Évolution du marché : Minerais de fer (CN 260111) — 2015–2025
Introduction
L'Union européenne est un territoire métallurgique majeur mais largement dépourvu de ressources en minerai de fer propres. Le code NC 260111 couvre les minerais de fer et leurs concentrés non agglomérés, matière première essentielle à la production d'acier. Sur la période 2015–2025, ce marché a connu des transformations profondes : effondrement des volumes importés malgré une hausse des valeurs, recomposition géopolitique des sources d'approvisionnement, et développement spectaculaire — quoique encore modeste en échelle absolue — des exportations européennes. Le présent rapport s'appuie sur les données du Trade Dashboard pour analyser ces dynamiques en trois volets.
1. Un déficit commercial structurel marqué par la désynchronisation volumes-valeurs
1.1 Des importations toujours dominantes, mais en repli volumétrique
L'UE reste massivement dépendante des importations de minerai de fer non aggloméré. En 2015, les importations atteignaient 77,5 millions de tonnes pour une valeur de 3,81 milliards d'euros. En 2025, le volume n'est plus que de 52,6 millions de tonnes (−32,2 %), tandis que la valeur s'établit à 4,38 milliards d'euros (+15,0 %). Cette divergence s'explique par l'envolée des prix unitaires, passés de 49,1 €/t en 2015 à 83,2 €/t en 2025 (+69,5 %). Voir l'évolution du commerce global.
| Indicateur | 2015 | 2020 | 2021 (pic) | 2025 | Évolution 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Importations — valeur (Mds €) | 3,81 | 5,01 | 9,23 | 4,38 | +15,0 % |
| Importations — volume (Mt) | 77,5 | 57,7 | 67,0 | 52,6 | −32,2 % |
| Prix import (€/t) | 49,1 | 86,9 | 137,8 | 83,2 | +69,5 % |
1.2 L'année 2021 : un pic conjoncturel exceptionnel
L'année 2021 constitue un sommet absolu sur toute la période, tant en valeur (9,23 milliards d'euros) qu'en prix unitaire (137,8 €/t). Ce pic s'inscrit dans le contexte de la reprise post-Covid et de la flambée mondiale des matières premières. Le volume, cependant, restait encore inférieur de 14 % au niveau de 2015. Détail des données de commerce.
1.3 Des exportations en forte croissance, mais à une échelle très inférieure
Les exportations de l'UE ont connu une progression spectaculaire en valeur : de 36 millions d'euros en 2015 à 185 millions d'euros en 2025 (+413,6 %). Le volume a été multiplié par 2,7 (de 722 000 t à 1,93 Mt). Toutefois, les exportations ne représentent encore que 3,6 % de la valeur des importations. Le déficit commercial demeure abyssal : −4,19 milliards d'euros en 2025. Données sur les exportateurs de l'UE.
| Indicateur | 2015 | 2021 | 2025 | Évolution 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|
| Exportations — valeur (M€) | 36,0 | 370,8 | 185,1 | +413,6 % |
| Exportations — volume (kt) | 722 | 2 579 | 1 929 | +167,0 % |
| Prix export (€/t) | 49,9 | 143,8 | 96,0 | +92,4 % |
2. Recomposition géographique des approvisionnements et montée de la diversification
2.1 Le Brésil en repli marqué, le Canada en ascension
Le Brésil, premier fournisseur historique de l'UE, a vu ses ventes fondre de 1,85 milliard d'euros (2015) à 889 millions d'euros (2025), soit une chute de 51,9 %. Son volume a suivi une trajectoire similaire, passant de 37,4 Mt à 10,5 Mt. En parallèle, le Canada a renforcé sa position de deuxième fournisseur avec une progression de 515 M€ à 1,41 milliard d'euros (+174 %). La part du Canada dans les importations a ainsi considérablement augmenté. Analyse des partenaires par valeur.
2.2 L'Afrique et les fournisseurs émergents prennent du poids
Plusieurs fournisseurs africains ont gagné en importance :
- L'Afrique du Sud a multiplié ses exportations vers l'UE par 3,7, passant de 193 M€ à 706 M€.
- Le Liberia a connu une croissance encore plus spectaculaire : de 84 M€ en 2015 à 520 M€ en 2025 (+519,5 %), avec un volume multiplié par 2,7 (de 2,9 Mt à 7,9 Mt).
