Évolution du marché : Seiches et calmars congelés (CN 030743) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 030743 couvre les seiches et sépioles, calmars et encornets congelés, même séparés de leur coquille. Il s'agit d'un segment clé du commerce européen des produits de la mer, englobant de nombreuses sous-espèces (Loligo, Illex, Ommastrephes, Sepia, etc.) largement consommées dans les pays méditerranéens. La période 2017–2025 (fenêtre de données complète disponible) est marquée par une croissance significative des valeurs d'échange, une hausse tendancielle des prix unitaires et un choc brutal lié à la pandémie de COVID-19 en 2020. Le tableau de bord révèle un marché européen structurellement dépendant des fournisseurs tiers, concentré sur un petit nombre d'États membres, et de plus en plus soumis à des tensions sur les prix et les volumes.
1. Une dépendance structurelle aux importations, portée par la hausse des prix plutôt que des volumes
1.1 Un déficit commercial massif et persistant
L'Union européenne affiche un déficit commercial considérable sur le segment des seiches et calmars congelés. En 2025, les importations se sont élevées à 2,11 milliards d'euros, contre seulement 119,6 millions d'euros d'exportations, soit un solde négatif de près de 2 milliards d'euros. Le taux de dépendance nette aux importations est stable à 76,0 % sur l'ensemble de la période, ce qui traduit une situation structurelle : l'UE produit localement moins d'un quart de sa consommation.
| Indicateur | 2017 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 1 713,7 | 2 110,5 | +23,2 % |
| Importations (volume, kt) | 428,9 | 430,4 | +0,4 % |
| Exportations (valeur, M€) | 51,7 | 119,6 | +131,6 % |
| Exportations (volume, t) | 16 186 | 28 150 | +73,9 % |
| Solde (M€) | −1 662,1 | −1 990,9 | −19,8 % |
1.2 Des volumes d'importation stables, mais des valeurs en forte hausse
Le constat le plus frappant est le décalage entre la quasi-stabilité des volumes importés (+0,4 %) et la croissance marquée de leur valeur (+23,2 %). Le prix moyen à l'importation est ainsi passé de 3 996 €/t en 2017 à 4 903 €/t en 2025, soit une hausse de 22,7 %. Le point bas des prix (3 831 €/t, en 2020) coïncide avec le choc pandémique, avant une remontée brutale. Le marché européen absorbe donc davantage de coût pour des volumes à peine supérieurs, ce qui reflète à la fois l'inflation des prix mondiaux des produits de la mer et la pression exercée par la demande européenne.
1.3 Une production intérieure en progression mais insuffisante
La production européenne de mollusques congelés a progressé de 161 440 tonnes (2017) à 207 128 tonnes (2025), soit +28,3 %, et sa valeur est passée de 734 millions à 1 058 millions d'euros (+44,2 %). Malgré cette croissance, l'écart avec la demande intérieure reste béant. L'intensité commerciale (81,9 %) confirme que ce marché est l'un des plus ouverts de la chaîne alimentaire européenne.
2. L'Espagne, moteur dominant du commerce européen, et une reconfiguration des partenaires d'approvisionnement
2.1 L'hégémonie espagnole à l'import comme à l'export
L'Espagne est de très loin le premier importateur et le premier exportateur européen de seiches et calmars congelés. À l'importation, elle a importé pour 1 294 millions d'euros en 2025, soit 61 % du total de l'UE, en hausse de 37 % par rapport à 2017. À l'exportation, sa progression est encore plus spectaculaire : de 40,6 millions à 95,9 millions d'euros (+136 %), captant à elle seule plus de 80 % des exportations de l'UE. L'Espagne joue donc un double rôle de consommateur final et de plateforme de retraitement et de réexportation.
