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Évolution du marché : Farines de blé et d'épeautre (CN 11010015) — 2015–2025

Introduction

La farine de froment tendre et d'épeautre (code NC 11010015) constitue un produit de base stratégique dans la chaîne de valeur céréalière européenne. Entre 2015 et 2025, le commerce extérieur de l'Union européenne pour ce produit a connu des transformations profondes : les exportations ont vu leur volume chuter de près de moitié tandis que les importations ont plus que doublé, redessinant les équilibres commerciaux. Ce rapport propose une analyse des dynamiques structurelles qui ont façonné ce marché sur la période, en s'appuyant sur les données d'échanges extra-européens disponibles sur le Tableau de bord du commerce.


1. Un déséquilibre commercial en creusement rapide : la montée des importations face à des exportations en repli

1.1 Les exportations : un volume en chute libre malgré une valeur relativement préservée

Entre 2015 et 2025, les exportations de farine de l'UE vers les pays tiers ont subi un recul quantitatif spectaculaire. Le volume exporté est passé de 774 253 tonnes à 395 606 tonnes, soit une baisse de -48,9 %. Pourtant, sur la même période, la valeur des exportations n'a diminué que de -3,6 % (de 275,9 M€ à 266,0 M€). Cette divergence s'explique par une hausse considérable du prix unitaire, passé de 356 €/t à 672 €/t (+88,7 %). En d'autres termes, l'UE exporte beaucoup moins de farine, mais à un prix nettement plus élevé — un schéma caractéristique d'une perte de compétitivité-prix ou d'un recentrage sur des marchés à plus forte valeur ajoutée.

1.2 Les importations : une dynamique de rattrapage structurel

À l'inverse, les importations de farine en provenance de pays tiers ont connu une trajectoire ascendante marquée. Le volume importé a grimpé de 141 054 tonnes à 284 547 tonnes (+101,7 %), tandis que la valeur est passée de 59,3 M€ à 156,2 M€ (+163,4 %). Le prix unitaire importé a également progressé, de 420 €/t à 549 €/t (+30,6 %), mais dans des proportions moindres que celles observées côté exportations. Cette croissance des importations traduit une demande intérieure européenne qui ne peut plus être entièrement satisfaite par la production domestique, ou qui bénéficie de sources d'approvisionnement compétitives à l'étranger.

1.3 Un excédent commercial divisé par deux

Le solde commercial de l'UE pour la farine de blé et d'épeautre est passé de 216,6 M€ à 109,8 M€, soit une contraction de -49,3 % sur la période. L'UE reste excédentaire, mais cet excédent se réduit considérablement. L'indicateur de dépendance nette aux importations confirme cette tendance : il est passé de -6,3 % à -1,2 %, signifiant que l'UE glisse progressivement vers un quasi-équilibre entre importations et exportations nettes.

Indicateur 2015 2025 Variation
Exportations — volume (t) 774 253 395 606 -48,9 %
Exportations — valeur (M€) 275,9 266,0 -3,6 %
Exportations — prix (€/t) 356 672 +88,7 %
Importations — volume (t) 141 054 284 547 +101,7 %
Importations — valeur (M€) 59,3 156,2 +163,4 %
Importations — prix (€/t) 420 549 +30,6 %
Solde commercial (M€) 216,6 109,8 -49,3 %

Source : vue d'ensemble du commerce


2. Une reconfiguration géographique profonde des flux commerciaux

2.1 Le déclin des exportations vers l'Afrique : la fin d'un modèle historique

La transformation la plus spectaculaire concerne la réorientation des exportations européennes. En 2015, l'Angola constituait le premier partenaire d'exportation de l'UE avec 96,5 M€ de valeur. En 2025, ce chiffre est tombé à 64 000 € — un effacement quasi total (-99,9 %). Le même phénomène frappe la Sierra Leone (de 1,0 M€ à 1 317 €, -99,9 %) et le Congo (de 11,7 M€ à 6,0 M€, -48,3 %). Ces marchés africains, qui représentaient une part majeure des débouchés de la minoterie européenne, se sont donc effondrés. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce recul : la montée en puissance de sources d'approvisionnement concurrentes (Russie, Turquie), la volatilité des marchés d'Afrique subsaharienne, ou des politiques de substitution aux importations dans les pays destinataires. Les indices de volatilité confirment cette instabilité : l'Angola affiche un coefficient de variation de 1,22 et le Congo de 1,18 parmi les plus élevés des partenaires d'exportation.

