Évolution du marché : Huile de palme (CN 151190) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 151190 — Huile de palme et ses fractions, même raffinées, mais non chimiquement modifiées (à l'excl. de l'huile de palme brute) — sur la période 2015–2025. Ce code regroupe des fractions solides (stéarine, oléine en conditionnement petit et grand format) et des fractions fluides destinées à des usages alimentaires ou techniques/industriels, toutes raffinées mais non chimiquement modifiées. L'analyse s'appuie sur les données de la vue d'ensemble du commerce, de la structure du marché, de la volatilité et des indicateurs d'autonomie et vulnérabilité.
La période 2015–2025 est marquée par trois dynamiques majeures : une hausse spectaculaire des prix moyens à l'importation et à l'exportation, une reconfiguration géographique des flux commerciaux, et des mutations structurelles en termes de production intérieure et de composition des segments produits. Ces tendances s'inscrivent dans le contexte plus large de la crise des matières premières de 2021–2022, de la pandémie de Covid-19, et des politiques européennes de durabilité en matière d'huile de palme (notamment le règlement sur la déforestation).
1. La transformation des termes de l'échange : une décennie de hausse des prix et d'érosion des volumes
1.1 Les prix moyens à l'importation ont bondi de 74,9 % sur la période
Le prix moyen à l'importation de l'huile de palme raffinée (code 151190) est passé de 671 EUR/t en 2015 à 1 175 EUR/t en 2025, soit une hausse de 74,9 %. Ce mouvement n'a pas été linéaire : après un creux en 2016 (618 EUR/t, le minimum de la période), les prix ont entamé une ascension régulière, culminant à 1 280 EUR/t en 2022 avant de se stabiliser légèrement au-dessus de 1 170 EUR/t en 2024–2025.
| Indicateur | 2015 | 2016 (min) | 2022 (max) | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Prix moyen import (EUR/t) | 671 | 618 | 1 280 | 1 175 | +74,9 % |
| Prix moyen export (EUR/t) | 782 | — | — | 1 619 | +107,1 % |
| Valeur import (M EUR) | 1 194 | 1 072 | 2 966 | 1 717 | +43,8 % |
| Quantité import (kt) | 1 779 | — | — | 1 462 | −17,8 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2 Les volumes importés ont reculé de 17,8 % tandis que la valeur a augmenté de 43,8 %
Ce paradoxe — valeur en hausse, volume en baisse — constitue le trait dominant de la période. Les importations sont passées de 1 779 kt à 1 462 kt (−17,8 %), tandis que la valeur en euros progressait de 1,194 milliard à 1,717 milliard d'euros (+43,8 %). Ce phénomène signifie que l'UE a payé davantage pour des quantités moindres, ce qui reflète à la fois la hausse des cours mondiaux de l'huile de palme et la perte de pouvoir d'achat de l'euro vis-à-vis des monnaies des pays exportateurs (dollar malaisien, roupie indonésienne). Le pic de valeur a été atteint en 2022 (2,966 milliards d'euros), année de la crise énergétique et alimentaire mondiale, pour une quantité d'environ 2 235 kt.
1.3 Les exportations de l'UE ont subi un effondrement volumique de 53,6 %
Les exportations de l'UE vers les pays tiers ont vu leur volume passer de 189 kt en 2015 à 88 kt en 2025 (−53,6 %). En valeur, le recul est plus modéré (−3,9 %), passant de 148 à 142 millions d'euros, grâce à la hausse des prix d'exportation qui a littéralement doublé (de 782 à 1 619 EUR/t, soit +107,1 %). Ce recul des volumes exportés peut s'expliquer par plusieurs facteurs concurrents : la hausse de la demande intérieure de l'UE (liée à la production agroalimentaire), la compétitivité accrue des exportateurs asiatiques directs vers les marchés tiers, et l'impact des sanctions contre la Russie (principal client historique de l'UE, dont les exportations ont chuté de 86,8 %).
