Explorer les données en direct

Évolution du marché : Pâte de cacao (CN 180310) — 2015–2025

Introduction

La pâte de cacao non dégraissée (code NC 180310) constitue un produit intermédiaire essentiel de la filière chocolat de l'Union européenne. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'UE pour ce produit a connu des transformations profondes : les valeurs échangées ont littéralement explosé, les flux géographiques se sont réorientés et la dépendance de l'UE vis-à-vis de ses fournisseurs tiers s'est accentuée. Ce rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques à partir des données d'aperçu général du commerce, en s'attachant à distinguer les effets de volume, de prix et de structure géographique.


1. Une explosion des valeurs commerciales portée par l'envolée des prix

Les importations ont triplé en valeur mais à peine progressé en volume

Entre 2015 et 2025, la valeur des importations de pâte de cacao par l'UE est passée de 725,8 M€ à 2 221,8 M€, soit une hausse de +206,1 %. Sur la même période, les quantités importées n'ont crû que de 7,0 % (de 210 657 t à 225 377 t). L'essentiel de l'augmentation en valeur provient donc d'une multiplication des prix moyens à l'importation par environ 2,9 (de 3 445 €/t à 9 858 €/t, soit +186,1 %). Le pic de prix a été atteint en 2025, à 9 858 €/t, et le minimum historique se situe en 2018 à 2 643 €/t.

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur importations (M€) 725,8 2 221,8 +206,1 %
Volume importations (t) 210 657 225 377 +7,0 %
Prix moyen importation (€/t) 3 445 9 858 +186,1 %

Source : Aperçu général — échanges UE

Les exportations affichent une dynamique encore plus forte

Les exportations hors UE ont connu une progression encore plus remarquable : leur valeur est passée de 283,6 M€ à 1 099,6 M€ (+287,8 %), tandis que les volumes n'ont augmenté que de 23,6 % (de 72 477 t à 89 558 t). Le prix moyen à l'exportation a donc été multiplié par environ 3,1, passant de 3 913 €/t à 12 278 €/t (+213,8 %). Les prix à l'exportation ont systématiquement dépassé ceux à l'importation, suggérant que l'UE exporte une pâte de cacao de qualité supérieure ou transformée différemment.

Le déficit commercial s'est considérablement creusé

Le solde commercial de l'UE pour la pâte de cacao, structurellement déficitaire, est passé de −442,2 M€ en 2015 à −1 122,2 M€ en 2025 (variation de −153,8 %). Le déficit le plus faible a été enregistré en 2021 (−313,1 M€), avant de se dégrader brutalement à partir de 2022 dans le contexte de la crise des prix du cacao. L'écart entre importations et exportations s'est creusé en dépit d'une forte progression des exportations, signe que la demande européenne en pâte de cacao brute excède largement sa capacité de réexportation.


2. Réorientation géographique des échanges et rôle central des Pays-Bas

L'Afrique de l'Ouest demeure le pilier de l'approvisionnement, avec l'émergence de nouveaux acteurs

La Côte d'Ivoire et le Ghana restent les deux principaux fournisseurs de l'UE, représentant respectivement 1 131,7 M€ (+159,7 %) et 438,7 M€ (+138,7 %) d'importations en 2025. Cependant, la dynamique la plus frappante concerne des partenaires dont les parts ont explosé :

Partenaire Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Variation
Côte d'Ivoire 435,7 1 131,7 +159,7 %
Ghana 183,8 438,7 +138,7 %
Suisse 57,4 169,7 +195,7 %
Cameroun 15,3 208,3 +1 263,4 %
Royaume-Uni 7,6 155,5 +1 938,7 %
Nigeria 0,4 68,7 +16 649,1 %

Source : Partenaires — importations par valeur

Le Cameroun, le Nigeria et le Royaume-Uni (post-Brexit) ont connu des hausses spectaculaires. Le cas du Nigeria est particulièrement notable : ses exportations vers l'UE sont passées de 0,4 M€ à 68,7 M€, ce qui peut refléter une montée en capacité de transformation locale ou un réacheminement de flux. L'apparition du Royaume-Uni comme fournisseur significatif (155,5 M€ en 2025) s'explique vraisemblablement par le Brexit, qui a reclassé ses échanges avec l'UE en flux « extra-UE ».

Les exportations de l'UE se dirigent vers la Turquie, la Russie et des marchés en forte croissance

Les exportations de l'UE vers des pays tiers sont dominées par la Turquie (133,7 M€), la Russie (282,7 M€, +954,8 %), l'Ukraine (113,3 M€, +652,5 %) et le Royaume-Uni (111,9 M€). La Suisse (113,2 M€, +428,6 %) et la Norvège (36,9 M€, +186,8 %) complètent le tableau. La croissance exponentielle des exportations vers la Russie est remarquable, bien qu'elle doive être nuancée par le contexte géopolitique post-2022.

