Évolution du marché : Constructions en aluminium (CN 761090) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 761090 couvre les constructions et parties de constructions en aluminium non dénommées ailleurs (ponts, tours, pylônes, charpentes, profilés, tôles, tubes travaillés pour la construction), à l'exclusion des constructions préfabriquées (9406), des portes, fenêtres et de leurs cadres (761010). Ce positionnement résiduel en fait un poste agrégé couvrant une large gampe de produits semi-finis et ouvrages destinés au secteur de la construction.
La période 2015–2025 a été marquée par une transformation profonde de la structure commerciale de l'UE sur ce poste. Si l'Union a conservé un excédent commercial tout au long de la décennie, celui-ci s'est considérablement érodé sous l'effet d'une montée en puissance massive des importations, portées notamment par la Chine et la Turquie. Les exportations, en volume, ont reculé malgré une appréciation significative des prix, témoignant d'un repositionnement vers des produits à plus forte valeur ajoutée. Parallèlement, la production intra-européenne a connu une croissance spectaculaire, tant en volume qu'en valeur, ce qui a partiellement compensé l'afflux importateur.
Ce rapport identifie trois dynamiques majeures : d'abord, le décalage structurel entre l'explosion des importations et la stagnation des exportations en volume ; ensuite, la concentration croissante des flux et les vulnérabilités géopolitiques associées ; enfin, la montée en gamme de l'industrie européenne face à la pression concurrentielle internationale.
Voir le tableau de bord complet pour le code 761090
1. L'asymétrie croissante entre importations dynamiques et exportations stagnantes en volume
1.1. Des importations qui ont plus que doublé en valeur et en volume
Sur la période 2015–2025, les importations intra-européennes de constructions en aluminium (CN 761090) ont connu une progression remarquable. En valeur, elles sont passées de 493 millions d'euros à 1 156 millions d'euros, soit une hausse de 134,3 %. En volume, elles ont augmenté de 117 555 tonnes à 214 988 tonnes (+82,9 %). Le prix moyen importé a lui aussi augmenté, passant de 4 195 €/t à 5 376 €/t (+28,1 %), mais la dynamique dominante reste bien celle d'une croissance volumique très soutenue.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M€) | 493 | 1 156 | +134,3 % |
| Volume des importations (kt) | 118 | 215 | +82,9 % |
| Prix moyen importé (€/t) | 4 195 | 5 376 | +28,1 % |
Cette croissance a été portée principalement par deux fournisseurs : la Chine, dont les livraisons à l'UE sont passées de 246 M€ à 667 M€ (+170,8 %), et la Turquie, qui a multiplié ses exportations vers l'UE par plus de quatre (de 38 M€ à 165 M€, +330,8 %). D'autres partenaires comme la Bosnie-Herzégovine (+557,6 %) et la Norvège (+114,2 %) ont également connu des hausses significatives, bien qu'à des niveaux absolus plus modestes.
Évolution des importations par partenaire
1.2. Des exportations en repli volumique malgré une forte appréciation des prix
À l'inverse des importations, les exportations de l'UE vers le reste du monde ont vu leur volume diminuer de manière notable : de 150 487 tonnes en 2015 à 129 590 tonnes en 2025 (−13,9 %). En valeur, les exportations ont cependant progressé de 1 150 M€ à 1 527 M€ (+32,8 %), ce qui s'explique entuellement par la hausse du prix moyen exporté, passé de 7 639 €/t à 11 781 €/t (+54,2 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des exportations (M€) | 1 150 | 1 527 | +32,8 % |
| Volume des exportations (kt) | 150 | 130 | −13,9 % |
| Prix moyen exporté (€/t) | 7 639 | 11 781 | +54,2 % |
Cette divergence volume/valeur indique un phénomène de montée en gamme : l'UE exporte moins de tonnes mais des produits à valeur unitaire plus élevée. Le différentiel de prix entre exportations et importations est passé de 3 444 €/t en 2015 à 6 406 €/t en 2025, suggérant que l'industrie européenne s'est repositionnée sur des segments plus sophistiqués (ouvrages spécifiques, constructions techniques) tout en perdant des parts de marché sur les produits plus standardisés.
Le principal marché de destination reste le Royaume-Uni, dont les achats à l'UE ont presque doublé (de 260 M€ à 506 M€, +94,8 %), suivi de la Suisse (+44,1 %) et des États-Unis (+10,9 %). En revanche, les exportations vers la Russie se sont effondrées de 43,5 M€ à 0,17 M€ (−99,6 %), illustrant l'impact des sanctions géopolitiques.
Évolution des exportations par partenaire
1.3. Un excédent commercial durable mais en érosion nette
L'UE est restée excédentaire sur l'ensemble de la période, avec un solde commercial positif chaque année. Cependant, cet excédent a connu une détérioration significative : il est passé de 656 M€ en 2015 à 371 M€ en 2025, soit un recul de 43,5 %. Le point bas a été atteint en 2022 (319 M€), année marquée par la forte poussée des importations chinoises.
| Année | Solde commercial (M€) |
|---|---|
| 2015 | 656 |
| 2017 | 682 |
| 2019 | 522 |
| 2021 | 277 |
| 2022 | 319 |
| 2023 | 351 |
| 2024 | 442 |
| 2025 | 371 |
Le taux de dépendance nette aux importations est resté négatif (confirmant l'excédent structurel), passant de −8,2 % à −4,2 % (+48,6 % en valeur absolue). L'UE demeure exportatrice nette, mais l'écart se referme progressivement.
