Explorer les données en direct

Évolution du marché : Chariots de manutention autopropulsés, autres qu'à moteur électrique, avec dispositif de levage (CN 842720) — 2015–2025

Introduction

Le code NC 842720 couvre les chariots de manutention autopropulsés à moteur thermique (diesel, gaz, etc.) munis d'un dispositif de levage — une catégorie qui englobe notamment les chariots élévateurs industriels, les gerbeurs tous terrains et les chariots à faible hauteur de levage. Ce segment constitue un maillon essentiel des chaînes logistiques industrielles, portuaires et de construction.

Sur la période 2015–2025, le commerce extérieur de l'Union européenne avec le reste du monde a connu une trajectoire marquée par une croissance vigoureuse des valeurs échangées, un choc sévère lié à la pandémie de COVID-19 en 2020, une reconstitution rapide, puis un second souffle porté par des hausses de prix substantielles. Les exportations de l'UE sont passées de 1,44 milliard d'euros en 2015 à 1,95 milliard en 2025 (+35,9 %), tandis que les importations ont presque doublé, de 506 millions à 998 millions d'euros (+97,3 %). Le solde commercial est resté structurellement excédentaire, s'établissant à 955 millions d'euros en 2025.

Ce rapport analyse trois dynamiques majeures qui ont façonné ce marché sur la décennie : la primauté de l'effet prix sur les volumes, la restructuration profonde des partenaires commerciaux, et le renforcement concomitant de l'ancrage exportateur européen et de la concentration des approvisionnements.


I. Une croissance tirée par les prix plus que par les volumes

Les exportations stagnent en volume mais progressent fortement en valeur

L'un des traits les plus frappants de la période réside dans le décalage entre l'évolution des quantités et celle des valeurs à l'exportation. En 2015, l'UE exportait 265 459 unités (mesurées en tonnes métriques) pour une valeur de 1,44 milliard d'euros. En 2025, les quantités n'ont progressé que de 1,0 % (268 156 unités), alors que la valeur a crû de 35,9 % (1,95 milliard d'euros). Le prix unitaire moyen à l'exportation est ainsi passé de 5 414 €/t à 7 285 €/t (+34,5 %), comme le montre l'évolution du commerce global.

Ce phénomène suggère un mouvement de montée en gamme ou une transmission efficace des surcoûts (matières premières, énergie, inflation) vers les marchés tiers. La valeur de production européenne, disponible via les données PRODCOM, confirme cette tendance : la valeur de production est passée de 2,51 milliards d'euros (2015) à 3,60 milliards (2024), soit +43,6 %, alors que le volume produit a reculé de 65 461 à 60 000 unités (-8,3 % sur la même période).

Les importations croissent à la fois en volume et en valeur, mais surtout en volume

Le profil des importations est sensiblement différent. Les quantités importées ont progressé de 130 848 à 198 947 unités (+52,0 %), tandis que la valeur a presque doublé (+97,3 %). Le prix moyen à l'importation est passé de 3 867 €/t à 5 017 €/t (+29,7 %). Contrairement aux exportations, la croissance des importations a été portée à parts presque égales par un accroissement des volumes et par une hausse des prix. L'écart de prix entre importations et exportations (7 285 €/t contre 5 017 €/t en 2025) témoigne d'une différenciation de gamme : l'UE exporte des produits à plus forte valeur unitaire et importe des équipements plus standardisés ou à moindre coût.

Un choc sévère en 2020 suivi d'une reprise en V

La crise sanitaire a provoqué une contraction brutale en 2020. Les exportations ont chuté à 1,21 milliard d'euros (minimum de la période, -26,8 % par rapport à 2019) et les importations à 615 millions d'euros (-23,7 %). Les volumes ont suivi la même trajectoire descendante. La reprise a été rapide et vigoureuse : en 2023, les exportations atteignaient 2,29 milliards d'euros (+38,6 % par rapport au pic pré-pandémique de 2019), et les importations 1,07 milliard d'euros, un niveau jamais atteint auparavant. L'année 2024 a marqué un nouveau record à l'exportation (2,39 milliards d'euros), avant un léger repli en 2025 à 1,95 milliard.

