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Évolution du marché : Résines époxydes, sous formes primaires (CN 390730) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport examine l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les résines époxydes sous formes primaires (code NC 390730) sur la période 2015–2025. Matériau stratégique pour les industries aéronautique, électronique, navale et éolienne, les résines époxydes constituent un indicateur pertinent de la compétitivité industrielle européenne. L'analyse s'appuie sur les données douanières disponibles sur le tableau de bord du commerce et couvre les échanges entre l'UE et les pays tiers (hors intra-UE).

La période étudiée est marquée par trois tendances majeures : une contraction significative des volumes exportés malgré une hausse des prix unitaires, une recomposition profonde des partenaires commerciaux — notamment après 2022 —, et des chocs de prix d'une ampleur remarquable liés aux tensions post-Covid et au conflit russo-ukrainien.


1. Un déclin structurel des exportations européennes malgré des prix en hausse

1.1. La valeur des exportations recule de près de 9 % sur la décennie

Entre 2015 et 2025, la valeur des exportations intra-UE de résines époxydes a diminué de 8,6 %, passant de 734 M€ à 671 M€. Ce recul masque cependant une trajectoire non linéaire : après une phase de croissance culminant à 1 006 M€ en 2022, les exportations ont connu un repli marqué en 2023 et 2024. Le pic de 2021–2022 (respectivement 969 M€ et 1 006 M€) coïncide avec la reprise post-Covid et la forte inflation des prix des matières premières.

Année Exportations (M€) Importations (M€) Solde (M€)
2015 734 469 265
2018 846 602 244
2020 768 422 346
2021 969 691 277
2022 1 006 834 172
2023 749 684 65
2025 671 580 91

Source : Vue d'ensemble du commerce

1.2. Les volumes exportés s'effondrent tandis que les prix s'envolent

La dynamique la plus frappante réside dans l'évolution contrastée des volumes et des prix. Les quantités exportées ont chuté de 33,1 %, passant de 227 306 tonnes à 151 999 tonnes, avec un minimum historique de 133 166 tonnes atteint en 2023. En parallèle, le prix moyen à l'exportation a bondi de 36,6 %, de 3 230 €/t à 4 413 €/t, avec un pic à 5 959 €/t en 2022.

Cet écart croissant entre volumes et prix suggère un repositionnement de l'industrie européenne vers des spécialités à plus forte valeur ajoutée, mais aussi une possible perte de parts de marché sur les volumes standards face à la concurrence asiatique.

1.3. Le solde commercial se détériore fortement

Le solde commercial, resté positif sur l'ensemble de la période, s'est contracté de 65,5 %, passant de 265 M€ en 2015 à 91 M€ en 2025. Le minimum a été atteint en 2023 avec seulement 65 M€. Cette érosion traduit une dépendance nette aux importations qui, bien que l'UE reste structurellement exportatrice nette, s'est rapprochée du seuil d'équilibre.

Les importations ont crû de 23,5 % en valeur (de 469 M€ à 580 M€) tout en restant stables en volume (−4,4 %), ce qui confirme que la hausse des prix — et non une augmentation des volumes achetés — est le principal moteur de cette dégradation.


2. Une recomposition géographique accélérée des partenaires commerciaux

2.1. La Corée du Sud consolide sa position de premier fournisseur

Le partenaire le plus remarquable côté importations est la Corée du Sud, dont les livraisons à l'UE ont progressé de 117,3 % en valeur, passant de 76 M€ à 165 M€. La Corée a dépassé la Suisse pour devenir le premier fournisseur extracommunautaire de l'UE à partir de 2021. Les quantités importées de Corée ont augmenté de 95 %, de 35 113 à 68 548 tonnes, ce qui indique un véritable gain de parts de marché en volume et non seulement un effet prix.

Fournisseur 2015 (M€) 2021 (M€) 2022 (M€) 2025 (M€) Var. 2015–2025
Corée du Sud 76 169 201 165 +117,3 %
Suisse 151 186 209 163 +8,4 %
Royaume-Uni 63 41 42 44 −29,1 %
États-Unis 53 43 65 54 +1,9 %
Chine 13 57 84 15 +19,3 %
Inde 25 42 61 35 +39,1 %
Taïwan 28 63 68 31 +10,4 %

Source : Partenaires principaux par valeur

2.2. L'effondrement des exportations vers la Russie après 2022

Le bouleversement géopolitique le plus spectaculaire concerne les exportations vers la Fédération de Russie. Celles-ci ont chuté de 92,6 %, de 53 M€ en 2015 à moins de 4 M€ en 2025, avec un effondrement brutal à partir de 2022 (de 87 M€ en 2021 à 48 M€ en 2022, puis 15 M€ en 2023). En volume, le déclin est tout aussi marqué : de 18 835 tonnes en 2015 à seulement 852 tonnes en 2025. Cette évolution reflète directement les sanctions européennes imposées à la Russie dans le contexte du conflit ukrainien, ainsi que les restrictions spécifiques applicables à certaines matières plastiques à usage potentiellement dual.

2.3. Les exportations vers la Chine reflètent la montée de l'autonomie asiatique

Les exportations vers la Chine, premier client de l'UE en 2015 (147 M€), ont diminué de 26,8 % pour atteindre 108 M€ en 2025, avec un creux à 81 M€ en 2024. En parallèle, les importations en provenance de Chine, bien que fluctuantes, ont suivi une trajectoire ascendante globale (de 13 M€ à 15 M€, avec un pic à 84 M€ en 2022). Ce mouvement croisé illustre la montée en puissance de la capacité de production chinoise en résines époxydes et le développement de la spécialisation locale.

