Évolution du marché : Croquettes pour chiens et chats (CN 23091051) — 2015–2025
Introduction
Le code douanier 23091051 couvre les aliments pour chiens ou chats conditionnés pour la vente au détail, contenant du glucose ou du sirop de glucose, de la maltodextrine ou du sirop de maltodextrine, avec une teneur en amidon ou en fécule supérieure à 30 % et ne contenant pas (ou moins de 10 %) de produits laitiers. Ce segment représente une part significative du marché européen des aliments pour animaux de compagnie.
Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a consolidé sa position de puissance exportatrice nette dans ce segment. Les exportations ont progressé de 55,9 % en valeur (de 520 à 811 millions d'euros), tandis que la balance commerciale s'est creusée de +427 M€ à +678 M€. Ce rapport analyse les dynamiques structurelles qui sous-tendent cette évolution.
1. Une industrie européenne en forte croissance tirée par la valeur plutôt que par le volume
1.1 La production européenne a presque doublé en dix ans
La production de croquettes pour chiens et chats au sein de l'UE a connu une croissance remarquable :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Volume produit (kg) | 5 679 M | 10 118 M | +78,2 % |
| Valeur produite (€) | 5 026 M | 16 500 M | +228,3 % |
L'écart entre la croissance du volume (+78 %) et celle de la valeur (+228 %) traduit une montée en gamme significative du secteur : les fabricants européens produisent davantage, mais surtout des produits à plus forte valeur ajoutée (premiumisation, ingrédients de meilleure qualité, emballages différenciés).
1.2 Les échanges extérieurs suivent cette logique de valeur
Les exportations de l'UE vers le reste du monde illustrent parfaitement cette dynamique :
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur exportée (€) | 520 M | 811 M | +55,9 % |
| Volume exporté (t) | 343 597 | 361 885 | +5,3 % |
| Prix moyen export (€/t) | 1 514 | 2 241 | +48,0 % |
En dix ans, le volume exporté n'a augmenté que modestement (+5 %), tandis que le prix moyen a bondi de près de 50 %. La quasi-totalité de la croissance en valeur provient donc de la hausse des prix unitaires, reflet direct de la premiumisation observée côté production.
1.3 Les importations suivent une trajectoire similaire
Les importations dans l'UE ont progressé de 93 M€ à 133 M€ (+42,3 %), mais le volume importé n'a augmenté que de 4,3 % (de 49 882 à 52 030 tonnes). Le prix moyen d'importation est passé de 1 870 à 2 550 €/t (+36,4 %). L'UE importe donc à des prix supérieurs à ses prix d'exportation, ce qui suggère que les importations proviennent de segments premium ou de niches spécifiques.
2. Une géographie commerciale profondément reconfigurée par le Brexit et les crises géopolitiques
2.1 Le Royaume-Uni, partenaire incontournable mais désormais hors UE
Le Royaume-Uni est de loin le premier partenaire de l'UE dans ce segment, aussi bien à l'import qu'à l'export :
| Flux | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Exportations UE → UK | 160 M€ | 332 M€ | +107,7 % |
| Importations UK → UE | 71 M€ | 76 M€ | +8,1 % |
Le Brexit a paradoxalement renforcé les flux bilatéraux : le Royaume-Uni, désormais hors du marché unique, reste fortement dépendant des croquettes européennes. Les exportations vers le Royaume-Uni représentent désormais 40 % de la valeur totale des exportations extra-UE de ce produit. L'indice de concentration des importations HHI ayant baissé de 32,7 % (de 5 864 à 3 949), l'UE a cependant diversifié ses sources d'approvisionnement.
2.2 L'effondrement des exportations vers la Russie et la montée de l'Ukraine
La guerre en Ukraine a provoqué un basculement géographique majeur :
| Partenaire | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Russie (export) | 41 M€ | 1,5 M€ | −96,4 % |
| Ukraine (export) | 10 M€ | 38 M€ | +285,0 % |
Les exportations vers la Russie se sont effondrées sous l'effet des sanctions commerciales. En miroir, l'Ukraine est devenue un marché de substitution important, avec une multiplication par 3,85 de ses achats à l'UE. Ce réorientement illustre la capacité du secteur à absorber un choc géopolitique majeur.
2.3 L'émergence de nouveaux partenaires importateurs
Trois pays ont émergé significativement dans les sources d'importation de l'UE :
| Partenaire | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Serbie | 7 M€ | 30 M€ | +325 % |
| Chine | 2 M€ | 13 M€ | +599 % |
| Turquie | 0,003 M€ | 2,3 M€ | +92 315 % |
La Serbie, candidat à l'adhésion à l'UE, a bénéficié d'un accès préférentiel au marché. La Chine s'est positionnée comme fournisseur de segments à plus bas prix. La Turquie, bien que partenaire encore modeste en valeur, a connu une progression fulgurante.
