Évolution du marché : Bouteilles en plastique (CN 39233010) — 2015–2025
Introduction
Le code CN 39233010 couvre les bonbonnes, bouteilles, flacons et articles similaires en matières plastiques d'une contenance inférieure ou égale à 2 litres — un segment essentiel de l'emballage plastique, servant notamment les industries des boissons, de l'agroalimentaire, de la cosmétique et des produits ménagers. Sur la période 2015–2025, l'Union européenne a connu une transformation notable de ses flux commerciaux extra-européens pour ce produit : la valeur des exportations a progressé de 37,3 % (de 600 M€ à 824 M€), tandis que celle des importations a bondi de 75,3 % (de 498 M€ à 872 M€). Ce déséquilibre de croissance a fait basculer l'UE d'une position excédentaire (+102 M€ en 2015) à une position déficitaire (−49 M€ en 2025). Le présent rapport analyse les dynamiques sous-jacentes de cette évolution, en examinant la structure des échanges, les partenaires clés, la volatilité des flux et les implications en termes d'autonomie stratégique.
1. Une croissance vigoureuse mais asymétrique entre importations et exportations
La première observation marquante de la période est que les importations comme les exportations de l'UE en bouteilles plastique (≤ 2 l) ont connu une trajectoire haussière soutenue, mais à des rythmes très différents. Les importations ont nettement surperformé les exportations, tant en volume qu'en valeur, ce qui a progressivement érodé l'excédent commercial initial de l'UE.
1.1. Les exportations enregistrent une progression régulière mais modérée
Les exportations extra-européennes de l'UE sont passées de 599,8 M€ en 2015 à 823,7 M€ en 2025, soit une hausse de 37,3 %. En volume, la progression est de 16,0 % (de 158 302 t à 183 696 t), ce qui signifie qu'environ la moitié de la croissance en valeur provient d'une augmentation des prix unitaires (de 3 788 à 4 484 EUR/t, soit +18,4 %). En unités supplémentaires (pièces), les exportations sont passées de 6,50 milliards à 7,75 milliards (+19,2 %), avec un prix pièce en légère hausse (de 0,092 € à 0,106 €, soit +15,2 %). Cette dynamique suggère que l'industrie européenne a bénéficié d'une demande extérieure solide, mais a surtout capturé de la valeur via la hausse des prix plutôt que par une expansion volumétrique très forte.
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 599,8 | 823,7 | +37,3 % |
| Volume (t) | 158 302 | 183 696 | +16,0 % |
| Prix moyen (€/t) | 3 788 | 4 484 | +18,4 % |
| Pièces (milliards) | 6,50 | 7,75 | +19,2 % |
| Prix pièce (€/pce) | 0,092 | 0,106 | +15,2 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.2. Les importations croissent deux fois plus vite, tirées par le volume et les prix
Les importations extra-européennes ont connu une hausse spectaculaire de 75,3 % en valeur (de 497,6 M€ à 872,4 M€). Le volume a augmenté de 42,9 % (de 95 040 t à 135 854 t), avec un pic à 169 494 t en 2022. Les prix moyens importés ont également fortement progressé, passant de 5 236 à 6 422 EUR/t (+22,7 %), avec un maximum remarquable à 7 087 EUR/t — des prix nettement supérieurs aux prix à l'exportation, ce qui reflète une différentiation de produit ou des coûts logistiques plus élevés. En unités supplémentaires, les importations sont passées de 3,82 milliards à 5,18 milliards de pièces (+35,4 %).
| Indicateur | 2015 | 2025 | Variation |
|---|---|---|---|
| Valeur (M€) | 497,6 | 872,4 | +75,3 % |
| Volume (t) | 95 040 | 135 854 | +42,9 % |
| Prix moyen (€/t) | 5 236 | 6 422 | +22,7 % |
| Pièces (milliards) | 3,82 | 5,18 | +35,4 % |
| Prix pièce (€/pce) | 0,130 | 0,169 | +29,5 % |
Source : Vue d'ensemble du commerce
1.3. Le retournement du solde commercial : d'excédentaire à déficitaire
La conséquence logique de cette asymétrie de croissance est le basculement du solde commercial. En 2015, l'UE affichait un excédent de 102,2 M€ ; en 2025, elle enregistre un déficit de 48,7 M€. Ce retournement, d'une amplitude de près de 151 M€, témoigne d'un changement structurel dans la compétitivité relative de l'industrie européenne de l'emballage plastique face aux fournisseurs extra-européens. La dépendance nette aux importations, qui mesurait −2,3 % en 2015 (excédent), s'est rapprochée de zéro en 2025 (−0,23 %), confirmant cette transition vers l'autosuffisance puis la dépendance.
