Évolution du marché : Graines de légumes, à ensemencer (CN 120991) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 120991 couvre l'ensemble des graines de légumes à ensemencer, un segment stratégique de la filière semences. Il se décompose en deux sous-positions : les graines de betteraves à salade (NC 12099130) et les autres graines de légumes (NC 12099180), cette dernière représentant plus de 98 % de la valeur échangée. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne s'affirme comme un acteur majeur et structurellement excédentaire de ce marché mondial : les exportations vers les pays hors UE atteignent 1 903 M€ en 2025, contre 986 M€ en 2015, soit une progression de 93,1 % en valeur (Vue d'ensemble du commerce). L'excédent commercial passe dans le même temps de 598 M€ à 1 266 M€ (+111,7 %). Ce rapport analyse les dynamiques à l'œuvre en s'appuyant exclusivement sur les données disponibles, en identifiant trois grands axes : la primauté de la hausse des prix sur les volumes, le rôle structurant des Pays-Bas et la diversification des partenaires, ainsi que la volatilité et les chocs de prix sur certains marchés.
1. Une trajectoire de valeur tirée par les prix plutôt que par les volumes
1.1 Les exportations stagnent en volume mais doublent en valeur
L'un des faits marquants de la période est le décalage prononcé entre l'évolution des volumes exportés et celle de la valeur. Le tonnage exporté par l'UE vers les pays tiers reste remarquablement stable, oscillant entre 22 069 tonnes (2024) et 33 520 tonnes (2018), avec une variation globale de −4,3 % entre 2015 et 2025. En revanche, la valeur des exportations progresse de 986 M€ à 1 903 M€ (+93,1 %). Le prix moyen à l'exportation passe ainsi de 39 212 €/t en 2015 à 79 160 €/t en 2025, soit un doublement (+101,9 %). Ce phénomène s'explique vraisemblablement par la montée en gamme des variétés exportées, la consolidation du pouvoir de marché des semenciers européens et, plus récemment, des pressions inflationnistes sur les coûts de production (Vue d'ensemble du commerce).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportations (M€) | 985,6 | 1 903,3 | +93,1 % |
| Volume exportations (tonnes) | 25 130 | 24 040 | −4,3 % |
| Prix moyen exportations (€/t) | 39 212 | 79 160 | +101,9 % |
1.2 Les importations suivent une trajectoire similaire, mais à un rythme moindre
Du côté des importations, la hausse des prix est également nette mais moins ample : le prix moyen à l'importation passe de 31 567 €/t à 49 147 €/t (+55,7 %). Les volumes importés restent contenus, progressant de 12 267 tonnes à 12 962 tonnes (+5,7 %), avec un pic à 17 969 tonnes en 2018. La valeur des importations progresse de 388 M€ à 637 M€ (+64,4 %). L'écart de prix entre importations et exportations (49 147 €/t contre 79 160 €/t en 2025) confirme que l'UE exporte des semences à forte valeur ajoutée tout en important des graines de moindre valeur unitaire, probablement destinées à des cultures moins exigeantes ou à des segments de marché concurrentiels.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur importations (M€) | 387,6 | 637,4 | +64,4 % |
| Volume importations (tonnes) | 12 267 | 12 962 | +5,7 % |
| Prix moyen importations (€/t) | 31 567 | 49 147 | +55,7 % |
1.3 Le segment des betteraves à salade reste marginal mais connaît une forte croissance
Le code NC 120991 se décompose en deux sous-produits. Le segment principal, NC 12099180 (graines de légumes hors betteraves), représente 98,5 % de la valeur des importations et 99,4 % de celle des exportations en 2025. Le segment des graines de betteraves à salade (NC 12099130), bien que modeste en valeur absolue (9,5 M€ à l'import, 13,2 M€ à l'export en 2025), affiche une croissance spectaculaire à l'exportation : de 3,0 M€ à 13,2 M€ (+342 %), contre +92 % pour le segment principal. Cela pourrait refléter un intérêt croissant pour les variétés de betteraves rouges dans l'alimentation et la restauration à l'échelle mondiale (Comparaison par produit).
