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Évolution du marché : Préparations et conserves de thons, de listaos et de bonites 'Sarda spp.', entiers ou en morceaux (à l'excl. des préparations et conserves de thons, de listaos et de bonites hachés) (CN 160414) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (hors intra-UE) pour le code douanier 160414, qui couvre les préparations et conserves de thons, de listaos et de bonites Sarda spp., entiers ou en morceaux, à l'exclusion des produits hachés. Sur la période 2015–2025, le marché européen de ces produits se caractérise par une forte croissance des importations, tant en valeur qu'en volume, couplée à une dynamique des prix à la hausse et à des modifications profondes de la géographie des approvisionnements. L'UE reste structurellement déficitaire sur ce segment, mais la production communautaire a connu une reprise notable à partir de 2020. L'année 2022 marque un tournant majeur avec des chocs de prix simultanés sur plusieurs partenaires d'approvisionnement clés.

L'analyse s'articule autour de trois axes : (i) la trajectoire globale du commerce et de la production, (ii) les recompositions géographiques des flux d'importations et d'exportations, et (iii) la volatilité des prix et les chocs d'approvisionnement observés.

Tableau de bord — Vue d'ensemble CN 160414


1. Une croissance marquée des importations et un déficit commercial en creusement

1.1. Les importations connaissent une progression nette en valeur et en volume

Les importations de l'UE en provenance des pays tiers ont progressé de manière significative sur la période considérée. En valeur, elles sont passées de 1,58 milliard d'euros en 2015 à 2,54 milliards d'euros en 2025, soit une hausse de 60,7 %. En quantité, le volume importé est passé de 395 866 à 525 192 tonnes (+32,7 %). L'écart entre la progression de la valeur (+60,7 %) et celle du volume (+32,7 %) s'explique par une hausse conjointe des prix unitaires moyens à l'importation, passés de 3 998 à 4 842 EUR/tonne (+21,1 %).

La trajectoire n'est toutefois pas linéaire : après un recul des importations en 2016 (1,49 milliard EUR), le marché a connu une première phase de forte croissance entre 2017 et 2019 (1,91 à 1,99 milliard EUR), suivie d'un léger repli en 2020 et 2021 sous l'effet de la crise sanitaire, avant une reprise vigoureuse en 2022–2025.

Indicateur 2015 2020 2025 Variation 2015–2025
Importations (valeur, M EUR) 1 582,5 1 940,7 2 542,9 +60,7 %
Importations (quantité, t) 395 866 470 326 525 192 +32,7 %
Prix unitaire import (EUR/t) 3 998 4 126 4 842 +21,1 %
Exportations (valeur, M EUR) 160,8 190,0 224,2 +39,5 %
Exportations (quantité, t) 34 107 32 270 29 507 −13,5 %
Prix unitaire export (EUR/t) 4 715 5 889 7 599 +61,2 %
Solde commercial (M EUR) −1 421,7 −1 750,6 −2 318,7 −63,1 %

Sources : données intégrées au tableau de bord du commerce.

1.2. La production communautaire se redresse fortement à partir de 2020

La production intra-UE de préparations et conserves de thons, listaos et bonites a suivi un parcours contrasté. En volume, elle est passée de 882 millions de kg en 2008 à un creux historique de 599 millions de kg en 2017, avant de remonter à 960 millions de kg en 2024. En valeur, la progression est encore plus spectaculaire : de 3,81 milliards d'euros en 2008 à 8,04 milliards d'euros en 2024, soit un doublement (+111,3 %). Cette évolution s'explique moins par un accroissement volumétrique que par une hausse significative des prix unitaires de production, passés de 4,31 à 8,38 EUR/kg sur la même période.

Données de production — Volumes de production

1.3. Le déficit commercial se creuse malgré un recul de la dépendance nette aux importations

Le solde commercial de l'UE s'est dégradé de −1,42 milliard EUR en 2015 à −2,32 milliards EUR en 2025. Paradoxalement, le ratio de dépendance nette aux importations a diminué, passant de 28,9 % à 21,0 % (−27,2 %). Ce résultat s'explique par le fait que la production intra-UE a progressé plus vite que les importations nettes en valeur relative. Autrement dit, l'UE couvre une part croissante de sa consommation par sa propre production, mais le volume absolu des importations continue d'augmenter en raison de la croissance de la demande globale. La propension à exporter a diminué de 4,01 % à 2,78 % (−30,8 %), ce qui confirme que la production communautaire est de plus en plus orientée vers le marché intérieur.


