Évolution du marché : Radars (CN 852610) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les appareils de radiodétection et de radiosondage (code CN 852610) sur la période 2015–2025. Secteur stratégique lié à la défense, à la surveillance aérienne et maritime, ainsi qu'aux transports, le marché des radars a connu des transformations significatives au cours de cette décennie. Les données révèlent une dynamique de forte croissance tant à l'export qu'à l'import, un rééquilibrage des partenaires commerciaux et un renforcement de l'autonomie de l'UE en tant qu'exportateur net. Ce rapport s'articule autour de trois axes majeurs : la trajectoire de croissance globale du secteur, les recompositions géographiques des échanges, et la structure et la vulnérabilité du marché européen.
1. Une décennie de forte expansion sous l'impulsion de la demande mondiale
1.1 Des exportations plus que doublées en valeur
Entre 2015 et 2025, les exportations de radars de l'UE vers les pays tiers ont connu une croissance remarquable. En valeur, elles sont passées de 1,12 milliard EUR à près de 2,40 milliards EUR, soit une hausse de 113,8 %. En volume, l'augmentation a été de 45,2 % (de 2 734 à 3 970 tonnes), tandis que le prix unitaire moyen à l'export a progressé de 47,2 %, passant de 410 236 EUR/t à 603 848 EUR/t. Cette double dynamique — hausse des volumes et des prix — traduit une montée en gamme de l'offre européenne, probablement liée à l'intégration de technologies plus sophistiquées (radars à antenne active AESA, radars de surveillance longue portée, systèmes pour drones, etc.).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations (valeur, M EUR) | 1 122 | 2 398 | +113,8 % |
| Exportations (volume, t) | 2 734 | 3 970 | +45,2 % |
| Prix moyen export (EUR/t) | 410 236 | 603 848 | +47,2 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2 Des importations en croissance encore plus vive
Si l'UE demeure un exportateur net de radars, ses importations ont connu une progression encore plus marquée. En valeur, elles ont bondi de 322 millions EUR à 996 millions EUR, soit une hausse de 209,0 %. En volume, l'accroissement a été de 67,5 % (de 1 209 à 2 025 tonnes), et le prix moyen des importations a augmenté de 84,5 %, passant de 266 574 EUR/t à 491 787 EUR/t. La hausse des importations peut s'expliquer par la diversification des besoins de l'UE (radars pour drones civils, systèmes de contrôle du trafic aérien, composants spécialisés) et par l'émergence de nouveaux fournisseurs asiatiques.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M EUR) | 322 | 996 | +209,0 % |
| Importations (volume, t) | 1 209 | 2 025 | +67,5 % |
| Prix moyen import (EUR/t) | 266 574 | 491 787 | +84,5 % |
1.3 Un excédent commercial structurel qui s'élargit
L'UE maintient un solde commercial nettement positif sur ce segment, qui est passé de 799 millions EUR en 2015 à 1,40 milliard EUR en 2025 (+75,4 %), avec un pic à 1,77 milliard EUR au cours de la période. La d'importation nette a évolué de −6,7 % à −41,6 %, ce qui signifie que l'UE exporte près de 1,4 fois la valeur de ses importations de radars, un ratio qui s'est considérablement renforcé. Ce constat confirme la position compétitive de l'industrie européenne du radar sur le marché mondial.
2. Une recomposition géographique des flux commerciaux
2.1 La montée en puissance de l'Asie, tant à l'import qu'à l'export
L'une des dynamiques les plus marquantes de la période est la montée en puissance des partenaires asiatiques. À l'import, la Chine a multiplié ses ventes de radars à l'UE par 6,6 (de 13 à 85 M EUR, +556,5 %), tandis que la Corée du Sud a connu une progression spectaculaire de 2 024 % (de 1,5 à 31 M EUR). Taïwan affiche une croissance extrême de 56 010 %, passant de 64 000 EUR à 36 M EUR, ce qui suggère l'émergence d'une chaîne d'approvisionnement spécialisée en composants radar. L'indice de concentration HHI des importations a augmenté de 25,6 %, passant de 2 025 à 2 543, ce qui indique une plus grande concentration des approvisionnements sur un nombre réduit de fournisseurs.