Partenaire Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€) Variation
Russie 26,8 282,7 +954,8 %
Ukraine 15,1 113,3 +652,5 %
Turquie 51,1 133,7 +161,5 %
Royaume-Uni 40,8 111,9 +174,4 %
Suisse 21,4 113,2 +428,6 %

Source : Partenaires — exportations par valeur

Les Pays-Bas, plaque tournante du cacao en Europe

Au sein de l'UE, les Pays-Bas dominent massivement les deux côtés du commerce. En 2025, ils concentrent 796,8 M€ d'importations (premier importateur de l'UE, +173,8 %) et 662,5 M€ d'exportations (premier exportateur, +364,0 %). Cette position s'explique par la présence du port de Rotterdam et d'une industrie de broyage et de transformation du cacao très développée. La France (459,4 M€ d'importations) et l'Allemagne (238,7 M€ d'importations) complètent le trio de tête. Du côté des exportations, l'Estonie affiche une progression spectaculaire (de 0,2 M€ à 42,5 M€), ce qui peut refléter des flux de réexportation vers la Russie ou d'autres marchés d'Europe de l'Est.

État membre Import. 2015 (M€) Import. 2025 (M€) Export. 2015 (M€) Export. 2025 (M€)
Pays-Bas 291,0 796,8 142,8 662,5
France 116,0 459,4 20,4 87,4
Allemagne 159,3 238,7 37,8 112,9
Pologne 78,2 204,1
Italie 23,3 159,5

Source : États membres — rapport


3. Dépendance accrue de l'UE et fragilité structurelle des approvisionnements

La dépendance nette aux importations a presque doublé

L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de 30,2 % en 2015 à 55,8 % en 2025 (+84,6 %), avec un maximum à 57,9 % en 2024. Cette progression signifie que l'UE produit de moins en moins de pâte de cacao par rapport à sa consommation apparente. Parallèlement, l'intensité commerciale (rapport du commerce total à la production) a bondi de 50,7 % à 95,3 %, et la propension à l'exportation est passée de 19,6 % à 85,2 % (+334,4 %). L'UE est donc devenue une plateforme de transformation et de réexportation, fortement dépendante de ses importations en amont.

La production européenne progresse mais insuffisamment

Selon les données PRODCOM, la production européenne de pâte de cacao est passée de 248 279 t (592,4 M€) à 354 345 t (956,7 M€), soit +42,7 % en volume et +61,5 % en valeur. Cependant, la production maximale a atteint 600 000 t au cours de la période, avant de refluer. Cette progression ne suffit pas à compenser la demande croissante, d'où l'accélération des importations. La spécialisation de l'UE dans la réexportation (propension exportatrice de 85,2 % en 2025) confirme le rôle de l'Union comme intermédiaire de transformation plutôt que comme consommateur final exclusif.

Un approvisionnement concentré mais en voie de diversification, avec des risques persistants

L'indice de concentration HHI des importations (en valeur) a diminué de 4 316 à 3 190 (−26,1 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement. Toutefois, le marché reste dominé par la Côte d'Ivoire (qui représente à elle seule plus de la moitié des importations en valeur). Les analyse de volatilité révèlent que les partenaires les plus volatils en importations sont les États-Unis (CV = 2,12), l'Indonésie (CV = 2,03) et le Pérou (CV = 1,15), tandis que les fournisseurs historiques (Côte d'Ivoire, CV = 0,08 ; Ghana, CV = 0,18) offrent des flux plus stables. Du côté des exportations, la Norvège (CV = 0,09) et la Suisse (CV = 0,17) constituent des débouchés réguliers. Des chocs de prix ponctuels ont été détectés, notamment sur les importations en provenance de Thaïlande en 2023 (abnormalité : 157,5, +112,7 % de prix) et sur les exportations vers la Géorgie en 2019 (abnormalité : 131,1).

Du côté de la spécialisation intra-UE, les Pays-Bas (RSCA = 0,53) et l'Estonie (RSCA = 0,40) sont les États membres les plus spécialisés dans ce produit, tandis que la Roumanie, la Lettonie, l'Irlande et le Danemark n'exportent pas de pâte de cacao (RCA = 0).


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen de la pâte de cacao non dégraissée a été profondément marqué par trois dynamiques convergentes : une envolée des prix qui a multiplié par près de trois la valeur des échanges sans augmentation proportionnelle des volumes ; une réorientation géographique avec l'émergence de nouveaux partenaires (Cameroun, Nigeria, Royaume-Uni post-Brexit) aux côtés des fournisseurs historiques ouest-africains ; et une dépendance croissante de l'UE, dont le taux d'importation nette est passé de 30 % à 56 %. Si la diversification des sources (baisse du HHI) et la croissance de la production européenne (+42,7 % en volume) constituent des signaux positifs, la concentration résiduelle sur la Côte d'Ivoire et la volatilité des prix mondiaux — illustrée par la crise des prix du cacao de 2024–2025 — soulignent la persistance de risques structurels pour l'approvisionnement de la filière chocolat européenne.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.