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Évolution du marché : Montures de lunettes (CN 900319) — 2015–2025

Introduction

Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les montures de lunettes ou d'articles similaires en matières autres que plastiques (code NC 900319) sur la période 2015–2025. Contrairement aux montures en plastique (900311), ce segment couvre principalement les montures métalliques et en d'autres matières rigides. L'analyse révèle trois dynamiques majeures : un recentrage vers des produits à plus forte valeur ajoutée au sein d'une production en fort recul, une restructuration profonde des partenaires commerciaux de l'UE — accélérée par le Brexit et la pandémie de Covid-19 — et un basculement de l'UE d'une position d'exportateur net vers celle d'importateur net, modifiant sensiblement son exposition aux vulnérabilités de la chaîne d'approvisionnement.

L'ensemble des données est issu du Tableau de bord du commerce de l'UE.


1. Une transformation structurelle : moins de production, mais de plus grande valeur

1.1 L'effondrement des volumes de production

La production européenne de montures non plastiques a subi un déclin massif sur la période. En volume (nombre de pièces), elle est passée de 59 654 279 unités à 22 000 000 d'unités, soit une chute de -63,1 %. En valeur, la contraction est plus modérée, passant de 840 M€ à 700 M€ (-16,7 %). L'écart entre ces deux chiffres est révélateur : chaque pièce produite vaut nettement plus en 2025 qu'en 2015, ce qui traduit un passage massif vers des segments premium, notamment des montures en métal précieux ou en titane.

Indicateur 2015 2025 Variation
Production (pièces) 59 654 279 22 000 000 -63,1 %
Production (valeur, M€) 840 700 -16,7 %

Sources : Volumes de production · Valeur de production

1.2 L'Italie, pilier incontesté du secteur

L'Italie domine de manière écrasante la spécialisation européenne dans ce segment. Avec un indice RCA de 5,21 et un RSCA de 0,68, elle détient 41,7 % de la production de l'UE pour seulement 8,0 % de ses échanges commerciaux totaux. Le Danemark (RSCA 0,54), la Suède (0,51) et l'Autriche (0,17) complètent le tableau des spécialisés, tandis que les pays d'Europe de l'Est (Slovaquie, Bulgarie) demeurent quasi absents de cette industrie.

Pays RSCA RCA Part de production UE
Italie 0,678 5,209 41,7 %
Danemark 0,539 3,335 5,7 %
Suède 0,512 3,099 7,4 %
Autriche 0,165 1,396 4,6 %
Tchéquie 0,080 1,173 5,6 %

Source : Spécialisation des États membres

1.3 Une hausse des prix à l'exportation qui reflète le repositionnement

Les prix unitaires à l'exportation (par tonne) sont passés de 284 000 €/t à 316 000 €/t (+11,3 %), tandis que les prix unitaires des importations ont légèrement baissé de 208 000 €/t à 203 000 €/t (-2,5 %). L'écart de prix entre exportations et importations s'est donc creusé, signe que l'UE se positionne sur le segment haut de gamme tout en important des montures à plus faible valeur unitaire. En pièces, l'écart est encore plus marqué : les prix à l'exportation par pièce ont bondi de 27,9 € à 35,5 € (+27,1 %), contre 8,9 € à 10,1 € (+14,5 %) pour les importations.

Indicateur 2015 2025 Variation
Prix export (€/t) 283 998 316 123 +11,3 %
Prix import (€/t) 207 772 202 596 -2,5 %
Prix export (€/pièce) 27,90 35,46 +27,1 %
Prix import (€/pièce) 8,85 10,14 +14,5 %

Source : Vue d'ensemble du commerce


2. Une restructuration profonde des flux commerciaux avec le reste du monde

2.1 La domination persistante de la Chine à l'importation et l'effacement de Hong Kong et du Royaume-Uni

La Chine demeure de très loin le premier fournisseur de l'UE, avec une valeur d'importation passée de 367 M€ à 382 M€ (+3,9 %). La concentration des importations sur la Chine s'est même renforcée : l'indice HHI des importations est passé de 5 786 à 6 132 (+6,0 %). En parallèle, le commerce transite désormais moins par Hong Kong (imports en chute de -81,9 %, de 33 M€ à 6 M€), ce qui suggère une désintermédiation des flux et une directisation des échanges avec la Chine continentale. Le Royaume-Uni, ancien partenaire important, a vu ses exportations vers l'UE s'effondrer de -84,9 % (de 19 M€ à 3 M€), un effet direct du Brexit. La Corée du Sud a également reculé de -51,2 %.

