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Évolution du marché : Huile de palme raffinée (CN 15119099) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 15119099 couvre l'huile de palme et ses fractions fluides, même raffinées, mais non chimiquement modifiées, à l'exclusion de l'huile de palme brute et de l'huile destinée à des usages techniques ou industriels. Il s'agit donc principalement d'une huile de palme raffinée destinée à l'alimentation humaine — un ingrédient omniprésent dans l'industrie agroalimentaire européenne (biscuiterie, pâtisserie, margarines, plats préparés).

La période 2015–2025 est marquée par des dynamiques structurelles majeures : la montée en puissance de la réglementation européenne sur la durabilité de l'huile de palme (critères de la RED II, puis Règlement européen sur la déforestation), la crise de la COVID-19, la flambée des prix des matières premières en 2021–2022, et l'invasion de l'Ukraine par la Russie avec les sanctions qui ont suivi. Ce rapport propose une analyse des principaux mouvements observables dans les données commerciales de l'UE pour ce produit.


1. Un déficit commercial en forte expansion sous l'effet combiné de volumes et de prix en hausse

1.1 Les importations européennes ont progressé de 162 % en valeur, sous l'effet cumulé d'une hausse de 59 % des volumes et de 65 % des prix

Entre 2015 et 2025, les importations de l'UE en huile de palme raffinée ont connu une progression spectaculaire, tant en volume qu'en valeur. Le volume importé est passé de 373,8 kt à 595,2 kt (+59,3 %), tandis que le prix moyen à l'importation est grimpé de 730 à 1 202 €/t (+64,8 %). L'effet combiné de ces deux facteurs a porté la facture d'importation de 272,7 M€ à 715,5 M€, soit une multiplication par 2,6.

Il convient de noter que le prix moyen des importations a atteint un maximum de 1 439 €/t au cours de la période, très probablement en 2022, au pic de la crise énergétique et des matières premières. Le prix de 2025 (1 202 €/t) reste néanmoins très supérieur au niveau de 2015, ce qui suggère un effet d'inflation structurelle sur ce marché.

Indicateur — Importations 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 272,7 715,5 +162,4 %
Volume (kt) 373,8 595,2 +59,3 %
Prix moyen (€/t) 730 1 202 +64,8 %

1.2 Les exportations ont vu leur volume chuter de 58 % ; seule l'appréciation des prix unitaires (+110 %) a contenu le recul de leur valeur à −12 %

Le mouvement inverse est observable à l'export : les quantités expédiées vers le reste du monde se sont effondrées, passant de 157,6 kt à 65,6 kt (−58,4 %). Les exportations ont atteint un maximum intermédiaire de 186,6 kt avant de décliner fortement. Toutefois, le prix moyen à l'exportation a plus que doublé, passant de 724 à 1 524 €/t (+110,4 %), ce qui a largement amorti le choc en valeur : les recettes d'exportation n'ont reculé « que » de 12,4 %, de 114,1 M€ à 100,0 M€.

L'écart croissant entre le prix d'exportation (1 524 €/t) et le prix d'importation (1 202 €/t) en 2025 — soit une prime de 27 % — pourrait refléter une spécialisation croissante des exportations de l'UE sur des fractions à plus forte valeur ajoutée ou sur des marchés de destination à prix élevés.

Indicateur — Exportations 2015 2025 Variation
Valeur (M€) 114,1 100,0 −12,4 %
Volume (kt) 157,6 65,6 −58,4 %
Prix moyen (€/t) 724 1 524 +110,4 %

1.3 Le déficit commercial s'est creusé de 159 à 616 M€, et la dépendance nette aux importations est passée de 36 % à 49 %

La convergence de ces deux dynamiques — importations en forte hausse et exportations en recul — a mécaniquement conduit à un creusement considérable du déficit commercial. Le solde est passé de −158,6 M€ en 2015 à −615,6 M€ en 2025, soit une multiplication par 3,9.

En parallèle, l'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de 35,7 % à 48,7 % (+36,4 %). L'intensité commerciale a également progressé, de 41,9 % à 56,1 %, tandis que la propension à l'exportation est passée de 6,1 % à 10,0 % — signe que l'UE exporte une part croissante de sa production, mais que cela ne suffit pas à compenser la montée des importations.


2. Une géographie des approvisionnements de plus en plus polarisée autour de l'Indonésie et de la Malaisie

2.1 L'Indonésie a multiplié ses livraisons par 4,4, dépassant la Malaisie pour devenir le premier fournisseur de l'UE

La carte des approvisionnements a été profondément remaniée sur la période. En 2015, la Malaisie dominait avec 149,9 M€ d'importations (55,0 % du total), devant l'Indonésie (76,1 M€, soit 27,9 %). En 2025, l'Indonésie est devenue le premier fournisseur avec 332,3 M€ (+336,7 %), représentant 46,4 % du total, tandis que la Malaisie, bien qu'en hausse en valeur absolue (268,5 M€, +79,1 %), a vu sa part relative reculer à 37,5 %.

