Évolution du marché : Polyesters, saturés, sous formes primaires (à l'excl. des polycarbonates, des résines alkydes, du poly[éthylène téréphtalate] et du poly[acide lactique]) (CN 390799) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 390799 constitue une position résidive au sein du groupe 3907, couvrant les polyesters saturés sous formes primaires non repris ailleurs — notamment les copolymères thermoplastiques à base de polyester aromatique à cristaux liquides (39079905), le poly[éthylène naphtalène-2,6-dicarboxylate] ou PEN (39079910), et l'essentiel du volume correspondant au sous-code 39079980. Ce rapport examine les échanges de l'Union européenne avec les pays tiers sur la période 2015–2025, en s'appuyant sur les données de la vue d'ensemble du commerce. Sur cette période, le marché a connu une trajectoire marquée par une forte phase d'expansion entre 2017 et 2022, un pic de tensions commerciales en 2022, puis une correction sensible. La valeur totale des exportations de l'UE a progressé de 27 % sur la période (de 858 M€ à 1 090 M€), tandis que les importations ont bondi de 47 % (de 595 M€ à 877 M€), érodant un excédent commercial qui restait néanmoins positif à 213 M€ en 2025.
I. Un cycle de marché fortement marqué par le boom de 2021–2022 et la correction subséquente
L'expansion vigoureuse de 2017–2022 a porté les importations à des niveaux historiques
La période 2015–2025 se décompose en trois phases nettement distinctes. Après une phase de croissance modérée (2015–2017), où les importations sont passées de 595 M€ à 804 M€ (+35 %), le marché a connu un premier tassement en 2019–2020. En 2020, les importations se sont stabilisées à 795 M€ et les exportations à 919 M€, reflétant l'impact de la pandémie de COVID-19 sur la demande industrielle. C'est toutefois la période 2021–2022 qui a constitué le véritable choc structurel. Les importations ont bondi de 1 097 M€ en 2021 à 1 437 M€ en 2022 — un record absolu — tandis que les exportations atteignaient 1 357 M€. En volume, les importations ont culminé à 398 529 tonnes en 2022, contre 228 956 tonnes en 2015 (vue d'ensemble du commerce).
La correction de 2023–2025 a ramené les volumes vers des niveaux intermédiaires
À partir de 2023, le marché a amorcé une phase de désinflation. Les importations ont reculé de 31 % en valeur entre 2022 et 2025 (de 1 437 M€ à 877 M€), et de 15 % en volume (de 398 529 à 338 351 tonnes). Les exportations ont suivi un mouvement similaire, passant de 1 357 M€ à 1 090 M€ en valeur, avec un creux de 1 129 M€ en 2023. En 2025, tant les volumes exportés (329 847 tonnes) qu'importés (338 351 tonnes) demeuraient supérieurs à leurs niveaux de 2015, suggérant que la correction a été partielle et que le marché s'est repositionné sur un plateau plus élevé qu'avant la pandémie.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2022 (pic) | 2025 | Var. 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Exportations (M€) | 858 | 919 | 1 357 | 1 090 | +27 % |
| Exportations (tonnes) | 307 524 | 350 681 | 350 104 | 329 847 | +7 % |
| Importations (M€) | 595 | 795 | 1 437 | 877 | +47 % |
| Importations (tonnes) | 228 956 | 346 196 | 398 529 | 338 351 | +48 % |
| Solde commercial (M€) | +263 | +123 | −81 | +213 | −19 % |
Source : vue d'ensemble du commerce
Les prix ont connu une flambée exceptionnelle en 2022, alimentée par des chocs sur les coûts
L'analyse des prix unitaires moyens révèle un phénomène de surchauffe en 2022. Le prix unitaire des exportations de l'UE a atteint 3 875 €/tonne en 2022, contre 2 789 €/tonne en 2015 (+39 %), avant de refluer à 3 305 €/tonne en 2025. Du côté des importations, le prix est passé de 2 599 €/tonne en 2015 à un pic de 3 606 €/tonne en 2022, avant de se replier à 2 593 €/tonne en 2025 — revenant ainsi à son niveau initial. L'écart de prix entre importations et exportations s'est creusé significativement en 2022 (les prix d'exportation dépassant les prix d'importation de 7 %), ce qui suggère une orientation des exportations vers des segments à plus haute valeur ajoutée. Le segment des copolymères thermoplastiques à cristaux liquides (39079905) s'est d'ailleurs vendu à un prix moyen de 6 722 €/tonne à l'exportation en 2022, contre 10 188 €/tonne pour les importations, des niveaux significativement supérieurs à la moyenne de la position (détail des segments produits).