À l'inverse, le Japon a émergé comme fournisseur majeur (de 23 M€ à 64 M€, soit +179 %), suivi par les Philippines (+127 %) et le Bangladesh (+5 931 %, partant d'une base très faible). Ces dynamiques témoignent d'une diversification géographique des sources d'approvisionnement vers l'Asie du Sud-Est et l'Asie du Sud.

Partenaire (imports) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Chine 367,3 381,7 +3,9 %
Hong Kong 33,1 6,0 -81,9 %
Royaume-Uni 19,3 2,9 -84,9 %
Corée du Sud 21,6 10,6 -51,2 %
Japon 22,8 63,6 +179,2 %
Philippines 3,4 7,7 +126,6 %
Bangladesh 0,07 4,4 +5 931 %

Source : Partenaires commerciaux

2.2 Des exportations redirigées vers de nouveaux marchés dynamiques

Côté exportations, les États-Unis restent la première destination mais ont reculé de -31,8 % (de 131 M€ à 89 M€), tandis que le Royaume-Uni a connu un déclin similaire (-31,0 %). En revanche, trois marchés ont connu une croissance remarquable :

  • La Chine : +267 % (de 7,7 M€ à 28,2 M€), confirmant le rôle croissant de la Chine comme consommateur de montures européennes haut de gamme.
  • La Turquie : +164 % (de 8,1 M€ à 21,5 M€), reflet de son rôle de hub de réexportation vers le Moyen-Orient et l'Afrique.
  • Le Mexique : +163 % (de 8,4 M€ à 22,1 M€), porté par l'accord commercial UE-Mexique et la demande locale.

Parallèlement, la concentration des exportations a fortement baissé (HHI de 1 448 à 820, -43,4 %), indiquant une diversification réussie des marchés de destination.

Partenaire (exports) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
États-Unis 130,7 89,1 -31,8 %
Royaume-Uni 54,1 37,3 -31,0 %
Turquie 8,1 21,5 +164,4 %
Chine 7,7 28,2 +267,1 %
Mexique 8,4 22,1 +163,3 %
Suisse 38,3 25,0 -34,8 %
Hong Kong 14,9 19,2 +28,6 %

Source : Partenaires commerciaux

2.3 L'Italie, moteur unique des échanges intra-UE

Au sein de l'UE, l'Italie a consolidé sa position centrale : ses importations ont crû de +43,3 % (de 143 M€ à 205 M€) et ses exportations de +43,5 % (de 168 M€ à 241 M€), confirmant son rôle de plateforme de transformation et de réexportation. À l'opposé, la France a vu ses exportations s'effondrer de -84,4 % (de 81 M€ à 13 M€), probablement en raison d'un déclin de sa base productive dans ce segment. La Hongrie émerge comme un pôle d'importation en croissance (+86,9 %), possiblement lié à des investissements industriels dans le montage de montures.

Pays (imports intra-UE) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Italie 143,2 205,1 +43,3 %
Allemagne 100,3 80,1 -20,1 %
France 86,7 70,6 -18,6 %
Pays-Bas 48,1 30,8 -36,0 %
Espagne 16,8 18,8 +11,9 %
Hongrie 11,3 21,1 +86,9 %
Danemark 20,6 14,8 -28,2 %

Source : Rapporteurs (États membres)


3. Du statut d'exportateur net à celui d'importateur net : une vulnérabilité accrue

3.1 Un basculement du solde commercial

Le solde commercial de l'UE pour les montures non plastiques a subi une inversion radicale. En 2015, l'UE était exportatrice nette de -16,9 % (solde négatif signifiant un excédent dans la notation du rapport). En 2025, la dépendance nette aux importations atteint +11,9 %. Ce basculement de 171 points de pourcentage est le changement le plus significatif observé dans ce segment. Le déficit commercial est passé de -91 M€ à -93 M€ en valeur absolue, masquant une détérioration structurelle plus profonde.

