Évolution du marché : Chaussures de sport, y.c. chaussures dites de tennis, de basket-ball, de gymnastique, d'entraînement et chaussures simil., à semelles extérieures en caoutchouc ou en matière plastique, à dessus en matières textiles (CN 640411) — 2015–2025
Introduction
Le code NC 640411 désigne les chaussures de sport à semelles en caoutchouc ou matière plastique et à dessus en matières textiles — tennis, basket-ball, gymnastique, entraînement et modèles similaires — correspondant au code PRODCOM 15.20.21.00. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a affiché un déficit commercial structurel considérable et croissant dans ce segment : les importations ont oscillé entre 2 105 M€ et 3 523 M€, tandis que les exportations sont restées comprises entre 527 M€ et 1 181 M€. Trois dynamiques majeures ont façonné cette décennie : la montée en puissance décisive du Vietnam comme fournisseur dominant, supplantant la Chine ; le choc du Brexit en 2021, qui a fait chuter les exportations européennes de près de moitié en un an ; et un déclin structurel de la production intra-européenne, partiellement compensé par une diversification des débouchés d'exportation.
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La bascule géopolitique de l'approvisionnement : le Vietnam supplanter la Chine
Le Vietnam s'impose comme le premier fournisseur de l'UE
La transformation la plus marquante du côté des importations est l'ascension fulgurante du Vietnam. Entre 2015 et 2025, la valeur des importations en provenance du Vietnam est passée de 753 M€ à 1 762 M€, soit une hausse de 134 %. En 2025, le Vietnam représentait 63 % de la valeur totale des importations extra-européennes, contre 36 % en 2015. En volume, les importations vietnamiennes sont passées de 33 599 tonnes à 60 534 tonnes. Le pic a été atteint en 2022, à 1 839 M€, dans un contexte de reprise post-Covid et de recomposition des chaînes d'approvisionnement.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2019 (M€) | 2022 (M€) | 2025 (M€) | Variation 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|
| Viet Nam | 753 | 1 317 | 1 839 | 1 762 | +134,1 % |
| China | 720 | 566 | 692 | 448 | −37,8 % |
| Indonesia | 322 | 477 | 696 | 348 | +7,9 % |
| Bangladesh | 5 | 47 | 28 | 30 | +515,2 % |
| India | 27 | 21 | 34 | 34 | +28,9 % |
| Cambodia | 86 | 97 | 129 | 57 | −33,2 % |
Sources : Principaux partenaires d'importation
La Chine, un fournisseur en recul marqué
À l'opposé, la Chine a connu un déclin continu. Ses exportations vers l'UE sont passées de 720 M€ en 2015 à 448 M€ en 2025 (−38 %), avec un point bas à 360 M€ en 2024. En volume, la chute est encore plus spectaculaire : de 42 030 tonnes en 2015 à 19 152 tonnes en 2025 (−54 %). Le basculement s'est amorcé dès 2016, le Vietnam dépassant la Chine en valeur dès 2017. Ce transfert reflète les relocalisations opérées par les grandes marques internationales (Nike, Adidas) vers le Vietnam et l'Indonésie, à la faveur de coûts de main-d'œuvre compétitifs et de la politique chinoise de montée en gamme industrielle.
L'émergence secondaire du Bangladesh et la stabilité de l'Indonésie
Le Bangladesh a connu une croissance spectaculaire (+515 %) en valeur, passant de 5 M€ à 30 M€, ce qui en fait un fournisseur émergent, bien qu'encore marginal. L'Indonésie, pour sa part, est restée un fournisseur stable autour de 320–480 M€, avec un pic exceptionnel à 696 M€ en 2022. L'analyse de volatilité des échanges révèle d'ailleurs un choc de prix détecté pour l'Indonésie en 2022, avec une hausse de prix de 19 % par rapport à la tendance et une augmentation des volumes de 50 % par rapport à la baseline, reflétant possiblement un effet de rattrapage post-Covid.
Une concentration accrue des sources d'approvisionnement
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 765 en 2015 à 4 421 en 2025, soit une hausse de 60 %. Ce niveau dépasse le seuil de 2 500 généralement considéré comme « modérément concentré » et s'oriente vers une concentration « élevée ». La part cumulée des trois premiers fournisseurs (Vietnam, Chine, Indonésie) représente désormais plus de 91 % des importations extra-européennes, contre 85 % en 2015. Cette dépendance croissante envers un nombre réduit de partenaires constitue un facteur de vulnérabilité, notamment en cas de perturbation logistique ou géopolitique dans la zone Asie du Sud-Est.