- La Mauritanie est restée un fournisseur stable (126 M€ en 2025), tandis que la Norvège maintient un flux régulier autour de 135 M€.
| Fournisseur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Brésil | 1 847 | 889 | −51,9 % |
| Canada | 515 | 1 412 | +174,0 % |
| Ukraine | 519 | 510 | −1,7 % |
| Afrique du Sud | 193 | 706 | +266,3 % |
| Liberia | 84 | 520 | +519,5 % |
| Norvège | 168 | 135 | −19,5 % |
2.3 La quasi-disparition des importations en provenance de Russie
Un changement majeur a eu lieu au cours de la période : les importations de minerai de fer russe, qui s'élevaient à 197 M€ en 2015, sont passées à un quasi-zéro en 2022–2025. Les volumes ont chuté de 3,6 Mt (2015) à des niveaux négligeables. Ce mouvement, amorcé dès 2018 (64 M€), s'est accéléré avec les sanctions liées au conflit russo-ukrainien. Vue d'ensemble des partenaires.
2.4 Une concentration des importations en baisse
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur a diminué de 2 824 en 2015 à 2 009 en 2025 (−28,9 %). Cette baisse indique une diversification croissante des sources d'approvisionnement. Indice de concentration. La concentration des exportations a également baissé de manière plus prononcée (HHI de 3 110 à 1 797, −42,2 %), reflétant la diversification des destinations d'exportation au-delà du seul Royaume-Uni.
3. La Suède, pilier des exportations européennes, et une autonomie toujours limitée
3.1 La Suède, moteur quasi unique des exportations de l'UE
La Suède domine massivement les exportations européennes de minerai de fer non aggloméré. En 2025, elle représentait 168 M€ sur 185 M€ du total des exportations de l'UE, soit plus de 90 %. Sa progression a été remarquable : de 32 M€ en 2015 à 168 M€ en 2025 (+425 %), avec un pic à 363 M€ en 2021. L'indice RSCA de la Suède pour ce produit s'établit à 0,74, confirme sa forte spécialisation. Spécialisation des rapporteurs.
| Rapporteur UE | Exportations 2025 (M€) | Part | RSCA |
|---|---|---|---|
| Suède | 167,9 | 90,7 % | 0,74 |
| Pays-Bas | 12,2 | 6,6 % | 0,70 |
| Roumanie | 3,4 | 1,8 % | — |
| France | 1,1 | 0,6 % | −0,73 |
| Autres | 0,6 | 0,3 % | — |
3.2 L'Asie et le Moyen-Orient : des destinations d'exportation en expansion
Les exportations de l'UE se sont progressivement tournées vers l'Asie et le Golfe :
- Singapour est devenu la première destination en 2025 (55 M€), avec une trajectoire très volatile (426 € en 2015, pic à 183 M€ en 2023).
- La Chine a absorbé des volumes croissants, culminant à 113 M€ en 2021 avant de refluer à 30 M€ en 2025.
- Bahreïn et les Émirats arabes unis ont émergé comme débouchés réguliers, avec respectivement 30 M€ et 16 M€ en 2025.
- Le Royaume-Uni reste un client stable (16 M€ en 2025), mais en léger recul.
Détail des destinations d'exportation.
3.3 Une dépendance nette aux importations persistante
Le taux de dépendance nette aux importations est resté remarquablement stable autour de 90–93 % sur l'ensemble de la période. En 2025, il s'établit à 90,8 %, contre 93,4 % au point le plus élevé. Indicateur de dépendance nette. L'intensité commerciale (part du commerce extérieur dans la production intérieure brute) reste également très élevée, à 94,2 % en 2025. Intensité commerciale.
L'UE produit du minerai de fer, principalement en Suède, mais les données de production PRODCOM — dont la fiabilité est limitée par des arrondis importants — suggèrent une production stable autour de 9 milliards de tonnes, insuffisante pour couvrir la demande sidérurgique européenne. La propension à exporter (part de la production exportée) a diminué de 48,1 % (2015) à 35,3 % (2025), ce qui pourrait indiquer une absorption domestique croissante ou des contraintes logistiques.
Conclusion
Le marché européen du minerai de fer non aggloméré (CN 260111) a profondément évolué entre 2015 et 2025. Trois tendances majeures se dégagent : premièrement, un recul structurel des volumes importés (−32 %) compensé par une hausse des prix (+70 %), maintenant un déficit commercial considérable autour de 4 milliards d'euros. Deuxièmement, une recomposition géographique significative des approvisionnements — avec le déclin du Brésil et de la Russie, la montée du Canada, de l'Afrique du Sud et du Liberia — qui a conduit à une diversification mesurée par la baisse de l'indice HHI de 2 824 à 2 009. Troisièmement, l'émergence d'exportations européennes en forte croissance, portées quasi exclusivement par la Suède et destinées de plus en plus à l'Asie et au Moyen-Orient.
Malgré ces évolutions, la dépendance fondamentale de l'UE envers les fournisseurs extérieurs demeure intacte (91 % de dépendance nette). La vulnérabilité est toutefois mieux répartie géographiquement qu'en début de période, ce qui constitue un facteur d'atténuation face aux chocs d'approvisionnement potentiels.