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Évolution du marché : Fonte brute (CN 72011090) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 72011090 couvre les fontes brutes non alliées, en gueuses, saumons ou autres formes primaires, à teneur en phosphore ≤ 0,5 % et en manganèse < 0,1 %. Il s'agit d'un produit intermédiaire fondamental de la chaîne sidérurgique, servant de matière première pour la fabrication d'acier. Entre 2015 et 2025, le marché européen de ce produit a connu des transformations profondes : effondrement de la production intérieure de l'UE, dépendance croissante vis-à-vis des importations, recomposition des partenaires d'approvisionnement sous l'effet de chocs géopolitiques, et forte hausse des prix. Le présent rapport s'appuie sur les données de commerce extérieur de l'UE pour analyser ces dynamiques sur la période 2015–2025.


1. L'effondrement de la production intérieure et la dépendance structurelle aux importations

La caractéristique la plus marquante de la période étudiée est le recul brutal de la production européenne de fonte brute, qui s'est accompagné d'une dépendance accrue de l'UE vis-à-vis des fournisseurs tiers.

Une production européenne en chute libre

Selon les données de production disponibles (volumes de production), la quantité produite dans l'UE est passée de 29 842 millions de kg en 2015 à seulement 800 millions de kg en 2025, soit un recul de 97,3 %. En valeur, le déclin est tout aussi spectaculaire : de 2 038 M€ à 400 M€ (−80,4 %). Ce phénomène traduit la vague de fermetures de hauts-fourneaux en Europe, accélérée par les politiques de décarbonation, la crise énergétique de 2022 et la faiblesse structurelle de la compétitivité européenne sur les aciers primaires.

Une dépendance nette aux importations en forte hausse

Le taux de dépendance nette aux importations est passé de 46,2 % en 2015 à 67,7 % en 2025 (+46,5 %), avec un pic à 73,2 % atteint au cours de la période. Autrement dit, près des deux tiers de la fonte brute consommée dans l'UE proviennent désormais de sources extérieures à l'Union. En parallèle, l'intensité commerciale a grimpé de 47,3 % à 71,2 %, confirmant l'ancrage du marché européen dans le commerce mondial pour ce produit.

Des volumes importés qui reflètent la contraction de la demande sidérurgique

Malgré cette dépendance accrue, les volumes importés ont en réalité diminué, passant de 1,53 million de tonnes à 1,31 million de tonnes (−14,6 %). Le maximum historique (2,15 Mt) a été atteint durant la période, avant de refluer. Cette contraction s'explique par le ralentissement de l'activité sidérurgique européenne (demande d'acier atone, délocalisations) et la transition vers des procédés à four électrique (EAF) qui utilisent davantage de ferraille que de fonte brute.

L'Italie, pivot central des importations européennes

Au sein de l'UE, la répartition des importations s'est considérablement modifiée (principaux importateurs) :

État membre 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Italie 109,9 229,9 +109,2
Pays-Bas 128,2 146,6 +14,3
Lettonie 0,2 31,1 +13 330,8
Allemagne 63,3 10,6 −83,2
Pologne 44,3 10,1 −77,3
Belgique 34,7 20,5 −41,0
Espagne 42,8 26,4 −38,4

L'Italie a doublé ses achats et concentre désormais la plus grande part des importations de l'UE, en lien avec la persistance de hauts-fourneaux sur son territoire (notamment le groupe Arvedi et d'anciens sites Ilva/AMT). La Lettonie est apparue comme un hub logistique majeur, probablement en tant que plateforme de réexportation vers le marché intérieur. À l'inverse, l'Allemagne et la Pologne ont drastiquement réduit leurs importations, reflétant la fermeture d'installations sidérurgiques intégrées et le passage à des procédés moins dépendants de la fonte brute.


