Explorer les données en direct

Évolution du marché : Constructions et parties de constructions, en aluminium, n.d.a., ainsi que tôles, barres, profilés, tubes, tuyaux et simil., en aluminium, n.d.a; (sauf constructions préfabriquées du n° 9406, portes, fenêtres et leurs cadres, chambranles et seuils) (CN 761090) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 761090 constitue une position résidaire au sein du chapitre 7610 qui regroupe les ouvrages en aluminium destinés à la construction — à l'exclusion des portes, fenêtres et leurs cadres (NC 761010), des constructions préfabriquées (NC 9406), et des ponts, tours et pylônes (76109010). Ce code couvre donc une large gamme de produits semi-finis et finis en aluminium : tôles, barres, profilés, tubes et tuyaux préparés en vue de leur utilisation dans la construction, ainsi que diverses parties de constructions en aluminium non dénommées ailleurs.

La présente note analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne sur la période 2015–2025. Les données révèlent une transformation profonde du marché : si l'UE demeure exportatrice nette, son excédent commercial se réduit fortement sous l'effet d'une montée en puissance massive des importations, en provenance notamment de Chine et de Turquie. Parallèlement, les prix d'exportation progressent nettement plus vite que les prix d'importation, signe d'une montée en gamme ou d'un transfert de coûts vers les marchés tiers.

Pour plus de détails, le tableau de bord complet est accessible ici.


1. Un excédent commercial qui se réduit sous la pression des importations

1.1 Des exportations en valeur en hausse, mais un recul des volumes

Sur la période 2015–2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers ont progressé de 32,8 % en valeur (de 1 150 M€ à 1 527 M€), tout en reculant de 13,9 % en volume (de 150 487 à 129 590 tonnes). Cette divergence s'explique principalement par la forte hausse des prix d'exportation unitaires, passés de 7 639 €/t à 11 781 €/t (+54,2 %).

Indicateur 2015 2025 Variation
Valeur exportations (M€) 1 150 1 527 +32,8 %
Volume exportations (t) 150 487 129 590 −13,9 %
Prix unitaire export (€/t) 7 639 11 781 +54,2 %
Valeur importations (M€) 493 1 154 +134,0 %
Volume importations (t) 117 555 214 986 +82,9 %
Prix unitaire import (€/t) 4 195 5 367 +27,9 %
Solde commercial (M€) 656 373 −43,2 %

(Source : General Overview)

L'effet Covid-19 est nettement visible en 2020, avec un recul des exportations à 1 296 M€, suivi d'une reprise vigoureuse dès 2021-2022. En volume, les exportations n'ont cependant jamais retrouvé leur pic de 2019 (164 464 tonnes), suggérant un ajustement structurel — possible effet de la désindustrialisation partielle de certains segments ou de la substitution par des produits étrangers sur les marchés tiers.

1.2 L'explosion des importations, moteur de la contraction du solde

Le développement le plus marquant de la décennie est l'envolée des importations : leur valeur a été multipliée par 2,3 (de 493 M€ à 1 154 M€), et leur volume a presque doublé (de 117 555 à 214 986 tonnes). Le pic d'importation en volume a été atteint en 2019 (297 532 tonnes), année où l'écart avec les exportations s'est le plus creusé.

Le solde commercial, resté positif tout au long de la période, a néanmoins perdu 43 % de sa valeur, passant de 656 M€ à 373 M€. La dynamique d'autonomie montre que le taux de dépendance nette aux importations est passé de −8,2 % à −4,2 %, confirmant que l'UE reste exportatrice nette mais avec une marge de plus en plus réduite.

1.3 L'écart de prix révélateur d'une différenciation des produits

Un écart considérable sépare les prix d'exportation et d'importation : en 2025, les produits quittant l'UE valent en moyenne 11 781 €/t contre 5 367 €/t pour ceux qui entrent. Cet écart, qui s'est d'ailleurs creusé au fil du temps (ratio export/import de 1,8 en 2015 contre 2,2 en 2025), indique que l'UE exporte des produits à plus forte valeur ajoutée (profilés complexes, ouvrages finis) tout en important des produits plus standardisés ou à moindre transformation.

La production intérieure de l'UE a fortement progressé sur la période, tant en volume (de 1,46 milliard d'unités en 2015 à 2,97 milliards en 2024, données de production) qu'en valeur (de 7,9 Mds€ à 11,4 Mds€), ce qui n'a pas suffi à absorber la croissance de la demande intérieure et explique en partie le recul des exportations en volume.


