Évolution du marché : Minerais de fer agglomérés (CN 260112) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour les minerais de fer et leurs concentrés agglomérés (code nomenclature combinée 260112), excluant les pyrites de fer grillées, sur la période 2015–2025. Ce produit, matière première fondamentale pour l'industrie sidérurgique européenne, connaît des dynamiques commerciales profondément marquées par les fluctuations des prix mondiaux des matières premières, les reconfigurations géopolitiques — notamment à la suite du conflit russo-ukrainien — et les évolutions structurelles de la production européenne d'acier. L'analyse s'appuie sur les données commerciales intra et extra-UE disponibles dans le tableau de bord général.
1. L'effet prix masque un recul structurel des volumes échangés
Une valeur des importations stable malgré un effondrement des volumes
L'un des faits marquants de la période est la divergence spectaculaire entre l'évolution des volumes et celle des valeurs. Les importations de minerai de fer aggloméré par l'UE ont vu leur volume chuter de 27,3 millions de tonnes en 2015 à 18,4 millions de tonnes en 2025, soit une baisse de 32,5 %. Pourtant, la valeur des importations est restée quasiment stable, passant de 2,09 milliards EUR à 2,10 milliards EUR (+0,6 %). Ce paradoxe s'explique par la forte hausse des prix unitaires : de 76,6 EUR/t en 2015 à 111,4 EUR/t en 2025 (+45,4 %), avec un pic à 175,2 EUR/t observé durant la période 2021–2022.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume importations (Mt) | 27,3 | 18,4 | −32,5 % |
| Valeur importations (Mds EUR) | 2,09 | 2,10 | +0,6 % |
| Prix unitaire importations (EUR/t) | 76,6 | 111,4 | +45,4 % |
Source : Aperçu général — commerce
Les exportations suivent la même logique prix-volume
Côté exportations, le constat est similaire. Le volume exporté par l'UE est passé de 8,4 à 8,6 millions de tonnes (+2,9 %), une progression modeste. En revanche, la valeur a bondi de 657 millions EUR à 1,00 milliard EUR (+53,0 %), portée par une hausse des prix unitaires de 78,5 à 116,6 EUR/t (+48,6 %). L'UE a donc bénéficié d'une amélioration de ses termes de l'échange sur ce segment, les prix d'exportation ayant progressé légèrement plus vite que les prix d'importation.
Une production européenne en repli marqué
La production européenne de minerai de fer aggloméré a connu un déclin significatif, passant de 30,0 milliards de kg à 19,1 milliards de kg sur la période (−36,2 %). Paradoxalement, la valeur de cette production a augmenté de 1,80 milliard EUR à 2,32 milliards EUR (+28,9 %), avec un pic à 3,88 milliards EUR, confirmant l'effet inflationniste des prix des matières premières sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
2. Reconfiguration géopolitique des approvisionnements : de la Russie vers l'Amérique du Nord
L'effacement total de la Russie comme fournisseur
L'événement le plus spectaculaire de la période est l'élimination quasi complète des importations en provenance de Russie. Leur valeur est passée de 183 millions EUR en 2015 à seulement 37 mille EUR en 2025, soit une baisse de −100 %. Ce recul, amorcé dès les tensions géopolitiques de 2022, s'est accéléré avec les sanctions européennes à la suite de l'invasion de l'Ukraine. La Russie, qui figurait parmi les principaux fournisseurs de l'UE, a été totalement marginalisée sur ce segment.
Le Canada, nouveau pilier de l'approvisionnement européen
Pour compenser la perte russe, l'UE s'est massivement tournée vers l'Amérique du Nord. Les importations en provenance du Canada ont presque doublé, passant de 512 millions EUR à 999 millions EUR (+95,0 %), faisant du Canada le premier fournisseur de l'UE en 2025. Les États-Unis, quant à eux, sont passés d'un flux quasi nul (1 200 EUR) à 153 millions EUR, une progression exponentielle. Le Mexique a également accru ses livraisons à l'UE (+128,4 %, de 8 à 18 millions EUR).
| Partenaire | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Canada | 512 | 999 | +95,0 % |
| Ukraine | 398 | 582 | +46,5 % |
| Brésil | 967 | 326 | −66,3 % |
| Russie | 183 | 0,04 | −100 % |
| États-Unis | ~0 | 153 | n.d. |
Source : Partners
L'Ukraine résiste malgré le conflit
Dans un contexte de guerre, l'Ukraine a maintenu voire renforcé ses livraisons à l'UE, passant de 398 à 582 millions EUR (+46,5 %). Ce résultat, remarquable au vu des destructions d'infrastructures, s'explique probablement par la réorientation des flux ukrainiens vers l'UE (qui demeure un débouché accessible) et par la volonté européenne de soutenir l'économie ukrainienne.
