Évolution du marché : Fruits à coque et graines préparés (CN 20081919) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport analyse l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne (UE) pour le code douanier 20081919, qui couvre les fruits à coque et autres graines préparés ou conservés en emballages immédiats de plus d'un kilogramme (hors catégories spécifiques comme les arachides, amandes et pistaches grillées, et certains fruits tropicaux). La période d'étude s'étend de 2015 à 2025. L'analyse se fonde sur les données de valeur, volume, prix, partenaires et structure de production afin d'identifier les dynamiques majeures du marché. Le secteur a connu des transformations significatives, marquées par un rééquilibrage de la balance commerciale, une restructuration des partenaires et une montée en puissance de la production intra-européenne.
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1. Reconfiguration des flux et réduction du déficit commercial
L'UE a substantiellement réduit son déficit commercial sur ce segment, principalement par une baisse des importations en valeur et une croissance soutenue des exportations.
1.1. Une contraction significative de la valeur des importations
La valeur des importations de l'UE en provenance de pays tiers a diminué de 26,9 % entre 2015 et 2025, passant de 930 millions d'euros à 680 millions d'euros. Cette baisse est le résultat de prix à l'importation nettement inférieurs (-30,6 %) et ce malgré une légère hausse des volumes (+5,4 %). Le point le plus bas a été atteint autour de 2020-2021, avec une valeur d'environ 441 millions d'euros.
1.2. Des exportations européennes dynamiques
À l'inverse, la valeur des exportations de l'UE vers le reste du monde a augmenté de 24,8 % sur la période, atteignant près de 80 millions d'euros en 2025. Cette croissance est avant tout tirée par une forte hausse des volumes exportés (+50,0 %), qui ont compensé la baisse des prix moyens à l'exportation (-16,8 %).
1.3. Un déficit commercial en fort repli
Le solde commercial négatif s'est ainsi resserré de 30,7 %, passant de -866 millions d'euros à -601 millions d'euros. Le déficit minimal a été observé autour de 2021 (-398 millions d'euros), indiquant un point de retournement de la tendance.
Évolution des échanges et de la balance commerciale
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation (%) |
|---|---|---|---|
| Importations (valeur, M€) | 930,2 | 680,3 | -26,9 |
| Exportations (valeur, M€) | 63,8 | 79,6 | +24,8 |
| Solde commercial (M€) | -866,5 | -600,8 | +30,7 (réduction) |
2. Diversification et consolidation de la structure du marché
La période a été marquée par une modification des principaux partenaires commerciaux et par une spécialisation accrue de certains États membres de l'UE dans la production.
2.1. La Turquie, pilier des importations mais avec une concentration stable
La Turquie demeure le principal fournisseur de l'UE, représentant plus de 90 % de la valeur des importations. Cependant, sa valeur a diminué de 26,9 % entre 2015 et 2025. L'Indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est resté très élevé (environ 8 590 en 2025), confirmant une concentration extrême des sources d'approvisionnement. En parallèle, des fournisseurs secondaires comme l'Inde, le Liban ou Israël ont vu leur part augmenter de manière significative.
2.2. Une géographie des exportations européenne réorientée
Le Royaume-Uni est devenu la première destination des exportations de l'UE (+57,6 %), talonné par la Suisse (+89,2 %). À l'inverse, les exportations vers la Russie se sont effondrées (-89,2 %), très probablement en lien avec les sanctions. Des destinations comme le Maroc ont connu une croissance spectaculaire (+1 046 %).
2.3. Montée en puissance de la production intra-européenne
La production de l'UE (code Prodcom 10.39.23.90) a connu une expansion majeure, avec une augmentation de 179 % des volumes (de 304 612 à 850 000 tonnes) et de 477 % de sa valeur (de 675 M€ à 3,9 Mrd €) entre 2015 et 2025. Cette dynamique explique en grande partie la baisse de la dépendance aux importations. L'Italie et l'Espagne sont les États membres les plus spécialisés (RSCA élevé) et dominent la production européenne.
Analyse des partenaires et de la concentration
Top 3 des partenaires à l'importation (valeur 2025)
| Partenaire | Valeur (M€) | Évolution 2015-2025 (%) |
|---|---|---|
| Turquie | 630,3 | -26,9 |
| Géorgie | 12,5 | +51,0 |
| Chine | 5,5 | +23,0 |
3. Vulnérabilité atténuée mais persistance de chocs spécifiques
Malgré une amélioration globale de l'autonomie de l'UE, le secteur reste exposé à des volatilités liées à certains partenaires et à des événements imprévus.
3.1. Une dépendance nette aux importations en forte baisse
Le taux de dépendance nette aux importations a baissé de 18,1 % à 11,7 % sur la période, avec un minimum autour de 9,4 % récemment. Cette tendance reflète la montée en puissance de la production européenne et la réduction du déficit. L'intensité commerciale (rapport des échanges au marché intérieur) est restée relativement stable, tandis que la propension à exporter a augmenté de 40 %, soulignant la compétitivité croissante de l'UE sur ce créneau.
3.2. Volatilité marquée sur des corridors d'échange spécifiques
Les coefficients de variation (CV) révèlent des niveaux de volatilité très hétérogènes. Les importations depuis le Vietnam ou la Jordanie sont extrêmement volatiles (CV > 0,95), tout comme les exportations vers le Maroc et l'Arabie Saoudite (CV > 1,07). À l'opposé, le flux avec la Turquie, bien que dominant, fait preuve d'une remarquable stabilité (CV = 0,07 à l'import).
3.3. L'impact ponctuel de chocs sur les prix
Un événement de choc majeur a été détecté : une hausse anormale des prix à l'exportation vers le Canada en 2021, avec une augmentation de 23,5 % et une valeur inhabituelle (abnormalité de 2,7). Ce type de choc peut traduire des perturbations logistiques, des changements de qualité ou une spéculation temporaire.
Indicateurs de volatilité et chocs identifiés
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen des fruits à coque et graines préparés (CN 20081919) a subi une profonde transformation. L'UE est passée d'une situation de forte dépendance à celle d'un acteur renforcé, caractérisée par une production intérieure en plein essor, une réduction marquée de son déficit commercial et une réorientation de ses partenaires à l'export. Si la concentration des importations sur la Turquie demeure élevée, la baisse concomitante de la dépendance nette et la montée en puissance de pays comme l'Italie, l'Espagne ou la Bulgarie attestent d'une plus grande autonomie. Le principal risque réside désormais dans la volatilité liée à des corridors commerciaux secondaires, tandis que les chocs de prix, bien que ponctuels, rappellent la nécessité de diversifier les approvisionnements et de maîtriser les coûts de production. La période a donc été marquée par un rééquilibrage structurel au profit de l'industrie agroalimentaire européenne.