2. Une concentration géographique croissante et des vulnérabilités géopolitiques exposées
2.1. La Chine, moteur quasi unique de la montée importatrice
L'analyse des partenaires à l'importation révèle une concentration croissante. L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) pour les importations en valeur est passé de 2 914 à 3 664 (+25,7 %), indiquant un marché de plus en plus dominé par un petit nombre de fournisseurs.
La Chine représente à elle seule 57,8 % de la valeur des importations en 2025 (667 M€ sur 1 156 M€), contre 49,9 % en 2015. La Turquie, deuxième fournisseur, a vu sa part passer de 7,8 % à 14,3 %. Ensemble, ces deux pays fournissent plus de 72 % des importations de l'UE sur ce poste.
| Partenaire | Part 2015 | Part 2025 | Croissance |
|---|---|---|---|
| Chine | 49,9 % | 57,8 % | +170,8 % |
| Turquie | 7,8 % | 14,3 % | +330,8 % |
| Royaume-Uni | 11,3 % | 4,9 % | +3,1 % |
| Suisse | 13,5 % | 6,5 % | +12,6 % |
| Biélorussie | 2,9 % | 1,3 % | +2,6 % |
Cette concentration est préoccupante dans un contexte de tensions commerciales internationales et de dépendance stratégique. La Chine combine des prix très compétitifs (prix moyen importé de 5 376 €/t contre 11 781 €/t pour les exportations UE), ce qui rend la concurrence difficile sur les segments standardisés.
Indice de concentration HHI des importations
2.2. Des chocs d'approvisionnement et des épisodes de volatilité révélateurs
L'analyse de la volatilité des flux commerciaux fait apparaître des profils très différents selon les partenaires. Les importations en provenance de Turquie présentent un coefficient de variation de 0,46, signalant des flux relativement instables. L'Inde (CV = 1,43) et le Royaume-Uni (CV = 1,86) montrent des volatilités encore plus élevées, bien qu'à des volumes plus faibles.
À l'exportation, la volatilité la plus marquée concerne la Russie (CV = 0,77) et l'Australie (CV = 0,56), reflétant des perturbations ponctuelles ou des réorientations de flux.
Deux chocs majeurs ont été détectés sur la période :
-
2022 — Choc de prix à l'exportation vers l'Arabie saoudite : une hausse de prix anormale de 82 % (abnormalité de 3,9 écarts-types), combinée à un maintien du volume, suggérant soit une composition produit différente, soit des contrats exceptionnels liés à des projets d'infrastructure.
-
2025 — Effondrement des exportations vers la Russie : un recul de −98,1 % (abnormalité de 2,4 écarts-types), correspondant à l'application des sanctions économiques liées au conflit ukrainien. Les exportations vers la Russie sont passées de 43,5 M€ en 2015 à 0,17 M€ en 2025, éliminant quasi totalement un marché qui représentait 3,8 % des exportations UE au début de la période.
2.3. Une intensification des échanges qui reflète une intégration commerciale accrue
Le taux d'intensité commerciale a progressé de 13,3 % à 21,5 % (+61,2 %), ce qui en fait l'indicateur de vulnérabilité le plus saillant (score de saillance de 89,7). Cette hausse signifie que le commerce extérieur de l'UE sur ce poste a pris une importance croissante par rapport à la production domestique.
Le taux de propension à l'exportation a augmenté de manière plus modérée (de 10,7 % à 13,8 %, +29,7 %), indiquant que si l'UE exporte une part croissante de sa production, c'est surtout la montée des importations qui pousse l'intensité commerciale vers le haut.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Intensité commerciale (%) | 13,3 | 21,5 | +61,2 % |
| Propension à l'exportation (%) | 10,7 | 13,8 | +29,7 % |
| Dépendance nette aux importations (%) | −8,2 | −4,2 | +48,6 %* |
* En valeur absolue de la variation du taux négatif.
3. Une industrie européenne en mutation : production en forte hausse et spécialisation différenciée
3.1. Une production intra-européenne en expansion spectaculaire
Les données de production PRODCOM (code 25.11.23.70) révèlent une croissance remarquable de la production européenne sur ce poste. En valeur, la production est passée de 5,5 milliards d'euros à 11,4 milliards d'euros (+106,3 %). En volume, la progression est encore plus impressionnante : de 978 000 tonnes à 2 966 000 tonnes (+203,3 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur de production (Mds €) | 5,5 | 11,4 | +106,3 % |
| Volume de production (kt) | 978 | 2 966 | +203,3 % |
Cette croissance de la production, nettement supérieure à celle des exportations, indique que la demande intérieure de l'UE (construction, infrastructures, rénovation énergétique) a absorbé une part significative de cette production accrue. Le différentiel entre la croissance de la production en volume (+203 %) et celle des exportations (−14 %) confirme que le marché domestique a été le principal moteur de l'activité industrielle.