À l'export, la Chine est devenue un débouché majeur : les exportations de l'UE vers la Chine ont progressé de 309,5 % pour atteindre 279 M EUR en 2025. Le Mexique (+316,7 %) et la Turquie (+605,9 %) ont également émergé comme marchés dynamiques.
| Partenaire (import) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 120 | 434 | +261,8 % |
| Royaume-Uni | 54 | 178 | +229,2 % |
| Chine | 13 | 85 | +556,5 % |
| Corée du Sud | 1,5 | 31 | +2 024 % |
| Taïwan | 0,06 | 36 | +56 010 % |
| Singapour | 49 | 4,6 | −90,6 % |
| Japon | 20 | 13 | −33,3 % |
Source : Principaux partenaires par valeur
2.2 Le Royaume-Uni, un partenaire clé marqué par le Brexit
Le Royaume-Uni occupe une place singulière dans le commerce des radars de l'UE. Partenaire historique en raison de son industrie de défense développée (BAE Systems, Leonardo UK, etc.), il apparaît à la fois comme un fournisseur et un client majeur. Les importations de l'UE en provenance du Royaume-Uni ont crû de 229,2 % (de 54 à 178 M EUR), tandis que les exportations vers le Royaume-Uni ont augmenté de 120,2 % (de 107 à 236 M EUR).
Un événement de choc de prix significatif a été détecté en 2021 pour le Royaume-Uni, avec une anormalité de prix de 279,2 et une augmentation de 51,9 % des prix à l'export, et une anormalité de 23,9 avec un bond de 405,9 % des prix à l'import. Cet événement coïncide avec l'entrée en vigueur du Brexit (1er janvier 2021) et la mise en place de nouvelles procédures douanières, qui ont vraisemblablement perturbé les flux commerciaux et entraîné une augmentation des coûts de transaction. Le Royaume-Uni représente 13,6 % de la valeur des exportations de radars de l'UE en 2025, confirmant l'importance stratégique de ce partenariat malgré les nouvelles barrières commerciales.
2.3 La consolidation des États-Unis comme premier client
Les États-Unis demeurent de loin le premier débouché à l'export pour les radars européens, avec 650 M EUR en 2025 (+143,5 % par rapport à 2015). Ce partenariat s'inscrit dans le cadre d'une coopération transatlantique de défense profonde, alimentée par les programmes conjoints OTAN et les contrats liés au renouvellement des capacités de surveillance aérienne. Les États-Unis constituent également le premier fournisseur de radars à l'UE (434 M EUR en 2025, +261,8 %), ce qui reflète des échanges bilatéraux intenses et une spécialisation complémentaire au sein de la chaîne de valeur atlantique.
| Partenaire (export) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| États-Unis | 267 | 650 | +143,5 % |
| Royaume-Uni | 107 | 236 | +120,2 % |
| Chine | 68 | 279 | +309,5 % |
| Japon | 112 | 79 | −29,9 % |
| Corée du Sud | 88 | 61 | −31,3 % |
| Mexique | 9 | 38 | +316,7 % |
| Turquie | 8 | 54 | +605,9 % |
3. Une structure productive européenne en pleine mutation
3.1 Une production qui explose en volume mais progresse modérément en valeur
Selon les données PRODCOM, la production européenne de radars en volume a connu une croissance spectaculaire de 873,5 %, passant de 616 357 à 6 000 000 d'unités. En revanche, la valeur de la production n'a augmenté que de 21,4 % (de 3,3 milliards à 4 milliards EUR). Ce décalage suggère une segmentation croissante du marché : d'un côté, une production de masse de radars à faible coût unitaire (radars automobiles, drones civils, capteurs IoT), de l'autre, une production de niche à haute valeur ajoutée (radars militaires, systèmes de défense aérienne).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (unités) | 616 357 | 6 000 000 | +873,5 % |
| Production (valeur, M EUR) | 3 296 | 4 000 | +21,4 % |
| Valeur unitaire moyenne (EUR) | 5 347 | 667 | −87,5 % |
3.2 Une spécialisation concentrée dans le nord et l'est de l'Europe
L'analyse des avantages comparatifs révés (RSCA) met en évidence une spécialisation géographique notable au sein de l'UE. En 2025, les pays les plus spécialisés dans la production de radars sont la Lituanie (RSCA de 0,917, RCA de 23,1), la Hongrie (RSCA de 0,733, RCA de 6,5), le Portugal (RSCA de 0,647, RCA de 4,7) et la Suède (RSCA de 0,634, RCA de 4,5). La présence de pays comme la Lituanie et la Hongrie peut refléter l'implantation de sous-traitants et d'usines d'assemblage dans des pays à coûts plus compétitifs, tandis que la Suède (Saab) et le Danemark conservent leur expertise historique dans les systèmes de défense.
À l'inverse, la Grèce (RSCA de −0,963), l'Irlande (−0,939), l'Autriche (−0,935) et la Lettonie (−0,913) figurent parmi les pays les moins spécialisés, avec une part négligeable de la production de radars.