2.4. Les États-Unis, un marché porteur mais volatil

À l'inverse, les exportations vers les États-Unis ont progressé de 63,8 % (de 66 M€ à 107 M€), ce qui en fait la destination la plus dynamique pour les exportateurs européens. Toutefois, les volumes vers les États-Unis sont restés relativement stables (de 16 585 à 17 442 tonnes), signe que la hausse de valeur est essentiellement portée par des prix plus élevés. La forte volatilité des prix à l'exportation vers les États-Unis (prix passant de 3 954 €/t en 2015 à 7 556 €/t en 2022) confirme le caractère premium des livraisons transatlantiques.


3. Chocs de prix et fragilité des chaînes d'approvisionnement

3.1. L'onde de choc de 2021 sur les prix d'importation

L'année 2021 constitue un tournant pour le marché européen des résines époxydes. Trois fournisseurs majeurs ont simultanément connu des chocs de prix d'une intensité exceptionnelle :

Fournisseur Prix moyen 2019–2020 (€/t) Prix 2021 (€/t) Hausse Anomalie statistique
Corée du Sud 2 210 3 962 +79,3 % 18,6
Taïwan 2 267 3 946 +74,0 % 18,4
Inde 2 077 3 716 +79,0 % 8,4

Source : Chocs d'approvisionnement

Ces pics de prix, dont l'anomalie statistique dépasse 18 écarts-types pour la Corée et Taïwan, s'expliquent par la convergence de plusieurs facteurs : la reprise post-Covid qui a engendré une demande industrielle vive, les perturbations des chaînes logistiques mondiales (congestion portuaire, pénurie de conteneurs), et la forte hausse des coûts de l'énergie et des intrants chimiques (époxychlorhydrine, bisphénol A). Notamment, les volumes importés de Taïwan ont bondi de 189 % par rapport à la baseline 2019–2020, suggérant un réacheminement des flux commerciaux pour pallier les ruptures d'approvisionnement.

3.2. La volatilité structurelle des flux en provenance de Chine

Les importations en provenance de Chine présentent le coefficient de variation le plus élevé de l'ensemble des partenaires (CV = 1,07), bien supérieur à celui de la Corée (0,19) ou de la Suisse (0,25). Les volumes importés de Chine sont passés de 5 103 tonnes en 2015 à un maximum de 39 035 tonnes en 2024, avant de retomber à 5 157 tonnes en 2025. Cette extrême volatilité reflète à la fois les fluctuations de la politique commerciale chinoise, les arbitrages de prix ponctuels et l'absence de relations commerciales stables et de long terme entre importateurs européens et fournisseurs chinois.

3.3. La concentration des importations augmente, celle des exportations diminue

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a progressé de 8,5 % en valeur, passant de 1 704 à 1 850. En volume, l'augmentation est encore plus marquée (+50,5 %), avec un HHI passant de 1 783 à 2 684. Cette concentration croissante signifie que l'UE dépend davantage d'un nombre restreint de fournisseurs, principalement la Corée et la Suisse, ce qui accroît la vulnérabilité en cas de nouveau choc d'approvisionnement.

À l'export, le mouvement est inverse : le HHI a diminué de 8,5 % (de 985 à 901), indiquant une meilleure diversification des débouchés. Cependant, la perte du marché russe et le recul des ventes vers la Chine ont été partiellement compensés par la croissance vers les États-Unis et la Turquie.

3.4. Une production européenne en repli, signe de pressions concurrentielles

Les données de production confirment les tensions pesant sur l'industrie européenne. Les volumes produits dans l'UE ont diminué de 21,8 % entre 2015 et 2024, passant de 765 millions de kg à 598 millions de kg, avec un minimum de 392 millions de kg en 2019. En valeur cependant, la production a progressé de 38,2 % (de 1,30 Mds€ à 1,80 Mds€), ce qui traduit là encore un effet prix massif et un possible glissement vers des grades spécialisés.

L'Allemagne concentre à elle seule 49,3 % de la production européenne et affiche un avantage comparatif révélé (RCA) de 2,33, nettement supérieur au seuil de compétitivité. L'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas se situent juste au-dessus de la ligne d'équilibre (RCA entre 1,04 et 1,10), tandis que la majorité des autres États membres sont déficitaires dans ce segment.


Conclusion

Le marché européen des résines époxydes sous formes primaires a traversé une décennie de turbulences, caractérisée par trois dynamiques principales : un recul structurel des volumes échangés au profit de prix plus élevés, une reconfiguration géopolitique des partenaires commerciaux, et une vulnérabilité accrue face aux chocs d'approvisionnement.

L'UE demeure un exportateur net, mais son avantage s'est considérablement érodé : le solde commercial a été divisé par trois en dix ans. La montée en puissance de la Corée du Sud comme fournisseur dominant, l'effondrement des échanges avec la Russie, et le déclin des exportations vers la Chine dessinent un paysage commercial radicalement différent de celui de 2015. La concentration croissante des approvisionnements et la volatilité extrême de certains flux (Chine, Taïwan) constituent des facteurs de risque pour la résilience industrielle européenne.

À l'horizon 2025, la capacité de l'industrie européenne à maintenir sa compétitivité dépendra de sa capacité à se différencier sur les segments à haute valeur ajoutée — là où son avantage comparatif reste avéré — tout en diversifiant ses sources d'approvisionnement pour réduire l'exposition aux chocs géopolitiques et logistiques.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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