1.4 La période 2021–2022 constitue un pic de prix exceptionnel
L'analyse par sous-segment produit confirme l'ampleur de la hausse des prix au cours de la crise 2021–2022. Le prix moyen à l'importation de l'huile de palme pour usages techniques/industriels (CN 15119091) est passé de 635 EUR/t en 2015 à 1 174 EUR/t en 2022 (+85 %), avant de se stabiliser autour de 1 046 EUR/t en 2025. De manière similaire, les fractions solides en conditionnement > 1 kg (CN 15119019) ont vu leur prix augmenter de 691 à 1 391 EUR/t entre 2015 et 2022 (+101 %), et les fractions fluides pour usages alimentaires (CN 15119099) de 730 à 1 439 EUR/t (+97 %).
| Sous-segment (CN) | Prix 2015 (EUR/t) | Prix 2022 (EUR/t) | Prix 2025 (EUR/t) | Variation 2015→2022 |
|---|---|---|---|---|
| 15119091 — Usages techniques | 635 | 1 174 | 1 046 | +85 % |
| 15119019 — Solides, > 1 kg | 691 | 1 391 | 1 229 | +101 % |
| 15119099 — Fluides, alimentaire | 730 | 1 439 | 1 202 | +97 % |
| 15119011 — Solides, ≤ 1 kg | 4 920 | 1 721 | 2 709 | −65 % |
Source : Segmentation par produit
La forte hausse des prix à l'importation comme à l'exportation s'explique par la convergence de facteurs mondiaux : la flambée des cours des huiles végétales en 2021–2022 (propagée depuis le conflit en Ukraine et la crise de l'huile de tournesol), les perturbations logistiques post-Covid, et la politique malaisienne et indonésienne de restriction des exportations d'huile de palme brute en 2022.
2. Reconfiguration géographique : concentration des approvisionnements et effondrement du commerce avec la Russie
2.1 L'Indonésie et la Malaisie dominent les importations, avec des trajectoires divergentes
L'approvisionnement de l'UE en huile de palme raffinée repose principalement sur deux fournisseurs asiatiques. L'Indonésie a fourni 805 millions d'euros d'importations en 2025 (premier fournisseur), en hausse modeste de 3,3 % par rapport à 2015 (779 M EUR), après un pic spectaculaire à 1 907 M EUR en 2022. La Malaisie, second fournisseur, a vu ses exportations vers l'UE bondir de 107,9 %, passant de 344 à 715 millions d'euros, avec un pic à 966 M EUR en 2022. La montée en puissance de la Malaisie par rapport à l'Indonésie peut refléter les restrictions à l'exportation d'huile de palme brute imposées par Jakarta en 2022, qui ont redirigé une partie de la demande européenne vers la Malaisie pour des produits raffinés.
| Partenaire (import) | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2022 (max, M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Indonésie | 779 | 1 907 | 805 | +3,3 % |
| Malaisie | 344 | 966 | 715 | +107,9 % |
| Royaume-Uni | 9 | — | 44 | +394,2 % |
| Colombie | 7 | — | 15 | +108,4 % |
| Papouasie-Nouvelle-Guinée | 32 | — | 2 | −94,3 % |
Source : Partenaires par valeur
2.2 L'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) confirme une diversification progressive des importations
L'indice de concentration des importations en valeur est passé de 5 095 à 4 208 (−17,4 %), et en volume de 5 434 à 4 341 (−20,1 %). Ces valeurs restent dans la catégorie d'une concentration modérée à élevée (au sens de la classification courante de l'HHI), mais la tendance baissière indique une diversification des sources d'approvisionnement. Cette diversification est en partie artificielle : la catégorie « pays et territoires non spécifiés » a bondi de 67 217 EUR à 53,8 M EUR, ce qui peut refléter des réexportations via des hubs logistiques ou des transactions opaques.