2. Des reconfigurations géographiques majeures des échanges

2.1. L'Équateur consolide sa domination parmi les fournisseurs de l'UE

L'Équateur est de loin le premier fournisseur de l'UE sur le segment CN 160414. Ses exportations vers l'UE ont progressé de 385,6 millions EUR à 947,4 millions EUR entre 2015 et 2025, soit une augmentation de 145,7 %. En 2025, l'Équateur représente à lui seul 37,3 % de la valeur totale des importations de l'UE, en hausse par rapport à 24,4 % en 2015. En volume, les importations en provenance d'Équateur sont passées de 102 000 à 201 541 tonnes.

2.2. La Papouasie-Nouvelle-Guinée et les Philippines confirment leur rôle de fournisseurs majeurs

La Papouasie-Nouvelle-Guinée a vu ses exportations vers l'UE passer de 93,0 à 200,0 millions EUR (+115,1 %), tandis que les Philippines ont progressé de 116,3 à 188,7 millions EUR (+62,2 %). Ces deux pays bénéficient de coûts de production compétitifs et de volumes de pêche significatifs dans le Pacifique.

2.3. La Chine émerge comme un fournisseur en forte croissance

La Chine présente la progression la plus spectaculaire parmi les partenaires d'importation : de 33,0 millions EUR en 2015 à 151,7 millions EUR en 2025, soit un accroissement de 360,2 %. En volume, les importations chinoises ont été multipliées par 3,4 (de 10 874 à 37 443 tonnes). Cette croissance s'explique par le développement rapide de l'industrie chinoise de transformation du thon et par la capacité de ce pays à offrir des prix unitaires inférieurs à la moyenne (environ 4 051 EUR/t en 2025, contre 4 842 EUR/t en moyenne).

Partenaire Valeur import 2015 (M EUR) Valeur import 2025 (M EUR) Variation Part 2025
Équateur 385,6 947,4 +145,7 % 37,3 %
Papouasie-Nouvelle-Guinée 93,0 200,0 +115,1 % 7,9 %
Philippines 116,3 188,7 +62,2 % 7,4 %
Maurice 150,5 152,9 +1,6 % 6,0 %
Seychelles 129,7 179,4 +38,3 % 7,1 %
Chine 33,0 151,7 +360,2 % 6,0 %
Côte d'Ivoire 96,7 56,3 −41,7 % 2,2 %

2.4. La Côte d'Ivoire et la Thaïlande reculent dans le paysage des fournisseurs

À l'inverse de la Chine, certains fournisseurs traditionnels ont perdu du terrain. La Côte d'Ivoire a vu ses exportations vers l'UE reculer de 96,7 à 56,3 millions EUR (−41,7 %), et ses volumes ont baissé de 25 570 à 11 413 tonnes. La Thaïlande, qui exportait encore 33 805 tonnes vers l'UE en 2015, n'en a exporté que 10 420 tonnes en 2025. Ces reculs pourraient s'expliquer par la restructuration des filières de transformation dans ces pays, des contraintes réglementaires et sanitaires, et la concurrence accrue d'autres fournisseurs asiatiques et océaniens.

Top partenaires — Imports et exports par valeur

2.5. La concentration des importations s'accroît sensiblement

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a augmenté de 1 028 à 1 701 entre 2015 et 2025, soit une hausse de 65,5 %. Cela signifie que le marché des importations s'est considérablement concentré autour d'un nombre plus restreint de fournisseurs dominants. L'Équateur, qui concentre à lui seul 37,3 % des importations en 2025, pèse fortement dans cet indice. Cette concentration accrue expose l'UE à un risque de dépendance envers un nombre limité de sources d'approvisionnement.