Évolution des volumes de production
3.2. Une spécialisation géographique au sein de l'UE très hétérogène
L'analyse de la spécialisation à l'année 2025 révèle des disparités marquées entre États membres. L'Autriche apparaît comme le pays le plus spécialisé (RSCA de 0,49), suivie de la Pologne (0,40) et du Portugal (0,33). Ces pays combinent un avantage comparatif révélé (RCA > 1) et une part significative de leur production nationale dans ce secteur.
| Pays le plus spécialisé | RSCA | RCA |
|---|---|---|
| Autriche | 0,490 | 2,92 |
| Pologne | 0,399 | 2,33 |
| Portugal | 0,331 | 1,99 |
| Danemark | 0,215 | 1,55 |
| Croatie | 0,201 | 1,50 |
À l'inverse, Malte (RSCA = −0,995) et Chypre (RSCA = −0,766) présentent une spécialisation quasi nulle, avec des productions marginales. La Roumanie (RSCA = −0,628) et l'Irlande (RSCA = −0,528) figurent parmi les pays les moins spécialisés, ce qui peut s'expliquer par la structure de leur appareil productif ou par des importations intra-européennes élevées.
Classement des pays par spécialisation
3.3. L'Allemagne, moteur de l'export mais en repli relatif, face à des challengers dynamiques
Au sein de l'UE, l'Allemagne demeure de loin le premier exportateur (423 M€ en 2025), mais a connu un léger recul sur la période (−7,9 %). En revanche, plusieurs pays ont considérablement renforcé leur position à l'exportation :
| Pays exportateur | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Allemagne | 459 | 423 | −7,9 % |
| Italie | 156 | 208 | +33,1 % |
| Pays-Bas | 80 | 144 | +78,5 % |
| Pologne | 47 | 125 | +166,3 % |
| Espagne | 62 | 96 | +54,1 % |
| Autriche | 56 | 97 | +73,2 % |
La Pologne, avec une progression de 166 %, confirme son positionnement stratégique dans la chaîne de valeur de l'aluminium pour la construction. Les Pays-Bas et l'Autriche ont également connu des croissances très dynamiques, portées par leur spécialisation et leur intégration dans les flux logistiques européens.
Répartition des exportations par pays membre
3.4. Le sous-produit 76109090 domine largement les échanges
La ventilation par sous-code tarifaire confirme que le code 76109090 (constructions en aluminium n.d.a. et tôles, profilés, tubes travaillés pour la construction, hors ponts et tours) concentre l'essentiel des flux. Ce sous-code représente en 2025 environ 98,4 % de la valeur des importations et 97,3 % de celle des exportations. Le code 76109010 (ponts et éléments de ponts, tours et pylônes en aluminium) reste marginal, avec des volumes de l'ordre de 1 800–2 600 tonnes à l'import comme à l'export.
| Sous-code | Description | Part importations 2025 | Part exportations 2025 |
|---|---|---|---|
| 76109090 | Constructions et profilés n.d.a. | 98,4 % | 97,3 % |
| 76109010 | Ponts, tours, pylônes | 1,6 % | 2,7 % |
Le prix moyen du 76109010 est nettement supérieur à celui du 76109090, tant à l'import (9 596 €/t contre 5 339 €/t) qu'à l'export (15 310 €/t contre 11 708 €/t), ce qui reflète le caractère plus spécifique et technique de ces constructions métalliques.
Conclusion
Le marché européen des constructions en aluminium (CN 761090) a connu, sur la période 2015–2025, une transformation structurelle profonde. Trois enseignements majeurs se dégagent de l'analyse des données.
Premièrement, l'écart entre importations et exportations se creuse en volume. Alors que les importations ont presque doublé en tonnes (+82,9 %), les exportations ont reculé de 13,9 %. L'excédent commercial, bien que persistant, a été divisé presque par deux. Cette dynamique est portée avant tout par la Chine et la Turquie, qui ont capté une part croissante du marché européen sur les segments standardisés.
Deuxièmement, la concentration géographique des importations et la volatilité des flux créent des vulnérabilités. L'indice HHI des importations a progressé de 26 %, les chocs géopolitiques (sanctions contre la Russie, tensions commerciales) ont perturbé certains flux, et l'intensité commerciale a bondi de 61 %, témoignant d'une exposition accrue de l'UE aux fluctuations du marché mondial.
Troisièmement, l'industrie européenne a amorcé une montée en gamme et une expansion productive significative. La production intra-européenne a triplé en volume (+203 %), les prix moyens exportés ont progressé de 54 %, et des pays comme la Pologne, l'Autriche et les Pays-Bas ont émergés comme des spécialistes dynamiques. L'Allemagne, bien qu'en léger repli relatif, conserve sa position de leader.
L'enjeu pour l'UE dans les années à venir sera de maintenir sa compétitivité sur les segments à haute valeur ajoutée tout en diversifiant ses sources d'approvisionnement et en renforçant la résilience de sa chaîne de valeur de l'aluminium face à une concurrence internationale toujours plus intense.