2.3 L'effondrement des exportations vers la Russie : un choc géopolitique majeur
Le partenaire exportateur le plus affecté sur la période est la Russie. Les exportations de l'UE vers la Fédération de Russie sont passées de 51,9 M EUR en 2015 à 6,8 M EUR en 2025 (−86,8 %). Le creux a été atteint en 2025 (6,8 M EUR, le minimum de la période), ce qui reflète directement l'impact des sanctions économiques imposées à la Russie à partir de 2022. Avant les sanctions, la Russie représentait le second client de l'UE en valeur.
| Partenaire (export) | Valeur 2015 (M EUR) | Valeur 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 54,6 | 84,0 | +53,9 % |
| Russie | 51,9 | 6,8 | −86,8 % |
| Serbie | 8,0 | 13,1 | +64,5 % |
| Ukraine | 0,7 | 7,9 | +1 107 % |
| Uruguay | 12,7 | 1,5 | −88,0 % |
| Suisse | 7,5 | 1,9 | −74,2 % |
Source : Partenaires par valeur
2.4 L'Italie, l'Espagne et les Pays-Bas concentrent les importations intra-UE
Au sein de l'UE, les importations de CN 151190 sont dominées par un petit nombre d'États membres. L'Italie reste le premier importateur avec 593 M EUR en 2025 (en hausse de 20,5 % par rapport à 2015), suivie des Pays-Bas (363 M EUR, +179 %) et de l'Espagne (125 M EUR, −38,7 %). La progression spectaculaire des Pays-Bas s'explique vraisemblablement par leur rôle de hub logistique européen (Rotterdam). En revanche, l'Espagne a vu ses importations se contracter significativement, passant de 204 à 125 M EUR.
| État membre | Import 2015 (M EUR) | Import 2025 (M EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Italie | 492 | 593 | +20,5 % |
| Pays-Bas | 130 | 363 | +179 % |
| Espagne | 204 | 125 | −38,7 % |
| Allemagne | 55 | 130 | +137 % |
| Danemark | 77 | 125 | +61,8 % |
| Grèce | 55 | 108 | +95,6 % |
| Suède | 72 | 67 | −6,5 % |
Source : États membres par valeur
3. Mutations structurelles : production intérieure, segmentation et vulnérabilité accrue
3.1 La production intérieure de l'UE a progressé de 28,4 % en volume et de 135 % en valeur
L'UE produit elle-même de l'huile de palme raffinée (code Prodcom 10.41.57.00). La production est passée de 1 235 millions de kg en 2015 à 1 585 millions de kg en 2025 (+28,4 %), avec un pic à 3 187 millions de kg au cours de la période. En valeur, la progression est encore plus marquée : de 753 M EUR à 1 771 M EUR (+135 %), avec un maximum à 2 507 M EUR. Cette croissance de la production intérieure s'inscrit dans un mouvement de relocalisation partielle du raffinage sur le territoire européen, les États membres important davantage d'huile de palme brute (CN 151110) pour la raffiner localement plutôt que d'importer le produit fini.
| Indicateur production | 2015 | Maximum | 2025 | Variation 2015→2025 |
|---|---|---|---|---|
| Volume (millions kg) | 1 235 | 3 187 | 1 585 | +28,4 % |
| Valeur (M EUR) | 753 | 2 507 | 1 771 | +135 % |
Source : Volumes de production
3.2 Les fractions solides et l'huile pour usages alimentaires gagnent en importance relative
L'analyse des sous-segments à l'importation révèle un changement structurel dans la composition des flux. L'huile de palme pour usages techniques/industriels (CN 15119091), qui représentait 51,6 % du volume importé en 2015 (917 kt), ne représente plus que 23,9 % en 2025 (349 kt). En parallèle, les fractions fluides pour usages alimentaires (CN 15119099) ont progressé de 374 kt à 595 kt (+59 %), et les fractions solides en conditionnement > 1 kg (CN 15119019) sont restées stables autour de 516 kt. Ce basculement peut refléter l'impact de la réglementation européenne sur l'utilisation d'huile de palme dans les biocarburants (RED II), qui a réduit la demande pour les usages techniques tout en maintenant — voire en renforçant — la demande alimentaire.
