Évolution du marché : Fruits à coque préparés (CN 200819) — 2015–2025
Introduction
Le code nomenclature combinée 200819 couvre les fruits à coque et autres graines — y compris les mélanges — préparés ou conservés (hors arachides, conserves au vinaigre, confits au sucre et confitures). Ce périmètre résiduel au sein du sous-groupe 2008 englobe une diversité de sous-produits, des noix de cajou en vrac aux mélanges grillés conditionnés en petits emballages. Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde pour ce code a connu des mutations profondes : croissance spectaculaire des exportations, recomposition des partenaires d'approvisionnement et renforcement de la production intra-européenne. Le présent rapport propose une analyse structurée de ces dynamiques à partir des données d'ensemble du commerce de la CN 200819.
I. Une croissance vigoureuse des exportations européennes, tirée par les marchés hors UE
La valeur des exportations a progressé de 64,5 % sur la décennie
Entre 2015 et 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers sont passées de 252,3 M€ à 415,0 M€, soit une hausse de 64,5 %. En volume, la progression est de 57,9 % (de 30 104 t à 47 523 t). Les prix moyens à l'exportation sont restés relativement stables (+4,2 %), ce qui signifie que la croissance est avant tout volumique. Aperçu des flux
Le Royaume-Uni, la Suisse et les États-Unis absorbent l'essentiel de la progression
| Partenaire export | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 101,4 | 146,3 | +44,2 % |
| Suisse | 34,0 | 76,7 | +125,9 % |
| États-Unis | 11,5 | 45,9 | +299,8 % |
| Norvège | 9,5 | 21,5 | +125,3 % |
| Maroc | 2,4 | 7,6 | +213,6 % |
| Serbie | 1,5 | 6,7 | +352,8 % |
Source : principaux partenaires à l'exportation
Le Royaume-Uni demeure de loin le premier débouché, avec 146,3 M€ en 2025. La Suisse a plus que doublé ses importations en provenance de l'UE. Le cas le plus remarquable est celui des États-Unis, dont les achats ont été multipliés par quatre, passant de 11,5 M€ à 45,9 M€. À l'inverse, les exportations vers la Russie ont reculé de 58,7 % (de 16,8 M€ à 6,9 M€), probablement en lien avec les sanctions commerciales post-2022.
Les États membres les plus dynamiques à l'export
L'Italie est devenue le premier exportateur intra-UE avec 115,4 M€ en 2025 (+108,1 %), dépassant l'Allemagne (85,3 M€, +48,3 %). Les Pays-Bas ont connu une progression spectaculaire (+302,1 %), tandis que l'Espagne (+35,6 %) et la Belgique (+75,8 %) consolident leur position. Principaux reporters à l'exportation
II. Une recomposition des sources d'importation autour de la Turquie, avec l'émergence de nouveaux fournisseurs
Les importations stagnent en valeur malgré une hausse des volumes
Les importations de l'UE en provenance de pays tiers ont diminué en valeur de 1 065,2 M€ à 953,8 M€ (–10,5 %), alors que les volumes importés ont augmenté de 21,6 % (de 120 601 t à 146 593 t). Cette divergence s'explique par une baisse significative des prix moyens à l'importation (–26,3 %, passant de 8 832 €/t à 6 506 €/t). Le prix minimum observé sur la période (4 548 €/t) reflète vraisemblablement un effondrement conjoncturel autour de 2020–2021. Aperçu des importations
La Turquie reste le fournisseur dominant mais perd des parts
La Turquie demeure le premier partenaire d'importation avec 723,4 M€ en 2025, mais a connu un déclin de 21,4 % par rapport à son niveau de 2015 (920,4 M€). Son poids dans les importations de la CN 200819 reste cependant considérable, en lien avec la position de leader mondial de la Turquie dans la production de noisettes, d'amandes et de pistaches transformées.
| Partenaire import | Valeur 2015 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Turquie | 920,4 | 723,4 | –21,4 % |
| Chine | 11,6 | 25,6 | +121,5 % |
| Féd. de Russie | 13,9 | 14,9 | +7,4 % |
| Royaume-Uni | 57,5 | 17,2 | –70,1 % |
| Liban | 7,4 | 14,7 | +98,3 % |
| Moldavie | 0,5 | 16,7 | +3 333 % |
| Israël | 3,5 | 8,3 | +137,4 % |
Source : principaux partenaires à l'importation
L'émergence de nouveaux fournisseurs : le cas spectaculaire de la Moldavie
La progression la plus frappante est celle de la Moldavie, dont les exportations vers l'UE sont passées de 0,5 M€ en 2015 à 16,7 M€ en 2025 (+3 333 %). Cette trajectoire s'inscrit dans le contexte de l'approfondissement de l'accord d'association UE-Moldavie et du développement de la filière noix dans ce pays. La Chine (+121,5 %), le Liban (+98,3 %) et Israël (+137,4 %) confirment également leur montée en puissance. Le recul des importations en provenance du Royaume-Uni (–70,1 %) est quant à lui largement lié au Brexit et au rétablissement de formalités douanières.