3. Une spécialisation centre-européenne et des marchés de destination en recomposition
3.1 Les pays d'Europe centrale, champions de la spécialisation à l'export
Les données de spécialisation (RCA — Revealed Comparative Advantage) révèlent une géographie industrielle claire :
| Pays | RCA | Part dans la production UE | Part dans les exportations UE |
|---|---|---|---|
| Hongrie | 3,25 | 8,7 % | 2,7 % |
| Tchéquie | 2,16 | 10,4 % | 4,8 % |
| Pologne | 1,71 | 11,4 % | 6,6 % |
| Pays-Bas | 1,38 | 20,0 % | 14,5 % |
| Allemagne | 1,29 | 27,3 % | 21,2 % |
La Hongrie, la Tchéquie et la Pologne affichent les indices RCA les plus élevés, signe d'une hyperspécialisation dans ce segment. Ces pays ont profité de coûts de production compétitifs et d'investissements directs étrangers dans l'industrie agroalimentaire. À l'inverse, le Portugal, la Bulgarie et l'Irelande sont les moins spécialisés (RCA < 0,01).
3.2 Des flux intra-UE concentrés sur le couloir Rhin-Danube
Les principaux États membres exportateurs vers les pays tiers sont :
| Pays | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Pays-Bas | 133 M€ | 128 M€ | −3,7 % |
| Allemagne | 74 M€ | 161 M€ | +119,3 % |
| France | 97 M€ | 136 M€ | +41,0 % |
| Hongrie | 51 M€ | 95 M€ | +85,5 % |
| Tchéquie | 42 M€ | 83 M€ | +99,1 % |
| Pologne | 25 M€ | 57 M€ | +125,9 % |
L'Allemagne a doublé ses exportations, dépassant les Pays-Bas pour devenir le premier exportateur européen. La Pologne a plus que doublé les siennes, confirmant l'ascension de l'Europe centrale. La Belgique, en revanche, a vu ses exportations chuter de 64 % (de 55 M€ à 20 M€), témoignant d'une possible relocalisation ou d'une perte de compétitivité.
3.3 Le Japon en déclin relatif, l'Australie et la Norvège en ascension
Côté marchés de destination, les dynamiques divergent :
| Destination | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Japon | 86 M€ | 52 M€ | −39,2 % |
| Australie | 21 M€ | 41 M€ | +92,0 % |
| Norvège | 39 M€ | 59 M€ | +53,0 % |
| Suisse | 39 M€ | 50 M€ | +26,1 % |
Le Japon, deuxième marché extra-UE en 2015, a perdu un tiers de ses achats européens — possiblement au profit de fournisseurs locaux ou asiatiques. L'Australie et la Norvège ont en contrepartie renforcé leur dépendance aux croquettes européennes, ce qui pourrait refléter l'absence d'industrie locale compétitive dans ce segment.
Conclusion
Le marché européen des croquettes pour chiens et chats (CN 23091051) a connu, sur la période 2015–2025, une transformation profonde marquée par trois tendances majeures :
-
Une premiumisation accélérée : la croissance de la valeur (+56 % à l'export) a largement dépassé celle du volume (+5 %), portée par une production européenne dont la valeur a été multipliée par 3,3. L'UE est passée d'un modèle de volumes à un modèle de valeur.
-
Une reconfiguration géopolitique des flux : le Brexit, les sanctions contre la Russie et l'intégration de la Serbie ont redistribué les cartes. Le Royaume-Uni reste le partenaire dominant, mais les pays d'Europe centrale (Pologne, Hongrie, Tchéquie) s'affirment comme pôles de production et d'exportation.
-
Une autonomie renforcée : l'UE est structurellement exportatrice nette (dépendance nette aux importations passée de −6,5 % à −15,3 %), avec une propension à l'exporter qui a bondi de 13 % à 23 % du marché intérieur. L'UE domine désormais ce segment à l'échelle mondiale.
La principale fragilité réside dans la concentration des exportations sur le Royaume-Uni (40 % des flux extra-UE) et dans la volatilité de certains partenaires émergents (Turquie, Chine). Toutefois, la diversification progressive des sources d'importation (baisse du HHI de 33 %) et la robustesse de la balance commerciale suggèrent un secteur bien positionné pour affronter les défis de la prochaine décennie.