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Évolution du marché : Pigments et préparations à base de dioxyde de titane, contenant en poids >= 80% de dioxyde de titane calculé sur matière sèche, des types utilisés pour colorer toute matière ou bien destinés à entrer comme ingrédients dans la fabrication de préparations colorantes (à l'excl. des préparations des n° 3207, 3208, 3209, 3210, 3212, 3213 et 3215) (CN 320611) — 2015–2025

Introduction

Le dioxyde de titane (TiO₂) est le pigment blanc le plus utilisé au monde, indispensable à des secteurs aussi variés que les peintures, les plastiques, les papiers, les cosmétiques et les revêtements. Le code NC 320611 couvre les pigments et préparations à base de TiO₂ contenant au moins 80 % de dioxyde de titane calculé sur matière sèche, qui représentent le cœur de ce marché mondial. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu une transformation profonde : l'UE est passée d'une position excédentaire à un déficit commercial structurel, tandis que les flux d'approvisionnement, les prix et la production européenne se sont considérablement reconfigurés. Ce rapport analyse les principales dynamiques observées sur la période à partir des données générales.


1. Un basculement structurel : de l'excédent au déficit commercial

1.1 L'inversion de la balance commerciale

La dynamique la plus frappante de la période est le retournement complet de la balance commerciale de l'UE en produits CN 320611. En 2015, l'Union européenne dégageait un excédent de 293,0 millions d'euros. En 2025, elle affiche un déficit de -685,1 millions d'euros, soit une détérioration de 333,9 % (vue d'ensemble). Le point de bascule se situe en 2018, année où les importations ont littéralement bondi pour dépasser les exportations de manière décisive.

Année Exportations (M€) Importations (M€) Balance (M€)
2015 702,8 409,9 +293,0
2017 845,2 607,1 +238,1
2018 882,8 1 239,2 -356,4
2020 792,7 1 192,0 -399,3
2022 846,3 1 634,4 -788,1
2025 486,8 1 171,9 -685,1

Source : vue d'ensemble du commerce

1.2 Une croissance asymétrique des flux

L'évolution des volumes et des valeurs confirme ce basculement. Du côté des importations, la valeur a augmenté de 185,9 % sur la période (de 409,9 à 1 171,9 M€), tandis que les quantités importées ont progressé de 115,7 % (de 225 731 à 486 933 tonnes). Les exportations ont suivi une trajectoire opposée : leur valeur a reculé de 30,7 % (de 702,8 à 486,8 M€) et leurs quantités de 50,2 % (de 347 790 à 173 205 tonnes). L'UE exporte donc moitié moins de tonnes qu'en 2015, tout en important plus du double.

1.3 Des prix en hausse de part et d'autre

Malgré la baisse des volumes exportés, les prix unitaires à l'exportation ont augmenté de 39,1 % (de 2 021 à 2 811 €/t), ce qui a partiellement compensé la chute des volumes en valeur. Les prix à l'importation ont progressé de manière comparable (+32,6 %, de 1 816 à 2 407 €/t). L'écart de prix entre exportations et importations s'est creusé : les exportations européennes se sont positionnées sur des produits à plus forte valeur ajoutée (2 811 €/t vs 2 407 €/t à l'import), ce qui traduit vraisemblablement un différentiel de qualité ou de spécialisation.


2. Restructuration géographique des échanges : de nouveaux partenaires redessinent la carte

2.1 L'ascension fulgurante de la Chine et du Mexique

La géographie des approvisionnements de l'UE a été profondément remaniée (partenaires par valeur) :

  • Chine : Les importations en provenance de Chine sont passées de 46,3 M€ en 2015 à 245,7 M€ en 2025 (+430,9 %), avec un pic à 557,7 M€ en 2022. La Chine est devenue un fournisseur majeur, reflétant l'essor massif de sa capacité de production de TiO₂.
  • Mexique : L'évolution la plus spectaculaire concerne le Mexique, dont les exportations vers l'UE sont passées de 0,4 M€ à 210,7 M€ (+51 396 %). Le Mexique n'existait pratiquement pas comme fournisseur en 2015 ; en 2025, il constitue le troisième partenaire.
  • Arabie saoudite : Trajectoire similaire, de 0,3 M€ à 80,4 M€ (+26 716 %), témoignant de la diversification des sources d'approvisionnement vers les pays du Golfe.
  • États-Unis : De 13,0 M€ à 158,7 M€ (+1 122 %), avec un pic à 252,6 M€ en 2022.
Partenaire (importations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 212,2 335,2 +57,9 %
Chine 46,3 245,7 +430,9 %
Mexique 0,4 210,7 +51 396 %
États-Unis 13,0 158,7 +1 122 %
Norvège 42,0 63,4 +51,0 %
Arabie saoudite 0,3 80,4 +26 716 %
Ukraine 55,7 ≈ 0 -100,0 %