2. Une recomposition géographique accélérée des échanges

2.1 La Chine et la Turquie, moteurs de la croissance des importations

L'analyse par partenaire commercial révèle une concentration accrue des importations autour de deux fournisseurs majeurs :

Partenaire Valeur import 2015 (M€) Valeur import 2025 (M€) Variation
Chine 246 667 +170,8 %
Turquie 38 165 +330,8 %
Bosnie-Herzégovine 4 27 +557,6 %
Royaume-Uni 56 57 +3,1 %
Suisse 67 75 +12,6 %
Norvège 8 18 +114,2 %
Biélorussie 14 15 +2,6 %

(Source : top_partners_by_value)

La Chine est passée de 246 M€ à 667 M€, captant près de 58 % de la valeur totale des importations en 2025. En volume, les importations en provenance de Chine ont progressé de 80 207 à 152 067 tonnes (+89,5 %). La Turquie, quant à elle, a connu une progression encore plus spectaculaire (+330,8 % en valeur), portée par une montée en capacité de production aluminium et une compétitivité-prix renforcée. En volume, les importations turques ont été multipliées par 3 (de 9 604 à 29 765 tonnes).

La Bosnie-Herzégovine émerge comme un fournisseur significatif (+557,6 %), probablement sous l'effet d'investissements directs européens dans la filière aluminium balkanique et de sa proximité géographique.

2.2 Des exportations concentrées sur un petit nombre de marchés

Côté exportations, la structure est restée relativement stable, avec une concentration sur les marchés proches et développés :

Destinations Valeur export 2015 (M€) Valeur export 2025 (M€) Variation
Royaume-Uni 260 506 +94,8 %
Suisse 218 314 +44,1 %
États-Unis 126 140 +10,9 %
Norvège 77 80 +3,4 %
Canada 24 42 +72,8 %
Australie 29 22 −25,0 %
Russie 44 0,2 −99,6 %

(Source : top_partners_by_value)

Le Royaume-Uni est devenu la première destination des exportations de l'UE dans cette catégorie, avec une valeur qui a presque doublé. Ce dynamisme s'explique vraisemblablement par la nécessité, post-Brexit, de réorganiser les chaînes d'approvisionnement et par la persistance d'une forte demande britannique en produits aluminium pour la construction.

2.3 L'effondrement des exportations vers la Russie : un choc structurel

L'événement le plus spectaculaire côté exportations est l'effondrement quasi total des ventes vers la Russie : de 43,5 M€ en 2015 à 167 383 € en 2025, soit une chute de 99,6 %. La détection des chocs identifie cet effondrement comme un choc d'offre d'une amplitude exceptionnelle (abnormalité de 2,4, chute de 98,1 % entre la période de base 2015-2022 et la période 2023-2025).

Les sanctions européennes imposées à la Russie à partir de 2022 ont progressivement réduit les échanges : les volumes sont passés de 5 347 tonnes en 2015 à moins de 8 tonnes en 2025. Les prix unitaires des rares livraisons restantes ont en outre été multipliés par 2,6 (de 8 139 €/t à 21 285 €/t), suggérant que les transactions résiduelles concernent des produits très spécifiques ou des reventes indirectes.

2.4 L'Allemagne et la France au cœur des flux intra-UE

Parmi les États membres de l'UE, l'Allemagne domine tant à l'import (213 M€ en 2025, +92 %) qu'à l'export (423 M€). La France affiche la plus forte croissance des importations (+234,6 %, passant de 62 M€ à 208 M€), tandis que la Pologne connaît la plus forte progression des exportations (+166,3 %), portée par le développement de sa capacité de transformation aluminium.

État membre Import 2015 (M€) Import 2025 (M€) Variation Export 2015 (M€) Export 2025 (M€) Variation
Allemagne 111 213 +92,2 % 459 423 −7,9 %
France 62 208 +234,6 % 57 89 +55,5 %
Italie 25 105 +321,0 % 156 208 +33,1 %
Pays-Bas 53 98 +85,6 % 80 144 +78,5 %
Pologne 27 69 +153,9 % 47 125 +166,3 %

(Source : top_reporters_by_value)


3. Volatilité, chocs et risques structurels du marché

3.1 Une concentration des importations qui renforce les vulnérabilités

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 914 à 3 664 (+25,7 %), franchissant le seuil de « marché modérément concentré ». Cette concentration s'explique principalement par la part croissante de la Chine et de la Turquie. Côté exportations, le HHI reste plus faible (1 678) mais a progressé de 51,9 %, signe d'une légère concentration des débouchés.

La volatilité des flux par partenaire, mesurée par le coefficient de variation, confirme la relative stabilité des importations en provenance de Chine (CV = 0,18) mais révèle une forte instabilité des importations du Royaume-Uni (CV = 1,86 — lié à des fluctuations de volume entre 2018 et 2021) et d'Inde (CV = 1,43).

