +26,5 | 13,2 |
| Émirats arabes unis | 2023 | Prix | +81,2 | 11,1 |
Le choc le plus marquant concerne les exportations vers la Turquie en 2021, où le prix unitaire moyen est passé de 4 259 €/t (moyenne 2019–2020) à 7 053 €/t, soit une hausse de 65,7 % avec une anomalie de 919 écarts-types. Ce phénomène est probablement lié à la composition du flux — un glissement vers des produits de plus grande valeur ajoutée — plutôt qu'à un choc de volume, les quantités ayant légèrement diminué.
Pour la Norvège, deuxième partenaire d'exportation de l'UE, le prix a bondi de 26,5 % en 2022 (de 6 018 à 7 613 €/t) tout en conservant un volume élevé. Les années suivantes ont été marquées par une baisse persistante des quantités exportées (de 6 848 tonnes en 2021 à 3 763 tonnes en 2025), combinée à une hausse structurelle des prix.
3. Une dépendance accrue de l'UE face aux importations, malgré une industrie d'exportation à haute valeur ajoutée
3.1 Un déficit commercial qui se creuse
Le déficit commercial de l'UE pour le code 940179 s'est considérablement aggravé sur la période :
| Année | Exportations (M€) | Importations (M€) | Solde (M€) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 247,0 | 1 132,2 | −885,2 |
| 2019 | 316,2 | 1 355,8 | −1 039,6 |
| 2022 | 438,8 | 2 479,9 | −2 041,1 |
| 2025 | 336,6 | 1 482,3 | −1 145,7 |
Le déficit s'est creusé de 29,4 % entre 2015 et 2025. L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de 10,9 % en 2015 à 58,3 % en 2025, avec un pic à 71,9 % en 2022. L'UE produit aujourd'hui de moins en moins de ces sièges métalliques pour couvrir sa propre consommation.
3.2 Une production intérieure en déclin structurel
Les données de production PRODCOM confirment cette tendance :
| Indicateur | 2003 | 2015 | 2020 | 2024 |
|---|---|---|---|---|
| Quantité produite (unités) | 27 486 724 | 17 018 237 | 15 615 552 | 15 000 000 |
| Valeur produite (M€) | 982,1 | 727,5 | 620,0 | 734,0 |
La production en volume a chuté de 45,4 % entre 2003 et 2024, tandis que la valeur a diminué de 25,3 %. Cette divergence suggère une montée en gamme partielle de la production résiduelle : le prix moyen de production est passé de 35,7 €/unité (2003) à 48,9 €/unité (2024). Toutefois, cette production est insuffisante pour couvrir la demande intérieure, d'où la dépendance structurelle aux importations.
3.3 Une spécialisation exportatrice différenciée au sein de l'UE
L'analyse de la spécialisation en 2025 révèle des disparités importantes entre États membres :
| Pays | RSCA | RCA | Part de la production UE | Part des exportations UE |
|---|---|---|---|---|
| Danemark | 0,658 | 4,85 | 8,4 % | 1,7 % |
| Bulgarie | 0,373 | 2,19 | 1,4 % | 0,6 % |
| Lettonie | 0,330 | 1,99 | 0,7 % | 0,3 % |
| Italie | 0,185 | 1,45 | 11,6 % | 8,0 % |
| Pays-Bas | 0,154 | 1,37 | 19,8 % | 14,5 % |
| Irlande | −0,999 | 0,001 | 0,0 % | 2,1 % |
| Luxembourg | −0,878 | 0,06 | 0,0 % | 0,3 % |
Le Danemark se distingue avec un RSCA de 0,658 et un RCA de 4,85 — indiquant une forte compétitivité exportatrice dans ce segment, probablement portée par des marques de mobilier design. L'Italie et les Pays-Bas, qui représentent ensemble plus de 31 % de la production UE et 22,5 % des exportations, occupent une position intermédiaire. À l'inverse, l'Irlande, le Luxembourg et Chypre sont structurellement déficitaires.
3.4 Une valorisation à l'exportation nettement supérieure aux importations
Un trait distinctif de ce marché réside dans l'écart de prix considérable entre importations et exportations :
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2025 |
|---|---|---|---|
| Prix moyen des importations (€/t) | 3 705 | 3 624 | 3 664 |
| Prix moyen des exportations (€/t) | 6 875 | 7 239 | 10 929 |
| Ratio export/import | 1,85 | 2,00 | 2,98 |
Le prix moyen des exportations de l'UE est près de trois fois supérieur à celui de ses importations en 2025, et ce ratio a progressé de 1,85 à 2,98 sur la période. Cela traduit une différenciation sectorielle claire : l'UE importe massivement des sièges métalliques basiques (chaises empilables, sièges de jardin standard) à bas coût, tout en exportant des produits à plus haute valeur ajoutée (mobilier design, sièges professionnels, produits de marque) vers des marchés comme la Suisse (71 M€, +67,8 %), les États-Unis (58 M€, +61,4 %) ou la Norvège (27 M€, −9,9 %).
Les exportations vers la Fédération de Russie ont en revanche chuté de 68,1 % (de 7,5 à 2,4 M€), effet direct des sanctions économiques imposées à partir de 2022.
3.5 La concentration des exportations est beaucoup plus faible que celle des importations
L'indice HHI des exportations est resté stable autour de 1 045–1 177 sur la période, contre 6 335–7 265 pour les importations. Les exportations de l'UE sont donc bien diversifiées entre de nombreux marchés (Suisse, États-Unis, Royaume-Uni, Norvège, Japon, etc.), tandis que les importations restent extrêmement concentrées sur la Chine. Cette asymétrie constitue une vulnérabilité potentielle en cas de perturbation de la chaîne d'approvisionnement chinoise, comme l'a partiellement illustré le pic de 2021–2022.
Conclusion
Le marché européen des sièges métalliques non rembourrés (CN 940179) est marqué, sur la période 2015–2025, par trois tendances lourdes : l'accélération de la dépendance aux importations, la consolidation de la domination chinoise malgré les tentatives de diversification, et la montée en gamme progressive des exportations européennes.
Le pic d'importations de 2021–2022 — où les importations ont atteint 2,48 milliards d'euros — a mis en lumière la vulnérabilité de l'UE face à un fournisseur dominant et à des chocs d'approvisionnement. La correction de 2023 a été violente (−50,6 % en valeur), mais les importations ont repris en 2024–2025 pour s'établir à 1,48 milliard d'euros, un niveau supérieur au pré-crise. La dépendance nette aux importations, passée de 11 % à 58 %, illustre la poursuite de la désindustrialisation de ce segment en Europe, où la production a chuté de 45 % en volume depuis 2003.
Néanmoins, l'industrie européenne conserve un avantage compétitif sur les produits à haute valeur ajoutée, comme en témoigne le prix d'exportation moyen près de trois fois supérieur au prix d'importation. Des pays comme le Danemark, l'Italie ou les Pays-Bas maintiennent des positions de spécialisation solides. L'émergence de la Turquie (+332 %) comme fournisseur et la croissance du Viet Nam (+32 %) offrent des perspectives de diversification, mais restent marginales face au poids de la Chine. La période récente appelle une vigilance accrue sur la résilience des approvisionnements et la compétitivité de la production résiduelle européenne.