2. Réorientation des flux vers la Chine et concentration accrue des approvisionnements
L'analyse des partenaires commerciaux révèle une reconfiguration profonde de la géographie des échanges. Les importations se concentrent de plus en plus autour d'un petit nombre de fournisseurs dominants, tandis que les exportations se diversifient géographiquement. La Chine occupe une place de plus en plus prépondérante dans les approvisionnements de l'UE.
2.1. La Chine, moteur principal de la hausse des importations européennes
Parmi les principaux partenaires d'importation de l'UE, la Chine se distingue par une croissance exceptionnelle : +161,7 % en valeur, passant de 140,3 M€ à 367,2 M€. Elle est ainsi devenue de loin le premier fournisseur extra-européen de l'UE, avec une part prépondérante dans la croissance des importations totales. La Turquie (+162,3 %, de 8,9 M€ à 23,5 M€) et la Serbie (+246,8 %, de 5,8 M€ à 20,1 M€) affichent également des progressions spectaculaires, tout en restant à des volumes absolus nettement inférieurs. Le Royaume-Uni, premier partenaire historique en importations (+49,5 %, de 99,6 M€ à 148,9 M€), conserve une position importante mais perd en part relative face à la montée chinoise. La Suisse affiche quant à elle une croissance plus modeste (+7,4 %).
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 99,6 | 148,9 | +49,5 % |
| Suisse | 88,2 | 94,7 | +7,4 % |
| Chine | 140,3 | 367,2 | +161,7 % |
| États-Unis | 78,8 | 101,4 | +28,7 % |
| Serbie | 5,8 | 20,1 | +246,8 % |
| Turquie | 8,9 | 23,5 | +162,3 % |
| Bosnie-Herzégovine | 2,9 | 7,2 | +148,1 % |
Source : Partenaires par valeur
2.2. Les exportations européennes se diversifient géographiquement
Du côté des exportations, la dynamique est inverse : les marchés traditionnels (Royaume-Uni +9,2 %, Suisse +10,2 %) progressent modérément, tandis que des marchés plus lointains ou émergents connaissent des hausses notables — Israël (+283,3 %), Ukraine (+122,8 %), Norvège (+98,3 %), États-Unis (+67,3 %). La Russie fait figure d'exception avec une légère contraction (−6,3 %), probablement liée au contexte géopolitique post-2022. Cette diversification se traduit par un recul de l'indice de concentration HHI des exportations (valeur), qui passe de 1 358 à 1 036 (−23,7 %), indiquant une base de clients plus diversifiée.
| Partenaire | 2015 (M€) | 2025 (M€) | Variation |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | 171,4 | 187,3 | +9,2 % |
| Suisse | 106,3 | 117,1 | +10,2 % |
| Norvège | 26,0 | 51,6 | +98,3 % |
| États-Unis | 72,1 | 120,6 | +67,3 % |
| Ukraine | 6,6 | 14,8 | +122,8 % |
| Russie | 31,5 | 29,5 | −6,3 % |
| Israël | 4,0 | 15,4 | +283,3 % |
Source : Partenaires par valeur
2.3. Concentration croissante des importations et répartition de la production intra-européenne
L'indice de concentration HHI des importations (valeur) a augmenté de 31,1 %, passant de 1 790 à 2 348, confirmant que les approvisionnements se concentrent autour d'un nombre réduit de fournisseurs. Parallèlement, la production intra-européenne (mesurée par PRODCOM 22.22.14.50) a progressé de manière significative : le nombre de pièces produites est passé de 73,2 milliards à 120,0 milliards (+64,0 %), et la valeur de production de 5,01 Mds€ à 9,00 Mds€ (+79,6 %). Au sein de l'UE, l'analyse de spécialisation révèle que le Luxembourg (RSCA : 0,924), la Lituanie (0,791), l'Autriche (0,411) et la Pologne (0,322) se distinguent par une forte spécialisation à l'exportation dans ce segment, tandis que la Finlande (−0,924), Chypre (−0,902) et l'Irlande (−0,822) figurent parmi les moins spécialisés. L'Allemagne reste le premier exportateur de l'UE (165 M€ en 2025), suivie de l'Autriche (103 M€), de la France (89 M€) et de la Belgique (84 M€).
3. Hausse des prix, vulnérabilité accrue et chocs ponctuels sur les marchés fragiles
Au-delà des volumes et des partenaires, la période 2015–2025 se caractérise par une tendance haussière généralisée des prix, une intensification des échanges et la détection de chocs de prix sur certains marchés. Ces éléments traduisent à la fois des pressions sur les coûts de production et des fragilités sur des marchés de niche.
