Évolution du marché : Carreaux et dalles de pavement ou de revêtement, en céramique, d’un coefficient d’absorption d’eau en poids <= 0,5 % (à l’exclusion des articles réfractaires, des cubes pour mosaïques et des pièces de finition en céramique) (CN 690721) — 2015–2025
Introduction
Le présent rapport analyse l'évolution du commerce extérieur de l'Union européenne pour le code douanier 690721, qui couvre les carreaux et dalles en céramique à faible absorption d'eau (≤ 0,5 %) — un segment qui représente les grès cérame, le produit phare de l'industrie céramique européenne. L'analyse porte sur la période 2017–2025, fenêtre pour laquelle les données annuelles complètes sont disponibles.
L'UE se positionne comme un acteur majeur et structurellement exportateur sur ce marché. En 2025, les exportations de l'UE vers les pays tiers s'élevaient à 3,77 milliards d'euros, soit près de 6,5 fois le montant des importations (584 millions d'euros). L'excédent commercial a progressé de 25 % sur la période, passant de 2,54 milliards à 3,18 milliards d'euros. Néanmoins, derrière cette apparente stabilité, la période 2017–2025 a été marquée par des transformations profondes : une montée en puissance spectaculaire des importations en provenance d'Inde et de Turquie, une hausse significative des prix à l'exportation — notamment à partir de 2022 — et des chocs d'offre qui ont durablement reconfiguré les flux commerciaux.
1. Une dynamique d'importations en forte croissance, portée par de nouveaux fournisseurs
1.1. Les importations ont plus que doublé en valeur, tirées par des volumes en hausse de 95 %
Entre 2017 et 2025, les importations de l'UE en provenance de pays tiers ont connu une croissance remarquable : leur valeur est passée de 257 millions d'euros à 584 millions d'euros (+127 %), tandis que les volumes importés sont passés de 926 000 tonnes à 1,80 million de tonnes (+95 %). Cette dynamique contraste avec celle des exportations, dont la valeur n'a augmenté que de 35 % et les volumes de 9 % sur la même période.
Les prix moyens à l'importation ont connu une évolution plus modérée (+17 %, passant de 277 à 324 €/tonne), ce qui indique que la hausse des importations est principalement tirée par des quantités croissantes plutôt que par un renchérissement des coûts unitaires.
| Indicateur | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur des importations (M€) | 257 | 584 | +127 % |
| Quantité importée (kt) | 926 | 1 802 | +95 % |
| Prix moyen import (€/t) | 277 | 324 | +17 % |
| Valeur des exportations (M€) | 2 799 | 3 768 | +35 % |
| Quantité exportée (kt) | 4 992 | 5 436 | +9 % |
| Prix moyen export (€/t) | 561 | 693 | +24 % |
1.2. L'Inde et la Turquie concentrent désormais la majeure partie des approvisionnements extérieurs
La restructuration géographique des importations est frappante. L'Inde est passée de 28 millions d'euros d'exportations vers l'UE en 2017 à 254 millions d'euros en 2025, multipliant ses ventes par 9. Ce faisant, l'Inde est devenue le deuxième fournisseur de l'UE, derrière la Turquie. La Turquie, premier fournisseur historique, a vu ses exportations vers l'UE progresser de 123 à 196 millions d'euros (+59 %), tout en restant en tête en volume.
En parallèle, la part de la Chine s'est effondrée : de 33 millions d'euros en 2017, les importations chinoises ne représentent plus que 7 millions d'euros en 2025 (−79 %). Ce repli s'explique probablement par la montée en gamme de la production indienne et turque, ainsi que par les tensions commerciales et logistiques post-Covid.
| Fournisseur | Valeur 2017 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Türkiye | 123 | 196 | +59 % |
| India | 28 | 254 | +799 % |
| United Arab Emirates | 23 | 23 | −1 % |
| Ukraine | 14 | 30 | +117 % |
| China | 33 | 7 | −79 % |
| Saudi Arabia | 0,5 | 29 | +5 969 % |
| Serbia | 4 | 11 | +178 % |
L'émergence de l'Arabie saoudite comme fournisseur (passant de 0,5 à 29 millions d'euros) est également notable, reflétant le développement d'une capacité de production céramique dans le Golfe.