2.2 L'effondrement des flux depuis l'Ukraine

En contrepoint de la montée de nouveaux fournisseurs, les importations en provenance d'Ukraine — qui représentaient 55,7 M€ en 2015 — se sont totalement interrompues (318 € en 2024, zéro en 2025). La chute a débuté dès 2022, année de l'invasion russe, passant de 68,8 M€ (2021) à 31,0 M€ (2022), puis s'effondrant. Cette disparition illustre la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement aux chocs géopolitiques (volatilité des importations).

2.3 Déclin des exportations vers les marchés historiques

Du côté des exportations, les principaux partenaires européens ont tous vu leurs livraisons diminuer (partenaires par valeur) :

  • Royaume-Uni : de 80,6 à 41,3 M€ (-48,8 %), reflétant les effets du Brexit.
  • Chine : de 38,5 à 22,1 M€ (-42,6 %), la Chine étant désormais autonome voire exportatrice nette.
  • Israël : de 22,4 à 9,3 M€ (-58,4 %).
  • Fédération de Russie : de 19,8 à 3,7 M€, avec un effondrement prononcé après 2021.

Seuls les États-Unis (+38,1 %) et l'Inde (+38,9 %) ont maintenu ou accru leurs achats auprès de l'UE, confirmant la demande soutenue de ces grands marchés de consommation.

2.4 Une diversification à l'importation, une concentration à l'exportation

L'indice de concentration HHI (concentration HHI) confirme une double tendance :

  • Importations : l'HHI est passé de 3 707 (concentration élevée) à 1 866 (concentration modérée), soit une baisse de 49,7 %. Les approvisionnements se sont diversifiés, réduisant la dépendance envers le Royaume-Uni qui dominait en 2015.
  • Exportations : l'HHI a légèrement augmenté (de 677 à 917, +35,4 %), signe d'une légère concentration des débouchés. La Turquie reste le premier client (84,8 M€), suivie des États-Unis (96,7 M€).

2.5 Les États membres : des trajectoires divergentes

Au sein de l'UE, les positions des États membres en tant que rapporteurs d'importations et d'exportations ont évolué de manière contrastée (rapporteurs par valeur) :

État membre Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Var. Import. 2018 (M€) Import. 2025 (M€) Var.
Allemagne 307,9 237,9 -22,7 % 116,6 27,8 -72,9 %
Belgique 139,2 127,9 -8,2 % 564,8 685,5 +21,4 %
Espagne 61,4 33,8 -44,9 % 66,4 53,2 +22,0 %
Pays-Bas 73,8 3,3 -95,6 % 65,4 123,1 +126,3 %
France 42,7 3,5 -91,8 % 57,8 63,6 +196,9 %
Tchéquie 32,0 47,7 +49,3 %
  • La Belgique s'affirme comme le hub principal de l'UE, à la fois premier importateur (685,5 M€ en 2025) et deuxième exportateur.
  • L'Allemagne reste le premier exportateur (237,9 M€), mais ses importations se sont effondrées (de 121,4 M€ en 2017 à 27,8 M€), suggérant une restructuration de sa chaîne de valeur.
  • Les Pays-Bas et la France ont vu leurs exportations s'effondrer (-95,6 % et -91,8 % respectivement) tout en important davantage.

3. Chocs de prix, vulnérabilité accrue et reconfiguration de la production européenne

3.1 Le choc de prix de 2022 : un séisme sectoriel

L'année 2022 a constitué un choc de prix massif sur l'ensemble des flux commerciaux (chocs détectés). Sur les exportations, des hausses de prix comprises entre 25,8 % et 49,9 % ont été enregistrées simultanément vers de nombreux partenaires :

Partenaire Hausse de prix (2022 vs base) Part de valeur
Égypte +49,9 % 1,9 %
Inde +48,0 % 7,1 %
Afrique du Sud +47,5 % 2,4 %
Émirats arabes unis +46,2 % 2,2 %
Israël +44,4 % 3,8 %
Indonésie +40,2 % 1,7 %
États-Unis +36,0 % 17,5 %
Brésil +37,0 % 2,0 %

La nature simultanée et généralisée de ces hausses de prix indique un choc d'offre global, très probablement lié à la crise énergétique européenne de 2022 (hausse des coûts du gaz naturel, intrant majeur dans la production de TiO₂ par le procédé au chlorure ou au sulfate) et aux perturbations logistiques post-COVID. L'anomalie la plus forte concerne le Brésil (score d'anormalité de 259,2), où les prix unitaires à l'exportation ont bondi de 37,0 % en une seule année.