| Sous-segment (CN) | Import 2015 (kt) | Import 2025 (kt) | Part 2015 | Part 2025 | Variation |
|---|---|---|---|---|---|
| 15119091 — Usages techniques | 917 | 349 | 51,6 % | 23,9 % | −62 % |
| 15119019 — Solides, > 1 kg | 488 | 518 | 27,4 % | 35,4 % | +6,1 % |
| 15119099 — Fluides, alimentaire | 374 | 595 | 21,0 % | 40,7 % | +59 % |
| 15119011 — Solides, ≤ 1 kg | 0,4 | 0,1 | < 0,1 % | < 0,1 % | −70 % |
Source : Segmentation par produit
3.3 La dépendance nette aux importations a augmenté de 36,4 %
Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 35,7 % en 2015 à 48,7 % en 2025 (+36,4 %), après un creux à 19,6 % et un pic à 55,0 % au cours de la période. Cette hausse de la dépendance coïncide paradoxalement avec la croissance de la production intérieure : elle signifie que la production locale n'a pas suivi le rythme de la demande globale, ou que les volumes exportés par l'UE ont diminué plus vite que la production n'a augmenté. En effet, les exportations ont chuté de 189 kt à 88 kt (−53,6 %), ce qui creuse le déficit commercial.
Le taux d'intensité commerciale a progressé de 41,9 % à 56,1 %, et la propension à exporter de 6,1 % à 10,0 % (+65,1 %), ce dernier indicateur étant celui dont la salience est la plus élevée (score de 105,1). Cela indique que l'UE est devenue un acteur plus actif mais aussi plus vulnérable sur ce marché.
3.4 La spécialisation intra-UE reste très inégale
L'analyse de la spécialisation comparative (RSCA) montre que seuls quelques États membres se spécialisent dans l'huile de palme raffinée. Le Danemark (RSCA = 0,606, RCA = 4,08) et les Pays-Bas (RSCA = 0,581, RCA = 3,78) sont les plus spécialisés, ce qui correspond à leur rôle de plateformes de raffinage et de redistribution. À l'inverse, la France (RSCA = −0,972), la Hongrie (RSCA = −0,997) et la Slovaquie (RSCA = −0,994) sont les moins spécialisées, avec des taux de production quasi nuls par rapport à leur commerce total.
3.5 La volatilité des flux révèle des risques de concentration sur quelques partenaires
Les indices de variation (coefficient de variation) confirment une volatilité élevée pour certains partenaires. À l'importation, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (CV = 1,12) et le Honduras (CV = 1,96) présentent les plus fortes variations, ce qui rend ces sources d'approvisionnement peu fiables. À l'exportation, le Brésil (CV = 0,92), le Sénégal (CV = 1,40) et l'Algérie (CV = 1,25) affichent les plus fortes instabilités. En revanche, les partenaires structurants — Indonésie (CV = 0,30), Malaisie (CV = 0,14) à l'importation, Royaume-Uni (CV = 0,26) à l'exportation — offrent une stabilité relative, ce qui rassure quant à la fiabilité des principaux flux commerciaux.
Conclusion
Le marché européen de l'huile de palme raffinée (CN 151190) a profondément évolué entre 2015 et 2025. Les trois dynamiques identifiées convergent vers un même constat : l'UE paie plus cher pour importer moins, tout en devenant plus dépendante de sources d'approvisionnement demeurant concentrées sur l'Asie du Sud-Est.
La hausse des prix (+74,9 % à l'importation, +107,1 % à l'exportation) a partiellement masqué l'érosion des volumes, mais elle a amplifié la facture commerciale — le déficit commercial est passé de 1,05 à 1,58 milliard d'euros. La reconfiguration géographique, marquée par l'effondrement du commerce avec la Russie (−86,8 %) et la montée de la Malaisie comme fournisseur alternatif, traduit l'impact direct des sanctions géopolitiques et des politiques d'exportation des pays producteurs.
Enfin, les mutations structurelles — déclin des usages techniques au profit des usages alimentaires, croissance de la production intérieure mais insuffisante pour combler le déficit, et concentration persistante de la spécialisation sur quelques États membres — dessinent un marché dont la vulnérabilité s'est accrue malgré des tentatives de diversification. La mise en application du règlement européen sur la déforestation (EUDR) devrait constituer le prochain facteur structurant de cette évolution, en renforçant les exigences de traçabilité et en reconfigurant potentiellement les chaînes d'approvisionnement vers des fournisseurs certifiés.