Indice de concentration (HHI) des importations
Le Brexit, un séisme commercial qui redessine les corridors logistiques européens
L'effondrement du commerce bilatéral UE–Royaume-Uni
Le Brexit, dont les effets commerciaux se sont pleinement matérialisés à partir du 1er janvier 2021, constitue l'événement le plus déstabilisant de la période pour les échanges de chaussures de sport. Les exportations de l'UE vers le Royaume-Uni, qui représentaient 62 % du total des exportations extra-européennes en 2020 (734 M€), se sont effondrées à 202 M€ dès 2021, soit un recul de 72 % en une seule année. En 2025, elles n'ont retrouvé que 183 M€, soit la moitié de leur niveau de 2015 (369 M€). Symétriquement, les importations en provenance du Royaume-Uni ont chuté de 298 M€ en 2020 à 60 M€ en 2021 (−80 %) et n'ont jamais rebondi.
| Flux | 2015 | 2019 | 2020 | 2021 | 2025 | Var. 2015–2025 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Exportations vers le RU (M€) | 369 | 711 | 734 | 202 | 183 | −50,4 % |
| Importations depuis le RU (M€) | 166 | 312 | 298 | 60 | 60 | −63,6 % |
Sources : Principaux partenaires d'importation et exportation
L'impact en cascade sur le total des exportations européennes
L'effet du Brexit sur les exportations totales de l'UE est sans ambiguïté. Les exportations globales sont passées de 1 178 M€ en 2020 à 657 M€ en 2021, soit une perte de 521 M€ — dont 532 M€ imputables à la seule chute des flux vers le Royaume-Uni. En d'autres termes, le Brexit a effacé en un an l'intégralité de la croissance des exportations accumulée entre 2015 et 2019. Depuis 2021, les exportations stagnent autour de 608–671 M€, sans jamais retrouver leur niveau d'avant-Brexit. Le solde commercial, qui avait atteint son niveau le moins défavorable en 2020 (−1 343 M€), s'est détérioré pour atteindre −2 886 M€ en 2022.
La reconfiguration des hubs logistiques intra-européens
Le Brexit a provoqué une réorganisation profonde des flux intra-européens. Les Pays-Bas ont vu leurs importations extracommunautaires bondir de 135 M€ en 2015 à 601 M€ en 2025 (+344 %), devenant le deuxième importateur de l'UE derrière la Belgique. La Belgique, probablement renforcée par la présence du centre logistique européen de Nike à Laakdal et la position du port d'Anvers, est passée de 523 M€ à 896 M€ (+71 %), consolidant sa position de premier importateur. À l'inverse, l'Allemagne, qui dominait le marché en 2015 avec 699 M€ (33 % des importations), a vu son rôle réduit à 370 M€ (13 %) en 2025.
| État membre | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Belgique | 523 | 896 | +71,4 % |
| Pays-Bas | 135 | 601 | +343,9 % |
| Allemagne | 699 | 370 | −47,1 % |
| France | 298 | 339 | +13,9 % |
| Italie | 162 | 170 | +4,9 % |
| Espagne | 104 | 154 | +48,9 % |
Sources : Principaux États membres importateurs
Cette recentralisation vers les ports de l'Europe du Nord-Ouest (Rotterdam, Anvers, Zeebrugge) suggère une rationalisation des chaînes logistiques post-Brexit, avec une concentration accrue des points d'entrée dans l'UE.
Désindustrialisation et diversification : les deux faces de la vulnérabilité européenne
Une production intra-européenne en déclin structurel
Les données de production PRODCOM (15.20.21.00) révèlent une érosion significative de la base industrielle européenne. La quantité produite au sein de l'UE est passée de 4 477 433 unités en 2015 à 3 300 000 unités en 2024 (données disponibles jusqu'en 2024), soit un recul de 26 %. La valeur de production a suivi une trajectoire comparable, passant de 80,5 M€ à 67,2 M€ (−17 %). Le déclin s'est accentué dès 2018, avec un effondrement de la production de 4,9 millions à 3,0 millions d'unités, avant même la crise du Covid-19. Le creux de 2020 (2 100 000 unités, 45 M€) correspond à la pandémie, suivie d'une reprise partielle.
| Année | Quantité (unités) | Valeur (M€) | Prix unitaire (€/paire) |
|---|---|---|---|
| 2015 | 4 477 433 | 80,5 | 17,97 |
| 2017 | 4 927 728 | 110,3 | 22,37 |
| 2018 | 3 036 002 | 71,8 | 23,65 |
| 2020 | 2 100 000 | 45,0 | 21,43 |
| 2024 | 3 300 000 | 67,2 | 20,35 |
Sources : Volumes de production intra-européenne
Malgré un prix unitaire de production en hausse (de 18 € à 20 € la paire entre 2015 et 2024), la valeur totale n'a pas compensé le recul des volumes, confirmant une dynamique de désindustrialisation.