La volatilité révèle la fragilité de certains approvisionnements
L'analyse des coefficients de variation confirme la forte instabilité des flux en provenance de certains partenaires. L'Australie (CV = 2,44), l'Inde (CV = 1,73), la Norvège (CV = 1,65) et le Royaume-Uni (CV = 1,43) figurent parmi les partenaires les plus volatils côté importations. À l'inverse, le Canada (CV = 0,08) et l'Ukraine (CV = 0,20) se distinguent par leur stabilité relative, ce qui renforce leur position de fournisseurs fiables.
3. Des exportations orientées Moyen-Orient, portées par la Suède
La Suède, géant européen de l'exportation de minerai de fer
L'analyse de la spécialisation des États membres révèle une domination écrasante de la Suède. Avec un indice de spécialisation RSCA de 0,92 et un RCA de 23,9 (le plus élevé de tous les membres), la Suède concentre à elle seule l'essentiel des exportations européennes. Sa valeur exportée est passée de 646 millions EUR à 1,00 milliard EUR (+55,5 %), représentant la quasi-totalité des flux sortants de l'UE. Les Pays-Bas, autrefois second exportateur, ont vu leurs exportations s'effondrer de 11 millions EUR à 6 437 EUR (−99,9 %).
L'Arabie saoudite, premier débouché extra-UE
Du côté des destinations des exportations, l'Arabie saoudite s'est imposée comme le premier partenaire, avec une valeur passée de 173 à 312 millions EUR (+80,4 %). L'Égypte a connu la progression la plus spectaculaire (+180,1 %), suivie du Qatar (+60,9 %) et de la Turquie (+17,9 %). Le Royaume-Uni, second débouché en 2015, a vu ses importations en provenance de l'UE diminuer de 123 à 70 millions EUR (−43,1 %).
| Destination | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Arabie saoudite | 173 | 312 | +80,4 % |
| Royaume-Uni | 123 | 70 | −43,1 % |
| Turquie | 101 | 119 | +17,9 % |
| Qatar | 113 | 181 | +60,9 % |
| Égypte | 61 | 172 | +180,1 % |
Des chocs de prix concentrés sur 2021
L'analyse des événements de choc identifie trois chocs de prix significatifs, tous concentrés en 2021 et affectant les exportations vers :
- L'Égypte : hausse de prix de +90,1 % (abnormalité 33,7), avec une part de 14,9 % de la valeur totale des exportations
- L'Arabie saoudite : hausse de prix de +63,4 % (abnormalité 16,9), avec une part de 33,0 % de la valeur
- Le Royaume-Uni : hausse de prix de +62,0 % (abnormalité 13,3), avec une part de 19,5 % de la valeur
Ces chocs, survenus dans un contexte de forte reprise post-Covid et de tensions sur les marchés mondiaux des matières premières, ont durablement rehaussé les prix du minerai de fer aggloméré.
Une dépendance aux importations stable mais une propension à l'exportation en recul
Le taux de dépendance nette aux importations de l'UE est resté remarquablement stable, à environ 45 % (de 45,2 % à 45,0 %). Cependant, la propension à exporter a fortement reculé, passant de 65,7 % à 42,3 % (−35,7 %), tandis que l'intensité commerciale a diminué de 86,2 % à 74,2 % (−13,9 %). Ces indicateurs suggèrent un désengagement progressif de l'UE des marchés d'exportation, cohérent avec la contraction de la production européenne d'acier et la transition vers des procédés de décarbonation (DRI, recyclage).
Conclusion
La période 2015–2025 se caractérise pour le marché européen du minerai de fer aggloméré par une triple dynamique. Premièrement, l'effet prix a masqué un déclin structurel des volumes, tant en importations (−32,5 %) qu'en production (−36,2 %), reflétant les transformations profondes de la sidérurgie européenne face aux impératifs climatiques. Deuxièmement, la guerre en Ukraine a provoqué une reconfiguration radicale des approvisionnements, avec l'éviction totale de la Russie et la montée en puissance du Canada et de l'Amérique du Nord. Troisièmement, le marché des exportations s'est concentré sur la Suède et le Moyen-Orient, tandis que la propension globale de l'UE à exporter ce produit s'est significativement érodée. La dépendance aux importations reste stable autour de 45 %, mais la diversification géographique des sources, la volatilité des partenaires secondaires et les incertitudes liées à la transition énergétique de la sidérurgie constituent autant de défis pour l'avenir.