Principaux partenaires par valeur
1.3. Les États membres les plus importateurs révèlent un ancrage de la demande dans les grands marchés d'Europe de l'Ouest et de l'Est
Du côté des États membres, la Pologne et la Roumanie ont connu les plus fortes hausses des importations depuis les pays tiers : la Pologne est passée de 21 à 81 millions d'euros (+297 %) et la Roumanie de 14 à 73 millions d'euros (+407 %). Ces deux pays, à la croissance économique soutenue et à la construction dynamique, absorbent une part croissante des importations extra-européennes. L'Allemagne reste le premier importateur (70 M€), suivie de la Belgique (66 M€), les deux pays servant également de plateformes de redistribution logistique.
Principaux États membres par valeur
2. La suprématie exportatrice de l'Italie et de l'Espagne, face à des prix en nette hausse à partir de 2022
2.1. L'Italie et l'Espagne dominent l'exportation, mais avec des trajectoires divergentes
L'UE reste un géant exportateur de carreaux céramiques à faible absorption d'eau. L'Italie et l'Espagne à elles seules représentent l'essentiel des exportations : en 2025, l'Italie a exporté pour 1,95 milliard d'euros et l'Espagne pour 1,59 milliard d'euros, soit ensemble près de 94 % des exportations totales de l'UE.
La structure de spécialisation confirme cette dominance. L'Italie affiche un indice de spécialisation (RSCA) de 0,75 et une part de production UE de 55,5 %. L'Espagne affiche un RSCA de 0,63 et une part de production de 25,8 %. Aucun autre État membre ne s'en approche.
| État membre | Valeur export 2017 (M€) | Valeur export 2025 (M€) | Variation | RSCA 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Italy | 1 750 | 1 953 | +12 % | 0,75 |
| Spain | 830 | 1 586 | +91 % | 0,63 |
| Poland | 27 | 62 | +135 % | −0,18 |
| Germany | 65 | 49 | −25 % | −0,74 |
| Portugal | 58 | 45 | −21 % | 0,32 |
| France | 15 | 20 | +34 % | −0,84 |
| Netherlands | 20 | 11 | −46 % | −0,85 |
L'Espagne a particulièrement dynamisé ses exportations (+91 %), réduisant l'écart avec l'Italie. À l'inverse, l'Allemagne et le Portugal ont vu leurs exportations décliner, reflétant une possible perte de compétitivité-coût ou une réorientation vers le marché intérieur européen.
Principaux États membres exportateurs
2.2. Les États-Unis, le Royaume-Uni et Israël : trois marchés de destination structurants
Les exportations de l'UE se dirigent vers des marchés extra-européens relativement diversifiés, mais dominés par trois pôles. En 2025 :
- Les États-Unis restent de loin le premier client (865 M€), absorbant 23 % des exportations. Leur importation a progressé de 23 % en valeur sur la période, portée par une hausse des prix.
- Le Royaume-Uni (280 M€) a maintenu un niveau stable en valeur (+18 %), malgré le Brexit.
- Israël (244 M€) a connu la progression la plus spectaculaire (+128 %), devenant le troisième client de l'UE.