3.3 L'Allemagne, moteur central du commerce radar de l'UE
Au sein de l'UE, l'Allemagne occupe une position dominante à la fois à l'export et à l'import. Ses exportations de radars ont crû de 102,8 % pour atteindre 1,09 milliard EUR en 2025, soit près de la moitié du total des exportations de l'UE. Ses importations ont bondi de 577,4 % (de 35 à 238 M EUR). L'Italie (exportations en hausse de 282,8 %) et le Danemark (+423,3 %) confirment leur dynamisme, tandis que la France connaît un déclin spectaculaire de ses exportations (−82,2 %, passant de 194 à 35 M EUR), ce qui pourrait refléter une restructuration de son appareil productif ou une modification des flux intracommunautaires.
À l'import, la Roumanie se distingue par une croissance de 18 224 %, passant de 629 000 EUR à 115 M EUR, ce qui suggère un effort d'équipement radar considérable, potentiellement lié au renforcement de la défense aérienne dans le contexte sécuritaire régional.
| État membre (export) | 2015 (M EUR) | 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 539 | 1 093 | +102,8 % |
| France | 194 | 35 | −82,2 % |
| Italie | 78 | 300 | +282,8 % |
| Danemark | 33 | 170 | +423,3 % |
| Hongrie | 18 | 84 | +369,4 % |
| Espagne | 71 | 115 | +61,0 % |
Source : Principaux déclarants par valeur
3.4 Volatilité et risques d'approvisionnement
L'analyse de la volatilité des flux commerciaux révèle des disparités importantes. À l'import, les partenaires les plus volatils sont Israël (CV de 1,27), Taïwan (1,10) et la Norvège (1,28), ce qui témoigne d'une relation commerciale intermittente ou concentrée sur quelques contrats majeurs. À l'export, l'Ukraine (CV de 1,27) et l'Égypte (1,22) affichent la plus forte instabilité. En revanche, les partenaires historiques comme les États-Unis (CV export de 0,22) et le Royaume-Uni (0,26) présentent des flux relativement stables.
| Partenaire (export) | Coefficient de variation |
|---|---|
| États-Unis | 0,22 |
| Royaume-Uni | 0,26 |
| Chine | 0,33 |
| Japon | 0,52 |
| Mexique | 0,53 |
| Turquie | 0,72 |
| Arabie saoudite | 0,93 |
| Ukraine | 1,27 |
Source : Volatilité
3.5 Une intégration commerciale croissante dans les chaînes de valeur mondiales
L'indice d'ouverture commerciale (intensité commerciale) a progressé de 146,8 % (de 24,6 % à 60,6 %), tandis que la propension à exporter a bondi de 210,0 % (de 16,7 % à 51,8 %). Ces chiffres indiquent que le secteur européen du radar s'est profondément internationalisé : plus de la moitié de la production est désormais exportée, et l'ensemble des échanges (import + export) représente plus de 60 % de la production. Cette ouverture accrue reflète à la fois la compétitivité de l'industrie européenne et son intégration dans des chaînes de valeur mondiales de plus en plus complexes.
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le marché européen du radar a connu une transformation profonde. L'UE a renforcé sa position d'exportateur net, avec un excédent commercial porté à 1,4 milliard EUR et une propension à exporter multiplié par plus de trois. Cette expansion s'est accompagnée d'une recomposition géographique des échanges : la montée de l'Asie (Chine, Corée du Sud, Taïwan) comme fournisseur, l'émergence de nouveaux marchés à l'export (Mexique, Turquie) et la consolidation du partenariat transatlantique.
Les défis restent néanmoins significatifs. La hausse de la concentration des importations (HHI en progression de 25,6 %) et la volatilité de certains partenaires clés (Israël, Taïwan) illustrent des risques d'approvisionnement croissants. Le déclin des exportations françaises et la montée en puissance de pays comme la Roumanie à l'import suggèrent des réorganisations industrielles en cours au sein même de l'UE. Enfin, le choc de prix observé avec le Royaume-Uni en 2021 rappelle que les évolutions réglementaires et géopolitiques continuent de façonner les flux commerciaux dans ce secteur stratégique.
À l'heure où les budgets de défense européens augmentent et où la demande mondiale de radars (civils et militaires) continue de croître, l'industrie européenne du radar se trouve à un carrefour : maintenir sa compétitivité à l'export tout en sécurisant ses approvisionnements critiques et en consolidant sa base productive au sein de l'Union.