Évolution du marché : Ensembles pour femmes (CN 62042990) — 2015–2025
Introduction
Ce rapport examine l'évolution des échanges commerciaux de l'Union européenne avec les pays tiers pour les ensembles de matières textiles pour femmes ou fillettes (nomenclature combinée 62042990) sur la période 2015–2025. Ce produit, qui exclut la laine, les poils fins, le coton, les fibres synthétiques et artificielles, ainsi que les articles en bonneterie et les ensembles de ski et de bain, constitue un segment de niche dans le commerce textile vestimentaire européen.
Les données révèlent une évolution marquée par trois dynamiques principales : la contraction de la production intérieure de l'UE au profit d'une spécialisation accrue dans l'exportation, une recomposition significative des flux commerciaux — tant du côté des fournisseurs que des débouchés —, et une pression désinflationniste qui pèse sur les prix à l'exportation malgré une hausse des volumes. L'UE demeure un exportateur net structurel avec un excédent commercial supérieur à 200 millions d'euros en 2025, mais les équilibres internes du marché se sont profondément transformés.
Vue d'ensemble complète sur le tableau de bord
1. De la production à l'exportation : la transformation structurelle de l'industrie européenne
1.1 Une production intérieure en déclin prononcé
La production de l'UE en ensembles textiles pour femmes a connu une contraction dramatique sur la période étudiée. En volume, la production est passée de 5 024 770 pièces à 2 040 000 pièces, soit une baisse de 59,4 %. En valeur, le recul est également significatif : de 183,6 millions d'euros à 116 millions d'euros (−36,8 %), avec un minimum intermédiaire à 109,2 millions d'euros.
Évolution des volumes de production
1.2 Des exportations en volume croissant malgré la désindustrialisation
Paradoxalement, alors que la production nationale décline, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont progressé en volume. Le poids exporté est passé de 1 240 tonnes à 1 755 tonnes (+41,5 %), et le nombre de pièces exportées de 3 235 333 à 3 912 096 (+20,9 %). Cette divergence suggère une reconfiguration des chaînes de valeur : l'UE importe davantage de composants ou de produits semi-finis pour réexporter des produits à plus forte valeur ajoutée.
| Indicateur exportations | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M EUR) | 242,4 | 225,2 | −7,1 % |
| Volume (tonnes) | 1 240 | 1 755 | +41,5 % |
| Pièces (milliers) | 3 235 | 3 912 | +20,9 % |
| Prix moyen (EUR/t) | 195 472 | 128 325 | −34,4 % |
1.3 L'Italie, pilier incontesté de l'exportation européenne
L'Italie domine massivement les exportations de l'UE pour ce produit, avec une valeur de 215,8 millions d'euros en 2025, stable par rapport à 2015 (215,5 millions d'euros). Elle représente à elle seule la quasi-totalité des ventes extra-européennes. La France, autrefois second exportateur (23,5 millions d'euros en 2015), a vu ses exportations s'effondrer de 74,9 % pour ne plus atteindre que 5,9 millions d'euros. À l'inverse, la Belgique a émergé comme un acteur significatif, passant de 35 000 euros à 1,87 million d'euros (+5 190 %), tandis que la Pologne a connu une progression remarquable de 34 000 euros à 233 000 euros (+584 %).
Spécialisation des pays de l'UE
2. Une recomposition géographique profonde des flux commerciaux
2.1 Du côté des importations : la montée en puissance de la Chine et de la Tunisie
Les importations de l'UE en provenance de pays tiers ont connu une croissance spectaculaire, passant de 3,9 millions d'euros à 10,6 millions d'euros (+167,8 %). Cette hausse masque toutefois un bas volume (de 145 à 311 tonnes), confirmant la nature de niche de ce produit.
La Chine est devenue le premier fournisseur extra-européen, avec une progression de 421,8 % (de 920 000 euros à 4,8 millions d'euros). La Tunisie affiche la plus forte croissance relative (+2 115 %), passant de 49 000 euros à 1,08 million d'euros, ce qui s'explique probablement par le développement de partenariats de sous-traitance dans le bassin méditerranéen. Les États-Unis ont également progressé de 230,5 % pour atteindre 1,02 million d'euros.
| Partenaire (importations UE) | 2015 (EUR) | 2025 (EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| Chine | 920 828 | 4 805 339 | +421,8 % |
| Tunisie | 48 723 | 1 079 203 | +2 115,0 % |
| États-Unis | 310 119 | 1 024 924 | +230,5 % |
| Inde | 267 778 | 728 061 | +171,9 % |
| Royaume-Uni | 1 299 530 | 533 234 | −59,0 % |
| Bangladesh | 294 018 | 80 241 | −72,7 % |
Principaux partenaires à l'importation
Le recul du Royaume-Uni (−59 %) coïncide avec le Brexit et la sortie du marché unique, tandis que le déclin du Bangladesh (−72,7 %) pourrait refléter un redéploiement des chaînes d'approvisionnement vers des fournisseurs plus compétitifs ou plus proches géographiquement.
2.2 Du côté des exportations : la diversification vers de nouveaux marchés
Les destinations des exportations européennes se sont considérablement reconfigurées. La Russie demeure le premier débouché avec 63,5 millions d'euros en 2025, une valeur quasi stable par rapport à 2015 (+1,0 %). Cependant, cette apparente stabilité masque une forte volatilité intermédiaire (minimum à 31,7 millions d'euros, maximum à 99,2 millions d'euros).