3.2 Les chocs détectés sur la période

L'analyse des chocs de prix identifie un événement notable sur les exportations vers l'Arabie saoudite en 2022 : une hausse brutale de prix de 82 % (de 8 808 €/t à 16 029 €/t), avec une abnormalité de 3,9 écart-types. Ce choc coïncide avec le boom des grands projets de construction en Arabie saoudite (NEOM, Vision 2030) qui a fait flamber la demande et les prix des matériaux de construction en aluminium dans la région. En 2024, les prix vers l'Arabie saoudite ont encore grimpé à 29 385 €/t, ce qui reste toutefois sur un faible volume.

Le tableau de volatilité des partenaires (détails) montre que les flux vers l'Australie (CV = 0,56) et la Russie (CV = 0,77) ont été les plus volatils côté exportations, tandis que les importations en provenance de Turquie (CV = 0,46) et de Corée du Sud (CV = 0,44) présentent une volatilité notable.

3.3 Spécialisation et intérêt commercial : des dynamiques divergentes au sein de l'UE

L'analyse de la spécialisation en 2025 révèle des disparités marquées au sein de l'UE :

Rang État membre RSCA RCA Part dans la production UE
1 Autriche 0,49 2,92 9,6 %
2 Pologne 0,40 2,33 15,5 %
3 Portugal 0,33 1,99 2,7 %
4 Danemark 0,21 1,55 2,7 %
5 Croatie 0,20 1,50 0,6 %

L'Autriche et la Pologne se distinguent comme les États membres les plus spécialisés dans cette catégorie, avec des avantages comparatifs révélés (RCA) nettement supérieurs à 1. À l'inverse, Malte (RSCA = −0,99), Chypre (−0,77), la Roumanie (−0,63) et l'Irlande (−0,53) sont structurellement déficitaires sur ce segment.

L'indicateur d'intensité commerciale a progressé de 13,3 % à 21,5 % sur la période 2015-2024 (+61,2 %), confirmant que ce segment joue un rôle croissant dans le commerce extérieur de l'UE, plus que ne le suggérerait sa seule part dans le PIB.

3.4 Décomposition par sous-produits

La ventilation par sous-position montre que le sous-code 76109090 (constructions et parties de constructions en aluminium, n.d.a., ainsi que tôles, barres, profilés, tubes et tuyaux travaillés en vue de la construction) représente l'écrasante majorité des échanges, tant à l'import qu'à l'export :

  • Importations 76109090 : de 489 M€ à 1 138 M€ (97 % du total en 2025)
  • Importations 76109010 (ponts, tours, pylônes) : de 4,5 M€ à 18 M€ — forte croissance mais volume marginal
  • Exportations 76109090 : de 1 113 M€ à 1 486 M€ (97 % du total)
  • Exportations 76109010 : de 36 M€ à 40 M€ — segment stable mais à plus forte volatilité des prix

Le segment des ponts, tours et pylônes en aluminium (76109010) affiche des prix unitaires d'exportation nettement supérieurs (15 310 €/t en 2025) par rapport au segment principal (11 708 €/t), ce qui reflète la nature hautement spécialisée de ces ouvrages.


Conclusion

Le marché européen des constructions et parties de constructions en aluminium (NC 761090) a connu une transformation significative entre 2015 et 2025. L'Union européenne demeure exportatrice nette avec un excédent de 373 M€ en 2025, mais cet avantage s'est considérablement érodé sous l'effet d'une croissance des importations (+134 % en valeur) nettement plus rapide que celle des exportations (+32,8 %).

Les deux dynamiques dominantes de la période sont :

  1. La montée en puissance des fournisseurs asiatiques et proche-orientaux, en tête desquels la Chine (58 % des importations) et la Turquie, qui a multiplié ses ventes vers l'UE par 4,3. Cette concentration accrue des sources d'approvisionnement (HHI des importations en hausse de 25,7 %) constitue un risque de dépendance stratégique pour l'industrie européenne de la construction.

  2. La réorientation géopolitique des échanges, illustrée par l'effondrement des exportations vers la Russie (−99,6 %) et la consolidation du Royaume-Uni comme premier client de l'UE (+94,8 %), dans un contexte post-Brexit et post-sanctions.

L'écart croissant entre les prix d'exportation (11 781 €/t) et d'importation (5 367 €/t) suggère que l'UE se positionne de plus en plus sur des segments à haute valeur ajoutée, tandis qu'elle absorbe des volumes croissants de produits à moindre transformation en provenance de pays tiers. Cette évolution, couplée à la forte progression de la production intérieure (+203 % en volume sur la période), pose la question de la compétitivité structurelle de l'industrie européenne sur les segments intermédiaires de la chaîne de valeur en aluminium.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.