2.2 Le Royaume-Uni, pivot incontournable des échanges bilatéraux

Le Royaume-Uni joue un rôle central et croissant des deux côtés du commerce de farine de l'UE. À l'exportation, il est passé de 36,3 M€ à 43,9 M€ (+20,8 %), se hissant au rang de premier partenaire d'exportation en 2025 après le déclin de l'Angola. À l'importation, la progression est encore plus marquée : de 44,6 M€ à 108,8 M€ (+143,7 %). Le Royaume-Uni représente désormais à lui seul près de 70 % de la valeur des importations de farine de l'UE. Cette dynamique s'explique en grande partie par les effets du Brexit : la sortie du marché unique a introduit des frictions commerciales qui ont paradoxalement renforcé les flux déclarés (les échanges intra-UE n'étant plus comptabilisés comme tels) et modifié les circuits logistiques de la minoterie européenne. Le Royaume-Uni affiche par ailleurs une faible volatilité (CV de 0,18 à l'import, 0,22 à l'export), ce qui en fait un partenaire stable.

2.3 L'émergence de nouveaux fournisseurs : Ukraine, Serbie et Inde

La décennie 2015–2025 a vu l'apparition de nouveaux partenaires d'importation significatifs. L'Ukraine a connu une croissance extraordinaire : de 86 000 € à 8,0 M€ (+9 231 %), bien que sa volatilité soit très élevée (CV de 1,67). La Serbie a suivi une trajectoire similaire (de 697 K€ à 8,2 M€, +1 074 %), tout comme l'Inde (de 581 K€ à 6,0 M€, +932 %). Ces trois pays illustrent la diversification géographique de l'approvisionnement européen en farine. La forte croissance des importations en provenance d'Ukraine et de Serbie pourrait refléter à la fois des accords commerciaux préférentiels (DCFTA pour l'Ukraine, processus d'adhésion pour la Serbie) et un avantage compétitif lié au coût de production.

Côté exportations, les États-Unis émergent comme un marché dynamique (de 12,3 M€ à 41,4 M€, +238 %), tandis que la Guinée-Bissau connaît des pics irréguliers (de 251 K€ à 4,6 M€, +1 719 %, avec un CV de 0,48).

Partenaire (importations) 2015 (M€) 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 44,6 108,8 +143,7 %
Ukraine 0,1 8,0 +9 231 %
Serbie 0,7 8,2 +1 074 %
Suisse 6,0 9,9 +66,2 %
Inde 0,6 6,0 +931,9 %

[Source : principaux partenaires]

2.4 Une concentration des exportations en forte baisse, des importations plus diversifiées

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les exportations a chuté de 1 529 à 674 (-55,9 %), traduisant une diversification significative des marchés de destination. L'UE ne dépend plus d'un petit nombre de marchés africains dominants. Côté importations, le HHI est passé de 5 804 à 4 975 (-14,3 %), indiquant une légère diversification mais une concentration encore élevée, principalement en raison du poids prépondérant du Royaume-Uni.

[Source : indices de concentration]


3. Production intérieure robuste et spécialisation différenciée : les fondements de la résilience européenne

3.1 Une production européenne en progression, mais à valeur croissante

La production de farine de blé au sein de l'UE est passée d'environ 28,4 milliards de kg à 30,0 milliards de kg entre 2015 et 2025 (+5,7 % en volume). En valeur, la progression est plus marquée : de 7,1 Mds€ à 10,0 Mds€ (+40,6 %), reflétant l'inflation des prix des céréales et de la transformation. Cette croissance de la production domestique permet d'expliquer pourquoi, malgré la chute des exportations et la montée des importations, l'UE demeure excédentaire : la demande intérieure n'a pas crû au même rythme que la production. Néanmoins, l'écart se réduit, ce qui soulève des questions de sécurité d'approvisionnement à moyen terme.