2. La recomposition géopolitique des chaînes d'approvisionnement

La décennie 2015–2025 a profondément remodelé la géographie des fournisseurs de fonte brute de l'UE, sous l'effet conjugué de la guerre en Ukraine, des sanctions internationales et de la recherche de diversification.

La Russie : un fournisseur dominant mais désormais fragilisé

La Fédération de Russie demeure de loin le premier fournisseur de l'UE, avec des importations passées de 248 M€ (2015) à 231 M€ (2025), soit une baisse modeste de 7 %. Cependant, cette stabilité apparente masque une trajectoire volatile : les importations en provenance de Russie ont atteint un maximum de 448 M€ avant de refluer, probablement sous l'effet des sanctions européennes adoptées à partir de 2022. En part de marché, la Russie reste néanmoins le partenaire dominant, représentant près de la moitié de la valeur des importations de l'UE en 2025.

L'effondrement des importations en provenance d'Ukraine

Les importations en provenance d'Ukraine ont chuté de 55,9 M€ à 17,6 M€ (−68,5 %), avec un coefficient de variation de 0,59, le plus élevé parmi les principaux fournisseurs. Cette volatilité extrême et ce déclin s'expliquent directement par le déclenchement de la guerre en février 2022 et la destruction ou la mise hors service de plusieurs combinats sidérurgiques ukrainiens (notamment Marioupol).

Le Brésil et l'Afrique du Sud, bénéficiaires de la reconfiguration

Face aux perturbations des approvisionnements est-européens, l'UE s'est tournée vers des sources alternatives :

Partenaire 2015 (M€) 2025 (M€) Variation (%)
Brésil 88,2 125,5 +42,2
Afrique du Sud 45,8 63,3 +38,4
Norvège 18,9 25,4 +34,6
Canada 12,7 23,1 +81,6

Le Brésil a consolidé sa position de deuxième fournisseur, tandis que l'Afrique du Sud, la Norvège et le Canada ont tous fortement accru leurs livraisons. Le Canada affiche la plus forte progression (+81,6 %), bien que depuis un niveau plus modeste.

Une concentration des importations en légère baisse

L'indice de concentration HHI des importations (en valeur) est passé de 3 258 à 3 020 (−7,3 %), demeurant dans la zone de concentration élevée (> 2 500). Cette légère désagrégation reflète la diversification partielle des approvisionnements, mais le marché reste structurellement dominé par la Russie.

La spécialisation inégale des États membres

L'analyse des avantages comparatifs révélés (RCA) en 2025 fait apparaître un contraste frappant :

État membre RCA RSCA Part de la production UE (%)
Lettonie 66,7 0,97 22,3
Pays-Bas 3,1 0,51 45,3
Belgique 0,97 −0,01 8,3
Italie 0,91 −0,05 7,3
France 0,008 −0,98 0,06
Roumanie 0,0 −1,0 0,0

Les Pays-Bas concentrent à eux seuls 45,3 % de la production déclarée de l'UE, tandis que la Lettonie affiche un RCA exceptionnel (66,7) qui, compte tenu de sa faible part dans la production totale (22,3 %) mais de la très forte progression de ses importations, suggère un rôle de plateforme de transit. À l'inverse, la France et la Roumanie ont une spécialisation quasi nulle dans ce produit, confirmant la désindustrialisation de la filière fonte brute dans ces pays.


3. Prix, chocs et volatilité : un marché sous tension structurelle

La période 2015–2025 a été marquée par une forte hausse des prix et des épisodes de volatilité intense, reflétant la conjonction de chocs d'offre et de demandes structurelles.