L'Allemagne, principal importateur intra-UE, voit sa position se stabiliser
L'Allemagne demeure le premier État membre importateur (362,7 M€ en 2025), mais a connu un recul de 22,8 %. L'Italie a en revanche triplé ses importations (de 38,8 M€ à 118,3 M€, +205 %), devenant le deuxième importateur devant les Pays-Bas (111,9 M€, +46,4 %). La Pologne a vu ses importations chuter de 62,6 %, tandis que l'Autriche a connu un repli de 54,8 %. Principaux reporters à l'importation
III. Une réduction significative de la dépendance extérieure, portée par le développement de la production européenne
Le déficit commercial se réduit de 33,7 %
Le solde commercial de l'UE pour la CN 200819 reste structurellement déficitaire, mais s'est amélioré de manière notable : il est passé de –812,9 M€ en 2015 à –538,8 M€ en 2025, soit une réduction de 33,7 %. Le minimum du déficit (–334,9 M€) a été atteint au cours de la période, avant un léger creusement vers 2025. Données générales
La dépendance aux importations recule nettement
L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de 18,1 % à 11,7 % (–35,6 %), avec un minimum à 9,4 % au cours de la période. Cette amélioration traduit la dynamique conjointe d'une production européenne en forte hausse et d'une progression des exportations. Dépendance aux importations
La production intra-UE a été multipliée par près de trois en volume
Les données de production PRODCOM révèlent une expansion remarquable de la capacité de transformation européenne :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Production (kg) | 304 612 048 | 850 000 000 | +179,0 % |
| Valeur de production (€) | 675 056 381 | 3 900 000 000 | +477,7 % |
Source : volumes de production
La valeur de production a progressé encore plus vite que les volumes (+477,7 % vs +179,0 %), ce qui reflète à la fois une inflation des prix des matières premières et un mouvement de montée en gamme. La propension à exporter a fortement augmenté (+40,1 %), signe que l'industrie européenne de transformation des fruits à coque s'internationalise. Propension à l'exportation
Une concentration des importations en baisse, des exportations stables
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a diminué de 7 503 à 5 802 (–22,7 %), signe d'une diversification des sources d'approvisionnement. Côté exportations, l'HHI reste modéré et quasi stable (de 1 950 à 1 774), indiquant une répartition relativement dispersée des débouchés. Indices de concentration
La structure des sous-produits : les gros conditionnements dominent les importations
Les deux sous-codes principaux des importations sont le 20081919 (fruits à coque en emballages > 1 kg) et le 20081999 (emballages ≤ 1 kg). Le premier représente environ 90 000 t en 2025 (valeur : 680 M€), le second environ 33 500 t (valeur : 125 M€). Les amandes et pistaches grillées en gros emballages (20081913) et les fruits à coques grillés (20081993) ont connu des hausses de prix marquées, respectivement +22,6 % et +3,1 % en valeur unitaire. Structure des segments de produits
Spécialisation et vulnérabilité : des profils contrastés au sein de l'UE
Le Luxembourg affiche le plus fort indice de spécialisation à l'exportation (RSCA : 0,85), suivi de la Lituanie, de la Bulgarie et de la Grèce — pays disposant d'une tradition de culture et de transformation de fruits à coque. À l'opposé, l'Irelande, la Finlande et la Suède présentent les indices les plus faibles, confirmant leur dépendance quasi-totale aux importations. Indice de spécialisation
Conclusion
Sur la période 2015–2025, le commerce de l'UE pour la CN 200819 témoigne d'un marché en pleine maturation. Trois tendances dominent : (1) une expansion vigoureuse des exportations, portées par le Royaume-Uni, la Suisse et les États-Unis, qui traduit la montée en compétitivité de l'industrie européenne de transformation ; (2) une recomposition des flux d'importation, avec un recul relatif de la Turquie et l'émergence de nouveaux fournisseurs (Moldavie, Chine, Liban) dans un contexte de diversification géographique ; (3) un renforcement substantiel de l'autonomie européenne, comme en attestent la quasi-triplication de la production intra-UE et la réduction d'un tiers du déficit commercial.
La baisse des prix à l'importation (–26,3 %) combinée à la hausse des prix de production (+477,7 % en valeur) suggère que l'industrie européenne se positionne de plus en plus sur des segments à plus forte valeur ajoutée, tandis que les importations portent davantage sur des volumes de base. La volatilité des échanges avec certains partenaires (coefficient de variation de 0,95 pour le Vietnam, 0,60 pour la Moldavie) rappelle que ce marché reste exposé à des chocs d'approvisionnement, même si la diversification en cours atténue ce risque structurel.