| Sous-produit | Exports 2015 (M€) | Exports 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| NC 12099180 (hors betteraves) | 984,5 | 1 892,7 | +92,3 % |
| NC 12099130 (betteraves) | 3,0 | 13,2 | +341,8 % |
2. Un marché dominé par les Pays-Bas et en voie de diversification géographique
2.1 Les Pays-Bas, pôle incontesté de la filière semences européennes
Les données de spécialisation confirment le rôle central des Pays-Bas dans ce secteur. Avec un indice de spécialisation révélé (RSCA) de 0,63 et un indice d'avantage comparatif (RCA) de 4,35 en 2025, les Pays-Bas affichent une avance considérable sur tous les autres États membres. Ils concentrent 63,2 % de la part de production européenne de graines de légumes à ensemencer, tout en ne représentant que 14,5 % du commerce total de l'UE dans ce segment. Les exportations néerlandaises hors UE passent de 695 M€ à 1 399 M€ (+101,3 %) sur la période, consolidant une position quasi-monopolistique dans la chaîne de valeur (Spécialisation des États membres).
| État membre | RSCA (2025) | RCA (2025) | Part production UE | Part exports UE |
|---|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 0,626 | 4,351 | 63,2 % | 14,5 % |
| France | 0,446 | 2,611 | 20,4 % | 7,8 % |
| Danemark | 0,106 | 1,237 | 2,1 % | 1,7 % |
| Espagne | −0,263 | 0,583 | 3,4 % | 5,8 % |
| Italie | −0,310 | 0,527 | 4,2 % | 8,0 % |
La France se positionne en second, avec un RSCA de 0,45 et un RCA de 2,61, pour 20,4 % de la production européenne. Ses exportations hors UE progressent de 146 M€ à 255 M€ (+75,0 %). L'Allemagne, en revanche, malgré un poids important dans le commerce total de l'UE (21,2 %), n'a pas d'avantage comparatif (RSCA de −0,77), ce qui suggère un rôle davantage de pays de transit ou de consommation que de production spécialisée.
2.2 Le Mexique et le Maroc, marchés d'exportation en forte ascension
L'analyse des partenaires à l'exportation révèle des trajectoires très contrastées. Les trois marchés connaissant la plus forte croissance en valeur sont :
- Mexique : de 52 M€ à 238 M€ (+353,0 %), devenant le premier marché d'exportation de l'UE en 2025 devant les États-Unis ;
- Maroc : de 35 M€ à 97 M€ (+179,1 %) ;
- Chine : de 33 M€ à 91 M€ (+176,8 %).
Les États-Unis demeurent un partenaire majeur avec 198 M€ en 2025 (+55,8 %), tandis que les exportations vers le Royaume-Uni reculent de 62 M€ à 54 M€ (−13,0 %), probablement sous l'effet du Brexit. La Turquie confirme son rôle de marché clé avec 120 M€ (+41,8 %) (Principaux partenaires à l'exportation).
| Partenaire | Exports 2015 (M€) | Exports 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Mexique | 52,5 | 237,7 | +353,0 % |
| Maroc | 34,8 | 97,1 | +179,1 % |
| Chine | 32,9 | 91,0 | +176,8 % |
| Turquie | 84,8 | 120,2 | +41,8 % |
| États-Unis | 127,2 | 198,2 | +55,8 % |
| Royaume-Uni | 61,9 | 53,9 | −13,0 % |
2.3 L'Inde émerge comme fournisseur d'importation tandis que l'HHI se réduit
Du côté des importations, la concentration géographique diminue nettement : l'indice Herfindahl-Hirschman (HHI) en valeur passe de 1 014 en 2015 à 782 en 2025 (−22,8 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement. Les États-Unis restent le premier fournisseur (100 M€, +13,6 %), suivis de la Chine (71 M€, +39,4 %). Mais c'est l'Inde qui connaît la progression la plus spectaculaire, passant de 9,4 M€ à 56,0 M€ (+496 %), se hissant au rang de fournisseur significatif. Le Pérou (59 M€) et le Chili (59 M€) confirment leur rôle structurant dans l'approvisionnement en semences de l'hémisphère sud (Principaux partenaires à l'importation).
| Fournisseur | Imports 2015 (M€) | Imports 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Inde | 9,4 | 56,0 | +496,0 % |
| Australie | 14,4 | 22,9 | +59,1 % |
| Chine | 51,1 | 71,3 | +39,4 % |
| Nouvelle-Zélande | 25,8 | 34,7 | +34,4 % |
| États-Unis | 88,0 | 100,0 | +13,6 % |
Au sein de l'UE, les Pays-Bas importent le plus (462 M€ en 2025, +81,5 %), suivis de la France (68 M€, +49,7 %) et de l'Italie (35 M€, +47,4 %). La Hongrie affiche une croissance remarquable (+135,8 %), passant de 1,8 M€ à 4,3 M€ (Principaux déclarants).