Ce basculement s'explique par la croissance beaucoup plus rapide des volumes indonésiens. L'Indonésie, premier producteur mondial d'huile de palme, a manifestement accru ses parts de marché dans le segment raffiné destiné à l'UE, possiblement en lien avec le développement de capacités de raffinage sur place et des politiques de restriction des exportations de matière brute.

Fournisseur 2015 (M€) Part 2025 (M€) Part Variation
Indonésie 76,1 27,9 % 332,3 46,4 % +336,7 %
Malaisie 149,9 55,0 % 268,5 37,5 % +79,1 %
Royaume-Uni 4,7 1,7 % 44,1 6,2 % +829,7 %
Papouasie-N.-Guinée 30,0 11,0 % 0,04 0,0 % −99,9 %
Équateur 1,0 0,4 % 6,5 0,9 % +536,3 %
Turquie 0,3 0,1 % 9,1 1,3 % +3 215 %

Note : la forte progression des importations en provenance du Royaume-Uni (+830 %) s'explique en grande partie par le Brexit — les échanges UE-Royaume-Uni, auparavant comptabilisés comme flux intra-UE, apparaissent désormais dans les statistiques extra-UE à partir de 2021.

2.2 La Papouasie-Nouvelle-Guinée, fournisseur majeur en 2015, a quasi disparu du marché européen

Parmi les évolutions les plus frappantes, l'effondrement des importations en provenance de Papouasie-Nouvelle-Guinée retient l'attention : ce pays, troisième fournisseur de l'UE en 2015 avec 30,0 M€ (11,0 % du total), a pratiquement disparu des flux en 2025 (0,04 M€, soit −99,9 %). Cette chute pourrait être liée à la mise en œuvre progressive des critères de durabilité de la RED II, qui ont conduit certains opérateurs européens à se réorienter vers des sources d'approvisionnement certifiées, ou à des changements dans les schémas commerciaux locaux.

D'autres fournisseurs historiques secondaires — le Brésil, l'Égypte, la Colombie — présentent des coefficients de variation très élevés (1,30 pour le Brésil, 1,62 pour la Colombie), témoignant de flux irréguliers et d'une relation commerciale instable. À l'inverse, la Malaisie fait figure de fournisseur remarquablement stable (CV de 0,06), tandis que l'Indonésie présente une volatilité modérée (CV de 0,40).

De nouveaux partenaires émergents occupent désormais le vide laissé par la Papouasie-Nouvelle-Guinée : la Turquie (de 0,3 à 9,1 M€, +3 215 %), l'Équateur (de 1,0 à 6,5 M€, +536 %) et la catégorie résiduelle des « pays et territoires non spécifiés » (de 0,04 à 50,3 M€).

2.3 Un indice HHI durablement élevé et une volatilité marquée sur les petits fournisseurs révèlent les fragilités de l'approvisionnement

L'indice de concentration Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations est passé de 3 930 à 4 179 (+6,3 %). Ces niveaux, bien supérieurs au seuil de 2 500 habituellement retenu pour qualifier un marché de « hautement concentré », confirment une dépendance structurelle vis-à-vis d'un nombre très restreint de fournisseurs. La légère progression de l'HHI indique que la concentration s'est même accrue au fil du temps.

Côté exportations, le HHI a progressé plus nettement, de 3 538 à 4 327 (+22,3 %), ce qui traduit une concentration des débouchés à l'export.

La matrice de volatilité par partenaire met en évidence un contraste saisissant entre la stabilité des grands fournisseurs (Malaisie CV = 0,06, Indonésie CV = 0,40) et l'extrême instabilité des petits (Honduras CV = 2,29, Colombie CV = 1,62, Singapour CV = 1,39). Quelques chocs de prix ponctuels ont été détectés, notamment sur Singapour en 2018 (décalage de prix de +2 388 %) et sur le Bélarus en 2018 (+942 %), mais ces événements concernent des flux de faible ampleur (moins de 0,3 % de la valeur totale) et n'ont pas remis en cause les équilibres globaux du marché.


3. Reconfiguration des flux intra-UE et impact des chocs géopolitiques sur les échanges

3.1 L'Italie, les Pays-Bas et l'Irlande émergent comme les principaux pôles d'importation, tandis que le rôle d'exportateur des Pays-Bas s'érode

Au sein de l'UE, la répartition des importations entre États membres a connu une transformation significative. L'Italie est passée de 76,1 M€ à 275,1 M€ (+261,7 %), consolidant sa position de premier importateur européen, sans doute en lien avec l'importance de son industrie agroalimentaire (biscuits, confiserie, chocolat). Les Pays-Bas ont connu la progression la plus spectaculaire en termes relatifs (+652 %), passant de 16,4 M€ à 123,7 M€, reflétant le rôle de hub logistique du port de Rotterdam. L'Irlande a vu ses importations bondir de 1,6 M€ à 63,2 M€ (+3 816 %), une progression remarquable qui pourrait être liée à la présence de grandes multinationales agroalimentaires sur son territoire.