3.2 Une spécialisation géographique au sein de l'UE très inégale

Les indicateurs de spécialisation révèlent des disparités marquées entre États membres. En 2025 :

Pays RSCA RCA Part prod. Part export.
Luxembourg 0,71 5,96 1,9 % 0,3 %
Allemagne 0,29 1,84 38,9 % 21,2 %
Italie 0,26 1,69 13,5 % 8,0 %
Bulgarie 0,21 1,52 1,0 % 0,6 %
Lettonie 0,20 1,49 0,5 % 0,3 %

L'Allemagne et l'Italie dominent la production (respectivement 38,9 % et 13,5 % du total) et disposent d'un avantage comparatif confirmé (RCA > 1). À l'inverse, l'Irlande (RSCA de -0,999, RCA de 0,0004) et Chypre sont quasi exclusivement importateurs, avec une production négligeable. Cette division du travail explique en partie les flux intra-UE importants qui ne sont pas captés par les données extra-européennes.

3.3 Les chocs de prix ponctuels comme révélateurs de fragilités

L'analyse des chocs détectés met en lumière trois événements significatifs :

Partenaire Type de choc Flux Année Décalage Anomalie
Congo Prix Export 2020 +100 % 15,9
Libye Prix Export 2023 +179 % 15,5
Kosovo Prix Export 2022 +71 % 12,9

Ces chocs, tous liés aux prix à l'exportation, se concentrent sur des marchés fragiles (conflits, instabilité politique) et sont apparus entre 2020 et 2023, période marquée par la pandémie de COVID-19 puis le conflit russo-ukrainien. Ils illustrent la vulnérabilité des marchés d'exportation de niche face aux crises géopolitiques et sanitaires, et pourraient partiellement expliquer le recentrage des exportations vers des marchés plus stables comme le Royaume-Uni et les États-Unis.

3.4 Une intensité commerciale et une propension à l'exportation en recul

L'intensité commerciale de l'UE pour ce produit est passée de 6,9 % à 4,5 % (-34,9 %). La propension à exporter a chuté plus fortement encore, de 6,5 % à 2,9 % (-55,4 %). Ces deux indicateurs convergent vers un même constat : l'UE tourne progressivement sa production de farine vers le marché intérieur, tandis que les importations en provenance de pays tiers comblent une part croissante de la demande. Le score de saillance de la propension à exporter (102,5) dépasse celui de l'intensité commerciale (80,4), confirmant que la dynamique exportatrice est le principal vecteur de cette transformation.


Conclusion

Sur la période 2015–2025, le marché européen de la farine de blé et d'épeautre a connu une triple mutation. Premièrement, une inversion des flux : les exportations ont perdu près de la moitié de leur volume tandis que les importations ont plus que doublé, divisant l'excédent commercial par deux. Deuxièmement, une reconfiguration géographique majeure, marquée par l'effacement des marchés africains historiques (Angola, Sierra Leone), la montée du Royaume-Uni comme partenaire central (en lien avec le Brexit), et l'émergence de nouveaux fournisseurs (Ukraine, Serbie, Inde). Troisièmement, la production intérieure européenne reste solide (+5,7 % en volume) et l'UE conserve un avantage comparatif structurel, mais la tendance au repli sur le marché intérieur se confirme.

Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte de hausse généralisée des prix (+88,7 % à l'export, +30,6 % à l'import), de chocs géopolitiques récurrents, et d'une reconfiguration post-Brexit des échanges. L'UE demeure un acteur majeur du marché mondial de la farine, mais sa dépendance relative vis-à-vis des importations s'accroît, ce qui appelle une vigilance accrue sur les questions de sécurité alimentaire et de résilience des chaînes d'approvisionnement.

Généré le 2026-08-08. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

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