3. Volatilité marquée et chocs de prix sur des segments spécifiques du marché
3.1 Des chocs de prix détectés sur les flux vers le Maroc, la Norvège et la Nouvelle-Zélande
L'analyse de volatilité révèle plusieurs événements de prix atypiques sur les exportations européennes. Le choc le plus prononcé concerne les exportations vers le Maroc en 2023 : les prix bondissent de +563,7 % par rapport au niveau de référence (2021–2022), avec une anormalité de 56,4. Simultanément, les volumes s'effondrent à 408 tonnes contre une moyenne de base de 2 636 tonnes. Ce phénomène peut s'expliquer par une rupture d'approvisionnement en volumes standards combinée à des ventes de variétés à très haute valeur ajoutée (Chocs de prix et volatilité).
| Marché | Type | Année choc | Décalage prix | Décalage volume | Valeur share |
|---|---|---|---|---|---|
| Maroc (export) | Prix | 2023 | +563,7 % | −84,5 % | 6,2 % |
| Norvège (export) | Prix | 2020 | +333,2 % | −75,1 % | 0,8 % |
| Nouvelle-Zélande (export) | Prix | 2023 | +158,7 % | −72,5 % | 0,9 % |
| Ukraine (import) | Prix | 2020 | +36,6 % | −33,0 % | 2,8 % |
3.2 L'Ukraine, un fournisseur aux volumes fortement volatils
Les importations en provenance d'Ukraine présentent le coefficient de variation le plus élevé parmi les principaux partenaires (CV de 0,43 sur les volumes), avec des quantités fluctuant entre 1 145 tonnes (2021) et 4 836 tonnes (2024). En 2020, un choc de prix est détecté avec une hausse de +36,6 % par rapport à la moyenne 2018–2019, les volumes ayant simultanément chuté de 33 %. La reprise de 2023–2024 (3 357 et 4 836 tonnes) pourrait refléter une réorientation des flux ukrainiens suite au conflit, mais la volatilité du prix moyen (entre 1 899 €/t et 3 086 €/t selon les années) reste élevée (Volatilité des importations).
3.3 Le Royaume-Uni et la Russie : des partenaires marqués par des ruptures
Les importations britanniques en provenance de l'UE montrent un coefficient de variation extrême (1,36), avec un pic de 6 129 tonnes en 2018 suivi d'un effondrement à 197 tonnes en 2021. Ce schéma est cohérent avec les perturbations liées au Brexit et aux reconfigurations logistiques. Du côté des exportations vers la Fédération de Russie, un choc de prix est détecté en 2022 (+44,8 %), suivi d'une chute des volumes de 1 181 tonnes à 404 tonnes en 2024, possiblement liée aux sanctions économiques et aux restrictions commerciales post-2022.
| Partenaire | Flux | CV volumes | Phénomène |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Imports UE | 1,36 | Pic 2018 puis effondrement |
| Ukraine | Imports UE | 0,43 | Forte volatilité structurelle |
| Féd. de Russie | Exports UE | 0,28 | Choc prix 2022 + chute volumes 2024 |
| Algérie | Exports UE | 0,93 | Déclin continu des volumes |
Conclusion
Le marché des graines de légumes à ensemencer (CN 120991) présente, sur la décennie 2015–2025, une dynamique essentiellement portée par la valeur plutôt que par les volumes. Les exportations de l'UE ont presque doublé en valeur (+93 %) alors que les tonnages demeuraient stables, traduisant un doublement des prix moyens à l'exportation. Ce phénomène reflète à la fois la montée en gamme variétale et la capacité des semenciers européens — néerlandais en tête — à capter de la valeur dans la chaîne mondiale.
La concentration structurelle sur les Pays-Bas (63 % de la production, RCA de 4,35) constitue à la fois une force et un risque systémique. En parallèle, la diversification des partenaires commerciaux se poursuit, tant à l'exportation (essor du Mexique, du Maroc, de la Chine et de l'Inde) qu'à l'importation (réduction de l'HHI de 1 014 à 782).
Enfin, les données révèlent une volatilité préoccupante sur certains corridors commerciaux : les chocs de prix sur les flux vers le Maroc, la Norvège et la Nouvelle-Zélande, ainsi que l'instabilité des importations ukrainiennes et les perturbations post-Brexit avec le Royaume-Uni, soulignent la nécessité d'une surveillance attentive des risques d'approvisionnement et de débouchés dans ce secteur stratégique pour l'agriculture européenne.