La propension à l'exporter traduit un rôle de plaque tournante commerciale
L'indicateur de propension à l'exportation — rapport entre la valeur des exportations et celle de la production — illustre de façon frappante la transformation du rôle de l'UE. En 2015, les exportations représentaient 654 % de la valeur de production ; en 2024, elles atteignaient 872 %. Ce ratio confirme que l'UE fonctionne davantage comme une plaque tournante commerciale (importation, distribution, réexportation de produits à forte valeur ajoutée marquée) que comme une base manufacturière. Le pic exceptionnel de 2 619 % en 2020 s'explique par l'effondrement de la production durant le Covid, tandis que les exportations — alimentées par les stocks — sont restées élevées.
Une diversification remarquable des marchés d'exportation
Si le Brexit a provoqué un choc massif, il a aussi accéléré une diversification des débouchés d'exportation qui était déjà en cours. L'indice HHI des exportations en valeur est passé de 5 063 en 2015 (très concentré sur le Royaume-Uni) à 1 529 en 2025, soit une diminution de 70 %. Ce niveau traduit un marché d'exportation désormais bien diversifié. Plusieurs marchés ont connu une croissance remarquable :
| Marché | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Suisse | 21 | 136 | +555,5 % |
| Norvège | 18 | 74 | +321,0 % |
| Émirats arabes unis | 3 | 21 | +682,2 % |
| États-Unis | 9 | 32 | +239,8 % |
| Turquie | 50 | 92 | +84,0 % |
Sources : Indice de concentration (HHI) des exportations et principaux partenaires
La Suisse, en particulier, est devenue le deuxième débouché d'exportation (20 % du total en 2025, contre 4 % en 2015). L'analyse des chocs détectés révèle un choc de prix et de volume vers la Suisse dès 2017 (+61 % de prix, +150 % de volume par rapport à la baseline), suggérant un basculement logistique ou une montée en gamme des produits exportés. De même, la Pologne a vu ses exportations bondir de 7 M€ à 45 M€ (+570 %), illustrant l'émergence de nouveaux relais de croissance à l'Est de l'UE.
Des prix à l'exportation en hausse plus rapide qu'à l'importation
Les prix moyens à l'exportation ont progressé de 45,5 % entre 2015 et 2025 (de 41 984 €/tonne à 61 075 €/tonne), tandis que les prix à l'importation n'ont augmenté que de 18,1 % (de 20 653 €/tonne à 24 390 €/tonne). Le ratio prix export/prix import est ainsi passé de 2,0 à 2,5, ce qui confirme que l'UE se spécialise dans l'exportation de produits à plus forte valeur unitaire — vraisemblablement des articles de marque premium — tout en important des chaussures de milieu et entrée de gamme.
Dépendance nette aux importations et concentration : un bilan en demi-teinte
La dépendance nette aux importations est restée extrêmement élevée tout au long de la période, passant de 92,6 % en 2015 à 96,3 % en 2025 (avec un pic à 98,2 % en 2022). L'UE ne couvre qu'une fraction marginale de sa consommation par sa propre production. Côté importations, la concentration a augmenté (HHI +60 %), accroissant la vulnérabilité aux chocs d'approvisionnement en Asie du Sud-Est. Côté exportations, la concentration a fortement diminué (HHI −70 %), réduisant la dépendance envers un marché unique — une leçon directe du Brexit. L'intensité des échanges a légèrement augmenté (de 113 % à 122 %), confirmant que ce marché reste profondément mondialisé.
Conclusion
La période 2015–2025 a profondément remodelé le commerce européen de chaussures de sport (CN 640411). Trois enseignements principaux se dégagent.
Premièrement, la dépendance de l'UE vis-à-vis de l'approvisionnement asiatique s'est non seulement maintenue mais intensifiée, le Vietnam s'imposant comme le fournisseur dominant (63 % des importations en 2025) au détriment de la Chine. Cette concentration accrue (HHI importations +60 %) constitue un risque stratégique en cas de disruption des chaînes logistiques transpacifiques.
Deuxièmement, le Brexit a représenté le choc le plus violent de la période, effaçant plus de 500 M€ d'exportations en un an et restructurant durablement les corridors logistiques intra-européens au profit de la Belgique et des Pays-Bas, au détriment de l'Allemagne.
Troisièmement, l'industrie européenne de chaussures de sport a connu un déclin productif significatif (−26 % en volume entre 2015 et 2024), tandis que les exportations se sont diversifiées vers de nouveaux marchés (Suisse, Norvège, EAU, États-Unis), réduisant la concentration à l'export de 70 %. L'UE se positionne de plus en plus comme un hub commercial et de distribution à forte valeur ajoutée, plutôt que comme une base de production, un modèle dont la pérennité dépend de la stabilité des approvisionnements asiatiques et de la capacité des marques européennes à maintenir leur avantage concurrentiel.