Indice de concentration HHI

2.6. Les exportations de l'UE se redirigent vers le Canada et les États-Unis

Du côté des exportations, le Royaume-Uni demeure le premier client de l'UE, mais ses achats ont reculé de 41,1 à 26,6 millions EUR (−35,3 %), probablement sous l'effet du Brexit et des frictions commerciales postérieures. En revanche, les exportations vers le Canada ont été multipliées par 4 (de 6,5 à 26,3 millions EUR, +304,0 %) et celles vers les États-Unis ont considérablement progressé (de 5,7 à 23,5 millions EUR). Le déclin des enclaves espagnoles de Melilla et Ceuta comme destinations d'exportation est frappant : les exportations vers Melilla ont chuté de 12,4 à 1,8 million EUR (−85,4 %) et celles vers Ceuta de 9,8 à 0,9 million EUR (−90,4 %).

L'HHI des exportations a diminué de 1 006 à 622 (−38,2 %), indiquant une diversification des destinations d'exportation de l'UE.

2.7. L'Espagne et les Pays-Bas dominent la structure des importations intra-UE

Parmi les États membres, l'Espagne est le premier importateur avec 824,6 millions EUR en 2025, suivie de l'Italie (482,3 M EUR), de la France (311,5 M EUR) et des Pays-Bas (356,7 M EUR). Les Pays-Bas ont connu la plus forte progression (+134,7 %), ce qui reflète le rôle croissant de Rotterdam comme hub logistique pour les produits de la pêche transformée. Du côté des exportations, l'Espagne domine nettement (72,6 M EUR), suivie de l'Italie (107,2 M EUR), dont les exportations ont été multipliées par 2,6.

Top États membres — Imports et exports par valeur

2.8. La spécialisation au sein de l'UE révèle des pôles ibériques et néerlandais

L'analyse des avantages comparatifs révélés (RCA) confirme que l'Espagne (RSCA = 0,79) et le Portugal (RSCA = 0,76) possèdent un avantage comparatif très marqué dans la production de conserves de thon. L'Espagne concentre à elle seule 48,4 % de la production communautaire en volume, le Portugal 10,1 %. Les Pays-Bas (RSCA = 0,13) et l'Italie (RSCA = 0,19) présentent un avantage comparatif modéré. En revanche, la grande majorité des États membres (Allemagne, France, Irlande, Finlande, etc.) affichent un RSCA négatif, signe qu'ils sont importateurs nets de ce produit.

Carte de spécialisation — Indicateurs RSCA


3. Chocs de prix et vulnérabilités de la chaîne d'approvisionnement

3.1. L'année 2022 marque un épisode de forte tension sur les prix à l'importation

Le détecteur de chocs identifie plusieurs événements significatifs centrés sur l'année 2022. Les prix à l'importation ont connu des hausses anormales simultanées sur plusieurs partenaires majeurs de l'UE :

Partenaire Type de choc Hausse anormale Hausse de prix (%) Part dans la valeur import UE
Équateur Prix 30,6 +27,3 % 38,0 %
Philippines Prix 35,6 +30,4 % 9,8 %
Ghana Prix 8,3 +28,7 % 5,0 %
Côte d'Ivoire Prix 6,5 +23,6 % 5,8 %

Ces chocs, concentrés en 2022, coïncident avec la hausse généralisée des coûts de l'énergie, du transport maritime et des matières premières alimentaires observée à l'échelle mondiale post-COVID et amplifiée par le conflit russo-ukrainien. L'Équateur, qui représente 38 % de la valeur des importations de l'UE, a vu ses prix unitaires passer de 4 035 à 5 106 EUR/tonne entre 2021 et 2022.

Chocs détectés — Événements de prix

3.2. Les prix ne sont pas revenus à leur niveau d'avant-choc

Un constat important se dégage de l'analyse des phases post-choc : les prix à l'importation en provenance de l'Équateur, des Philippines et du Ghana ne sont pas revenus à leur niveau d'avant 2022. En 2024, les prix équatoriens s'établissaient à 4 840 EUR/tonne (contre 4 010 EUR/t en moyenne 2020–2021), philippins à 4 755 EUR/t (contre 3 836 EUR/t) et ghanéens à 5 161 EUR/t (contre 4 056 EUR/t). Cette persistance suggère un ratchetting structurel des prix, lié à des changements durables dans les coûts de production et de transport, ainsi qu'à une demande européenne soutenue.