II. Une restructuration géographique profonde : l'essor chinois, la volatilité asiatique et l'effondrement des échanges avec la Russie
La Chine est devenue le premier fournisseur de l'UE, avec une progression spectaculaire
La transformation la plus significative de la structure géographique des importations concerne la Chine. En 2015, les importations en provenance de Chine ne représentaient que 42 M€ (7 % du total). Elles ont connu une croissance quasi continue pour atteindre 347 M€ en 2022 — un bond de 717 % en sept ans — avant de se stabiliser autour de 194 M€ en 2025, soit une progression globale de 358 % sur la période (partenaires principaux). En volume, les importations chinoises ont bondi de 22 577 tonnes à 130 819 tonnes (+479 %). Cette montée en puissance s'est accompagnée d'une forte volatilité : le coefficient de variation des volumes importés de Chine atteint 0,44, le plus élevé parmi les principaux partenaires (volatilité des échanges). En 2025, la Chine représentait désormais 22 % de la valeur des importations de l'UE (contre 7 % en 2015), dépassant les États-Unis comme premier fournisseur.
Les fournisseurs d'Asie de l'Est ont connu des trajectoires contrastées, marquées par des pics conjoncturels
La Corée du Sud a doublé ses ventes vers l'UE (+121 %, de 48 M€ à 106 M€), consolidant sa position de quatrième fournisseur. Taïwan, en revanche, illustre la volatilité extrême des flux asiatiques : après une explosion des importations de 62 M€ (2015) à 228 M€ (2022), les livraisons se sont effondrées à 60 M€ en 2025, revenant au niveau de 2015. Le pic de 2022 correspond à un choc de prix anormal détecté, avec un bond des prix unitaires de 1 705 €/tonne (2019) à 3 203 €/tonne (2022), soit +161 % par rapport à la baseline 2019–2020 (chocs de prix détectés). La Turquie a progressé de 61 % (de 37 M€ à 59 M€), tandis que l'Arabie saoudite, qui avait brièvement émergé comme fournisseur significatif en 2018–2021 (jusqu'à 38 072 tonnes en 2018), a quasi disparu du tableau (27 tonnes en 2025).
Les exportations vers la Russie se sont effondrées, tandis que le Royaume-Uni et le Mexique se sont renforcés
Du côté des exportations, la dynamique la plus marquante est l'effondrement des ventes vers la Fédération de Russie : de 59 M€ en 2015 à seulement 19 M€ en 2025, soit −67 %. En volume, les exportations vers la Russie sont passées de 31 002 tonnes à 7 624 tonnes (−75 %), un déclin qui s'est accéléré après 2022, avec un choc de prix anormal détecté cette année-là (prix à l'exportation bondissant de 2 483 à 4 023 €/tonne, soit +62 % par rapport à la baseline, événements de choc). En sens inverse, le Royaume-Uni est resté la première destination des exportations de l'UE (192 M€ en 2025, +46 % par rapport à 2015), et le Mexique a progressé de 78 % (de 33 M€ à 59 M€), confirmant la dynamique de nearshoring des industries manufacturières. Les États-Unis demeurent un partenaire stable tant à l'import qu'à l'export (~197 M€ et ~157 M€ respectivement en 2025).