Les évolutions les plus marquantes concernent :
- Israël : explosion de +2 348,5 % (de 430 000 euros à 10,5 millions d'euros), devenant le deuxième débouché extra-européen
- Ukraine : doublé (+101,3 %), passant à 27 millions d'euros
- Kazakhstan : progression de 57,8 % pour atteindre 31 millions d'euros
- Hong Kong : déclin de 59,5 %, passant de 51,3 à 20,8 millions d'euros
Principaux partenaires à l'exportation
2.3 Des importations intra-UE concentrées sur la France et l'Allemagne
Au sein de l'UE, la France est de loin le principal importateur de ce produit en provenance de pays tiers, avec une progression spectaculaire de 1 000,6 % (de 616 000 euros à 6,78 millions d'euros). L'Allemagne a connu une hausse similaire en termes relatifs (+558 %). Ces dynamiques suggèrent un recentrage des importations vers les grands marchés de consommation européens.
| Pays de l'UE (importations) | 2015 (EUR) | 2025 (EUR) | Variation |
|---|---|---|---|
| France | 615 913 | 6 778 776 | +1 000,6 % |
| Italie | 1 668 847 | 1 408 088 | −15,6 % |
| Allemagne | 49 187 | 323 720 | +558,1 % |
| Pays-Bas | 121 182 | 397 476 | +228,0 % |
Principaux pays importateurs de l'UE
3. Concentration, volatilité et signaux d'alerte
3.1 Une concentration des importations en hausse, signe de dépendance accrue
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a progressé de 37,1 % en valeur (de 1 842 à 2 525), indiquant une concentration croissante des sources d'approvisionnement. En volume, l'augmentation est encore plus prononcée (+89,4 %). Ce phénomène traduit une dépendance renforcée vis-à-vis d'un nombre réduit de fournisseurs, principalement la Chine. À l'inverse, la concentration des exportations est restée stable (HHI de 1 391 à 1 373), reflétant une diversification relativement réussie des débouchés.
3.2 Une volatilité marquée sur certains corridors commerciaux
Les coefficients de variation (CV) révèlent des niveaux de volatilité très hétérogènes selon les partenaires :
- Importations les plus volatiles : Hong Kong (CV = 1,53), Turquie (1,32), Bangladesh (1,15), Maroc (1,12)
- Exportations les plus volatiles : Kirghizistan (CV = 1,16), Israël (0,75), États-Unis (0,71)
- Exportations les plus stables : Russie (CV = 0,33), Japon (0,40), Suisse (0,46)
3.3 Des chocs identifiés en 2023 : tensions sur les prix à l'importation
L'analyse des chocs détectés révèle trois événements significatifs :
| Événement | Type | Flux | Année | Décalage prix | Part de valeur |
|---|---|---|---|---|---|
| Bangladesh | Prix | Importations | 2023 | +281,4 % | 2,1 % |
| États-Unis | Prix | Importations | 2023 | +57,2 % | 10,5 % |
| Corée du Sud | Prix | Exportations | 2017 | +27,0 % | 12,5 % |
Le choc sur les prix bangladais en 2023 (anomalie de 34,2 écarts-types) est particulièrement remarquable, bien que le volume en jeu soit limité. Celui concernant les États-Unis, avec un décalage de 57,2 % sur un flux représentant 10,5 % de la valeur des importations, est plus significatif d'un point de vue structurel et pourrait refléter des tensions commerciales ou des changements réglementaires.
Conclusion
Le marché des ensembles textiles pour femmes (CN 62042990) a connu une décennie de transformation profonde entre 2015 et 2025. L'Union européenne maintient une position d'exportateur net structurel, avec un excédent commercial de 214,6 millions d'euros en 2025, mais ce dernier a reculé de 10 % par rapport à 2015. La propension à l'exportation reste élevée (326 %), confirmant l'orientation vers les marchés extérieurs de l'industrie européenne de la mode.
Trois tendances majeures se dégagent :
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La désindustrialisation partielle : la production intérieure a chuté de 59 % en volume, tandis que les exportations en poids augmentaient de 41,5 %, suggérant un rôle croissant de l'UE comme plaque tournante du commerce textile plutôt que comme centre de production.
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La géopolitisation des échanges : le Brexit a réduit les flux avec le Royaume-Uni (−59 %), tandis que de nouveaux corridors se sont ouverts vers Israël (+2 349 %), la Tunisie (+2 115 %) et l'Ukraine (+101 %). La Russie reste un partenaire majeur malgré le contexte géopolitique.
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La pression sur les prix : le prix moyen à l'exportation a baissé de 34,4 % (de 195 472 à 128 325 EUR/tonne), tandis que les importations s'orientaient vers des sources à plus faible coût, la Chine consolidant sa position de premier fournisseur.
La spécialisation de l'UE reste concentrée sur quelques pays — la Roumanie (RCA = 8,16), la France (5,38) et l'Italie (3,32) — tandis que l'augmentation de la concentration des importations (HHI +37 %) constitue un signal de vulnérabilité potentielle en cas de disruption des chaînes d'approvisionnement asiatiques.