Indicateur 2015 2025 Variation
Dépendance nette aux importations (%) -16,9 +11,9 +170,6 %
Solde commercial (M€) -91,3 -93,0 -1,9 %

Source : Dépendance nette aux importations

3.2 Une intensité commerciale croissante qui traduit l'ouverture du marché

L'intensité commerciale (part du commerce dans la production totale) est passée de 67,8 % à 78,0 % (+15,0 %), tandis que la propension à l'exportation a augmenté de 54,8 % à 61,5 % (+12,1 %). Le score de saillance de l'intensité commerciale (43,0) dépasse celui de la propension à l'exportation (23,6), ce qui signifie que l'ouverture du marché est devenue plus prononcée que la capacité exportatrice. Autrement dit, l'UE consomme proportionnellement plus de montures importées qu'avant.

Indicateur 2015 2025 Variation
Intensité commerciale (%) 67,8 78,0 +15,0 %
Propension à l'exportation (%) 54,8 61,5 +12,1 %

Source : Intensité commerciale · Propension à l'exportation

3.3 Une volatilité et des chocs de prix concentrés sur certains marchés

L'analyse de la volatilité révèle des disparités marquées. À l'importation, la Chine affiche une stabilité remarquable (coefficient de variation de 0,12), tandis que la Thaïlande (CV 1,30) et le Brésil (1,34) présentent une volatilité extrême, bien que leur part dans le commerce total soit limitée. Hong Kong (0,84) et le Royaume-Uni (0,82) ont également connu des fluctuations importantes, liées aux restructurations commerciales post-Brexit.

À l'exportation, trois événements de choc majeurs ont été détectés :

Choc Flux Année Hausse de prix Part de valeur
Australie (prix) Exports 2021 +231,9 % 1,7 %
Hong Kong (prix) Exports 2019 +78,5 % 5,5 %
Inde (prix) Exports 2017 +163,8 % 1,4 %

Le pic de prix observé vers l'Australie en 2021 (abnormalité de 20,3) coïncide avec les perturbations logistiques mondiales post-Covid et pourrait refléter un renchérissement temporaire des coûts de transport ou un effet de composition (envoi de lots à plus forte valeur unitaire). Le choc vers Hong Kong en 2019 pourrait s'expliquer par des changements dans les flux de réexpédition avant la pandémie.

Source : Volatilité · Chocs d'offre


Conclusion

La décennie 2015–2025 a profondément remodelé le marché européen des montures de lunettes non plastiques. Trois tendances dominent l'analyse :

  1. Une production en repli massif mais repositionnée vers le haut de gamme. La production en pièces a chuté de 63 %, mais la valeur n'a reculé que de 17 %, révélant un recentrage stratégique vers des montures à forte valeur ajoutée, sous l'impulsion de l'Italie qui concentre désormais 42 % de la production de l'UE.

  2. Une reconfiguration des partenaires commerciaux. Le Brexit a provoqué l'effacement du Royaume-Uni comme intermédiaire, tandis que le Japon, les Philippines et le Bangladesh ont émergé de nouveaux fournisseurs. Les exportations se sont diversifiées vers la Chine, la Turquie et le Mexique, compensant partiellement le recul des ventes vers les États-Unis.

  3. Un basculement structurel vers le statut d'importateur net. L'UE est passée d'une position excédentaire à une dépendance nette aux importations de 12 %, dans un contexte d'intensité commerciale en hausse. La concentration accrue des importations sur la Chine (HHI en progression) constitue un risque de dépendance qui mérite une attention particulière dans le contexte géopolitique actuel.

L'industrie européenne des montures non plastiques survit et prospère dans le segment premium, mais sa base productive s'est considérablement rétrécie, rendant l'UE plus dépendante de l'extérieur pour les volumes courants tout en conservant un avantage compétitif significatif sur les produits haut de gamme.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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