| Pays membre | Importations 2017 (M€) | Importations 2025 (M€) | Var. (%) | Exportations 2017 (M€) | Exportations 2025 (M€) | Var. (%) |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Espagne | 942,5 | 1 293,9 | +37,3 % | 40,6 | 95,9 | +136,1 % |
| Italie | 483,2 | 493,3 | +2,1 % | 3,4 | 7,1 | +107,4 % |
| Grèce | 67,9 | 110,5 | +62,6 % | 0,5 | 3,9 | +648,9 % |
| Portugal | 85,5 | 77,2 | −9,7 % | 2,1 | 3,8 | +84,9 % |
| France | 42,1 | 48,4 | +14,9 % | 1,0 | 0,6 | −43,3 % |
| Pays-Bas | 32,9 | 19,9 | −39,4 % | 1,3 | 3,1 | +134,0 % |
| Belgique | 17,0 | 28,5 | +67,6 % | — | — | — |
La spécialisation confirme ce constat : en 2025, l'Espagne affiche un RSCA de 0,83 et un RCA de 10,9, des niveaux qui reflètent une véritable vocation exportatrice dans ce segment. Le Portugal (RSCA 0,77), la Grèce (0,62) et la Croatie (0,61) suivent, mais à une échelle bien moindre. À l'inverse, des pays comme la Pologne, la Finlande ou la Roumanie sont quasi exclusivement consommateurs sans spécialisation aucune.
2.2 Une recomposition géographique des fournisseurs tiers
Les principaux partenaires d'importation ont connu des trajectoires contrastées entre 2017 et 2025 :
| Partenaire | Import. 2017 (M€) | Import. 2025 (M€) | Var. (%) | Part. 2025 (%) |
|---|---|---|---|---|
| Inde | 387,9 | 379,1 | −2,3 % | 18,0 % |
| Maroc | 204,8 | 336,5 | +64,3 % | 15,9 % |
| Chine | 277,8 | 297,4 | +7,1 % | 14,1 % |
| Îles Falkland | 134,6 | 237,3 | +76,3 % | 11,2 % |
| Pérou | 115,3 | 243,9 | +111,6 % | 11,6 % |
| Chili | 36,8 | 94,4 | +156,7 % | 4,5 % |
| Argentine | 63,8 | 59,9 | −6,2 % | 2,8 % |
Plusieurs dynamiques se dessinent :
- L'Inde demeure le premier fournisseur mais stagne en valeur, et même recule nettement par rapport à son pic de 470 M€ atteint en 2022, probablement sous l'effet de la concurrence d'autres sources et de la hausse des prix indiens.
- Le Maroc connaît la plus forte progression, passant de 205 M€ à 336 M€, avec un pic à 395 M€ en 2024. La proximité géographique, les accords de pêche UE-Maroc et la compétitivité des produits marocains expliquent cette dynamique.
- Le Pérou et le Chili ont connu des hauses spectaculaires (+112 % et +157 %), reflétant la montée en puissance des calmars sud-américains (Dosidicus gigas, Illex argentinus) sur le marché européen.
- La Chine, bien que restant un fournisseur majeur, a connu un déclin relatif, passant de 16 % à 14 % de part de marché, possiblement en lien avec les tensions commerciales et la réorientation des flux chinois vers l'Asie du Sud-Est.
2.3 Une concentration des exportations en forte hausse
L'indice HHI des exportations a bondi de 585 à 1 599 (+173 %), ce qui traduit une concentration croissante des débouchés à l'export autour de quelques partenaires. Le Maroc est devenu le premier client de l'UE (42,8 M€ en 2025, +457 %), suivi de la Chine (13,7 M€, +309 %), de l'Albanie (9,0 M€, +174 %) et de la Corée du Sud (7,4 M€). Cette concentration accrue expose les exportateurs européens à un risque de dépendance vis-à-vis de quelques marchés.
À l'importation, l'HHI reste modéré (de 1 138 à 1 105, en légère baisse), indiquant une diversification relativement stable des sources d'approvisionnement.
3. Le choc de 2020 et l'inflation tendancielle des prix : une vulnérabilité révélée
3.1 L'année 2020 comme point de rupture
L'année 2020 constitue un tournant dans la série. Les données montrent une contraction brutale des prix et des volumes, visible tant à l'importation (minimum historique de 356 992 tonnes, prix moyen à 3 831 €/t) qu'à l'exportation. Plusieurs chocs significatifs ont été détectés autour de cette année :
| Événement de choc | Type | Flux | Anomalie | Variation | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Maroc (2020) | Prix | Exportations | 402,6 | +31,8 % | 37,2 % |
| Îles Falkland (2020) | Prix | Importations | 17,0 | +32,7 % | 16,4 % |
| Afrique du Sud (2020) | Prix | Exportations | 16,0 | +64,2 % | 4,5 % |
Le choc le plus violent concerne les exportations vers le Maroc en 2020, avec une anomalie de prix de 402,6 (un écart extrême par rapport à la normale), probablement liée à une combinaison de perturbations logistiques (confinements, fermeture de frontières) et d'une forte demande marocaine de produits transformés européens. Les importations en provenance des Îles Falkland ont également subi un choc de prix notable (+32,7 %), reflétant les perturbations des chaînes de pêche australes.