Le Maroc (125 M€, +228 %) confirme l'importance croissante de la rive Sud de la Méditerranée comme débouché pour la céramique européenne, tandis que l'Arabie saoudite (98 M€) et les Émirats arabes unis (non listés dans le top 7 mais visibles dans les données de concentration, avec une valeur croissante de 70 à 174 M€) illustrent la demande du Golfe.
| Destination | Valeur 2017 (M€) | Valeur 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| United States | 702 | 865 | +23 % |
| United Kingdom | 238 | 280 | +18 % |
| Israel | 107 | 244 | +128 % |
| Switzerland | 177 | 193 | +10 % |
| Saudi Arabia | 90 | 98 | +8 % |
| Canada | 126 | 127 | +0,4 % |
| Morocco | 38 | 125 | +228 % |
Principaux partenaires par valeur
2.3. 2022 : une année de chocs de prix qui a durablement rehaussé les cours à l'exportation
L'année 2022 constitue un tournant sur le plan des prix. Les prix moyens à l'exportation de l'UE vers les États-Unis ont bondi de 609 à 824 €/tonne (+35 %), avec une valeur d'exportation culminant à plus d'1 milliard d'euros — un pic historique. Ce choc de prix est détecté par l'algorithme de détection avec une anomalie de 24,2 écarts-types, un signal extrême.
Ce mouvement s'explique par la convergence de plusieurs facteurs : l'inflation post-Covid dans les coûts de l'énergie (gaz naturel), l'impact de l'invasion russe de l'Ukraine sur les chaînes d'approvisionnement et les coûts de transport, et la forte demande résiduelle dans le secteur de la construction aux États-Unis. Des chocs de prix comparables sont observés sur les exportations vers la République dominicaine (anomalie 17,9 σ), Taïwan (12,8 σ) et le Liban (8,0 σ), tous concentrés autour de 2022.
Importamment, les prix à l'exportation ne sont jamais revenus à leur niveau d'avant 2022 : en 2025, le prix moyen vers les États-Unis reste à 766 €/tonne, soit 20 % au-dessus du niveau pré-choc. Ce « palier supérieur » suggère une restructuration durable des coûts de production et de logistique.
| Destination | Prix moyen 2021 (€/t) | Prix moyen 2022 (€/t) | Prix moyen 2025 (€/t) | Δ 2021→2022 |
|---|---|---|---|---|
| United States | 609 | 824 | 766 | +35 % |
| Taiwan | 619 | 795 | 800 | +29 % |
| Lebanon | 289 | 357 | 339 | +23 % |
| Dominican Republic | 280 | 475 | 492 | +70 % |
3. Une industrie en retrait productif, mais dont l'autonomie commerciale reste élevée
3.1. La production européenne stagne en volume tout en gagnant en valeur unitaire
Les données de production PRODCOM pour l'UE montrent une évolution préoccupante du côté des volumes. La production totale de carreaux céramiques (CN 690721) est passée de 1,30 milliard de m² en 2017 à 1,16 milliard de m² en 2024 (−11 %). Ce déclin des volumes s'explique notamment par la crise énergétique de 2021–2022, qui a particulièrement touché les fours des producteurs italiens et espagnols, fortement dépendants du gaz naturel.
En revanche, la valeur de la production a augmenté de 10,7 milliards d'euros à 11,9 milliards d'euros (+11 %), ce qui traduit une hausse significative de la valeur unitaire (de 8,27 à 10,29 €/m²). Cette dynamique suggère un effet de substitution qualité/prix : les producteurs européens se concentrent sur des segments à plus forte valeur ajoutée, laissant les volumes à bas prix aux importateurs.
| Année | Production volume (M m²) | Production valeur (M€) | Valeur unitaire (€/m²) |
|---|---|---|---|
| 2017 | 1 296 | 10 723 | 8,27 |
| 2019 | 1 191 | 9 899 | 8,31 |
| 2021 | 1 415 | 11 200 | 7,91 |
| 2022 | 1 398 | 13 629 | 9,75 |
| 2023 | 1 150 | 12 471 | 10,85 |
| 2024 | 1 160 | 11 931 | 10,29 |
Production en volume et en valeur
3.2. La concentration des importations s'est renforcée, tandis que les exportations restent diversifiées
L'indice de Herfindahl-Hirschman (HHI) des importations en valeur est passé de 2 733 à 3 087 (+13 %) entre 2017 et 2025, signalant une concentration accrue des fournisseurs. Ce niveau (environ 3 100) se situe dans une zone de concentration modérée à élevée. L'Inde et la Turquie comptent désormais pour une part significative des importations, ce qui crée une dépendance accrue envers ces deux pays.