État membre (import.) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Italie 76,1 275,1 +261,7 %
Pays-Bas 16,4 123,7 +652,3 %
Grèce 46,2 85,8 +85,9 %
Irlande 1,6 63,2 +3 816 %
Danemark 39,7 49,1 +23,8 %
Allemagne 7,1 19,6 +178,6 %

À l'exportation, le mouvement est inverse pour les Pays-Bas : premier exportateur de l'UE en 2015 avec 63,4 M€, ils sont redescendus à 35,0 M€ (−44,8 %), perdant près de la moitié de leur activité à l'export. L'Allemagne, deuxième exportateur, a également reculé (de 34,5 M€ à 28,8 M€, −16,4 %). En revanche, la Suède a connu une progression remarquable (+379 %), passant de 1,8 M€ à 8,8 M€.

En 2025, les indices de spécialisation confirment que les Pays-Bas demeurent le pays le plus spécialisé (RCA de 3,88, RSCA de 0,59), suivis du Danemark (RCA 2,56) et de l'Italie (RCA 1,92). À l'inverse, la France, avec un RSCA de −0,96 et un RCA de 0,02, apparaît comme le grand État membre le moins spécialisé dans ce produit.

3.2 Les exportations vers la Russie se sont effondrées de 88 %, vraisemblablement sous l'effet des sanctions post-2022

L'un des changements les plus marquants de la période concerne la Russie : deuxième destination des exportations de l'UE en 2015 avec 47,1 M€, le pays n'occupait plus que la cinquième position en 2025 avec 5,6 M€, soit un recul de 88,2 %. Ce déclin brutal, qui s'est accéléré à partir de 2022, est très probablement lié aux sanctions économiques imposées par l'UE à la suite de l'invasion de l'Ukraine, combinées à des contre-sanctions russes et à une réorientation des flux commerciaux.

Paradoxalement, les exportations vers l'Ukraine ont progressé de 534 000 € à 5,2 M€ (+867 %), tandis que les exportations vers la Serbie ont augmenté de 6,4 M€ à 8,8 M€ (+37,8 %), suggérant un possible détournement partiel de flux vers les marchés des Balkans et de l'Europe de l'Est non-membres de l'UE. Le Royaume-Uni demeure la première destination à l'export (64,5 M€, +33,8 %), confirmant la proximité commerciale persistante malgré le Brexit.

Destination (export.) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 48,2 64,5 +33,8 %
Russie 47,1 5,6 −88,2 %
Serbie 6,4 8,8 +37,8 %
Ukraine 0,5 5,2 +867 %

3.3 La production intra-UE a progressé de 28 % en volume, insuffisamment pour réduire la dépendance aux fournisseurs tiers

Les données de production intra-UE montrent une évolution contrastée. En volume, la production de l'UE est passée de 1,24 Mt en 2015 à 1,59 Mt en 2025 (+28,4 %), après avoir atteint un pic intermédiaire de 3,19 Mt. En valeur, la progression a été bien plus forte, de 753 M€ à 1 771 M€ (+135 %), là encore après un maximum de 2 507 M€. L'écart entre la croissance des volumes (+28 %) et celle de la valeur (+135 %) confirme l'impact majeur de la hausse des prix sur le chiffre d'affaires de la filière.

Cependant, cette croissance de la production domestique reste nettement insuffisante pour répondre à l'augmentation de la demande apparente. Le recul des exportations (−58 % en volume) et la hausse des importations (+59 %) indiquent que l'UE s'est détournée progressivement de son rôle de réexportateur net pour devenir un marché de plus en plus dépendant des fournisseurs tiers. L'indicateur de dépendance nette aux importations, passé de 35,7 % à 48,7 %, illustre cette trajectoire.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen de l'huile de palme raffinée (CN 15119099) a été marqué par trois grandes dynamiques convergentes :

  1. Une détérioration spectaculaire du solde commercial, avec un déficit multiplié par 3,9 (de 159 à 616 M€), alimenté à la fois par la hausse des volumes importés (+59 %) et par l'inflation des prix (+65 %). La dépendance nette aux importations a franchi le seuil des 48 %.

  2. Une polarisation croissante autour de l'Indonésie et de la Malaisie, qui concentrent désormais 84 % des importations, tandis que des fournisseurs historiques comme la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont quasi disparu. La forte concentration du marché (HHI > 4 000) constitue une vulnérabilité structurelle.

  3. Une reconfiguration des flux intra-UE, avec la montée en puissance de l'Italie, des Pays-Bas et de l'Irlande comme pôles d'importation, le déclin du rôle de réexportation des Pays-Bas, et l'impact brutal des sanctions sur les échanges avec la Russie.

À l'horizon, la mise en application du Règlement européen sur la déforestation (EUDR) pourrait accentuer ces tendances en imposant des exigences de traçabilité renforcées, susceptibles de favoriser les fournisseurs les mieux structurés — au premier rang desquels la Malaisie et l'Indonésie — tout en marginalisant davantage les petits producteurs incapables de se conformer aux nouvelles normes. La dépendance de l'UE à l'égard d'un nombre restreint de fournisseurs, dans un contexte de prix structurellement élevés, restera un enjeu majeur de politique commerciale.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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