3.1. Une inflation des prix à l'importation plus forte qu'à l'exportation
Les prix moyens ont augmenté tant à l'importation qu'à l'exportation, mais la hausse est plus marquée sur le versant import (+22,7 % en €/t ; +29,5 % en €/pièce) que sur le versant export (+18,4 % en €/t ; +15,2 % en €/pièce). Les prix importés restent systématiquement supérieurs aux prix exportés (6 422 €/t contre 4 484 €/t en 2025), ce qui peut s'expliquer par une différenciation produit (bouteilles de niche, spécifications techniques), des coûts de transport plus élevés pour des fournisseurs éloignés (Chine, Turquie) ou des droits de douane. L'écart de prix est encore plus visible au niveau des pièces (0,169 €/pce importé contre 0,106 €/pce exporté), suggérant que les importations incluent des produits de plus grande valeur ajoutée unitaire ou des séries plus petites.
| Indicateur | Import 2015 | Import 2025 | Export 2015 | Export 2025 |
|---|---|---|---|---|
| Prix moyen (€/t) | 5 236 | 6 422 | 3 788 | 4 484 |
| Prix pièce (€/pce) | 0,130 | 0,169 | 0,092 | 0,106 |
Source : Vue d'ensemble du commerce
3.2. Intensification des échanges et vulnérabilité croissante
L'UE est devenue plus dépendante du commerce international pour ce produit. L'intensité commerciale (rapport du commerce extra-UE à la production intra-UE) est passée de 12,8 % à 16,8 % (+31,4 %), tandis que la propension à l'exportation (exportations/production) a augmenté de 7,9 % à 9,3 % (+17,7 %). Cependant, l'analyse de volatilité révèle que certains partenaires d'approvisionnement présentent une instabilité notable. Les importations en provenance du Royaume-Uni affichent un coefficient de variation (CV) de 0,485, le plus élevé parmi les principaux partenaires, suivi de la Chine (CV : 0,299) et de la Serbie (CV : 0,293). Du côté des exportations, l'Ukraine (CV : 0,515), la Russie (CV : 0,328) et la Norvège (CV : 0,329) se distinguent par leur instabilité. Ces niveaux de volatilité signalent une exposition aux risques de rupture d'approvisionnement ou de fluctuations de demande.
3.3. Des chocs de prix ponctuels sur des marchés périphériques
L'analyse des chocs détectés révèle trois événements significatifs de prix, tous du côté des exportations de l'UE. Le Cameroun a connu un choc de prix en 2022 (anomalie : 13,7, hausse de 44,2 %), l'Angola en 2023 (anomalie : 9,9, hausse de 108,5 %) et la Bosnie-Herzégovine en 2022 (anomalie : 9,9, hausse de 44,0 %). Ces chocs, bien que touchant des marchés de faible part de valeur (0,6 % à 1,4 %), illustrent la fragilité des échanges sur les marchés africains et des Balkans, potentiellement liés à des perturbations logistiques post-Covid ou à des tensions géopolitiques. Ils ne remettent pas en cause la stabilité globale des flux principaux mais signalent des risques pour les opérateurs sur ces marchés de niche.
Conclusion
Entre 2015 et 2025, le marché européen des bouteilles en plastique de contenance ≤ 2 litres (CN 39233010) a connu une double dynamique : une croissance globale vigoureuse de la production intra-européenne (+64 % en pièces) et des échanges extra-européens, mais aussi un rééquilibrage défavorable de la balance commerciale de l'UE, passée d'un excédent de 102 M€ à un déficit de 49 M€. Ce retournement s'explique principalement par la montée en puissance des importations en provenance de Chine (+161,7 % en valeur), qui a dopé les volumes et concentré les approvisionnements (HHI import +31,1 %). Parallèlement, les exportations européennes se sont diversifiées géographiquement (HHI export −23,7 %), mais à un rythme insuffisant pour maintenir l'excédent. Les prix ont augmenté des deux côtés, avec un écart structurel persistant entre les prix importés (plus élevés) et exportés, et une intensification de l'ouverture commerciale de l'UE (intensité commerciale +31,4 %). Les principaux risques identifiés sont la concentration des approvisionnements sur un nombre limité de fournisseurs (notamment la Chine), la volatilité marquée sur certains partenaires (Royaume-Uni, Chine, Ukraine) et la vulnérabilité des marchés périphériques aux chocs de prix. L'industrie européenne, bien que dynamique en production, devra surveiller attentivement ces tendances pour préserver son autonomie dans ce segment stratégique de l'emballage plastique.