| Partenaire | Imports 2015 (M€) | Imports 2025 (M€) | Δ | Exports 2015 (M€) | Exports 2025 (M€) | Δ |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Chine | 42 | 194 | +358 % | 111 | 131 | +18 % |
| États-Unis | 196 | 197 | +1 % | 114 | 157 | +38 % |
| Royaume-Uni | 78 | 91 | +17 % | 132 | 192 | +46 % |
| Corée du Sud | 48 | 106 | +121 % | — | — | — |
| Russie | — | — | — | 59 | 19 | −67 % |
| Mexique | — | — | — | 33 | 59 | +78 % |
| Suisse | 92 | 111 | +21 % | 68 | 72 | +7 % |
Source : partenaires principaux
III. Une intégration commerciale croissante qui accroît la dépendance de l'UE aux marchés mondiaux
La production européenne a progressé, mais moins vite que les échanges
Selon les données PRODCOM, la production de polyesters saturés sous formes primaires dans l'UE est passée de 1 696 M€ (2015) à 2 229 M€ (2025), soit une hausse de 32 % en valeur. En volume, elle a progressé de 911 608 à 1 093 263 tonnes (+20 %), avec un pic à 1 432 588 tonnes en 2017 (volumes de production). Toutefois, cette croissance est restée nettement inférieure à celle des importations (+47 % en valeur, +48 % en volume), ce qui traduit un recul relatif de l'autosuffisance européenne.
L'UE, d'exportateur net à importateur net occasionnel en 2022, a retrouvé un excédent structurel
L'indicateur de dépendance nette aux importations (dépendance nette aux importations) révèle un retournement temporaire mais significatif en 2022 : l'UE est devenue importateur net à hauteur de +8,0 %, un niveau jamais observé sur la période, avant de retrouver un statut d'exportateur net (−7,9 % en 2025). Ce basculement conjoncturel en 2022 s'explique par la combinaison d'une demande intérieure soutenue, d'une hausse des prix des intrants et d'un afflux de fournisseurs asiatiques. Le retour en territoire négatif en 2025 confirme que la structure fondamentale de l'industrie européenne — avec l'Allemagne (29 % de la production, spécialisation des États membres), l'Italie (18 %) et la Belgique (13 %) en tête — reste compétitive à l'exportation.
L'intensité commerciale et la propension à l'exporter ont bondi, signalant une ouverture structurelle accrue
Deux indicateurs confirment l'ouverture croissante du secteur au commerce international. L'intensité commerciale (rapport du commerce total à la production) est passée de 37 % en 2015 à 68 % en 2025, soit un quasi-doublement. La propension à exporter (exportations/production) a encore plus fortement progressé, de 25 % à 54 % (+112 %), signe que l'industrie européenne de polyester saturé est de plus en plus orientée vers les marchés extérieurs (propension à exporter). En parallèle, la concentration des importations par fournisseur (HHI) a baissé de 1 772 à 1 508 (−15 %), tandis que celle des exportations est restée stable autour de 865, indiquant que les importations se sont diversifiées géographiquement malgré la montée de la Chine (concentration HHI).
Enfin, la spécialisation des États membres au sein de l'UE révèle une géographie industrielle concentrée : le Luxembourg (RSCA de 0,72, mais part de production de seulement 2 %), l'Italie (RSCA 0,38, 18 % de la production), la Grèce (0,28), la Belgique (0,23, 13 % de la production) et l'Allemagne (0,16, 29 % de la production) affichent des avantages comparatifs révélés positifs. À l'inverse, l'Irlande, la Bulgarie et la Croatie sont structurellement non spécialisés dans ce segment (carte de spécialisation).
Conclusion
Le marché des polyesters saturés sous formes primaires (CN 390799) a traversé une décennie marquée par trois dynamiques principales : un cycle de boom et de correction centré sur le pic de 2022, une profonde restructuration géographique des flux — au bénéfice de la Chine et au détriment de la Russie —, et une intégration commerciale croissante de l'industrie européenne. L'UE demeure exportateur net avec un excédent de 213 M€ en 2025, mais la volatilité des prix et des volumes, notamment dans les flux avec l'Asie de l'Est (coefficient de variation des importations chinoises de 0,44), constitue un facteur de risque persistant. L'épisode exceptionnel de 2022, où l'UE est brièvement devenue importateur net (+8 %), illustre la vulnérabilité conjoncturelle du secteur face aux chocs de prix et d'approvisionnement. La tendance de fond vers une propension à exporter accrue (54 % en 2025 contre 25 % en 2015) suggère néanmoins que l'industrie européenne a su réorienter sa production vers l'exportation, compensant partiellement la pression concurrentielle exercée par les fournisseurs asiatiques sur le marché intérieur.