3.3. La volatilité des volumes varie considérablement selon les partenaires

L'analyse des coefficients de variation (CV) des quantités importées révèle des disparités notables entre fournisseurs :

Partenaire (import) Coefficient de variation Niveau de volatilité
Thaïlande 0,545 Très élevé
Chine 0,472 Très élevé
Côte d'Ivoire 0,281 Élevé
Équateur 0,215 Modéré
Indonésie 0,208 Modéré
Papouasie-NG 0,201 Modéré
Seychelles 0,128 Faible
Maurice 0,116 Faible
Ghana 0,098 Faible

Les fournisseurs les plus stables en volume (Ghana, Maurice, Seychelles) sont aussi ceux qui disposent de filières de transformation installées de longue date. À l'inverse, la Chine et la Thaïlande, bien que importants par la valeur, présentent des flux de volumes beaucoup plus erratiques, ce qui reflète une certaine flexibilité de leur appareil de production face aux signaux du marché.

3.4. Les exportations de l'UE vers certaines destinations sont très volatiles

Du côté des exportations, les flux vers l'Algérie (CV = 1,31), Ceuta (CV = 1,00), le Maroc (CV = 0,88) et Melilla (CV = 0,85) sont extrêmement volatils. L'Algérie illustre un cas extrême : les exportations de l'UE vers ce pays ont chuté de 2 231 tonnes en 2015 à 9 tonnes en 2022, avant de se stabiliser autour de 22–23 tonnes. Un choc de prix de −35 % a été détecté en 2022 pour l'Algérie, avec une part de prix anormale de 135 % par rapport à la baseline. Ces fluctuations très amples traduisent des contraintes réglementaires, des changements de politique commerciale ou des crises politiques affectant ces destinations.

3.5. La volatilité à l'exportation vers la Libye illustre le lien entre instabilité géopolitique et commerce

Le cas de la Libye est particulièrement éloquent. Un choc de prix a été détecté dès 2017, avec une augmentation anormale de 130,6 % et un décalage de prix de +30 %. Les volumes d'exportation vers la Libye ont été très erratiques : de 1 247 tonnes en 2015 à un pic de 2 981 tonnes en 2018, puis un effondrement à 662 tonnes en 2024. Cette volatilité extrême (CV = 0,45) reflète directement l'instabilité politique et sécuritaire libyenne.

3.6. La structure des sous-produits importés révèle une dominance des listaos et bonites à ventre rayé

L'analyse par sous-code tarifaire montre que les listaos et bonites à ventre rayé (CN 16041421) constituent le segment le plus important à l'importation, passant de 96 609 à 159 949 tonnes en volume et de 341,4 à 746,4 millions EUR en valeur. Les filets de listaos/bonites à ventre rayé (CN 16041426) et les préparations de listaos/bonites à ventre rayé entiers (CN 16041428) constituent les deux autres segments majeurs. Le segment des thons à nageoires jaunes à l'huile végétale (CN 16041431) reste stable en volume (environ 18 000–26 000 tonnes) mais a connu une forte hausse de ses prix unitaires (de 4 977 à 6 374 EUR/t).


Conclusion

Le marché européen des préparations et conserves de thons, listaos et bonites (CN 160414) a connu, sur la période 2015–2025, une transformation profonde à plusieurs titres. Premièrement, les importations ont connu une croissance soutenue (+60,7 % en valeur), portée à la fois par l'augmentation des volumes (+32,7 %) et la hausse des prix (+21,1 %). Deuxièmement, le paysage des fournisseurs s'est restructuré autour de l'Équateur, dont la part de marché a considérablement augmenté, tandis que de nouveaux acteurs comme la Chine émergent et que des fournisseurs historiques comme la Côte d'Ivoire ou la Thaïlande reculent. Troisièmement, l'année 2022 a constitué un choc de prix majeur, dont les effets ne se sont pas entièrement dissipés, contribuant à un ratchetting durable des prix à l'importation.

Les enjeux de politique commerciale qui se dégagent de cette analyse sont triples : (i) l'UE doit surveiller la concentration croissante de ses approvisionnements, particulièrement autour de l'Équateur, qui représente désormais plus d'un tiers des importations en valeur ; (ii) la persistance des prix élevés post-2022 pèse sur la compétitivité des transformateurs européens, alors même que la production communautaire est en reprise ; (iii) la volatilité des flux vers certaines destinations d'exportation (Afrique du Nord, enclaves espagnoles) suggère que l'orientation des exportations vers des marchés plus stables comme le Canada et les États-Unis constitue une stratégie de diversification judicieuse déjà engagée.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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