Année Exportations (M€) Importations (M€) Solde (M€)
2015 1 437 506 931
2016 1 353 559 794
2017 1 437 614 823
2018 1 450 786 664
2019 1 651 806 846
2020 1 209 615 595
2021 1 399 489 910
2022 1 766 656 1 110
2023 2 289 1 069 1 221
2024 2 391 963 1 429
2025 1 953 998 955

II. Recomposition géographique profonde des échanges

La Turquie, partenaire émergent majeur à l'exportation

La transformation la plus spectaculaire concerne les exportations vers la Turquie, visible dans l'évolution des partenaires. En 2015, les exportations vers la Turquie s'élevaient à 49 millions d'euros. Elles ont atteint 229 millions d'euros en 2025, soit une progression de 368 %. L'essentiel de cette hausse s'est concentrée sur la période 2023–2025, avec un quasi-triplement en trois ans (de 56 M€ en 2022 à 229 M€ en 2025). Ce dynamisme peut s'expliquer par la croissance de l'économie turque, l'essor de son secteur logistique et de construction, ainsi que par la relocalisation de certaines chaînes d'approvisionnement européennes à proximité du marché turc.

L'effondrement des échanges avec la Russie

À l'opposé, les exportations vers la Fédération de Russie se sont effondrées, passant de 107 millions d'euros en 2021 à 15,5 millions en 2023, puis à zéro en 2024–2025. Cette chute de 100 % en quatre ans est directement imputable aux sanctions commerciales imposées par l'UE à la suite de l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Le marché russe, qui représentait encore 6,5 % des exportations extra-UE en 2021, a simplement disparu du commerce. Parallèlement, les exportations vers l'Ukraine ont progressé de 15 à 47 millions d'euros (+218 %), reflétant probablement un besoin accru d'équipements de manutention pour la reconstruction et l'effort de guerre.

Le Royaume-Uni, pilier stable mais en mutation post-Brexit

Le Royaume-Uni reste le premier partenaire à l'importation et le second à l'exportation. Les importations en provenance du Royaume-Uni ont doublé, passant de 282 millions d'euros (2015) à 576 millions (2025, +105 %), comme le montre l'analyse des partenaires à l'importation. Ce bond, particulièrement marqué en 2023 (625 M€), pourrait refléter des ajustements post-Brexit dans les flux commerciaux — notamment la réorientation de certaines productions vers le Royaume-Uni pour desservir le marché britannique depuis l'extérieur de l'UE. Les exportations vers le Royaume-Uni sont restées relativement stables autour de 350–450 millions d'euros, avec une progression modeste de +9,2 % sur la période.

Un choc de prix significatif a été détecté sur les importations en provenance du Royaume-Uni en 2023 : le prix moyen a bondi de 53,3 % par rapport à la baseline 2021–2022, avec un degré d'anomalie de 18,2 (très élevé). Ce choc, qui a affecté 62,6 % de la valeur totale des importations, s'est accompagné d'un doublement des volumes importés, suggérant un réacheminement massif de flux commerciaux post-Brexit.

La Chine, fournisseur en ascension régulière

Les importations en provenance de Chine ont progressé de 120 à 296 millions d'euros (+146 %) sur la période, faisant de la Chine le deuxième fournisseur de l'UE. La croissance a été régulière, sans rupture majeure. À prix unitaires nettement inférieurs aux moyennes européennes, la Chine fournit principalement des équipements à faible coût. Le coefficient de variation des importations chinoises (0,21) est parmi les plus faibles, indiquant une stabilité remarquable des approvisionnements.

Les États-Unis, moteur de croissance à l'exportation

Les exportations vers les États-Unis ont bondi de 296 à 555 millions d'euros (+88 %), avec un pic remarquable en 2024 à 902 millions d'euros. Ce marché représente désormais 28,4 % des exportations extra-UE, d'après l'analyse des partenaires à l'exportation. Le coefficient de variation (0,41) est cependant élevé, reflétant une volatilité significative liée au cycle d'investissement américain et aux conditions de change. Le repli en 2025 (555 M€ après 902 M€ en 2024) illustre cette instabilité.

Vue d'ensemble des principaux partenaires (2025)

Partenaire Exportations UE (M€) Variation 2015→2025 Importations UE (M€) Variation 2015→2025
Royaume-Uni 394 +9,2 % 576 +104,6 %
États-Unis 555 +87,6 % 43 +133,6 %
Australie 97 +19,9 %
Turquie 229 +368,1 %
Chine 296 +145,6 %
Corée du Sud 33 −39,8 %
Ukraine 47 +217,6 %

III. Renforcement de la position exportatrice et polarisation croissante des échanges

L'UE consolide son statut de net exportateur

Malgré la forte croissance des importations, l'Union européenne a renforcé sa position de net exportateur sur la période. L'indicateur de dépendance nette aux importations est passé de −14,3 % (en 2003, donnée la plus ancienne disponible) à −66,3 % en 2024, signifiant que les exportations excèdent les importations de plus de deux tiers. Cette dynamique est portée par une propension à l'exportation en forte hausse : la part de la production européenne destinée à l'exportation extra-UE est passée de 27,9 % (2003) à 66,5 % (2024), doublant quasiment sur deux décennies. L'intensité commerciale (rapport échanges/production) a également presque doublé, passant de 37,5 % à 73,6 %.