Une hausse généralisée des prix unitaires

Les prix moyens ont significativement augmenté sur la période, tant à l'import qu'à l'export :

Indicateur 2015 (€/t) 2025 (€/t) Min (€/t) Max (€/t) Variation (%)
Prix à l'importation 313,9 380,3 232,1 609,3 +21,2
Prix à l'exportation 399,8 573,0 283,4 812,8 +43,3

Le prix d'exportation a augmenté plus fortement (+43,3 %) que le prix d'importation (+21,2 %), ce qui suggère que la fonte brute européenne — désormais plus rare — se positionne sur un segment de qualité supérieure ou bénéficie d'un effet de pénurie relative. Le prix d'importation a culminé à 609 €/t, tandis que le prix d'exportation a atteint 813 €/t, ces pics coïncidant avec la période 2021–2022 de tensions extrêmes sur les marchés des matières premières.

Le choc de prix russe de 2021 : un événement d'amplitude exceptionnelle

L'analyse des chocs détectés révèle un événement majeur centré sur 2021 :

Entité Type de choc Sens Anomalie Variation (%) Part de valeur (%)
Féd. de Russie Prix Importations 11,6 +54,6 61,6
Türkiye Prix Exportations 2,9 +62,2 6,2
Islande Offre Exportations 2,5 −95,8 3,8

Le choc de prix sur les importations russes (anomalie de 11,6, soit un écart extrême par rapport à la normale) est de loin l'événement le plus significatif de la période. En 2021, les prix des matières premières ont connu une flambée mondiale post-COVID, amplifiée par les tensions logistiques et la reprise de la demande chinoise. La Russie, en tant que fournisseur dominant, a transmis ce choc de manière disproportionnée au marché européen, avec une hausse de prix de 54,6 % représentant 61,6 % de la valeur totale des importations cette année-là.

Une volatilité différenciée selon les partenaires

Les mesures de volatilité (coefficient de variation) révèlent des disparités marquées :

Importations — partenaires les plus volatils :

Partenaire CV
Chine 1,50
Inde 0,90
Ukraine 0,59
Royaume-Uni (export.) 0,55
Russie 0,27

Exportations — partenaires les plus volatils :

Partenaire CV
Albanie 1,73
Türkiye 1,38
Norvège 0,94
Bosnie-Herzégovine 0,91
Macédoine du Nord 0,83

La Chine (CV = 1,50) et l'Inde (CV = 0,90) figurent parmi les fournisseurs les plus volatils, ce qui s'explique par le caractère sporadique de leurs livraisons (faibles volumes, fluctuations importantes). L'Ukraine (CV = 0,59) affiche une volatilité élevée directement liée au conflit armé. Du côté des exportations, l'Albanie (CV = 1,73) et la Turquie (CV = 1,38) présentent les plus fortes instabilités, reflétant la nature ponctuelle et conjoncturelle de ces flux.

Le choc d'offre islandais de 2024

Un troisième événement notable est le choc d'offre sur les exportations vers l'Islande en 2024 : une chute de 95,8 % des livraisons (anomalie de 2,5), suggérant un arrêt quasi complet des flux bilatéraux, possiblement lié à la cessation d'activité d'un site industriel islandais ou à un réacheminement des approvisionnements.


Conclusion

La période 2015–2025 marque une rupture structurelle dans le marché européen de la fonte brute (NC 72011090). La production intérieure de l'UE s'est quasi effondrée (−97 % en volume), entraînant une dépendance nette aux importations portée à près de 68 %. La Russie demeure le fournisseur dominant, mais la guerre en Ukraine et les sanctions ont fragilisé cet approvisionnement, poussant l'UE vers une diversification vers le Brésil, l'Afrique du Sud et le Canada. Les prix ont fortement augmenté, culminant lors du choc de 2021 où les importations russes ont vu leur prix bondir de plus de 54 %. L'Italie est devenue le principal pôle d'importation au sein de l'UE, tandis que l'Allemagne et la Pologne se sont fortement désengagées. À l'horizon, la poursuite de la transition bas-carbone et la montée en puissance des aciers verts (DRI + EAF) pourraient encore réorganiser ce marché, mais la dépendance européenne aux fournisseurs tiers pour la fonte brute reste un enjeu majeur de sécurité d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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