Du côté des importations, des chocs ont également été détectés, notamment sur les flux en provenance des États-Unis (+32,3 % de prix en 2022) et de Chine (+39,3 % dès 2017, suivi d'une stabilisation). Le choc mexicain de 2018 (quantités multipliées par plus de 500, prix divisés par deux) correspond à l'arrivée massive sur le marché européen de TiO₂ mexicain à prix compétitif.

3.2 Une dépendance nette aux importations en forte progression

L'indicateur de dépendance nette aux importations (dépendance nette) révèle l'ampleur du changement structurel :

  • En 2015, l'UE était exportatrice nette avec une dépendance nette de -41,5 %.
  • En 2018, le basculement s'est opéré (+23,6 %).
  • En 2025, la dépendance nette atteint 43,0 %, un niveau historiquement élevé.

L'intensité commerciale (rapport commerce/production) est restée élevée, autour de 86,1 % en 2025, confirmant que le TiO₂ reste un produit très échangé au niveau mondial et que l'UE n'est pas en mesure de couvrir sa demande par sa seule production (intensité commerciale).

3.3 Une production européenne en repli quantitatif mais stable en valeur

Les données de production européenne révèlent un paradoxe significatif :

  • Les quantités produites ont reculé de 41,4 % (de 515 610 à 302 304 tonnes entre 2015 et 2024), avec un creux à 266 459 tonnes en 2020.
  • La valeur de la production est restée relativement stable voire en légère hausse (+10,4 %, de 865 à 956 M€), culminant à 1 500 M€ en 2021.

Ce décalage traduit une hausse considérable du prix moyen de production (de ~1,68 à ~3,16 €/kg), reflétant l'inflation des coûts (énergie, matières premières) et possiblement un repositionnement vers des grades de TiO₂ à plus forte valeur ajoutée. La spécialisation de certains États membres (Slovénie avec un RSCA de 0,77, Belgique à 0,71) confirme que certaines productions européennes restent compétitives sur les marchés internationaux (spécialisation).

3.4 Des vulnérabilités structurelles qui se cristallisent

La convergence de plusieurs facteurs dessine un tableau de vulnérabilité croissante pour l'UE :

  • Dépendance géographique : malgré la diversification (baisse du HHI des importations), de nouveaux fournisseurs (Chine, Mexique, Arabie saoudite) impliquent des chaînes d'approvisionnement plus longues et potentiellement plus fragiles.
  • Volatilité des prix : les coefficients de variation les plus élevés concernent des fournisseurs émergents (Arabie saoudite : 0,85 ; Mexique : 0,67), tandis que les partenaires traditionnels comme la Norvège (0,11) ou le Royaume-Uni (0,20) offrent plus de stabilité (volatilité).
  • Perte de capacité exportatrice : le déclin des exportations (moitié moins de tonnes qu'en 2015) signifie que l'UE a perdu sa capacité à jouer le rôle de régulateur du marché mondial par ses excédents.

Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen du dioxyde de titane (CN 320611) a subi une transformation radicale. L'Union européenne est passée d'une position d'excédent commercial (+293 M€) à un déficit structurel (-685 M€), sous l'effet conjugué d'une explosion des importations (+186 %) et d'un recul des exportations (-31 % en valeur, -50 % en volume). Cette mutation s'explique par l'émergence de nouveaux fournisseurs mondiaux — Chine, Mexique, Arabie saoudite — qui ont inondé le marché européen de TiO₂ à des prix compétitifs, tandis que la production européenne en volume a reculé de 41 %. Le choc de prix de 2022, d'ampleur quasi-universelle, a temporairement gonflé les valeurs commerciales mais n'a pas inversé la tendance structurelle. La dépendance nette aux importations, passée de -41 % à +43 %, constitue désormais un enjeu stratégique majeur pour l'industrie européenne des pigments, dans un contexte où les prix de production locale ont plus que doublé et où les chaînes d'approvisionnement traditionnelles (Ukraine, Royaume-Uni) se sont reconfigurées ou contractées.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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