Évolution du marché : Oignons et échalotes (CN 070310) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) avec les pays tiers pour les oignons et échalotes (code nomenclature combinée 070310, à l'état frais ou réfrigéré) sur la période 2015‑2025. En se fondant sur les données commerciales annuelles, il examine les tendances de volume, de valeur, la structure partenariale, la concentration ainsi que les événements de volatility et de prix atypiques qui ont marqué la décennie.
1. Une expansion marquée des flux commerciaux malgré des fluctuations annuelles
1.1 Les exportations de l'UE connaissent une croissance solide
Sur la période 2015‑2025, le commerce sortant de l'UE a connu une trajectoire haussière. La valeur des exportations est passée de 394 M€ en 2015 à 600 M€ en 2025, soit une progression de 52,1 % (tableau général du commerce). En volume, la hausse a été plus modeste, de 1,23 M t à 1,37 M t (+11,3 %). Une partie de cette dynamique s'explique par une appréciation moyenne du prix à l'exportation, qui est passé de 319 €/t à 436 €/t (+36,6 %). Le pic a été atteint en 2023 avec une valeur de 739 M€, avant un repli partiel au cours des deux dernières années.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M €) | 394,2 | 599,6 | +52,1 % |
| Volume (k t) | 1 234,8 | 1 374,3 | +11,3 % |
| Prix moyen (€/t) | 319,3 | 436,3 | +36,6 % |
1.2 Les importations progressent encore plus rapidement
Le besoin de l'UE en provenance de pays tiers a augmenté à un rythme supérieur. La valeur des importations a presque doublé, passant de 118 M€ en 2015 à 232 M€ en 2025 (+97,0 %). En volume, la hausse a atteint 79,5 % (de 225 k t à 403 k t). Le prix moyen à l'importation est resté relativement stable, avec une hausse limitée à 9,8 % (de 524 €/t à 575 €/t). Un pic de volume a été observé en 2019 (543 k t), qui peut être lié à des déficits de production intra-européens ou à des conditions climatiques favorables dans les pays sources.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M €) | 117,8 | 232,0 | +97,0 % |
| Volume (k t) | 224,7 | 403,3 | +79,5 % |
| Prix moyen (€/t) | 524,1 | 575,4 | +9,8 % |
1.3 L'excédent commercial se consolide
Malgré une progression plus forte des importations, l'UE reste structurellement excédentaire. L'excédent commercial est passé de 276 M€ à 367 M€ entre 2015 et 2025 (+32,9 %). Le point bas a été atteint en 2019 (201 M€), coïncidant avec le pic d'importation en volume, tandis que l'excédent a culminé en 2022 à 520 M€, année de prix à l'exportation particulièrement élevés.
2. Une géographie des échanges en recomposition
2.1 Les principaux partenaires importateurs : L'Égypte toujours en tête, la montée de la Turquie
L'origine des importations de l'UE a connu des changements notables. L'Égypte demeure le premier fournisseur, avec une valeur qui a bondi de 32 M€ à 75 M€ (+135,4 %). La Nouvelle-Zélande, autre partenaire historique (valeur stable autour de 25 M€ en 2025), voit son importance relative décliner. En revanche, des pays comme la Turquie et le Chili ont connu des hausses spectaculaires : la Turquie a multiplié ses ventes vers l'UE par 7,6 (de 2,2 M€ à 16,9 M€) et le Chili par 4,5 (de 3,4 M€ à 15,3 M€) (graphique des partenaires). Cette diversification a contribué à une légère désagrégation de la concentration des importations (indice HHI passé de 1 753 à 1 571, soit -10,4 %).
2.2 Les exportations de l'UE : domination néerlandaise et marché britannique dynamique
À l'exportation, les Pays-Bas dominent largement et ont renforcé leur position. Leur valeur est passée de 279 M€ à 480 M€ (+72,1 %). Le Royaume-Uni reste le premier client unique avec une valeur de à 187 M€ en 2025, en hausse de 70,2 % par rapport à 2015. L'Espagne demeure un acteur important mais en repli relatif (-26,8 %). Une croissance notable est observée en direction de l'Afrique de l'Ouest : le Sénégal (de 45 M€ à 87 M€, +95 %) et la Côte d'Ivoire (de 21 M€ à 68 M€, +229 %) figurent parmi les clients les plus dynamiques (graphique des partenaires à l'exportation).
2.3 Une spécialisation intra-UE inégale
L'analyse des avantages comparatifs (indice RSCA) pour l'année 2025 révèle une forte concentration de la production-exportation d'oignons et échalotes. Les Pays-Bas (RSCA = 0,54) et l'Espagne (RSCA = 0,40) présentent la spécialisation la plus marquée, signe d'une intégration complète de cette filière dans leur agriculture orientée vers l'export (indices de spécialisation). À l'inverse, les pays d'Europe du Nord comme l'Irlande (RSCA = -1,00) ou la Finlande (RSCA = -0,97) sont presque entièrement dépendants des importations pour couvrir leur consommation nationale.
3. Une volatilité des prix et des chocs d'approvisionnement
3.1 Une variabilité importante des prix selon les partenaires
L'analyse de la volatilité des flux (mesurée par le coefficient de variation) montre que certaines relations commerciales sont particulièrement instables. À l'importation, les volumes en provenance de Turquie (CV = 0,84) et d'Égypte (CV = 0,52) sont très volatils, ce qui traduit des aléas climatiques ou des changements de politique commerciale dans les pays d'origine. À l'exportation, le flux vers le Brésil (CV = 1,26) a été extrêmement erratique, passant de 52 M€ en 2015 à moins de 1 M€ en 2025, tandis que le commerce avec les Philippines a connu un choc de prix majeur en 2023 (détails de la volatility).
3.2 Des chocs de prix ponctuels et géographiquement concentrés
L'algorithme de détection des chocs a identifié plusieurs événements significatifs. Le plus remarquable est une augmentation de prix des exportations vers les Philippines en 2023, avec une hausse de 61 % par rapport à la tendance. Moins marquant mais d'une part plus importante dans le commerce (5,1 % de la valeur), un choc de prix à l'importation depuis le Royaume-Uni a été détecté la même année (+66 %). Ces épisodes peuvent refléter des perturbations logistiques ou des actions de contournement de l'offre (événements de choc).
3.3 La composition des échanges par sous-produit est relativement stable
La ventilation du commerce par code à 8 chiffres confirme que la catégorie « Oignons (hors semence) » (07031019) représente l'écrasante majorité des échanges (>95 % des volumes tanto à l'import qu'à l'export). Les oignons de semence (07031011) représentent une niche, avec un volume d'exportation en baisse (de 38 k t à 29 k t). Les échalotes (07031090) restent un segment marginal mais à prix élevé (environ 1 470 €/t à l'exportation en 2025, soit 3,5 fois le prix des oignons courants) (comparaison des segments).
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen des oignons et échalotes a fait preuve d'une dynamique commerciale soutenue, portée par une valeur des exportations en hausse de plus de 50 % et des importations en croissance plus rapide encore. La géographie des échanges s'est recomposée avec l'émergence de partenaires comme la Turquie, le Chili ou l'Afrique de l'Ouest comme débouchés, tandis que la position dominante des Pays-Bas s'est confirmée. Le marché demeure toutefois exposé à une volatilité significative, tant dans les volumes d'approvisionnement que dans les prix, nécessitant une vigilance accrue des opérateurs face aux aléas climatiques et aux perturbations logistiques ponctuelles.