En revanche, l'HHI des exportations a légèrement diminué (de 871 à 755, −13 %), indiquant une diversification progressive des marchés de destination. Les États-Unis, le Royaume-Uni, Israël et la Suisse demeurent les principaux débouchés, mais de nouveaux marchés comme le Maroc et les Émirats arabes unis gagnent en importance.
| Indicateur HHI | 2017 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| HHI importations (valeur) | 2 733 | 3 087 | +13 % |
| HHI exportations (valeur) | 871 | 755 | −13 % |
3.3. L'UE conserve un excédent commercial solide, mais l'érosion progressive du taux d'autonomie mérite attention
Le taux de dépendance nette aux importations de l'UE (ratio importations nettes / production) est passé de −53,4 % en 2017 à −47,7 % en 2024. L'amplitude de ce taux (toujours négatif, ce qui signifie que l'UE exporte bien plus qu'elle n'import) confirme la solidité de l'excédent structurel. Toutefois, la tendance à la hausse (−53 → −48 %) traduit une légère érosion de l'autonomie : les importations progressent plus vite que la production locale.
En parallèle, la propension à exporter de l'UE (exportations / production) a légèrement reculé, passant de 39,0 % à 38,5 % entre 2017 et 2024. L'intensité commerciale totale (échanges bilatéraux / production) reste stable autour de 41–42 %.
Ces indicateurs, pris ensemble, suggèrent un marché européen qui demeure structurellement excédentaire et compétitif, mais où la concurrence des producteurs émergents (Inde, Turquie, Arabie saoudite) commence à modifier l'équilibre.
| Indicateur | 2017 | 2024 | Variation |
|---|---|---|---|
| Dépendance nette aux importations (%) | −53,4 | −47,7 | +11 % |
| Propension à exporter (%) | 39,0 | 38,5 | −1 % |
| Intensité commerciale (%) | 41,4 | 42,1 | +2 % |
Indicateurs d'autonomie et de vulnérabilité
Conclusion
Le marché européen du carrelage céramique à faible absorption d'eau (CN 690721) a connu, entre 2017 et 2025, une transformation qui se résume en trois grandes tendances.
Premièrement, l'UE demeure un géant exportateur, avec un excédent commercial supérieur à 3 milliards d'euros, porté par la formidable compétitivité de l'Italie et de l'Espagne. Le « Made in Europe » conserve un avantage de qualité et de réputation sur les marchés premium, comme l'atteste le maintien de prix moyens à l'exportation bien supérieurs aux prix d'importation (693 €/t contre 324 €/t en 2025).
Deuxièmement, l'année 2022 a constitué un point d'inflexion majeur. La crise énergétique et l'inflation post-Covid ont provoqué un choc de prix à l'exportation qui ne s'est pas résorbé, tandis que la production européenne a perdu en volume. Les prix à l'exportation se sont durablement installés sur un palier supérieur, compensant partiellement le recul volumétrique.
Troisièmement, la montée en puissance des importations — portée principalement par l'Inde (×9 en valeur) et la Turquie — dessine une recomposition des flux commerciaux. Si l'excédent structurel de l'UE n'est pas menacé à court terme, l'érosion du taux d'autonomie et la concentration croissante des fournisseurs importants appellent une vigilance accrue. L'émergence de nouveaux fournisseurs (Arabie saoudite, Serbie) et la diversification des marchés d'exportation (Maroc, Émirats arabes unis) témoignent d'un marché en recomposition géographique, dont l'issue dépendra de la capacité des producteurs européens à maintenir leur avantage concurrentiel sur les segments à haute valeur ajoutée.