Une spécialisation géographiquement concentrée au sein de l'UE

La carte de spécialisation révèle que la production et l'exportation de chariots à moteur thermique sont concentrées dans un nombre limité d'États membres :

État membre RSCA RCA Part production UE Part export. UE
France 0,505 3,04 23,7 % 7,8 %
Irlande 0,292 1,83 3,8 % 2,1 %
Italie 0,282 1,79 14,3 % 8,0 %
Roumanie 0,214 1,54 2,6 % 1,7 %
Autriche 0,194 1,48 4,9 % 3,3 %

La France se distingue avec un indice de spécialisation (RSCA) de 0,505 et un avantage comparatif (RCA) de 3,04, bien qu'elle ne représente que 7,8 % des exportations extra-UE. À l'inverse, l'Allemagne, qui assure 12,2 % de la production européenne et 21,2 % des exportations, présente un RSCA négatif (−0,27), indiquant qu'elle importe davantage qu'elle n'exporte de ce produit par rapport à la moyenne européenne — un paradoxe qui s'explique par la taille de son marché intérieur et sa spécialisation dans d'autres segments de la manutention.

Concentration croissante des approvisionnements

L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations a augmenté de 3 805 à 4 283 (+12,6 %) en valeur, et de 2 852 à 3 695 (+29,6 %) en volume. Ces niveaux indiquent un marché d'importation modérément concentré, dominé par le Royaume-Uni et la Chine qui représentent ensemble près de 87 % de la valeur importée en 2025. La montée de la concentration en volume, plus forte qu'en valeur, suggère que la croissance des importations provient principalement d'un nombre restreint de fournisseurs.

Côté exportations, le HHI est resté plus faible (1 178 à 1 426), indiquant une base de clients plus diversifiée, mais là aussi en légère progression (+21,1 %). Le Royaume-Uni et les États-Unis absorbent près de la moitié des exportations.

Dynamique des sous-produits : les chariots standards dominent

La ventilation par sous-code tarifaire confirme la prédominance des chariots de manutention standards (NC 84272019, levage ≥ 1 m hors tous-terrains), qui représentent 76,8 % des importations et 49,3 % des exportations en valeur en 2025. Les chariots-gerbeurs tous terrains (NC 84272019) constituent le second segment à l'exportation (42,5 % de la valeur), tandis qu'ils ne comptent que pour 17,0 % des importations. Les chariots à faible hauteur de levage (NC 84272090) restent un segment marginal, bien qu'en progression à l'exportation (8,3 % de la valeur en 2025).


Conclusion

Le marché européen des chariots de manutention autopropulsés à moteur thermique a connu, sur la période 2015–2025, une transformation profonde à plusieurs égards. La croissance de la valeur commerciale (+36 % à l'exportation, +97 % à l'importation) a été largement portée par des hausses de prix, les volumes à l'exportation n'ayant progressé que marginalement (+1 %). La pandémie de COVID-19 a constitué un choc violent mais bref, suivi d'une reprise vigoureuse amplifiée par la dynamique inflationniste de 2022–2024.

Sur le plan géographique, la reconfiguration est saisissante : l'effacement du marché russe sous l'effet des sanctions, l'essor fulgurant de la Turquie comme destination d'exportation (+368 %), et la consolidation des flux transatlantiques redessinent la carte commerciale du secteur. L'approvisionnement, quant à lui, se polarise autour du Royaume-Uni et de la Chine, avec une concentration croissante qui pourrait poser des questions de résilience à moyen terme.

Malgré cette évolution, l'Union européenne demeure un acteur dominant et un net exportateur structurel, avec un excédent commercial de près d'un milliard d'euros en 2025. La spécialisation de la France, de l'Italie et de l'Irlande dans ce segment, combinée à la diversification des débouchés (États-Unis, Australie, Turquie, Ukraine), confère au secteur européen une base solide — même si la montée en puissance des fournisseurs asiatiques et la volatilité des échanges avec certains partenaires appellent à une vigilance soutenue.

Généré le 2026-08-05. Les chiffres reflètent les données d’Eurostat au moment de la génération et n’incluent pas les révisions ultérieures.

Généré automatiquement : ce rapport vise à accélérer l’analyse humaine, pas à la remplacer.

Si vous avez besoin de conseils sur la politique commerciale européenne, ou de représentation pour vos intérêts à Bruxelles, merci de me contacter à support@tradedashboard.eu. Vous trouverez mon CV à cette adresse.