3.2 Une remontée post-crise vigoureuse et une accélération des prix
Après le creux de 2020, le marché a connu une reprise vigoureuse. Les importations ont culminé en valeur en 2025 (2 110 M€) et en volume (430 411 tonnes). Les prix moyens à l'importation ont atteint un pic de 4 980 €/t en 2024 avant de se stabiliser légèrement à 4 903 €/t en 2025, soit une hausse de 22,7 % par rapport à 2017. À l'exportation, la progression est encore plus marquée : le prix moyen a bondi de 3 191 €/t à 4 246 €/t (+33,1 %), avec un pic à 4 246 €/t en 2025.
Certains sous-produits ont connu des augmentations de prix particulièrement fortes à l'exportation :
- Les calmars Loligo vulgaris (03074331) : de 5 706 €/t à 7 235 €/t (avec un pic à 12 405 €/t en 2023)
- Les calmars Ommastrephes et assimilés (03074391) : de 3 688 €/t à 6 054 €/t
- Les seiches Sepia officinalis (03074329) : de 5 460 €/t à 4 892 €/t (malgré des fluctuations importantes)
3.3 Des vulnérabilités structurelles accentuées
La volatilité des prix à l'importation varie fortement selon les partenaires. Le Chili (coefficient de variation de 0,53), le Vietnam (0,46), l'Afrique du Sud (0,47) et la Mauritanie (0,36) présentent les niveaux de volatilité les plus élevés, ce qui rend l'approvisionnement européen sensible aux aléas climatiques, politiques et logistiques de ces pays. À l'exportation, la Corée du Sud (CV de 1,22), la Thaïlande (1,09) et la Chine (0,80) sont les destinations les plus volatiles.
Par ailleurs, la structure des sous-produits à l'importation révèle des tendances divergentes :
| Sous-produit (importations) | Volume 2017 (t) | Volume 2025 (t) | Var. (%) |
|---|---|---|---|
| 03074399 — Autres espèces | 163 957 | 178 665 | +9,0 % |
| 03074335 — Loligo gahi | 52 373 | 78 618 | +50,1 % |
| 03074338 — Autres Loligo spp. | 94 679 | 68 595 | −27,6 % |
| 03074392 — Illex spp. | 51 089 | 37 171 | −27,2 % |
| 03074329 — Seiches Sepia | 38 549 | 29 631 | −23,1 % |
| 03074331 — Loligo vulgaris | 16 371 | 25 304 | +54,6 % |
| 03074391 — Ommastrephes et assimilés | 9 804 | 7 831 | −20,1 % |
Le Loligo gahi, originaire principalement des eaux patagoniennes (Argentine, Îles Falkland), a connu la plus forte progression en volume (+50 %). À l'inverse, les imports d'Illex spp. (calmar rouge) et d'autres Loligo ont nettement reculé, ce qui peut refléter des variations de captures, des restrictions de quotas ou des changements dans les habitudes de consommation.
Conclusion
Le marché européen des seiches et calmars congelés (CN 030743) est un marché structurellement déficitaire, marqué par une dépendance de 76 % aux importations hors UE. Sur la période 2017–2025, la valeur des échanges a considérablement augmenté, mais cette croissance est essentiellement tirée par la hausse des prix (+23 % à l'importation, +33 % à l'exportation) plutôt que par celle des volumes. L'Espagne occupe une position hégémonique, tant comme importateur (61 % du total) que comme exportateur (80 %), jouant un rôle de hub méditerranéen. Les partenaires d'approvisionnement se reconfigurent : l'Inde stagne, tandis que le Maroc, le Pérou et le Chili gagnent rapidement des parts de marché. Le choc de 2020 a mis en lumière la volatilité de certains flux et a été suivi d'une inflation des prix qui s'est généralisée. À moyen terme, la concentration croissante des exportations autour de quelques marchés (Maroc, Chine) et la volatilité persistante de certains fournisseurs (Chili, Vietnam) constituent des risques de vulnérabilité pour la sécurité d'approvisionnement de l'Union européenne dans ce segment alimentaire stratégique.